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Dda Mustapha, c’était ma fenêtre ouverte sur le monde !

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Lounis Mustapha

Larbaa Nath Irathen a perdu l’un de ses plus valeureux fils. Lounis Mustapha était le mythique numéro 8 de Trani, la plus vielle équipe de foot. Il était aussi un prof de français unique. Djaffar KACI, son ancien élève a tenu à témoigner.

C’était mon prof, ma fenêtre ouverte sur le monde !

On évoque souvent la bonne vieille école, celle qui forme des générations d’intellectuels et de valeureux citoyens. En plus de transmettre le savoir, les enseignants préparent les élèves à la prochaine étape de la vie.
Oui, le rôle des enseignants est bien plus grand, que le simple fait d’apprendre la lecture et l’alphabet. Au quotidien, ils contribuent à bâtir des générations.

Lounis Mustapha Kabyle.com
Lounis Mustapha

Pour ma part, j’ai tellement admiré cet homme. Aimable, affable, disponible et humble. Nous avons tant appris auprès de lui, pas parce que nous devions le faire, comme une tâche à cocher, un poids à soulever et déplacer. Non sûrement pas, il nous a enseigné le français, pour comprendre le monde, pour nous outiller pour la vie, pour nous sortir de nos cocons et affronter le monde avec des mots et des images.

La triste nouvelle est tombée tel un couperet, M. Lounis Mustapha, ancien professeur de français et grand Footballeur du mythique club sportif Trani Nath Yirathen, est décédé le 6 février 2023.

Dda Mustapha était un homme passionnant et passionné. Il avait ce génie de rendre ses cours, attrayant juste par sa seule présence. Il nous comprenait et il nous le faisait savoir. Ces cours étaient vivants et cette ambiance bon enfant, était légion.

J’ai eu la chance de suivre son sillage avec cet amour qu’il portait à la littérature française. Oui, il avait cet art de faire de ces cours, de grands moments d’évasion, qui, une fois la cloche sonnait, on s’empressait déjà de voir, quand aller venir, le prochain cours.

Il partageait volontiers nos réalisations, nous félicitaient pour nos efforts et cela nous fraisait bombé le torse de fierté. Avec Dda Mustapha, nous étions là pour apprendre à réfléchir, car c’était avant tout un éducateur, qui nous poussait à réfléchir, pas à recopier un texte. C’était un très bon père et un excellent époux.

Il m’aura appris à être curieux, à aller au-delà, de la simple phrase écrite dans le livre, mais de puiser dans toutes les images qui s’y rattachent. Oui, la vie est éphémère, mais des souvenirs comme ceux qu’il nous a laissés, resteront au-delà du temps.

C’était un enseignant modèle, un éducateur, humble, sage, populaire et bien sur un modèle pour bien des personnes. Il a enseigné au collège Abdiche, puis au Lycée Illouli deux établissements scolaires de références et de grande réputation.

Originaire du village d’Ait Attelli, Lounis Mustapha est certes un bon professeur de français, mais il est avant tout un grand footballeur, puisqu’il a marqué d’une pierre blanche cette valeureuse équipe des Ath Yirathen.

L’histoire retiendra qu’il aurait pu jouer dans de grands clubs, s’il avait voulu s’investir dans cette démarche, mais voilà, il a préféré rester dans sa ville natale. Il aimait profondément Ath Yirathen.

Doté d’un sens extraordinaire d’orientation, c’était un excellent technicien avec ses fameuses prouesses techniques foudroyantes, ses feintes exceptionnelles et surtout sa vision de jeux, un grand artiste en somme.

À son actif un riche palmarès, puisqu’à plusieurs reprises, il a été sélectionné comme meilleur joueur de la sélection de la Kabylie l’époque, il a glané de nombreux trophées, titres de championnats et coupes de Wilaya.

J’adresse toutes mes condoléances à sa famille, spécialement à Ouardia, sa fille, qui a eu la gentillesse de lui dire que j’ai écrit quelques livres, il était tellement heureux. Quel autre bonheur pouvais-je, humblement lui offrir ?

Au revoir Dda Mustapha !
Djaffar Kaci. Son ancien élève.

Le théâtre de Mohya, une oeuvre de kabylisation

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Mohya - Peinture Moussaoui

Dans son ouvrage, Le Théâtre de Mohya, Nasserdine AIT OUALI présente MOHYA en tant que figure marquante du théâtre de langue kabyle, mort au moment où cette langue a le plus besoin de son apport. Pour rappel, Abdallah Mohia, plus connu sous le nom de Mohya, né le 1ᵉʳ novembre 1950 à Aïn El Hammam et mort le 7 décembre 2004 à Paris 15ᵉ.

C’est est un auteur, parolier, adaptateur et poète kabyle prolifique. L’œuvre théâtrale de ce grand dramaturge, pourtant reconnu de son vivant, n’a pas fait l’objet d’études sérieuses à la mesure de sa renommée et de sa valeur dans les milieux amazighophones. Hormis quelques mémoires de fin d’études universitaires, inaccessibles pour le grand public, rien sur les étalages des librairies qui nous rappelle ce géant de la littérature kabyle. Cette foisci, Nasserdine Ait Ouali l’invite à ressurgir pour nous réconcilier avec lui à travers un bon livre de critique littéraire.

Intitulé Le théâtre de Mohya, adaptation et créativité, l’ouvrage traite de l’adaptation d’œuvres universelles en langue kabyle et du génie de Mohia Abdellah. D’entrée, l’auteur le situe dans la lignée des culturalistes résistants, disant de lui qu’il « a construit ses adaptations en leur insufflant un esprit transgressif, voire subversif, dans une langue kabyle accessible avec un référent culturel kabyle. » (p.11) 

En effet, dans cette étude, on saura que le théâtre de Mohya est de nature à stimuler la réflexion en ce sens que de son style voulu simple et accessible se profilent des interrogations fondamentales sur le sens.  A titre d’exemple, dans la pièce intitulée Llem-ik, ddu d udar-ik, Mohya « expose le rapport social exploiteur/exploité […] représenté comme injuste ». (p.60-61) 

Tout au long du livre, l’auteur cherche à comprendre et à montrer les diverses dimensions de l’écriture de Mohya. Dans le chapitre réservé au ‘paratexte’, il a choisi d’ « évaluer les différents transferts » réalisés par le dramaturge dans ses adaptations et « leur articulation avec la créativité ». (p.17). Dans celui des ‘thématiques’, il a opté pour « l’examen des ‘transferts’ des thématiques fait par Mohya dans ses adaptations théâtrales, ainsi que l’insertion de nouveaux thèmes » (p.39) pour savoir comment s’opère la ‘kabylisation’ des pièces adaptées. Dans le chapitre intitulé ‘culture et idéologie’, il propose « une analyse qui permettra de mettre en évidence le travail d’adaptation de Mohya» et la contextualisation des pièces adaptées.

Le chapitre réservé à ‘l’onomastique’ traite du sens des noms attribués par Mohya  aux personnages de ses récits en tant qu’ « indicateurs pertinents ». (p80) C’est dans l’ordre des choses que le chapitre suivant traite des ‘personnages’. Là, l’auteur de l’étude montre comment Mohya construit les « personnages de ses adaptations pour qu’ils évoluent dans un nouveau monde théâtral ». (p.155) De même pour le chapitre consacré à ‘l’espace/temps’ où l’analyste note l’esprit de créativité du dramaturge qui ne se gêne pas à gérer librement les époques et les délocalisations. L’avant dernier chapitre s’intéresse à la ‘rhétorique’ de Mohya et à son processus d’adaptation. L’auteur signale l’usage important de la stéréotypie qu’il met sur le compte de l’oralité qui y recourt pour « faciliter la mémorisation et la transmission », entre autres. Dans le dernier chapitre, il s’intéresse à la ‘langue de Mohya’. Pour lui, le dramaturge utilise une langue kabyle très simple et « déploie tout son art pour […] adapter sa langue kabyle aux réalités sociolinguistiques du moment ».(p.195) 

le theatre de mohya Kabyle.com

L’on sait que l’analyse d’une œuvre dramatique ne saurait se réduire à sa composante textuelle. Dans le cas de Mohya, il y a lieu de zoomer sur le contexte culturel dans lequel s’inscrivent ses pièces. Justement, le lecteur trouvera dans la réflexion de Nasserdine Ait Ouali, autour de cette œuvre théâtrale, un aperçu global en huit chapitres fort judicieux et des détails sur les différentes dimensions de son objet d’étude. L’autre intérêt de l’ouvrage réside dans la distanciation proposée et l’objectivité de l’analyse malgré l’effet affectif qui caractérise le rapport qui s’établit entre un analyste et une production intellectuelle rédigée dans sa langue maternelle qu’il sait en phase de renaissance dans un contexte fort défavorable.

Le théâtre de Mohya, adaptation et créativité est un ouvrage universitaire, écrit par un auteur averti du monde des arts du spectacle et de l’humour pour avoir longuement travaillé sur Coluche et son œuvre. Il intéressera aussi bien le non spécialiste que l’homme de théâtre et le chercheur dans le domaine des lettres et des sciences du langage, de par sa richesse en informations, sa clarté et la méthode d’analyse adoptée dans les différents chapitres.  

Bellil Yahia. 

Le théâtre de Mohya, adaptation et créativité  de Nasserdine Ait Ouali. 

Edité chez l’Odyssée, en 2022. 205 pages. Prix : 650 DA. 

Imprégner la matrice judiciaire !

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Le mois de Janvier commence avec des procès en force, pour le 10, 19, 24 Janvier à Vgayet, dont deux pour appel et un pour opposition, et le 18 Janvier passage devant la chambre d’accusation de Rouiseau pour l’affaire d’El-harrach, en attendant le procès !

Des peines derrière autres, il va falloir que je fasse les comptes ! Le procès du 10 est reporté pour le 7 Février.

Quand les renseignements nous montent des dossiers abracadabrants en pénal ou en criminel pour terrorisme, d’organisation dangereuse, d’atteinte à l’unité nationale et à la sécurité nationale, alors que je n’arrive même pas à assurer ma propore sécurité …

Quand on est face à l’institution judiciaire qui nous pose des questions, à base de ces dossiers montés par les renseignements, des questions auxquelles on se fige parfois, qui prononce les sentences, pour nous et pour nos camarades, quand pour la plupart de nos camarades sont en prison et certains condamnés à mort, ou pour terrorisme …

…. On fini par s’imprégner à la matrice judiciaire et ne plus rien sentir… J’arrive à voir au-delà de la personne, je vois l’institution devant moi, je me suis imprégnée à tout le système judiciaire…. Je n’ai ni peur, ni peine, ni haine…. Je comprends comment ça marche !

Je m’attends au pire et j’ai transcendé le corps physique. Mon corps est emporté par cette nubuleuse judiciaire qu’on trimballe, et je me réfugie derrière les murailles que je me suis construite, forgées des valeurs et principes universels auxquels ont cru et ont lutté des peuples à travers le monde.

Devant le juge, je suis sur un piédestal qui me permet de m’adresser à l’institution judiciaire. On a dépassé le terrain de la protestation, où on réclame les droits en masse populaire… Là c’est en son individualité qu’on s’adresse à l’institution, il faut puiser le courage, la foi et la lumière au fond de ses entrailles, pour pouvoir transcender le corps physique… Penser à la cause … pour pouvoir s’adresser aux juges et affirmer ses positions et ses revendications.

On se sacrifie pour la cause … Certains nous prennent pour des fous … D’autres nous prennent pour des dangers potentiels sur l’existence d’un système !

Mira Moknache

Le chanteur Oulahlou et Nadia Matoub dans le dossier d’Oran !

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Nadia Matoub et Oulahlou

Combien de personnes sont en silence, mêlés dans des dossiers magouilles, des affaires de terrorisme ?

Combien de personnes et de militants kabyles sont prisonniers à Oran dans des affaires de terrorisme… Des incendies autour de la Kabylie et de l’assassinat de Djamal Bensmail ?

Dans notre dossier les noms du chanteur Oulahlou et de Nadia Matoub sont cités comme étant membres du MAK, les preuves retenues sont des photos prises lors d’un événement de commémoration des évènements de 2001, fait en 2020, au village Guendouz d’At R’zin.

J’ai répondu au juge que c’était moi qui avais invité Nadia Matoub comme personnalité publique, étant le porte flambeau du combat de Matoub Lounès, pour participer à l’hommage des martyrs de 2001, que les citoyens organisent chaque année. Concernant Oulahlou, étant un grand chanteur ami de Matoub Lounès, il était venu accueillir Nadia Matoub.

Je me suis retrouvée expliquer au juge, les évènements de 2001, leur commémoration, l’importance de Matoub Lounes et tout l’accueil qu’on avait organisé pour Nadia Matoub… Tout cela était fait publiquement, pleines de photos circulent sur les réseaux lors de cet hommage .. Je me suis sentie raconter comme des secrets de famille, comme s’ils en savaient rien de nous !

En attendant …. Le silence sur les militants kabyles prisonniers d’Oran !

Ça fait une année que des citoyens de Kabylie sont mis sous mandat de dépôt, il a fallu qu’ils fassent grève de la faim pour qu’on puisse programmer des procès, le 26,27,28 et 29 Décembre 2022. Pour la majorité ils ont été frappés de 3 ans fermes, notre dossier du 26 a été quant à lui reporté…… Le silence total !

Mira Moknache

Naissance du Collectif Agissons pour la Kabylie

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Collectif Action pour la Kabylie

Plus d’une trentaine de personnes ont pris part à la rencontre du 8 janvier au siège de l’association Taferka à Montreuil après un l’appel lancé pour une réunion de concertation en vue de réfléchir collectivement aux actions à mener en faveur de la Kabylie qui subit, notamment depuis 2021, l’arbitraire, la violence et l’humiliation de l’État algérien.
Des débats riches ont abouti, après plusieurs heures d’échanges à la mise en place d’un cadre à même de mener et coordonner des actions. Le Collectif intitulé « Collectif Action pour la Kabylie » (CAP-K) se mobilise désormais pour apporter des solutions d’urgence à la situation qui prévaut en Kabylie.

Communiqué Agissons pour la Kabylie

La Kabylie fait face à une énième vague d’oppression et de répression qui s’inscrit dans la droite ligne du parachèvement de l’opération « zéro Kabyle ». Des centaines de citoyennes et de citoyens croupissent injustement dans les geôles algériennes, dont une partie sans procès. D’autres sont forcés à l’exil ou obligés de quitter leurs villages pour fuir l’enlèvement et la coercition. À l’arbitraire de l’incarcération inique et abusive s’ajoute celui d’un système judiciaire aux ordres, anti-kabyle et revanchard. Totalement instrumentalisé, il instruit des procès sur la base de dossiers vides lors desquels sont bafoués les droits les plus élémentaires de la défense. L’État algérien innove en matière judiciaire et crée le « délit de Kabylité ».Une discrimination systémique qui nourrit un anti-kabylisme abject.

Les arrestations, les emprisonnements et les condamnations à mort, aléatoires et arbitraires, de militants ou de simples citoyens kabyles, le plus souvent qualifiés de “terroristes”, cultivent le silence et la terreur. Les parodies judiciaires, contraires aux principes universels du droit, aboutissent à des condamnations absurdes. Des centaines de militants et de citoyens kabyles sont malmenés, maltraités et humiliés ; certains parmi eux sont torturés et même parfois violés. Au-delà de l’injustice et des lois scélérates qu’ils subissent, tel que l’article 87 bis qui criminalise toute action pacifique, c’est à la Kabylie, à sa constance et à ses valeurs ancestrales qu’on s’attaque avec une violence inouïe.

Après plus de quarante ans de luttes pour l’ensemble de nos libertés, la Kabylie sombre aujourd’hui dans une infâme et ignoble dictature militaire et religieuse, doublée d’un racisme d’État ouvertement assumé. Le régime algérien via ses services de sécurité, tous corps confondus, a coulé une chape de plomb au-dessus de la Kabylie. Les initiatives associatives, culturelles, intellectuelles et politiques pacifiques, non contrôlées par l’État, sont criminalisées. Les actrices et les acteurs de la société civile sont persécuté.e.s et bâillonné.e.s. Le régime algérien a instauré un état d’exception en Kabylie en suspendant tous les droits et les libertés, y compris celle de circuler, pour des milliers de citoyens et citoyennes kabyles.

Face au terrorisme étatique de l’Algérie, la diaspora kabyle de France, partie intégrante de la Kabylie, a pris l’initiative de se constituer en collectif pour agir et réagir à la situation inquiétante que traverse la Kabylie. À l’issue de la rencontre de concertation qui s’est tenue le 8 janvier 2023 à Montreuil, des citoyennes et des citoyens de la diaspora ont décidé de se constituer en un Collectif intitulé « Collectif Action pour la Kabylie » (CAP-K). La mise en place de ce Collectif d’actions vise avant tout à mutualiser les énergies de la diaspora kabyle indépendamment des courants politiques qui la traversent. Le Collectif, composé d’acteurs associatifs, artistiques et militants de tous bords, soucieux d’agir en faveur de notre Kabylie, se fixe pour objectifs essentiels de désenclaver en toute urgence la Kabylie, de manifester clairement sa solidarité et de briser le mur du silence dès lors qu’elle subit des violences et des humiliations.

La gravité de la situation interpelle nos consciences et appelle à notre mobilisation en toute urgence afin de faire cesser la répression. Quelles que soient nos convictions et nos visions sur l’avenir politique de la Kabylie, nous avons le devoir d’agir en sa faveur, pour la défense et la sauvegarde de sa dignité et de sa liberté. En mettant l’intérêt de la Kabylie au-dessus de toutes autres considérations, le “Collectif Action pour la Kabylie” reste ouvert à toute bonne volonté. Le collectif entend également coordonner autant que possible ses actions avec d’autres acteurs de la diaspora kabyle en France et ailleurs dans d’autres pays en Europe et en Amérique.

Agissons pour la Kabylie

Collectif Action Pour la Kabylie (CAP-K)

Paris, le 11 janvier 2023

Vagues de soutien aux détenus politiques Kabyles

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Tighri n imehvus

Tiɣri n Imeḥvas seg umruǧ n lḥevs-nsen/Voeux des détenus du fond de leurs cellules. Vagues de soutien aux détenus politiques Kabyles.

Tiɣri n Tlawin Tiqvayliyin / Voix des Femmes Kabyles, un groupe de femmes Kabyles, de tous bords et sans bords politiques, engagées sur différents fronts : social, politique et culturel, lance une vaste opération de soutien aux détenus kabyles, arbitrairement incarcérés par le régime algérien sous des prétextes fallacieux.

Ce groupe de femmes de militantes Kabyles ont osé une mobilisation incroyable en quelques jours.Cette opération est très surprenante et singulière dans la lutte chez les Kabyles car elle se caractérise par l’enregistrement de messages vidéos courts avec les portraits des détenus qui envoient leurs vœux de bonne année, du fond de leurs cellules, à toute la population et au monde. Ces messages vidéos sont réalisés par Tiɣri n Tlawin Tiqvayliyin et plein d’autres citoyens kabyles qui ont prêté leurs voix aux détenus qui subissent eux et leurs familles de terribles chantages afin de les réduire au silence et ainsi museler toute la société.
Cette action est entreprise, lit-on dans leur communiqué, « pour interpeller l’opinion publique sur l’arbitraire qu’ils subissent et pour dire notre soutien à eux et leurs familles en ces temps de “fêtes ». »

« A ce jour, plus de 30 portraits ont été diffusés, sachant qu’ils sont plus de 300 prisonniers privés des leurs, depuis plusieurs années pour certains. Aussi, nous craignons le pire puisque plusieurs détenus ont avoué qu’ils ont subi des tortures et des humiliations pendant leur incarcération, » déclare ces femmes.

Et de continuer que « cette initiative a été reprise et soutenue par plusieurs citoyens de Kabylie, France, Suisse, Canada et USA, par centaines, avec des partages par milliers dans les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. A l’occasion, un hashtag en plusieurs langues a été créé pour assurer une bonne diffusion.

#tilelli_inekrafen_ntsartit_tmurttaqvaylit #liberte_prisonniers_politiques_kabylie #free_political_prisoners_kabylia #الحريةلمعتقليالرأي_بلادالقبائل

L’un des membres de Tiɣri n Tlawin Tiqvayliyin nous explique que cette campagne des “Voeux des détenus de fond de leurs cellules” continuera jusqu’à Yennayer (Nouvel an Amazigh) et au-delà. Et conclut ainsi: « Cette campagne veut mobiliser l’opinion autour des détenus et générer une vague de solidarité plus large en Kabylie et ailleurs pour casser la chape de plomb qui pèse sur notre terre kabyle ! »

Noufel BOUZEBOUDJA

Vidéo de la Campagne https://youtu.be/UbNougohrDA

Délit de « Kabylité » 

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Drapeau Kabylie

Un voile ténébreux couvre notre horizon en cette période hivernale, non pour des raisons climatiques mais à cause du sort réservé au peuple kabyle. L’ambiance n’est pas festive. En effet, comment oserions-nous festoyer alors que les nôtres croupissent dans les geôles froides et insalubres du pouvoir ? Quel forfait ont-ils commis ? Quel crime inavouable rend-il légitime et légal leur emprisonnement ? D’ailleurs, sait-on sur quelles bases leur EnferMeMent est-il justifié ? Nenni ! Le couperet tombe effroyablement sans aucun préavis.

L’arbitraire des arrestations et l’absurdité des procès prouvent de façon définitive que le régime est tyrannique, en témoignent les peines requises contre: Kamira Nat Sid, Mira Mokhnache et Slimane Bouhafs : 5 ans, 2 ans et 3 ans respectivement. La première est porteuse des voix amazighes, la seconde, est militante indépendantiste et le troisième est Kabyle et chrétien (double peine). Le ballet des kidnappings journaliers ponctue le quotidien de ces montagnards rompus à la rébellion. Comment croire à cette justice qui a condamné 49 jeunes à mort, lisez-le bien à MORT !

Toute voix qui perce des flancs de nos montagnes, encore calcinés et meurtries, est sujette à controverse, taxée de séparatiste ou carrément terroriste. Le flou de atteinte à je ne sais quelle majesté adoubée par les sombres hautes sphères du pouvoir est toujours d’actualité. Le crime de lèse majesté. Oui, la mort, voilà la récolte ultime de tout Kabyle qui veut garder et défendre jalousement son identité et sa culture. Il est clairement acquis que l’ «embastillement » de nos malheureux est un acte de représailles de la part de ce pouvoir, car la Kabylie est éternellement frondeuse. La logique voudrait que toute personne Kabyle, qui se revendique comme tel est passible d’une peine de prison. Mes chers compatriotes, notre identité est un délit sous ce ciel dardant de haine.

A cet instant, je ne peux faire abstraction de cette parole prophétique de notre rebelle : « Je suis né Kabyle, mon nom est combat » A qui donc incombe la faute ? A nous, qui voulons sauvegarder ce qui nous est cher ? A nos prédécesseurs qui nous ont légué cette cause « incomprise » remplie de valeurs ? Aux adversaires haineux ? A nos contemporains bercés du rêve symptomatique incarné dans ce cri « xawa xawa » ? A Dieu d’avoir fait de nous des Kabyles fiers et debout ? (Question absurde bien sûr). C’est notre attachement farouche à nos racines qui irrite les tenants du pouvoir, donc être nous-mêmes nous est interdit. Or, savent-ils seulement que « rien ne peut arrêter un peuple sur le chemin de sa liberté » Que dieu bénisse ta tombe da Lmouloud.

Quel est cet esprit sensé et raisonné qui donnerait l’aval de condamner « irrémédiablement » à mort 49 jeunes innocents sous prétexte qu’ils étaient sur les lieux du meurtre d’un jeune tout aussi innocent ? Toutefois, ne vous méprenez pas cette condamnation a été acté dès le départ avant même le procès, puisque rappelez-vous comment l’ENTV a sciemment qualifié Larbâa Nath Irathen de « région terroriste ».

En conclusion : le procès est subséquent au narratif conséquent. A partir du moment où notre existence est suspecte, alors toute forme libératrice et tout élan émancipateur qui viendraient contrecarrer LES officiels sont voués au lynchage de tout bord. Ces vagues d’arrestations sont venues après que le MAK ait été classé comme mouvement terroriste, ce qui d’ailleurs a engorgé les prisons algériennes.

Pour une publication sur les réseaux sociaux, pour une manifestation quelconque surtout culturelle à l’instar de la conférence annulée à Sidi Aich récemment car le conférencier venait d’être arrêté (Yacine Adli), pour une opinion exprimée et pour toute action entreprise, le lien avec fameux le mouvement est fatalement joint. Ce qui a accentué d’avantage cette rafle d’innocents médusés et ruiné le quotidien de familles sous de fâcheux auspices.

La répression est la seule forme d’expression des dictateurs et les récalcitrants n’admettent point de soumission. Que le feu qui brûle en nous désagrège les ténèbres qui hantent nos nuits.

Ce qui ressort de tout ce que je viens d’écrire est que le MAK n’est qu’un prétexte aux exactions et aux dépassements dont seul le pouvoir algérien est détenteur du secret. Le MAK est-il l’arbre qui cache la forêt ? Il semblerait que ce soit le cas, parce qu’aucun Kabyle n’est épargné par cette folie aveugle. Il n’y a qu’à demander aux ressortissants Kabyles quand ils atterrissent à Alger, il vous donneront la réponse. C’est parce que nous sommes Kabyles qu’ils s’acharnent sur nous, on appelle cela une accablante vérité.

Maintenant, il faut aussi parler du silence interrogateur des nôtres. Est-ce de la peur ? Est-ce par un calcul minutieux que ce mutisme s’accomplit ? Ou bien est-ce de l’impuissance face à une situation équivoque ? Une chose est sûre est que « Tajmaât » cette organisation politique ancestrale, et pas que, brille par sa démission totale et «magistrale » !! En effet, il ne subsiste de ce noble système que le relent infect au verbe nauséeux dans les arènes quasi vides des villages. Tajmaât s’est laissée inféoder et pervertir par d’opportunistes jeux politiciens auxquels se livrent certaines têtes représentatives ; Un théâtre fantomatique oublieux de ses devoirs. Des jeunes suspicieux qui, par respect pour les anciens, préfèrent se tenir cois et ne pas empirer la situation déjà suffocante.

Pour ma part, ce silence n’est pas une lâcheté ou un consentement mais il s’inscrit plutôt dans une lucidité, certes longue, toutefois rationnelle. Le jour ne tardera pas à venir où ces villageois afflueront de toutes parts tels des avalanches afin de réclamer les leurs et surtout leur dignité. Méfiez-vous de ce mutisme quasi monacal. Un loup n’abandonne jamais les siens. Je n’incite à aucune violence et je ne jette pas les miens en pâture, que les choses soient claires.

Pour finir, le « xawawisme » ne paye pas. Si être Kabyle est attentatoire, c’est que je veux être un terroriste. Notez l’ironie qui se retourne contre eux. Comme je ne veux pas tomber dans le piège du pathos larmoyant, je dois conclure : l’espoir et l’idéal nous sont permis, ceci n’est qu’une modeste contribution de ma part et c’est aussi ma résolution pour 2023. Que tous nos détenus soient libres. Me concernant j’ai choisi d’être du côté de la « famille qui avance » et vous ?

 @le_recalcitrant

Algérie : condamnations honteuses de Kamira Nait Sid et de détenus politiques Kabyles

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Dictature algérienne

Communiqué du Congrès Mondial Amazigh

Le procès de Kamira Nait Sid, coprésidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA), Bouaziz Ait-Chebib,
membre de l’Union pour la République Kabyle (URK) et Slimane Bouhafs, citoyen kabyle de confession
chrétienne, s’est terminé ce 16 décembre 2022 au petit matin au tribunal criminel de Dar-El-Beida, près
d’Alger.

Kamira Nait Sid a été condamnée à cinq ans de prison ferme et 100.000 Dinars d’amende, Bouaziz Ait-
Chebib et Slimane Bouhafs, à trois ans de prison ferme et 100.000 Dinars d’amende chacun.

Ils étaient poursuivis pour appartenance à une organisation terroriste, sur la base de l’article 87 bis du
code pénal algérien. Or cet article a été jugé non conforme au droit international par divers organes des
Nations Unies dont le Comité des droits de l’homme de l’ONU qui a souligné en 2018 que la définition
algérienne du terrorisme était susceptible de permettre «la poursuite de comportements qui peuvent
relever de la pratique de l’exercice de la liberté d’expression ou de rassemblement pacifique». Le Comité
a donc demandé au gouvernement algérien de modifier cet article afin de le rendre conforme aux
bonnes pratiques du droit international. Mais en juin 2021, le gouvernement algérien adopte une
nouvelle rédaction de l’article 87 bis qui va dans le sens opposé aux recommandations du comité des
droits de l’homme de l’ONU.

Par ailleurs, le cas de Kamira Nait Sid a été examiné le 1/04/2022 par les experts du Groupe de Travail
des Nations Unies sur la détention arbitraire qui ont jugé que la coprésidente du CMA est une
défenseure des droits humains et de son peuple, que l’accusation de terrorisme est dénuée de tout
fondement juridique et que par conséquent Kamira Nait Sid est en situation de détention arbitraire. Dans
une lettre adressée au gouvernement algérien, l’ONU a donc demandé la libération immédiate de
Kamira Nait Sid et la réparation des préjudices qu’elle a subis.

Le cas des autres détenus politiques Kabyles est semblable à celui de Kamira Nait Sid et par
conséquent ils auraient dû être libérés sans délai et sans conditions.

Durant le procès, les avocats de Kamira Nait Sid et des autres prévenus ont tous souligné les violations
des lois et des procédures de justice
, notamment la non prise en compte par la justice de l’enlèvement et
la séquestration de Kamira Nait Sid pendant sept jours par des agents des Brigades de Recherche et
d’Intervention (BRI) de la police ; la prise en compte de faits antérieurs à la promulgation de la loi, la
prise en compte d’aveux obtenus grâce au recours aux menaces, aux intimidations et à la torture, des
accusations et des condamnations sur la base de l’article 87 bis du code pénal, jugé anti-constitutionnel
et maintes fois dénoncé par les organes pertinents de l’ONU ; des accusations sans preuves matérielles,
l’interdiction faite aux prévenus et à leurs avocats de parler en langue amazighe, pourtant langue
officielle en Algérie.

Compte tenu de ces graves manquements aux principes de base de la justice, le Congrès Mondial
Amazigh rejette en bloc et condamne avec force les arrestations, les emprisonnements et les
condamnations de Kamira Nait Sid, Bouaziz Ait-Chebib, Slimane Bouhafs et de tous les Kabyles punis
pour avoir exercé leur droit et leur liberté de s’exprimer pacifiquement.

Le Congrès Mondial Amazigh salue la posture digne et courageuse de sa coprésidente et l’assure de
son total et indéfectible soutien. Le CMA agira par tous les moyens possibles afin que les responsables
algériens rendent des comptes, que la justice triomphe et que la dictature algérienne soit sanctionnée au
niveau international et exclue du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU
.

Paris, 4/12/2972 – 16/12/2022
Le Bureau du CMA

Mettons un terme à l’humiliation de la Kabylie !

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Kabylie

Déclaration de l’association Tamazgha.

La Kabylie est gravement persécutée depuis quelques années : arrestations massives, incendies de nos villages et nos forêts notamment, et bien d’autres méfaits… Nos camarades qui défendent la Kabylie (autonomistes, indépendantistes, …), notamment celles et ceux qui sont critiques vis-à-vis de l’idéologie arabo-islamique, véritable poison à l’encontre de l’Amazighité, sont des centaines à croupir dans les geôles du pouvoir algérien. Notons que la chape de plomb dépasse les frontières. Les réseaux sociaux de la diaspora kabyle sont moins entreprenants que d’habitude. La peur est palpable et les représailles hantent les esprits, mais cela ne saurait durer. Certes, les militants kabyles sont pacifiques mais fermes.

Les mascarades « judiciaires » que l’Etat algérien organise pour condamner ou « acquitter » des citoyens arrêtés arbitrairement, souvent de façon brutale et humiliante, sont une preuve de plus qui confirme le caractère dictatorial de ce régime qui n’a que trop duré. L’instrument « judiciaire » algérien, nous le constatons bien, est aux ordres, comme il l’a toujours été. Ce régime est si rétrograde qu’on ne peut lui demander de se hisser à la modernité.

Par ailleurs, il est à déplorer que des milliers de jeunes tentent l’eldorado avec des chaloupes ou autres rafiots de fortune, souvent au péril de leurs vies. Parmi eux, il y a des cadres, des médecins, des ouvriers, des ingénieurs… Tous sont dramatiquement dans la désespérance.

Au sein de notre camp, nous sommes affligés par l’amateurisme de quelques groupes qui gesticulent mais n’apportent finalement que le discrédit à notre Kabylie. L’État algérien est mortel. Nous le savons bien : il use de toutes les violences pour éradiquer toute ambition d’affirmation berbère. L’éradication de l’Amazighité est leur leitmotiv : nous l’avons vu au Mzab comme en Kabylie.
Nous le voyons aussi au Rif : nos amis y sont lourdement réprimés par le royaume marocain. Les deux régimes antiberbères, aussi bien le marocain que l’algérien doivent être fermement combattus !

En ce qui nous concerne, nous restons combatifs et n’allons pas abdiquer ou accepter l’ordre établi par une autocratie. Aujourd’hui, que peut-on attendre d’un système animé par la haine viscérale du berbère qui a fait de l’éradication de l’Amazighité un projet ? Rien si ce n’est qu’il accentue la répression si nous ne faisons rien, si nous n’agissons pas et si nous restons passifs. Le peuple doit-il continuer à subir un régime qui le méprise, qui le réprime et l’humilie ?

Certes, nous nous devons d’admettre notre incapacité présente à nous retrouver TOUTES et TOUS pour la cause commune, mais cela viendra nous l’espérons avant qu’il ne soit trop tard. Nous sommes, peut-être, sans trop d’illusions immédiates mais bourrés d’attente active. Ceci étant, la situation en Kabylie fut similaire avant Avril 1980 et avant Avril 2001. Dans les deux situations, il s’en est suivi les déflagrations générales que l’on connait. Nous gardons donc l’espoir d’un nouveau sursaut qualitatif.

Nous l’avons déjà dit ; face à cette situation inédite qui menace la Kabylie dans son existence-même, peut-on rester indifférents et être spectateurs de notre propre anéantissement ? N’est-il pas plus qu’urgent d’organiser la résistance et la lutte afin de mettre fin à cette agression sans fin que mène l’État algérien contre la Kabylie ? N’est-il pas temps de s’affranchir de ceux-là, parmi nous, qui collaborent avec la voyoucratie algérienne ; ceux-là qui sont “le bâton” des forces de répression en Kabylie ?

La responsabilité de la diaspora, notamment en France, est également engagée : elle doit prendre sa part dans cette incontournable lutte qui doit être menée pour redonner à la Kabylie sa dignité. Il est urgent que soient initiées des actions collectives nées d’une large concertation des différents acteurs kabyles en France, et dans la diaspora de manière générale, et quelles que soient leurs tendances ou leurs appartenances : l’intérêt de la Kabylie et sa défense doit rester l’unique objectif de la mobilisation.

Tamazgha,
Paris, le 11 décembre 2022.

Le dessin de presse kabyle devient un acte de terrorisme

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Ghilas Aïnouche

Le dessinateur de presse et caricaturiste kabyle, ancien collaborateur de Charlie Hebdo, Ghilas Aïnouche a été condamné à 10 ans de prison ferme par le tribunal criminel de Sidi Aïch (Bgayet) ce 30 novembre. Convoqué à de multiples reprises pour des dessins considérés comme diffamants, Ghilas Aïnouche qui vit en France depuis quelques années vient à son tour d’être condamné pour « atteinte à la personne du président de la République », « atteinte aux symboles de l’État » et « terrorisme » selon l’article 87 BIS du Code pénal algérien.

Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre pour ses dessins de presse. Certaines de ses caricatures sont régulièrement reproduites sur Kabyle.com avec l’autorisation de l’auteur, publiées sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux.

C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un dessinateur est poursuivi pour « terrorisme » en raison de ses dessins dans lesquels il exprime ses opinions et ses idées de manière pacifique.

Ghilas Aïnouche n’a été représenté par aucun avocat. Cette nouvelle décision arbitraire de la justice algérienne intervient dans un contexte de répression massive du peuple kabyle. 53 Kabyles faussement accusés du meurtre de Djamel Bensmail et d’incendies criminels en Kabylie durant l’été 2021 ont été condamnés à la peine capitale. Belaid Abrika, figure emblématique de la révolte de 2001 en Kabylie, a été condamné à une année de prison ferme et une amende de 500.000DA par contumace, pour avoir tenté de déposer une gerbe de fleurs le 20 avril 2021 à Tizi Ouzou, en mémoire des martyrs du Printemps Noir et en commémoration du Printemps Berbère.

Le Président du Mouvement de l’Autodétermination de la Kabylie, Ferhat Mehenni, lui aussi condamné à la perpétuité en raison de son combat identitaire a exprimé toute sa solidarité en ces termes « l’incisif caricaturiste kabyle Ghilas Ainouche, à son tour, écope de 10 ans de prison ferme. Les procès pleuvent sur les Kabyles qui défendent l’universel à travers la Kabylie. Ma totale solidarité avec tous les condamnés pour délit de kabylité ».

Le 17 octobre 2022, le journaliste Abdou Semmar a pour sa part été condamné à la peine capitale, par le tribunal criminel de Dar El Beïda, pour des révélations sur la Sonatrach, l’entreprise pétrolière et gazière algérienne.

Face à l’adversité, aux difficultés qui s’accumulent depuis des années à nous exprimer librement y compris en France, notamment avec la nouvelle loi du 24 août 2021 qui renforce l’arsenal juridique de la République contre les séparatismes et porte atteinte aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’enjeu est de faire circuler l’information, de renforcer l’indépendance de nos médias de soutenir les journalistes, la presse d’opinion et la liberté d’expression.

Des centaines de Kabyles sont actuellement emprisonnés injustement par le pouvoir dictatorial algérien, parmi eux Karima Nait Sid présidente du Congrès Mondial Amazigh, Bouaziz At Chebib fondateur de l’Union pour une République Kabyle, Lounès Hamzi et tant d’autres militants des droits de l’homme et de la cause kabyle.…

Au nom de la rédaction de Kabyle.com, de ses contributeurs nous apportons notre plus grand soutien à notre confrère Ghilas Aïnouche.

S. ARRAMI

Éloge de la laïcité

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Masha Amini

Depuis plusieurs jours (voire des semaines) je suis atterré par la façon dont notre environnement social et politique dans le « monde occidental » a été incapable de donner une réponse forte à l’oppression croissante (qui va jusqu’à tuer) des femmes qui, en Iran, osent protester contre ce régime patriarcal abject. Comme on le sait bien – mais peu dénoncé –, le soulèvement des femmes d’Iran a commencé avec la mort de la jeune fille kurde Mahsa Amini, le 16 septembre à la suite de mauvais traitements infligés par la « police de la moralité » iranienne, comme on l’a expliqué, du fait « de ne pas porter le voile de manière correcte ». La révolte « Femme, vie et liberté ! » a commencé au Kurdistan iranien et s’est étendue dans tout l’Iran, un État dirigé par des fanatiques devenus fous dans leurs envies répressives découlant d’un patriarcat profondément réactionnaire.

L’incompréhension de la passivité des peuples européens face à ces abus est devenue croissante et même surprenante. De l’incompréhension, je suis passé à la surprise, puis à la consternation. Comment se fait-il que même les organisations féministes ne se fassent pas entendre aussi fortement qu’elles le devraient ? !
Je n’ai trouvé aucun raisonnement convaincant susceptible de justifier cette inaction scandaleuse… La voix de l’écrivaine catalane Najat el Hachmi a à peine été écoutée, qui, connaissant le contexte, a montré son rejet d’un comportement qu’elle a comparé à de la candeur…
Mais je pense qu’il faut gratter plus profondément pour constater qu’il s’agit, plutôt que de la candeur, d’un manque de malice qui se cache derrière ces comportements passifs inexpliqués. Elle ne pouvait pas non plus être réduite au « bonisme » bien connu, expression qui signifierait dans l’excès de « bonne foi » de tout un tas de secteurs sociaux qui fuient par système de faire face aux contradictions, sous une sorte de bonté artificielle. C’est bien plus que cela.

femme vie liberte Kabyle.com
Femme, Vie, Liberté

Une sorte de « bonisme » à l’origine obscure

En grattant cette réalité, on peut enfin observer qu’en fait le « bonisme » n’est rien d’autre qu’une attitude d’évasion face à la réalité, ce que nous appelons en catalan de tous les jours « fugir d’estudi » (prendre la tangente). Mais la qualification d’un phénomène ne va pas au-delà d’une identification initiale et il faudrait trouver des explications sociales – collectives – à ces comportements qui montrent un effondrement des convictions humanistes, dans la diminution des réactions aux différents cas d’oppression qui sont abondants et variés.

Si l’on analyse les attitudes dérivées de ce genre de comportements sociaux, nous pouvons observer plusieurs phénomènes de base qui peuvent aider à les expliquer : la propagation de l’individualisme que l’idéologie postmoderne, alliée à la recherche de la paix sociale imposée par le système de domination, a répandu. À cela s’ajoute le cynisme dans le fonctionnement de la politique institutionnelle qui a conduit à focaliser l’intérêt fondamental de chaque action sur le simple gain de voix, sans analyser de manière critique l’action en fonction de la réalité sociale. Et d’un point de vue plus général, le monde politique s’est également dégradé en raison du système international d’alliances qui ne répond à aucune logique sociale bien structurée mais passe par de simples options opportunistes.

L’imbroglio pathétique de la gauche postmoderne

C’est dans ce magma idéologique que la gauche postmoderne a développé son idéologie profondément conservatrice qui a fini par placer le monde islamique comme un sujet tabou et, par conséquent, n’a pas voulu entrer dans la critique des aspects des sociétés de tradition musulmane qui violent les droits et les libertés.
C’est ainsi que ce type de gauche « apparente » (qui ne défend qu’un espace préétabli basé sur des apparences, des positions et des tendances de modes superficielles et bien peu engagées) fuit le terrain de la « droite » pour ne pas « polluer » sa propre image. Cette gauche-là cède aussi le champ d’action à la confusion et adopte finalement une attitude qui conduit à l’inaction. Une gauche qui ne veut pas se livrer au combat nécessaire et qui, au fond, est mue par un principe conservateur qui consiste à penser qu’il existe des coutumes (et des oppressions) qui, « dans ce genre de pays », ne sont pas si importantes. Inutile de dire que derrière cette considération cynique, sous ce genre d’opinions de renonciation, se cachent de graves préjugés d’un scandaleux racisme culturel. Une attitude de prévention qui, paradoxalement, finit par engrosser les rangs du fascisme. Un imbroglio, donc, bien pathétique.

Du mouvement des Lumières à la généralisation cynique d’un Pacte réactionnaire

L’histoire de l’humanité pourrait se décrire comme un chemin long et laborieux pour expulser de la vie sociale les idées de l’obscurantisme, pour écarter avec la lumière de la raison les mythes et les superstitions du monde ancien.
Cela n’a pas été un chemin facile parce que la pensée matérialiste (ce qui revient à dire, tout dépassement de croyances mythiques) s’est accompagnée d’une confrontation aux obstructions de la réaction, comportement très souvent lié à la religion ; et que chaque confrontation a été suivie d’une répression sévère qui a conduit à la torture et, dans de nombreux cas, à la mort des défenseurs de la liberté de pensée et du libre développement de la science et de l’humanité.
Cela n’a pas été un chemin parsemé de roses parce que la pensée matérialiste n’a pu s’étendre qu’en surmontant, comme nous l’avons souligné, les forts obstacles de la répression. Les révolutions démocratiques, ouvrières et populaires du XIXe et XXe siècles ont été, de mon point de vue, les dernières expressions politiques de cette tendance à aller de l’avant.

Avec l’effondrement des théories révolutionnaires en Europe et en Amérique du Nord, un effondrement qui coïnciderait (en termes de grands équilibres) avec la fin du bloc de l’Est, le système capitaliste a adopté, avec moins de scrupules, un plan cynique basé sur la division du monde et du pouvoir basé sur le maintien des inégalités par des alliances avec tout type de forces capables de maintenir l’ordre social et l’oppression.
Depuis plus d’un demi-siècle, les États-Unis ont établi des alliances étroites avec les dictatures les plus atroces, comme l’exemple scandaleux de la dictature de Pinochet au Chili. Dans sa dernière phase, le capitalisme, dans ses différentes expressions, n’a pas hésité à promouvoir la réaction afin d’empêcher l’avancée des mouvements populaires de libération.
La réaction religieuse islamiste a très souvent été l’un des instruments de déstabilisation utilisés par le capitalisme pour maintenir des situations de pouvoir favorables à la domination impérialiste (le cas de la Libye est assez évident, et ce n’est pas le seul exemple dans le monde de tradition musulmane).

La lutte contre les impositions obscurantistes

C’est donc ce genre d’alliance perverse qui a transformé les expressions de l’oppression de la religion musulmane en territoire interdit, paralysé à la fois par un mélange de peur (les attentats islamistes ont très souvent anéanti la liberté d’expression), des « auto-tromperies » de la gauche postmoderne et des manipulations d’un système socio-économique en chute libre.
Contre le cynisme ambiant, nous ne pouvons pas baisser la garde dans la lutte populaire contre toute forme d’obscurantisme. Et l’imposition forcée du voile sur la tête des femmes, pratiquée avec des insistances dans trop de pays de tradition musulmane, est une forme évidente d’obscurantisme.
Si nous avons pu découvrir et dénoncer les abus de la religion chrétienne pour tendre vers une éthique humaniste exempte de préjugés, d’obstacles et de tromperies, nous devons aussi le faire face à toute prétention coercitive sans vouloir « pardonner » (avec une sorte de stupidité paternaliste, aux connotations racistes) les abus de la réaction d’où qu’ils viennent.

Le rejet de l’obscurantisme doit être absolu. Et notre lutte contre toute forme de réaction contraire à la liberté des personnes doit être, toujours et partout, implacable.

Carles Castellanos i Llorenç ,
Professeur à l’Université autonome de Barcelone,
Militant indépendantiste catalan,
Vice-Président de l’
Assemblea Nacional Catalana (ANC) dans son premier mandat (2012-2013).

Barcelone, le 17 novembre 2022

Source : Tamazgha.fr

La Kabylie est la Bretagne de l’Algérie

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Louis Mélennec

La Kabylie est la Bretagne de l’Algerie, la Bretagne est la Kabylie de la France.

Aux héritiers des assassins de plus de 100 millions d’hommes, de femmes, d’enfants. Le texte qui suit a été « lessivé » dans plusieurs dizaines de blogs sur la toile. Ceux qui s’y reconnaissent peuvent le réimprimer partout. Les autres : qu’ils passent leur chemin, nous ne voulons pas d’eux.

Les droits de l’homme sont une lente conquête de l’humanité, EN AUCUN CAS L’OEUVRE DE LA FRANCE.

Chaque grande civilisation, chaque grand pays, chaque grande nation a apporté sa contribution à l’élaboration de ce monument aujourd’hui incontournable..
D’après les textes retrouvés, les premiers écrits sur les droits de l’homme remontent à Hammurabi, roi de Babylone en 1800 avant Jésus Christ.
Puis, on cite Cyrus le Grand, au sixième siècle avant le Christ, dont l’apport est considérable, car il établit dans son Empire la liberté de culte, de circulation, et interdit l’oppression des êtres humains.
La Chine, la Grèce, Rome, Byzance et de nombreuses civilisations apportent aussi leur contribution à l’édification de ce monument.
Les sociétés bretonnes – dont je suis issu – reconnaissent l’égalité de la femme et de l’homme avant la naissance du Christ : d’où notre très large avance sur les Français, qui eux ont recueilli, après la chute de l’empire romain, l’héritage de quasi sauvages : les Francs. La doctrine du Christ est le grand tournant de l’humanité dans le respect dû à la personne humaine. La civilisation occidentale a recueilli cet héritage
magnifique. C’est sous l’effet de cette religion que la femme reconquiert peu à peu des droits qui se complètent au fil des siècles.

Christianisées, les femmes bretonnes participent au culte, et à l’administration des sacrements. Les évêques francs, encore ensauvagés, réunis en concile, protestent avec virulence.

Au moyen âge, on cite les Anglais comme étant les plus avancés : la Grande Charte (1215), le Bill of Rights (1689), l’habeas corpus (1679). Ces textes garantissent certains droits individuels, en avance sur nombre de nations de la même époque, notamment en matière de justice et de fiscalité. Mais il existe bien d’autres communautés humaines qui reconnaissent aux êtres humains des droits similaires.

La déclaration d’indépendance des Etats Unis d’Amérique, énonce à son tour un certain nombre de droits de l’homme, en 1776.

Ce texte a eu un grand retentissement, et est abondamment copié, notamment en France, qui n’a n’invente rien dans ce domaine.
La « Déclaration universelle des droits de l’homme », publiée en France le 26 août 1789 est une pâle copie et une synthèse de ce qui a été fait ailleurs, en aucun cas une oeuvre originale. Elle n’a aucune force obligatoire : un texte philosophique, une imposture, rien d’autre, qui va servir à la propagande de la France jusqu’à aujourd’hui. Malgré cela, ce pays arrogant se flatte d’avoir, jusqu’à aujourd’hui – voir nos
travaux en particulier -, avec d’autres fantaisies, « inventé » les droits de l’homme !!! Et, entre autres choses, mis au point la langue universelle, digne comme telle d’être parlée par TOUS les êtres humains.
Ni plus, ni moins.

Dans certaines écoles françaises, on enseigne encore ces légendes

Dans certaines écoles françaises, on enseigne encore ces légendes. J’ai été victime de ce lavage de cerveaux en Bretagne, en même temps que privé de tout accès à l’histoire de mon pays, remplacée par un salmigondis appelé désormais « le roman national », amas de falsifications ridicules, par des servants appointés par le colonisateur, et privés de notre culture, de notre langue bi-millénaire.

Nous, Bretons, avons été été insultés, humiliés, bafoués, pillés de nos talents humains et totalement interdits de gérer nos propres affaires nationales, gouvernés par des Gauleiters dénommés préfets, parmi lesquels aucun Breton, sauf deux ou trois collabos.

Voici, en résumé, ce qu’on nous a obligés à apprendre par coeur dans nos écoles colonisées :
« En ce temps là, la France s’appelait la Gaule, et les Français des Gaulois » (Lavisse).
« L’histoire de France doit être enseignée comme une religion » (Michelet).
« La France a apporté la Liberté au monde »(idem).
« Depuis ce temps-là, tous les Français sont égaux ». (Lavisse).
« La langue française est le plus beau langage inventé par l’espèce humaine ; elle doit être parlée dans le monde entier » (abbé Grégoire et autres).

Plus tard : « Les écoles Diwan sont des sectes, le breton est la langue de la Kollaboration » (Mélenchon, grand penseur « socyalyste »). « Les Bretons ne parlent pas une langue, mais cinq patois ».

Ainsi, petits esclaves Bretons depuis l’inénarrable « révolution » de 1789, qui nous a privés de tous nos droits et de toutes nos libertés, avons nous nous appris un amas de sottises, sous la férule du pays voisin, qui nous a annexés malgré nous en 1532, puis esclavagisés en 1789.

En 1789, par les vertus des prétendus « droits de l’homme » (dans sa version française, bien entendu, à base de guillotine et de persécutions), nous avons été entièrement privés de nos institutions millénaires, de notre législation, de notre fiscalité, de nos ressources économiques, drainées vers la pays colonisateur : toutes nos affaires ont été commandées de Paris, capitale du pays voisin. Nous avons laissé plusieurs centaines de milliers de morts sur les champs de bataille de la France. La récompense : l’assassinat de
notre culture. Comme l’a écrit Marcel Texier, la Bretagne post révolutionnaire, est devenue au 19ème siècle le trou du cul du monde.

La France est une grande violatrice des droits de l’homme, ainsi qu’un pays corrompu

La France est une grande violatrice des droits de l’homme, ainsi qu’un pays corrompu. Selon son propre ministre de la justice, l’avocat Dupont-Moretti, bien loin de donner l’exemple de la vertu, elle occupe le 23ème rang dans le monde, ce qui n’est pas glorieux; cela la place au même niveau que la Turquie, l’Uruguay et les Emirats Arabes Unis).

S’agissant des droits de la femme, qui est l’un des critères du niveau civilisationnel d’une nation, les Bretons reconnaissent l’égalité de l’homme et de la femme avant le Christ (Jules César, La guerre des Gaules). La France a si peu atteint ce niveau, qu’elle s’efforce, en 2022,
de tenter de mettre sur pied des « ministères des droits de la femme ». Le droit de vote n’a été accordé aux femmes françaises qu’en 1944 : 2000 ans de retard par rapport à notre civilisation celte.

La superbe « révolution » dite française a tué des centaines de milliers d’hommes, dans des conditions atroces. « La révolution est un bloc, dont on ne peut rien détacher», a dit l’illustre Georges Clémenceau ». Un autre : « Les races supérieures ont un droit sur les races
inférieures » (Jules Ferry, 1885). Nous, Bretons, n’étions pas concernés, puisque d’illustres Français nous situaient entre l’homme et la bête, d’autres nous considéraient comme « les nègres de la France », d’autres encore voyaient dans les landaus des Bretonnes de Quimper,
non pas des enfants, mais des gorets ».

La France n’est pas le pays des droits de l’homme, mais LE PAYS DES NON-DROITS DE L’HOMME, l’une des hontes de l’Univers. Le phénomène s’est aggravé depuis trente ans. Ce qui est maintenant reconnu partout.
Nous allons faire traduire ce texte en plusieurs langues : la sottise des vantards agace des millions de personnes dans le monde.
Les droits de tous les êtres humains à leur appartenance à leur nation, à leur culture, à leur langue, à leur identité, sont des droits de l’homme, et sont sacrés. Ils sont reconnus et consacrés par la législation internationale, mais non appliqués en France. La nécessité de respecter ces droits aux autres peuples, et de tenter de rapprocher nos valeurs, qui comportent de nombreuses parentés, sont
également sacrés.

Ceux qui veulent abolir ces principes doivent résolument être jetés en prison, à vie, au pain sec et à l’eau.
Ils y apprendront, dans leurs méditations, ce qu’il en coûte de mépriser leurs frères en humanité, et leur éminente Dignité d’être libres. L’avocat Juan Branco : « Ils ne sont pas corrompus, ils sont la corruption ».

La littérature de Louis Mélennec est miraculeuse : sarclée quotidiennement par les Kollabos, elle repousse aussitôt ; sans engrais et sans pesticides.

Louis Mélennec, Docteur en droit et en médecine, historien, Breton et citoyen du monde

Une rue Bugeaud à Lyon ravive les débats

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Grottes Dahra

Une pétition « Plus de nom de rue Bugeaud à Lyon, qui est une infâmie ! » lancée par Malika BENARAB ATTOU une femme politique française ancienne député européenne, a déjà recueilli plus de 899 signatures.

Le but de cette action est de sensibiliser la ville de Lyon dirigée par Grégory Doucet (EELV Europe Ecologie Les Verts) pour faire retirer une rue au nom du maréchal Bugeaud (1784-1849) dans le 6ème arrondissement. Cet officier de la conquête de l’Algérie des années 1840 est le tortionnaire et commanditaire des premières enfumades en Kabylie et en Algérie, des massacres perpétrés en enfermant les populations dans des grottes et en y mettant le feu. Les colonnes infernales de la République Française se sont rendus coupables des mêmes crimes lors des guerres de Vendée (1793-1800).

Rappelons que dans son article  » La guerre des montagnes », paru en avril 1851 dans la Revue des deux mondes, François Ducuing décrivait les campagnes militaires du maréchal Bugeaud et parlait des Kabyles en ces termes : « Tous les Kabyles sont fiers de leur indépendance, qui a résisté jusqu’ici à toutes les invasions. Ce sont eux aussi que nous avons trouvé à tous les pas de notre conquête pour nous disputer la possession de toutes les vallées et tous les passages de montagnes« . Bugeaud avait aussi déclaré dans un discours à la Chambre, le 24 janvier 1845 : « J’entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu’à vous seuls. » Comment les Kabyles de France peuvent-ils ne pas se sentir concernés par ce qui touche de près à leur histoire ?

Pour autant bien que sincère, ce discours, en éludant les autochtones, en l’occurrence le peuple Kabyle, perd une nouvelle fois en force et en crédibilité. Écartés du dialogue franco-algérien, d’une certaine théâtralité complice entre États-Nations, les Kabyles de France sont très éloignés de cet état d’esprit de repentance. Les Kabyles n’ont pas oublié les nombreux déportés. Ils continuent d’honorer la mémoire d’Ahmed Cherchari guillotiné à Lyon. Faut-il néanmoins s’inscrire dans un discours qui constitue le terreau du FLN, adopter une posture indigéniste la question reste ouverte et mérite débat.

Pétition Débaptisons la rue Bugeaud à Lyon

« Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards » le 11 juin 1845, à la suite de la première enfumade, le général Bugeaud, commandant en chef, conseillait cela à ses subordonnés pour réduire les partisans de l’émir Abdelkader peuplant la région du Chélif.

Bugeaud fut l’étendard de la politique de terre brûlée en Algérie.

Des milliers d’Algériens, y compris des femmes et des enfants, furent enfumés ou emmurés dans les grottes d’Algérie : les populations civiles se réfugiaient souvent dans des grottes pour échapper aux combats. Des centaines d’entre eux y perdirent la vie dans ces conditions atroces.

Interpellé sur ces horreurs, à la Chambre des Pairs, le général Bugeaud en assuma la responsabilité.

Comment peut-on continuer à honorer ce funeste personnage en affichant son nom sur une rue du 6è arrondissement de Lyon ?

Cette année 2022, après la visite de coopération du Président français Macron en Algérie et alors que les Algériens, et leurs amis, fêtent le 60è anniversaire de l’indépendance de leur pays chèrement acquise, il est temps de refonder les relations entre nos 2 peuples sur les valeurs communes de fraternité et d’anticolonialisme.

Honorons les personnalités qui peuvent contribuer à cela :

Gisèle Halimi (avocate des militantes et militants du FLN durant la guerre d’indépendance)

Germaine Tillion (résistante, universitaire, médiatrice entre le FLN et le gouvernement français)

Jacques Pâris de Bollardière (seul officier supérieur en fonction à avoir condamné ouvertement l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie)

Albert Carteron (prêtre lyonnais à la tête du réseau de soutien du FLN à Lyon)…

Monsieur le Maire de Lyon, Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers municipaux lyonnais,

Il existe de nombreuses personnalités qui font honneur à nos valeurs et méritent d’avoir leurs noms sur les lieux publics de notre ville, en hommage à leur courage et leur humanisme.

Il ne s’agit pas de nier l’histoire (Pétain a-t-il une rue à son nom ?) mais de choisir qui honorer et ce dans la volonté de bâtir une coopération fraternelle entre la France et l’Algérie.

Nos jeunesses ont besoin de connaître ces personnalités et de savoir qu’elles ont porté des valeurs qui nous sont communes.

Plus de nom de rue Bugeaud à Lyon, ce qui est une infâmie !

Malika BENARAB ATTOU

Ex-Eurodéputée

Présidente de l’association GAME

Lyon, le 5 octobre 2022

Source de la pétition

Le régime fasciste algérien condamne Ferhat Mehenni à la perpétuité

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Ferhat Mehenni Bellabaci Aksel

La peine d’emprisonnement à perpétuité a été prononcée à l’encontre de Ferhat Mehenni ce lundi 14 novembre par un tribunal d’Alger. Selon l’agence de presse d’Etat, Algérie Presse Service (APS), le tribunal de Dar El Beïda a condamné par contumace le président du gouvernement provisoire kabyle en exil « pour création d’une organisation terroriste et atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale».

En mai 2021, le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie est été classé « organisation terroriste » par le régime totalitaire algérien.

Tous les militants et sympathisants du MAK encourent la réclusion à perpétuité en vertu de l’article 87 bis 6 code pénal qui punit «tout Algérien qui s’active ou qui s’enrôle à l’étranger dans une association, groupe ou organisation terroriste ou subversif » ou dont les activités nuisent aux intérêts de l’Etat algérien qui tient à se définir dans l’idéologie arabo-islamique.

Des centaines de militants du mouvement culturel kabyle se trouvent emprisonnés et condamnés dans des procès « expéditifs et des condamnations surréalistes » pour « délit de kabylité » et pour « avoir porté atteinte à la sécurité de l’Etat, l’unité nationale, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ».

Dans une inversion accusatoire, la junte au pouvoir prétend même que Ferhat a commandité les feux de forêts qui ont ravagé la Kabylie durant l’été 2021.

Présent au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève, le 11 novembre dernier, Ferhat Mehenni a dressé un réquisitoire contre l’Etat Algérien l’accusant de mener un «génocide du peuple kabyle», de «coloniser la Kabylie».

Ce régime fasciste algérien est le même qui a assassiné les pères de la révolution du 1er novembre 1954 Krim Belkacem à Franckfort, Mohamed Khider en 1967 à Madrid et les opposants démocrates Ali Mécili en 1987 à Paris et plus récemment Kameleddine Fekhar à Blida en 2019.

Le régime algérien se prend la gifle par les vrais Arabes

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Kateb Yacine - Djaffar Ben

“Comme je me suis insurgé contre l’Algérie française, je m’insurge contre l’Algérie arabo islamique. On ligote un peuple à travers une langue et une religion, je ne suis ni arabe ni musulman, je suis algérien » Kateb Yacine.

Loin d’être un postulatum, cette énonciation est une vérité que tout algérien digne de son algérianité ne saurait mettre en doute. Mohammed Ben Salmane, puissant maitre de l’Arabie, la confirme à sa manière pendant que se prépare à Alger, la tartuferie d’un sommet de la ligue arabe.

Dans leurs incursions armées avec occupation de territoires, les arabes parlaient d’al-futûhâte al-islâmiyya, littéralement : les ouvertures islamiques, comme si les pays des peuples non-arabes étaient fermés et qu’il fallait les ouvrir par la force à la seule religion vraie qui devait être connue et adoptée partout dans le monde. Ce mélange conquête-illumination avait écarté subrepticement le concept de colonisation, tendancieusement traduit en bénédiction. La lecture de l’histoire des pays Nord-Africains devint alors ordonnancée à leur conquête par les arabes qui se déduisait par la volonté de modifier leur histoire commune et par embranchement politique, le replacement du mécanisme de leur soumission absolue à une langue et une religion par le mythe d’un « Maghreb » conquis, par la grâce de Dieu, dans une optique de renaissance. Comme si nos aïeux étaient nés sous X.

L’identité détermine un peuple, elle ne se construit pas. Elle ne se modifie pas. Elle ne se choisit pas. Sur le plan biologique, elle est un héritage génétique que chaque peuple reçoit comme un patrimoine particulier à conserver et à protéger avec le devoir de le transmettre à son tour. Les critères à partir desquels les tenants du pouvoir en Afrique du Nord définissent l’identité occultent des centaines de générations qui s’étaient succédé à travers le temps pour faire de nous ce que nous sommes : des Amazighs. Et aujourd‘hui, des couches sociales dans le « Maghreb » vivent dans l’ignorance de la partie la plus importante de leur identité. Heureusement, la revanche de l’histoire se lit, paradoxalement, dans le mépris envers l’Algérie que cultivent les plus hauts descendants des anciens conquérants arabes, Mohammed Ben Salmane et ses associés, pourtant, tout aussi criminels et sanguinaires que leur ancêtre Oqba Ibn Nafi envers lequel les Algériens rendent constamment hommage à la manière d’une postulation vers Dieu.

Un sommet de la Ligue arabe sans les vrais Arabes dans une terre non arabe truffée de contre-vérités supposées historiques, c’est le mensonge qui se moque du mythe. Le Moyen-Orient coupe enfin son prolongement en Afrique du Nord, un appendice qui ne lui sert plus à rien. Un accessoire qui lui est plus gênant que profitable.

Dépourvu de tous les concepts de dignité et de valeurs intrinsèques, le régime algérien, méchant et sénescent, prend la gifle sans rougir. Il joue à son peuple une mise en scène dont il tire l’usufruit qui lui permet de disposer encore des dupes avec toutes les formes d’imposture à sa disposition. Le pire que l’on constate c’est l’hystérie burlesque des charlatans, journaux aussi faux que suspects, naufragés dramatiquement dans le domaine de l’information. Ils trouvent les alibis nécessaires à leur passion de larbins par des excès morbides dans la justification funambulesque de l’humiliation que vient de subir leur président. Charmés de l’effet de libations pour certains, d’autres se mettent volontiers en goguettes qu’ils se font partie fine craignant d’être maladroits vis-à-vis de l’organisme distributeur de pub. De dynamisme, d’enthousiasme et d’énergie à merci, ils se font racoleurs à leur insu au point de laisser pisser le mérinos. Quand ça sent le fagot, les consciences se ferment, les chiens dansent.

Tant que le régime algérien n’est pas hué par des intelligences, son peuple portera encore et encore les souffrances du cheval maltraité de Nietzche

Djaffar Ben.

Peinture: Kateb Yacine.

Huile sur toile réalisée au lendemain du décès du poète.

La Kabylie dérange la France et l’Algérie

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Ferhat Mehenni

Le régime algérien a essayé de faire taire la voix de la Kabylie en faisant pression sur Paris. La chaîne de télévision CNEWS a décidé d’annuler une interview du Président du Gouvernement Kabyle en Exil l’Anavad, programmée le 2 octobre juste quelques minutes avant son passage. C’est du jamais vu dans un pays occidental.

On sait et on a compris maintenant que la Kabylie dérange. La France d’Emmanuel Macron et l’Algérie de Abdelmadjid Tebboune travaillent la main dans la main à étouffer la cause et la lutte pacifique de libération de la Kabylie.

Un pays qui se dit garant de la liberté d’expression et la presse libre, en est finalement arrivé à censurer un homme de paix reconnu pour son combat en faveur des droits de l’Homme. Une vidéo montre les coulisses de l’émission, où le journaliste Yvan Rioufol se dit sidéré qu’on est ordonné d’annuler le passage du président du Mak Anavad sur le plateau.

La Kabylie vaincra ce n’est juste qu’une question de temps !  Ces deux pays qui font le sale boulot pensent qu’ils étoufferont la cause de la Kabylie. Ils se trompent lourdement. Au contraire, ils ont donné un très grand coup de pouce à la cause, car tout le monde a réagi en condamnant l’annulation de passage de M. Ferhat Mehenni. Le monde entier a entendu parler de la lutte pacifique de peuple kabyle et s’est étonné de l’attitude de la chaîne de télévision françaises Cnews.

A l’heure actuelle, avec tous les moyens nécessaires pour s’exprimer en toute liberté, l’information finit par passer, alors que représente cette chaîne Cnews?  Presque rien, devant tous les moyens qui existent dans le monde ! Si cette chaîne de télévision française CNews avait laissé le Président kabyle s’exprimer, respectant la pluralité d’expression, elle s’en serait sorti grandie et remerciée. Là, non seulement, cette chaîne a déçu le peuple kabyle, mais elle porte désormais le sceau de la honte. Tout le monde est au courant de cette censure au moment où « des centaines de militants Kabyles sont kidnappés, torturés, emprisonnés le plus souvent sans procès ». Cette censure de CNews restera gravée dans l’histoire de l’audiovisuel international.

Contribution de Muhand Neɣ

Hocine Kaïs : « Ma mère est ma première source d’inspiration »

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Hocine Kaïs

Après l’article biographique consacré à l’artiste Hocine Kaïs paru le 24 septembre 2022 dans nos colonnes, nous publions ici l’intégralité de l’interview accordée à Kabyle.com.
Par Lyazid Chikdene

Kabyle.com : Pourriez -vous nous parler un peu, en tant que peintre et chanteur compositeur interprète, comment a commencé votre aventure ou votre histoire avec le domaine de l’art, la chanson et la peinture en même temps ?

Hocine KAIS : Ma première source d’inspiration, ne pouvait être que ma mère par rapport à la chanson. Sa voix envoûtante me berçait, et ses paroles, relatant les évènements de la guerre d’indépendance, me faisaient pleurer. Une fois, mon frère aîné a emprunté une guitare à un ami à lui, pour s’initier à la guitare. Une aubaine inattendue pour moi. Une guitare chez nous !!!!! Nous qui n’avions que des Ikoufane* pour orner les murs de notre pièce si exiguë. Je me suis acharné sur cette guitare, ne lui laissant aucun répit. J’ai senti des progrès inespérés en quelques jours, ce qui m’a encouragé à persévérer et à pouvoir jouer maladroitement quelques notes au bout de 15 jours de la chanson de « ooh ooh acimi . Anebdu yuɣal d ccetwa », c’est à partir de là que j’ai composé ma première musique aux paroles de mon frère, « leqraya urɛad fukaɣ, ezwaǧ ad zewǧeɣ ḥeṭmniyi l waldin-iw … » Ma première chanson (parole et musique), était « lɣerba d ajgu ẓẓayen …« . Alors que j’avais 17 ans et étudiais au CEM Zaidat Ahmed d’azazga. Parallèlement à la chanson, je me suis retrouvé doué dans le dessin sans savoir d’où ça venait. J’aimais tout ce qui est coloré, à l’exemple de Ticṛaḍ (décoration murale kabyle), ou la robe kabyle, etc. J’ai continué à développer les deux arts parallèlement en m’inspirant des artistes connus et en profitant des moyens mis à ma disposition en tant que président du club dessin au lycée Chihani Bachir à Azazga.

K.C. : Contrairement à la chanson qui est déjà bien répandue en Kabylie pendant votre jeunesse, se pencher, en revanche, vers la peinture et les arts plastiques semble quelque chose de rare ou d’inhabituelle à cette époque pour un enfant né et vivant dans un village, peut-on savoir un peu plus ?

H. KAIS : Tout à fait. Au CEM comme au lycée, je n’ai pas rencontré de personnes de ma génération, qui avaient ce don, en arts plastiques. Donc les rares occasions pour exposer, je me retrouvais quasiment seul à avoir des œuvres à exposer. L’inexistence d’une école des beaux-arts dans les environs et le manque de vulgarisation de cet art, serait à l’origine du manque d’intérêt des jeunes à s’y investir. C’est seulement à Mostaganem durant mon cursus universitaire que j’ai commencé à m’épanouir, en occurrence après ma rencontre avec mon ami et camarade l’artiste peintre Rachid TIGHILT, lui aussi élève ingénieur en agronomie à l’L’I.T.A de Mostaganem . Nous avons réalisé
quelques travaux et expositions ensemble, dont la première au lycée filles OULD KABLIA et ce, en 1981, quelques mois seulement après le printemps amazigh (berbère). Chose qui n’était pas aisée, et qui a valu la visite des services de sécurité à la directrice du lycée de l’époque, la brave femme Mme BENDERDOUCHE.

K.C. : Comment vous avez réussi à combiner entre vos études et votre passion pour les arts à une époque où les arts manquaient de vulgarisation ?

H. KAIS : En étudiant, je n’avais aucun problème à joindre les deux (l’art et les études). L’art coulait dans mon sang depuis mon enfance. J’aimais tellement ce que je faisais que l’exercice de création devenait un plaisir pour moi. Je me repose en peignant un tableau ou en composant une chanson. Donc, ça a été un plaisir de chanter et de peindre et de composer. Entre la peinture et la chanson, il y a complémentarité, l’un n’empêche l’autre. Le problème se fait sentir dans la vie active, lorsque le besoin de survie phagocyte le besoin d’expression. J’étais au lycée 1979 lorsque je suis passé à l’émission iḥefaḏ̣en animée par Mohand Errachid . J’étais à l’ITA de Mostaganem lorsque je suis passé à l’émission animée par Si Smail en 1981 toujours à la chaine II. C’est en étant étudiant que j’ai enregistré deux albums 82 et 84 qui n’ont pas vu le jour sur le marché. C’est en étant lycéen et étudiant que j’ai composé la majorité de mes chansons. J’ai réalisé quelques expositions de peinture à l’enceinte de l’ITA, à l’université de Mostaganem et d’Oran, ainsi qu’au palais de la culture d’Oran
tout en étant étudiant.

K.C. : Votre technique en peinture est originale et particulière, comment vous pouvez la décrire en quelques mots pour les amateurs de cet art ?

H. KAIS : J’ai ce défaut d’être l’éternel insatisfait. Je me trouve des imperfections dans tout ce que je crée et je m’en sers pour créer davantage. La particularité de ma peinture, réside même dans sa philosophie. Que je me serve d’un pinceau ou d’un cutter, je fais apparaître l’intime symbiose entre l’être humain et son environnement naturel en insistant sur la transparence de l’un par rapport à
l’autre. L’un dépend de l’autre et vice versa. La femme est omniprésente dans mes peintures, et en premier plan, et faisant tout à la place de l’homme. Certainement pour mettre en évidence l’absence du père dans ma vie.

K.C. : On remarque un certain nombre d’artistes Kabyles de talents qui sont aujourd’hui en retrait de la scène artistique, est- ce dû au manque de motivation ?

H. KAIS : Arrivé à l’âge où la responsabilité familiale vous met au pied du mur, et que ce que vous aimiez ne vous nourrit pas, le temps finira par éroder votre passion, et vous pousser à la reléguer au second rôle de vos priorités, en occurrence, en Kabylie où la dureté du quotidien ne fait pas de cadeau. Pour mon cas, après mes études, j’ai continué à m’investir dans l’art contre vents et marées.

Pour la chanson j’ai sorti mon premier album en 1989 à Tizi Ouzou. Après quelques centaines de cassettes sur le marché, la maison d’édition cesse son activité et dépose le bilan. J’ai récupéré donc ma bande et l’ai transférée à Djurdjura musique de Iferhounene pour la produire à compte d’auteur.

J’ai répondu à l’invitation de Samira animatrice à la chaîne 2 (Paix à son âme) pour faire la promotion de mon album. Avec le système de compte d’auteur, les choses se corsaient pour moi, je me retrouve dans une solitude asphyxiante, avec un manque de moyens handicapant, je ne pouvais que baisser les bras. Étant Marié, à ma charge une responsabilité familiale et vivant à Mostaganem, loin
de mon public, le choix ne pouvait être autre que courir pour subvenir à mes besoins de subsistance.

En Algérie, particulièrement l’artiste kabyle, ne peut trop compter sur son art pour subvenir à ses besoins.

K.C : Beaucoup d’artistes qui ne sont pas visibles sur la scène, mais ils continuent de pratiquer leur art dans la sphère privée, est-ce bien votre cas ?

H. KAIS : Durant la période post-universitaire, je me suis beaucoup investi dans la création en réalisant beaucoup d’œuvres de peinture et expositions, où j’ai eu droit à plusieurs articles de presse et passages à la télévision dans les deux disciplines. Malgré tout, le temps a fini par avoir le dessus en nous réduisant au silence, pour se recroqueviller sur soi et continuer à créer essentiellement pour
le plaisir de la passion.

K.C : Quel regard portez-vous sur la production artistique actuelle et les artistes de la nouvelle génération ?

H. KAIS : L’art en général est victime de la facilité, due à la modernisation, beaucoup font la confusion entre la facilité et la simplicité. Le prêt-à-porter (les reprises, copier-coller…) dans l’art, tue la création, et l’art sans la création, devient stérile.

K.C : Un commentaire pour clôturer notre interview.

H. KAIS : Le parcours de l’artiste est toujours parsemé d’embûches. On sait comment il commence, mais on ne sait pas comment il termine. Un grand merci pour votre intérêt à mon parcours, et pour Kabyle .com qui me donnent l’occasion de m’exprimer à cœur ouvert. Tanmirt.

Propos recueillis par Lyazid Chikdene

L’ONU réclame la libération immédiate de Kamira Nait Sid

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Kamira Nait Sid

Par le biais de son groupe de Travail sur la détention arbitraire, l’ONU a jugé le 1/04/2022 que l’enlèvement, la séquestration et la détention de Kamira Nait Sid, coprésidente du CMA, n’ont aucun fondement légal et en conséquence, a exigé sa libération immédiate et la réparation des préjudices qu’elle a subis.

Le Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire (GTDA-ONU), après avoir examiné les plaintes pour enlèvement, séquestration et détention arbitraire de Kamira Nait Sid le 24 août 2021 en Algérie, déposées par le CMA et Riposte Internationale et suite aux réponses aux questions posées par le GTDA- ONU au gouvernement algérien, le GTDA-ONU a jugé le 1/04/2022 (A/HRC/WGAD/2022/15) que :

  1. Mme Nait Sid a été enlevée et séquestrée par des agents de l’Etat algérien, ce qui constitue «une forme particulièrement grave de détention arbitraire»,
  2. les activités de défense des droits des Amazighs menées par Mme Nait Sid, sont protégées par le droit à la liberté d’expression garanti par l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et par l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et politiques, et que l’intéressée a été placée en détention pour avoir pacifiquement exercé ce droit,
  3. en sa qualité de coprésidente du CMA, Mme Nait Sid exerçait pacifiquement le droit à la liberté d’association garanti à l’article 20 de la DUDH et l’article 22 du Pacte international sur les droits civils et politiques, et elle a été arrêtée pour cette raison. Et notamment pour s’être pacifiquement employée à défendre son droit et celui des autres membres de la communauté amazighe d’avoir leur propre culture, de
    professer et de pratiquer leur propre religion et d’employer leur propre langue, garanti à l’article 27 du Pacte,
  4. le Gouvernement algérien ne fait état d’aucune activité menée par Mme Nait Sid pouvant être considérée comme constitutive d’un acte de terrorisme. En l’absence d’informations démontrant son implication dans des actes de violence, aucun motif légitime ne justifie que l’exercice de ses libertés soit restreint,
  5. le Gouvernement n’explique pas en quoi il était nécessaire de poursuivre Mme Nait Sid en justice pour protéger un intérêt légitime ou en quoi l’accuser de graves crimes terroristes passibles de longues peines d’emprisonnement était une réaction proportionnée aux activités reprochées. En outre, rien ne prouve que le comportement ou les activités de Mme Nait Sid pouvaient être considérés comme une
    menace pour la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publiques, ou les droits ou la réputation d’autrui. Le Gouvernement ne mentionne expressément aucun acte de terrorisme commis par Mme Nait Sid. Le Groupe de travail en déduit que l’intéressée a été arrêtée et placée en détention parce qu’elle est membre de la communauté amazighe et qu’elle défend les droits de celle-ci,
  6. Mme Nait Sid est détenue pour avoir exercé les droits consacrés aux articles 19 et 20 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et aux articles 19, 22 et 27 du Pacte international sur les droits civils et politiques et que sa privation de liberté est contraire aux dispositions de l’article 7 de la DUDH et de l’article 26 du Pacte. L’arrestation et la détention de Mme Nait Sid sont dénuées de fondement juridique et sont donc arbitraires,
  7. Mme Nait Sid est privée de liberté pour des motifs discriminatoires, à savoir son origine nationale, ethnique ou sociale et sa qualité de défenseuse des droits humains, en violation des articles 2 et 7 de la DUDH et des articles 2 et 26 du Pacte sur les droits civils et politiques. En conséquence, aucun procès concernant Mme Nait Sid ne devrait avoir lieu,
  8. le Gouvernement algérien doit procéder immédiatement et sans condition à la libération de Mme Nait Sid, arbitrairement privée de liberté depuis le 24 août 2021, et veiller à ce qu’elle reçoive les soins médicaux nécessaires. Le Gouvernement doit également lui accorder le droit d’obtenir réparation, notamment sous la forme d’une indemnisation, conformément au droit international,
  9. le Gouvernement algérien doit veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur les circonstances de la privation arbitraire de liberté de Mme Nait Sid, et de prendre les mesures qui s’imposent contre les responsables de la violation de ses droits,
  10. le Groupe de travail demande au Gouvernement algérien d’user de tous les moyens à sa disposition pour diffuser le présent avis aussi largement que possible.
    Résumé de la décision du Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire concernant le cas de Kamira Nait Sid, réalisé par le
    CMA, 1.09.2022.

Hocine Kaïs, l’artiste aux dons multiples

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Hocine Kais

Hocine Kais, fait partie de la génération qui a contribué à montrer la voie vers les arts pour une jeunesse kabyle douée en quête de référence et d’inspiration. Artiste peintre, chanteur compositeur et interprète, titulaire aussi d’un diplôme d’ingénieur agronome obtenu en 1984. Hocine Kaïs a pu montrer à travers son propre exemple, notamment à une époque où l’art et les artistes se battaient contre le vent et marrés pour s’effrayer une place dans une société pas très portée sur le domaine de la culture, que la réussite dans les études ne peut être compromise par les conditions non avantageuses pour un enfant orphelin de l’après-guerre et encore moins  par l’intérêt et le penchant  que pourrait avoir un jeune pour l’art, il a su brillamment  conjuguer ses passions et les études.

Né en 1959 dans les hauteurs de la Kabylie, au village Mezeguene précisément dans la commune Illoula Oumalou, orphelin de père décédé au champ d’honneur en avril 1961, il effectue ses études primaires au village Agoussime avant de se rendre à Azazga pour poursuivre ses études moyennes et secondaires. Après avoir décroché son baccalauréat, il intègre l’Institut de Technologie Agronomique de Mostaganem dans le ouest algérien où il obtient son ingéniorat en 1984.

 Dès son jeune âge, l’artiste en herbe qu’il était, essayait de trouver un équilibre harmonieux entre les études qui lui tiennent à cœur pour assurer son avenir et améliorer les conditions sociales de sa famille et une passion pour le dessin et la chanson qui nourrit son âme.

Comme tout jeune artiste, Hocine Kaïs puisait de son environnement immédiat et de son vécu pour composer ses œuvres, dans une de ses peintures, il représentait un jeune homme dans sa chambre assis sur son lit avec une lettre à la main et une guitare posée juste à ses côtés comme si elle attendait son tour de se retrouver dans les mains de ce jeune concentré sur la lecture, n’est- ce pas là une belle manière de raconter sa propre histoire sans faire appel aux mots mais  en usant seulement du langage muet comme la peinture ?

L’omniprésence de la femme dans ses dessins et peintures est sans doute un hommage à la femme Kabyle en générale et à sa mère en particulier qu’il considère comme sa principale source d’inspiration. L’orphelin qui n’a pas connu son père, a su mettre en avant dans ses peintures le rôle d’une femme qui devait à la fois accomplir sa mission de mère et qui endosse le rôle d’un père absent en faisant aussi les tâches qui incombent à l’homme.

La Kabylie comme terre natale a bien inspiré l’artiste peintre dès son jeune âge, des scènes de vie villageoise étaient un des sujets traités dans plusieurs de ses toiles dans un style qui lui est particulier où il joue sur l’effet de transparence de ses teintes pour suggérer des silhouettes et des personnages qui se transposent et qui se fondent avec un arrière-plan tout en restant visibles.

 Ce choix d’expression n’est pas naïf, il est construit sur la démarche philosophique de l’artiste qu’il justifie par son désir de montrer l’intime symbiose entre l’être humain et son environnement naturel en insistant sur la transparence de l’un par rapport à l’autre.

Dans le domaine de la chanson, l’artiste a composé et interprété plusieurs chansons pendant sa vie estudiantine. Au milieux des années 80, il enregistre un album, ’Tabrats n beṭṭu’’  qu’il a fait sortir  sur le compte d’auteur avec l’édition Djurdjura Music, toute une génération de sa région natale, notamment les jeunes qui qui ont eu l’occasion d’assister à ses spectacles, marquée par le succès du titre Awah Awah qui figure dans cet album.

Entré dans la vie active, Hocine Kaïs s’installe définitivement à Mostaganem, la ville où il a suivi ses études supérieures, sans pour autant couper le lien avec sa Kabylie natale. Plusieurs expositions ont été consacrées aux peintures de l’artiste autodidacte, l’une d’entre elles a eu lieu au palais de la culture à Oran en septembre 1994. Dans la même année, l’artiste décroche le deuxième prix du concours consacré aux arts plastiques organisé par le musée National Ahmed Zabana  à Oran.

Dans les années 80 jusqu’à la fin des années 90, on peut dire que le nombre d’artistes peintres en Kabylie se comptait sur les doigts d’une main, cela mous permet de considérer Hocine Kaïs, tous comme les artistes de sa génération, Arezki Larbi, Rachid Tighilt, Hocine Haroune, et les autres, comme précurseurs ayant ouvert la voie dans le domaine des arts plastiques pour la jeunesse kabyle.

L’artiste est resté discret et loin des feux de la rampe malgré la qualité de ses œuvres picturales ou musicales, il reconnaît que le parcours d’un artiste est souvent semé d’embûches et d’imprévu, on sait comment il commence mais on, ne sait pas comment il termine ajoute Hocine Kaïs .Cela ne veut pas dire non plus que l’artiste a cessé de produire depuis son absence sur la scène, il compte à ce jour un répertoire d’une soixantaine de chansons qui sont prêtes à enregistrer et plus de 80 toiles dans sa collection de peintre.

L’artiste comme être humain, peut effectivement céder et parfois abandonner sous l’effet de la contrainte que pourrait imposer la vie par toutes ses dimensions, mais l’œuvre quand est-elle bien accomplie, comme celle Hocine Kaïs, elle résistera car elle est intemporelle, il suffira d’un déclic et d’une petite étincelle pour qu’une flamme soit à nouveau rallumée et voir enfin les œuvres de l’artiste briller sur la scène.

Retrouvez prochainement l’entretient accordée par Hocine Kaïs pour Kabyle.com

Lyazid Chikdene pour Kabyle.com

19/09/2022

300 prisonniers politiques Amazighs en grève de la faim – Appel à un rassemblement

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Appel à rassemblement

Des prisonniers Kabyles et Amazighs en Algérie, tous en détention arbitraire, se sont mis en grève de la faim pour protester contre l’injustice et l’abus de pouvoir dans ce pays.

Nous devons être solidaires avec eux, nous devons partager leurs souffrances, leur révolte et leur détresse. Leur combat pour la justice, la dignité et la liberté est le nôtre.

Le pouvoir algérien sème la peur, la parole est muselée, nous sommes tous concernés.

C’est pourquoi,

Le Congrès Mondial Amazigh lance un vibrant appel aux Kabyles et aux Amazighs de France, à leurs amis et à tous les Français épris de justice, à un Rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Paris

50, rue de Lisbonne 75008 Paris

Métro : Monceau ou Courcelles

Samedi 24 septembre 2022 à 14h

Halte à la répression ! Halte au racisme d’État ! Halte à la haine anti-kabyle et anti-amazighe en Algérie.

Non à la criminalisation de citoyens engagés et des défenseurs des droits des Kabyles et des Amazighs en Algérie.

Solidarité avec les détenus politiques et d’opinion en Algérie.

Nous devons être solidaires avec eux, nous devons partager leurs souffrances, leur révolte et leur détresse. Leur combat pour la justice, la dignité et la liberté est le nôtre.

Le Congrès Mondial Amazigh

L’immersion est le seul espoir des langues menacées

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François Alfonsi

Le réseau Network to Promote Language Diversity (NPLD) vient de présenter une étude comparative des modèles « d’éducation dans la langue » en s’appuyant sur quatre exemples : le Pays Basque, le Pays de Galles, la Bretagne et l’Irlande. Le verdict est sans appel : l’enseignement par immersion totale est le seul espoir d’avenir pour les langues menacées de disparition.

L’étude compare ainsi les résultats obtenus par les enfants selon les modalités de leur scolarisation et la répartition de l’exposition des enfants durant le temps scolaire, en classe et hors la classe, entre la langue menacée et la langue officielle dominante. Ainsi en est-il entre basque et espagnol, gallois et anglais, breton et français et gaélique et anglais.

Au Pays Basque (Euskadi)

Les Basques sont répartis sur sept provinces historiques : Labourd, Basse Navarre et Soule dans l’Etat français, la Navarre, et les trois provinces de la Communauté Autonome Basque, la Gipuzkoa, la Biscaye et l’Alava. Dans la Communauté Autonome Basque, il y a plus de deux millions d’habitants, dont un tiers environ sont bascophones (631.000) auxquels s’ajoutent 356.000 locuteurs passifs selon l’étude sociolinguistique réalisée en 2016.

Le système éducatif actuel est en vigueur depuis 1982, date de l’autonomie obtenue après la chute du franquisme. La loi sur la normalisation de l’usage de l’euskara énonce le droit pour tous d’être scolarisés aussi bien en basque qu’en castillan, et fixe comme objectif « une compétence pratique suffisante dans les deux langues officielles à la fin de l’éducation obligatoire ».

Pour cela il est proposé aux parents trois possibilités

– Cursus A dont la langue d’instruction et de la vie scolaire est le castillan, et où le basque est seconde langue obligatoire ;

– Cursus B, où le bilinguisme est général ;

– Cursus D dont la langue d’instruction et de la vie scolaire est le basque, et où le castillan est seconde langue obligatoire.

Le cursus faisant la part belle au basque a été largement plébiscité par les parents. Dans l’école primaire, au départ, en 1985, le cursus B-espagnol était majoritaire (70% des enfants), le cursus D-basque loin derrière (20%) et le reste pour le cursus B-bilingue (10%). Au tournant de l’an 2000, après 15 ans, les proportions étaient inverses : le cursus D-basque accueillait 52% des élèves, le cursus B-bilingue 30% et le cursus A-espagnol 18%. Vingt ans plus tard, en 2019, les écarts se sont encore creusés : cursus D-basque 77%, cursus B-bilingue 18% et le cursus A-espagnol moins de 5%.

Dans le secondaire la tendance est la même : cursus A-espagnol 73% des enfants en 1985, 6% en 2019 ; cursus B-bilingue 7,5% en 1985, 22% en 2019 : cursus D-basque : 15% en 1985, 72% en 2019.

Entre les trois cursus les résultats obtenus concernant la maîtrise de la langue basque sont incomparables :

– En cursus D-basque, le pourcentage des enfants maîtrisant le basque en fin de scolarité varie de 56,4% dans l’enseignement public à 67,5% dans l’enseignement privé.

– En cursus B-bilingue, le pourcentage des enfants maîtrisant le basque à l’issue de la scolarité est de 22,3% dans le public et 42,2% dans le privé.

– En cursus A-espagnol, les pourcentages s’effondrent à 1,8% dans le public, et 12,4% dans le privé.

Au total, sur les trois cursus confondus, 54,4% des enfants basques sortent du système scolaire en maîtrisant la langue basque alors que seulement 19,2% venaient d’un milieu familial où le basque est pratiqué.

Ce bon résultat est entièrement dû au développement de l’enseignement par immersion, tant dans le privé que dans le public.

Parallèlement la maîtrise du castillan par les jeunes basques est excellente pour 86,8% d’entre eux, soit un résultat supérieur à celui de l’Espagne entière qui est de 77,3%. Pour le français, les études montrent un taux de bonne connaissance du français, à la fin de la scolarité primaire, de 79,3%, sur la base de six critères : sens des mots, syntaxe, maîtrise des phrases, compréhension des textes, capacité à la lecture, à l’écrit comme à l’oral.

Au Pays de Galles (Cymru)

Le Pays de Galles compte 562.000 locuteurs du gallois pour une population d’environ trois millions d’habitants. La planification linguistique décidée par le gouvernement autonome gallois fixe un objectif d’un million de locuteurs en 2050 (Cymraed 2050).

Le système éducatif gallois en vigueur date du « Welsh Language Act » de 1993 qui fixe une obligation d’égalité entre anglais et gallois et prévoit en conséquence de favoriser le gallois face à l’anglais largement dominant.

Comme au Pays Basque leur système éducatif propose un enseignement « welsh-medium » où le gallois est langue d’enseignement et langue de toute la scolarité ; un module english-medium où le gallois est enseigné comme seconde langue ; et un système intermédiaire bilingue, avec des graduations allant de 20% à 70% pour le gallois. En fait il s’agit d’un statut de transition par lequel le gallois prend progressivement plus de place dans une école, jusqu’à remplacer l’anglais en évoluant vers un site « welsh-medium » au bout de plusieurs années.

Sur 475.000 enfants scolarisés en primaire et secondaire dans l’ensemble du Pays de Galles, 350.000 sont dans des écoles classiques « english-medium », 80.000 (16,9%) dans la filière immersive « welsh-medium » et 50.000 dans des sites bilingues intermédiaires. La proportion d’élèves « welsh-medium » dans le primaire est de 21%, l’immersion se développant en commençant par les plus petites classes.

L’étude de ces modèles conclut ainsi : « L’éducation en immersion « welsh-medium » est la méthode principale qui assure que les enfants sont capables de développer leurs compétences en gallois, et de créer de nouveaux locuteurs en gallois » ; « les enfants qui ont suivi le cursus « gallois seconde langue » ne sont pas capables d’user de leurs compétences acquises en dehors de la salle de classe ».

Pour les enfants ayant suivi une scolarité « welsh-medium », l’évaluation faite à l’âge de 11 ans montre 80,3% de locuteurs maîtrisant le gallois. Pour la maîtrise de l’anglais, 78% réussisse les tests, contre 72,7% des enfants issus d’une scolarité en anglais comme langue véhiculaire.

En Bretagne (Breizh)

L’UNESCO catégorise la langue bretonne parmi les « langues sévèrement menacées de disparition ». Il y avait 1,1 million de locuteurs bretons au début du 20ème siècle, ils sont 210.000 en 2018, dont 80% ont plus de 60 ans.

La langue bretonne est présente dans l’enseignement selon trois cursus : écoles associatives Diwan qui pratiquent l’enseignement par immersion ; dans les écoles publiques bilingues ; dans les écoles privées bilingues.

Le système Diwan scolarise 4.500 enfants environ, sur les 20.000 qui reçoivent un enseignement significatif du breton, les autres étant scolarisés dans les écoles bilingues publiques (2/3) et privées (1/3).

A l’issue du collège, en classe de 3ème, les évaluations donnent une compétence linguistique B2 pour 65,4% des élèves Diwan. Ce taux chute à 26,8% dans le bilingue public, et 18,8% dans le bilingue privé. Les taux de réussite au Brevet est de 99% pour la filière Diwan, alors qu’elle est de 87,30% nationalement.

En Irlande (Eire)

Le Gaélique en Irlande est évalué comme une langue « définitivement menacée de disparition », bien qu’elle soit langue co-officielle avec l’anglais, et bien qu’elle soit une des 24 langues officielles de l’Union Européenne.

40% des Irlandais peuvent parler irlandais, et 4,2% le font quotidiennement. Dans un partie du territoire bien délimitée, appelée Gaeltacht, où vivent environ 100.000 habitants sur les 5 millions d’Irlandais, les deux tiers connaissent et peuvent s’exprimer en gaélique.

Dans les écoles « English-medium », le gaélique est enseigné comme une seconde langue obligatoire. Les écoles « Irish-medium » sont bien moins nombreuses, et l’étude distingue celles qui sont implantées dans Gaeltacht, et celles qui sont dans le reste de l’Irlande.

La proportion d’enfants du primaire dans une école « irish-medium » est faible, 7,5%. Il n’est que de 4,5% dans le secondaire, dont 2,5% en immersion totale.

Les résultats sont sans appel : dans les écoles « english-medium », seuls 2% des enfants parlent couramment le gaélique à leur entrée en sixième, dans les écoles immersives, cette proportion est de 56%, proportion qui monte à 75% quand ces écoles sont sur le territoire Gaeltacht.

François ALFONSI

Source : FB François Alfonsi Officiel

Kamira Nait Sid otage du régime algérien depuis un an

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Kamira Nait Sid

Le Congrès Mondial Amazigh adresse une lettre au chef de l’Etat algérien Abdemadjid Tebboune l’enjoignant de libérer Kamira Nait Sid ainsi que les centaines de prisonniers d’opinion détenus arbitrairement par le régime militaire. Ce jeudi 25 août à 14h, la diaspora kabyle en France organise un rassemblement devant l’assemblée nationale. Cette mobilisation vise à sensibiliser le Président français Emmanuel Macron en visite à Oran et Alger du 25 au 27 août. Un nouveau silence de sa part sur les violations des Droits Humains en Kabylie serait considéré comme une sorte de laisser-faire.

A Monsieur Abdemadjid Tebboune
Chef de l’État algérien
Alger, Algérie

Cela fait une douze mois, une année entière depuis que votre régime militaire détient injustement et sans jugement, Kamira Nait Sid, coprésidente de notre ONG, le Congrès Mondial Amazigh.

Comme vous le savez, le 1/04/2022, l’ONU, par la voix de son Groupe de Travail sur la détention arbitraire, a jugé que «l’arrestation et la détention de Mme Nait Sid sont dénuées de tout fondement juridique et sont arbitraires». Le Groupe de Travail a également estimé que Kamira Nait Sid a été «enlevée» et «séquestrée» par des agents de l’État algérien en violation de la Constitution et de tous les Accords internationaux ratifiés par l’Algérie.

En conclusion, l’ONU a enjoint à votre gouvernement de «procéder immédiatement et sans condition à la libération de Mme Nait Sid, arbitrairement privée de liberté depuis le 24 août 2021», et de réparer les préjudices qu’elle a subis, elle et sa famille.

Et comme vous le savez aussi, les trois cents Kabyles et les autres Amazighs, notamment des At-Mzab, actuellement en prison pour délit d’opinion, sont tous détenus de manière arbitraire, comme l’est Kamira Nait Sid. Ils sont des otages de votre régime. Ils doivent être libérés sans délai et indemnisés.

Mais malgré les condamnations et les injonctions internationales, votre gouvernement fait la sourde oreille.

Pire, vos services de répression (armée, police, justice) continuent de semer la terreur particulièrement en Kabylie, agissant avec une rare brutalité contre de paisibles citoyens. Pourquoi votre seule politique envers la Kabylie est de lui faire la guerre, elle qui a tant donné à l’Algérie? Comment le comprendre? Comment l’oublier? Comment pardonner?

Nous vous rappelons, M. Tebboune, que c’est sous votre responsabilité de chef de l’État que des crimes, des exactions, des injustices et d’indicibles souffrances sont infligés gratuitement à des femmes et à des hommes innocents, ainsi qu’à leurs mères, à leurs pères, à leurs épouses, à leurs maris, à leurs enfants, à leurs sœurs, à leurs frères, à leurs familles et à leurs amis. Un jour ou l’autre vous et tous les responsables de ce désastre, vous aurez à en rendre compte devant la justice internationale.

Et ne vous fiez pas aux gestes mielleux, ni aux tapis rouges qui peuvent vous être déroulés hypocritement en Italie, en France ou ailleurs. Cela n’est dû qu’au fait que vous détenez les clés des vannes du pétrole et du gaz de votre pays, devenus des denrées rares en ce moment.

La conjoncture actuelle vous est favorable, mais cela ne durera qu’un temps.

A moins que vous décidiez de mettre un terme immédiatement à votre système dictatorial et à tout mettre en œuvre pour instaurer la paix interne et externe. Cela passe d’abord par la libération de tous les détenus politiques et ensuite l’instauration d’un dialogue sincère avec les Amazighs et notamment les Kabyles qu’il faut cesser de traiter en ennemis de l’Algérie. Cela est dangereux et ne correspond pas à la réalité.

Le peuple Kabyle comme les autres Amazighs d’Algérie aspirent seulement à vivre libres, dans la dignité et en paix avec les autres.

Nous vous exhortons, M. Tebboune, à ne pas laisser les faucons aux galons artificiels et illégitimes vous imposer le maintien de ce système tyrannique, un des derniers au monde.

Ne laissez pas votre pays s’enfoncer dans le chaos et la désolation. Prenez des initiatives fortes pour restaurer la confiance, à
commencer par la libération immédiate des détenus politiques.

Veuillez agréer, Monsieur le chef de l’État algérien, nos salutations distinguées.
Paris, 24/08/2022
Le Bureau du CMA.

Yvan TETELBOM, poète Juif Kabyle invité au Festival de Poésie Internationale à Sète 

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Yvan Tetelbom Sète

J’ai participé du 22 au 31 juillet 2022, à l’un des plus grands festivals de poésie en France. C’était à Sète, où plus de cent poètes issus de toutes la méditerranée, parmi lesquels Moncef Ghachem grand poète tunisien, étaient invités. Je représentais l’Algérie. Quelle fierté pour l’enfant juif d’Azeffoun ex-Port Gueydon, de porter les couleurs de son pays dont il a été séparé contre son gré, en 1962. Aucune trace dans les médias algériens, aucun remerciement venant des sphères du Pouvoir, comme s’il était honteux qu’un juif affiche son identité kabyle et le clame en tous lieux, en tous pays.

Voici un extrait de la préface que me consacre Tassadit Yacine, Anthropologue Algérienne, directeur d’études en sciences sociales, dans mon 2ère roman LES TEMPORALITÉS paru aux éditions Libre2lire :

Il a perdu l’Algérie et la Kabylie mais il les a enserrées pour l’éternité au fond de son cœur et au creux de sa mémoire. Il écrit des livres, il les remplit à craquer d’histoires, de légendes, de héros ; car il veut remplir un vide, celle de la perte, il trace et retrace les repères, dans l’espoir de retrouver le chemin du retour ; il clame son identité kabyle, il veut qu’on l’entende, qu’on le reconnaisse. Il est le frère de Djaout, de Mammeri, Féraoun, Pellégri, Jean Sénac et tous ceux (et celles) qui, comme lui, aiment cette terre amoureusement, sensuellement, qui sont morts pour elle. Sans elle, la vie n’a pas de saveur. Incompris des hommes d’ici-bas, Yvan, finit par s’adresser aux esprits de l’au-delà… Peut-être comprendrontils sa quête… son histoire, celle d’un homme sincère qui recherche sa terre ! Celle du juste qui fera fleurir « l’arbre de vérités ».

Lors de la soirée de clôture du festival, devant plus de six cent personnes, j’ai dit un poème de ma composition précédé de quelques mots de présentation, en hommage à Si M’hand U M’hand, auquel je m’identifie. Ce poème a reçu un accueil enthousiaste du public.

On vieillit mal en exil, Loin de s’adoucir, le mal du pays se fait plus violent, d’autant plus vif que l’avenir se rétrécit. Comment survivre à cette peine immense. COMMENT A SURVÉCU LE GRAND POÈTE SI MOHAND U M’HAND. Dans ce poème, ÉCRIT sur les lieux mêmes de son enfance, je lui rends hommage. Son destin bascula en 1871 lors de la première révolte des Algériens contre les Français. Son père fut exécuté, son oncle, déporté en Nouvelle Calédonie et sa famille fut dispersée. Déraciné et seul, Si Mohand devint un poète errant. Dès lors, il dira des poèmes de village en village sur les thèmes de l’exil, de l’Amour, de sa terre natale, et du destin.

Longtemps

Le ciel fut noir

Au-dessus d’Ichéraouen

C’était un ciel déraciné

Dans un monde immonde

Longtemps

Tes larmes, Oh Si M’hand U M’hand

Cachèrent le cri des ruines fumantes

Du sang, de la colère

De l’enfance mise à mort

Longtemps

Tu marchas tel un poète imam

Au fil des oueds

Dans l’antre des montagnes

Et le silence des martyrs

Pour répandre

Le verbe et la fierté kabyles

Yvan TETELBOM

Ouverture d’une bibliothèque pour enfants en Kabylie

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At aarif Timkerdit

Le 14 juillet 2022 est une journée importante pour toute la population du village At Aarif, dans la région de Tirmitin. Après plusieurs mois de travaux, de sacrifices consentis, surtout par un groupe de jeunes de l’association Tizizwa Lmenasra, des bénévoles et des bienfaiteurs en matériaux et en financement (la diaspora incluse), la bibliothèque de l’école du village a été totalement rénovée. Elle est, ainsi, depuis hier, ouverte aux enfants.

Les enfants ! Ne sont-ils pas le futur ? Et qu’y a-t-il de meilleur qu’une bibliothèque pour éclairer leurs cerveaux et leur ouvrir le cœur et les yeux au monde, aux mondes ?

Les villageois n’ont pas attendu une quelconque aide étatique ou autre subvention de quelconque magnat ou riche. Ils ont fait recours à la bonne tradition kabyle de Tiwizi et ont pu en peu de temps rénover toutes les classes de l’école, les sanitaires et la bibliothèque.

Et pour inaugurer tout ça, ils ont concocté un programme riche, surtout pour les enfants, sachant que le manque d’infrastructure et de lieux de loisirs, notamment pendant les vacances en période estivale, est un grand problème en Kabylie.

Durant cette journée, il y avait des Toboggans, trampolines, une table de coloriage et des ateliers divers : tel que “l’atelier du petit scientifique”, “atelier robotique” “atelier chocolat” ainsi qu’un atelier-rencontre avec une dentiste (Dr Ouiza Omouri) pour parler et sensibiliser sur l’hygiène bucco-dentaire.

Quant à Madame Hadadi, elle s’est occupée de l’exposition de la poterie de la région. Deriche Djamel est intervenu dans le volet artistique en interprétant des sketchs et des présentations de clown. La troupe Itran de Ain Zaouia a joué une pièce de théâtre. La littérature n’est pas restée en marge puisque les écrivains Lyes Belaidi, Kamal Bentaha et Chabha Bengana ont animé des conférences sur l’importance du livre chez l’enfant et l’importance du livre chez l’individu et la société. Des thématiques si importantes avec des écrivains de terrain qui ne cessent de sillonner les villages pour transmettre et partager leur amour pour l’écriture, le livre et la langue kabyle.

At Aarif a aussi rendu hommage aux anciens enseignants et à ceux qui exercent encore dans ladite école. C’est là un acte d’honneur à un métier « oublié », sous-estimé et sous-payé.

Cet événement s’est terminé par la remise des attestations et cadeaux aux lauréats de la 5ème et par des chants entonnés par la chorale que dirige Djamel Deriche.

Le plus important, maintenant et après, n’est pas seulement l’ouverture de cette bibliothèque mais, surtout, comment la faire fonctionner pour que les enfants y soient assidus, attirés. Dans plusieurs régions en Kabylie, plusieurs salles et centres sont fermés, mal gérés en l’absence de stratégies sérieuses. Les organisateurs de l’association Tizizwa nous rassurent que des ateliers de dessin, d’écriture, de lecture de livres seront organisés d’une manière régulière. Et qu’est-ce le vœu le plus cher pour avoir un peuple conscient, un peuple à l’esprit critique aiguisé et au cœur ouvert aux autres, sans être imbu ni extrême ? Que ses enfants lisent, écrivent ! Qu’ils lisent des livres de lumière, de beauté, de bonheur, de joie, d’esprit, d’amour, de positivisme ! Que chaque village ait une bibliothèque, des bibliothèques pour contrer le marasme et les appels, à hauts parleurs ou en manipulations sordides, à la fermeture sur soi, à la négation de soi et à suivre un chemin absurde, résigné et sans issue.

Noufel BOUZEBOUDJA

At Ɛrif timkerḍit – Tiddukla Tizizwa Lmenasra At aarif (Tizi-Ouzou)
Programme inauguration bibliothèque des enfants At Aarif
Programme d’inauguration

Que reste-t-il de mon algérianité ? 

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Tamzight

J’ai vécu une bonne partie de ma vie en Algérie, en Kabylie exactement. J’ai obtenu mon diplôme de docteur en médecine à l’université de Tizi-Ouzou où j’avais vécu des moments de luttes politiques intenses entre 1984 et 1992 dans le cadre du MCB (Mouvement Culturel Berbère). Comme beaucoup de mes concitoyens, j’avais cru en 1988 à la naissance d’une démocratie dans le pays avec l’avènement du multipartisme et la libération de la presse. J’avais osé espérer que je resterais auprès de mes parents et vivre dans « tamurtiw » jusqu’au dernier soupir.

Au fond de moi, une voix disait : « Tout cela n’est que le calme avant la tempête, prépare-toi au pire ». En effet, le FIS était le cheveu jeté dans la soupe par le sacré père FLN. Le message était clair : « Vous ne voulez pas d’une dictature militaire ? Eh ben ! nous deviendrons bientôt vos sauveurs et vous allez nous adorer ! ». Quatre années après l’apparition d’un espoir démocratique, nous avons été appelés à choisir entre la peste et le choléra, un choix ayant engendré la décennie noire.

À la fin des années 90, on a tué Matoub Lounès. Les militaires sont toujours les maîtres absolus du pouvoir et, paradoxalement, les islamistes sont devenus nos idéologues chargés de construire la nouvelle école algérienne n’accueillant pas les enfants des premiers qui préfèrent plutôt le savoir véhiculé par la langue de Molière et non pas d’Abu Djahl. Moi, qui venait d’être père pour la première fois, la naissance de ma fille me paraissait comme étant un bonheur immense, mais en même temps un casse-tête et une angoisse envahissante.
Comment pourrais-je rester dans un pays où mes enfants risquent d’être endoctrinés par un système éducatif pervers à la solde d’une secte de barbus incultes. Pour mes enfants, j’ai tout quitté pour aller m’installer dans un pays respectant la démocratie et les libertés, le
CANADA. Cela fait vingt-deux ans déjà et je ne regrette rien. Au contraire, toutes ces années ne faisaient que me réconforter dans mon choix.

Je ne me vois pas vivre dans un pays ayant renié ses racines, après l’envahisseur français on ressuscite l’envahisseur arabe en nous faisant croire qu’il s’agissait d’une libération.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on débourse des sommes faramineuses pour l’achat d’armes alors que des citoyens meurent asphyxiés pendant la Covid à cause du manque de simples appareils produisant l’oxygène dans des hôpitaux ressemblant à des mouroirs.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on construit une mégamosquée ayant coûté plusieurs milliards au lieu d’acheter des canadairs afin de protéger nos villages et nos forêts de ces brasiers consumant tout sur leurs passages.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le pouvoir en place est plongé dans la paranoïa des tyrans. Il voit des ennemis partout, à l’intérieur, à l’extérieur ; croyant que tout le monde est jaloux de sa réussite or il est la réincarnation de l’échec et de la décadence.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où de jeunes gens préfèrent le fuir et dont une partie finit par être noyée en méditerranée avant de rejoindre les terres européennes. Même si, à l’école et la mosquée ainsi que dans les cérémonies officielles, on leur décrivait ces terres tant désirées comme étant la propriété des kouffars ou des colonisateurs.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le juge est devenu un CRS et la presse mise au pas faisait l’éloge d’un dictateur ayant envahi récemment un pays souverain après avoir massacré des milliers de civils, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Je ne me vois pas vivre dans un pays voulant faire de sa diaspora des apatrides, après avoir poussé tous ces millions de gens à l’exil. On a même osé leur fermer les frontières durant deux années consécutives, certains ont été empêchés de voir leurs proches en fin de vie et faire leur deuil.

Je ne me vois pas vivre dans un pays venant de fêter le soixantième anniversaire de sa supposée indépendance alors que dans ses geôles croupissent des centaines de citoyens innocents dont le seul tort est d’avoir exprimé une opinion politique.
Mon algérianité est tel un glacier qu’on avait posé sur une dune au milieu du Sahara, après tant d’années et de déceptions, il n’en reste plus rien. Dans mon salon, j’ai accroché deux drapeaux : l’emblème amazigh et le drapeau canadien. Le premier est là pour me rappeler tous les jours mes racines, le second représente le pays qui m’a ouvert ses bras et m’a sauvé de l’enfer que j’avais fui, il y a plusieurs années.

M. Amaghnas

Québec, le 13 juillet 2022

Quatre Kabyles impulsent l’enseignement des études amazighes en Libye

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Premiers licenciés de Tamazight à Zouara en Libye

Historique : première promotion de licenciés en études amazighes à la Faculté de Zouara (At-Willul).

Aujourd’hui, sept étudiant.e.s du département de langue amazighe de la Faculté d’Éducation de Zouara (Université de Zaouiya) ont soutenu leurs mémoires de Licence.

Cette promotion est la première dans l’histoire de la Libye ; elle a été rendue possible grâce au travail et à l’engagement de quatre enseignants Kabyles diplômés de l’Université de Bgayet en Kabylie.

Il s’agit de Younes M., Nassim I., Mahieddine B. et Lakhdar A.

Bravo aux étudiant.e.s, bravo aux enseignants ainsi qu’à l’équipe administrative notamment Dr. Nafaa Malti, Doyen de la Faculté qui a, par ailleurs, joué un rôle important dans la mise en place du département.

Hamid SALMI

Indépendance de la Kabylie – Être ou ne pas être

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Oyez, oyez peuple Kabyle notre indépendance est un impératif historique. Le monde entier est témoin du déni, de la répression, de l’isolement mais surtout des exactions et des assassinats que nous subissons depuis des lustres. Nous avons été dignes et fiers et nous en sommes sortis vainqueurs et nous avons même tenté à plusieurs reprises d’irriguer ce peuple algérien de l’idéal béni et immaculé de liberté, sauf que nos voix criardes demeurèrent sans écho ! Elles s’apparentèrent à une déflagration dans le désert de Gobi.

Nous avons défendu des idéaux collectifs-qui avec le recul semblent être des chimères-alors que nous étions seuls au front. Accepteriez-vous que le fruit de votre dur labeur soit dans le panier des couards ? Nous avons été traités de tous les adjectifs péjoratifs possibles, car nos aspirations diffèrent des leurs. Dès qu’une idée naisse ou commence à poindre dans le ciel rayonnant de la Kabylie, elle charrie une vague de vindicte haineuse sous d’autres cieux. Comment m’identifierais-je à ce genre d’individus ou mieux comment les considérer comme des frères. C’est absurde.

Mes frères Kabyles, l’indépendance s’impose avec l’aval même de l’Histoire qui recèle moult événements suffocants, ponctuant notre existence. Vous savez pertinemment que nous nous sommes toujours distingués par nos particularismes: langue, traditions, vêtements, notre mythologie, idéologie, géographie et j’en passe. Ce qui fait d’ailleurs de nous un peuple complet et à part. Dans ce sillage, je peux rebondir sur cet ensemble algérien pour dire que c’est un patchwork de peuples décidé par la France coloniale, notre annexion ne fut possible que grâce au décret du général Schneider 1839.

Je ne voudrais pas faire de cours d’Histoire, mais quelques événements émergent à la surface tels des phares éclairants notre nuit ténébreuse, qui méritent qu’on s’y attarde au moins le temps d’une rédaction.

Pourquoi l’éducation nationale algérienne n’a JAMAIS enseigné « la crise berbériste » de 1949 ? Une crise d’ailleurs faussement nommée, elle doit être rebaptisée « crise kabylo-kabyle ». Les grands de la révolution planifiaient déjà l’Algérie post indépendance, les kabyles et à leur tête Bennai Ouali et Bessaoud Mohand Arab –celui-ci grand théoricien du berbérisme-refusaient ardemment une Algérie sans les berbères et sans nos références identitaires. Malheureusement et comme toujours ce sont nos frères même qui leur cherchaient noise en reléguant notre appartenance au second rang, ce qui a retardé- à mon avis- le déclenchement de 1954.

Histoire, note que l’autochtone « dérangeait » déjà par sa spécificité.

Est-ce un hasard que le congrès de la Soummam (1956) ait été justement organisé dans cette vallée ? Bien sûr que non ! Curieusement les « khawa khawa » occultent les principes de la Soummam, à leur tête Rachad et compagnie. Je reviendrai vers vous les islamistes plus tard.

L’union forcée par un ennemi commun a accouché d’une amère indépendance à l’horizon carentiel. De là la rébellion des Kabyles en 1963 contre le régime central et militaire d’Alger. Y-a-t-il eu du soutien de la part de ces « frères » du dernier quart d’heure ? Que non ! Deux ans que la Kabylie se faisait assassiner et martyriser par Ben Bella qui était quasiment parachuté par les Egyptiens. Les montagnes de Kabylie, à feu et à sang, ont enregistré plus de 400 morts ! Nous les pleurons encore. Nos montagnes demeurent imbibés du sang de nos martyres, elles n’ont pas encore fait leur deuil et nos mémoires sont à jamais investies par tant de chaleur guerrière.

Histoire, note que nous étions seuls !

En 1980 l’intelligentsia Kabyle incarnée par feu Mouloud Mammeri a été matée par le pouvoir. En effet, l’université de Tizi Ouzou avait invité cet intellectuel à faire une conférence sur l’ancienne poésie kabyle, or celle-ci fut annulée, ce qui a provoqué l’ire des identitaires, d’où les répressions et les emprisonnements en masse.

Histoire, note l’apologie du déni identitaire devant l’accalmie suspicieuse des autres.

Entre temps, la Kabylie s’est construite sur ses propres cendres et s’est jalousement tenue à ses valeurs en investissant grandement dans l’intelligence que l’Etat algérien a fait en sorte qu’elle soit décimée durant , ce qu’il a appelé la décennie noire.

Un fait majeur est notable : La Kabylie a boycotté l’école en 1994, les hibernants l’avaient-ils suivie dans cette noble et citoyenne action ? Non, un leitmotiv historique.

Parmi les intellectuels, on dénombre : Tahar Djaout, Said Mkebel, Yefsah…etc.

Histoire, note que la Kabylie s’est rangée du côté de l’intelligence que du côté obscur des islamistes.

Le pire est venu plus tard. Après toutes ces révoltes, les Kabyles d’un commun accord se sont rués sur la capitale, car comme dit le proverbe: mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Or, cette fougue et cette hardiesse juvéniles ont été récompensées par 128 morts et des milliers de blessés. 14 juin 2001 fut la date de massacre des Kabyles, avec la complicité même des gens de la capitale, qu’on vienne me contredire là-dessus. Les plaies continuent d’être pansées, elles demeurent néanmoins suppurantes et l’iniquité est béante tel le soleil en plein ciel un jour d’été.

Histoire, note que pendant que les Kabyles se faisaient massacrer, les autres applaudissaient les criminels.

Remarquez que je n’ai fait que survoler quelques faits saillants qui ont marqué l’Histoire de notre Kabylie, alors que j’aurais pu me languir sur la mort de Matoub, m’étaler longuement sur Mammeri voire discourir sur la décennie 70 qui a connu les poseurs de bombes comme Mohand u harun paix à son âme. Je me suis juste tenu aux grandes dates connues de tous.

Enfin, vint le réveil tardif des hibernants, un certain février 2019, accompagné d’un slogan soi-disant fédérateur mais rempli d’hypocrisie « frères, frères ». L’espoir d’unir cet ensemble algérien est permis, des slogans unanimes : « khawa, khawa » à tue-tête, « pacifiste, pacifiste » , « Etat civil et non militaire » . Un « Hirak » appelé révolution du sourire, il n’y a jamais eu dans l’Histoire de l’humanité de révolution sans effusion de sang et c’est d’une immaturité incurable de croire le contraire.

Cette supposée union, nous a démontré pour la énième fois que les idéaux qui animent les kabyles ne dépassent pas leurs frontières géographiques. Nous ne pouvons donner meilleure preuve que celle des 3 élections qui ont été boycottées par la Kabylie :
zéro votant. Ce qui nous amène à l’éternelle question : pourquoi les autres n’imitent pas les Kabyles dans cette citoyenneté exemplaire ? Parce que le combat harassant et continu ne leur est pas familier, c’est une vérité de toujours bien connue des gens sensés. En plus leur idée axiale est l’arabo-islamisme, rappelez-vous quand tout le monde et j’insiste que ce soit le régime, les militaires, les figures du « Hirak » et surtout les arabo-baâthistes incarnés par les islamistes appelaient à délaisser voire interdire le drapeau berbère dans les marches. N’est-ce pas là l’entité même de Kabyle qui dérange ?! N’eussent-été la détermination et le défi des Kabyles, ce drapeau aurait fini dans les oubliettes.

Bgayet CanStock Photo

Par ailleurs, comment continuez-vous à vous battre aux côtés de ceux qui n’ont proposé aucun projet politique digne de ce nom-même pas un brouillon- ni même avoir fait une action militante et conséquente, mais surtout handicapante pour ce régime militaire. Mes constatations, en toute objectivité, il n’y a que la Kabylie qui active effectivement dans le sens de la libération de ce pays. Il suffit de voir la grève tenue
uniquement en Kabylie alors que les autres ont lâchement pris peur du régime.

Par conséquent, le lourd tribut est payé par nous : interpellations arbitraires, emprisonnement en masse pour des motifs souvent absurdes et insensés et éborgnements des manifestants uniquement dans les 3 grandes villes :Vgayeth, Tizi wezzou et Tuviret, curieux non !!!!!!!

Comment ne pas voir la main directe des islamistes dans ce mouvement qui débute étrangement après la prière du vendredi avec le sempiternel cri « Allah Akbar » ? Comme si la foi religieuse est le moteur de ce mouvement. Quelques parts je peux pardonner votre aveuglement puisque RACHAD a anesthésié beaucoup de monde depuis 2007 en instillant dans la tête des algériens leur « doux venin ». D’un autre côté, comment se fait-il que les « figures » majeures de ce Hirak soient toutes-sans exception- d’accord sur une nouvelle Algérie basée sur le triptyque faussaire : Berbérité, Arabité et Islamité ? Ainsi que sur les principes fondamentaux de l’Islam ??

Je suis dans le doute et dans l’expectative. Une telle unanimité ne peut qu’être suspecte. Je tiens à signaler une chose, c’est qu’on ne crie pas dans ce Hirak comme le suggèrent les vraies révolutions mais on chante à tue-tête. Cela me permet légitimement
de décrire ces marches hebdomadaires de folkloriques et de moutonnières. Comment osez-vous comparer un youtubeur simplet au grand rebelle de la Kabylie en la personne de Lounes Matoub ? Vous n’avez pas encore compris que leur but est d’annihiler tout élan émancipateur et indépendantiste en Kabylie ? Croyez-vous que des gens missionnés et pétris de religion et dont le projet final est l’instauration d’un califat islamique vous laisseront dans votre quiétude régionale, politique et idéologique ? Nenni !

République vs Califat: grammaticalement c’est un oxymore, rationnellement c’est un non-sens et en terme plus contemporain c’est un anachronisme qui n’a pas lieu d’être.

En outre, si ce « Hirak » se démarque par la « fraternité » et « l’union » des algériens comme c’est prétendument acté, pourquoi alors cette solidarité et ce soutien sélectifs à l’égard des prisonniers de quelque tendance que ce soit ? « Ceux-là ce sont des indépendantistes » me répondriez-vous. Justement, pourquoi pas les soutenir tout en les considérant comme des « brebis égarées » comme ça vous gagneriez un tant soit peu de crédibilité, mais la justice vous fait défaut. Durant tout ce « Hirak » la Kabylie est la plus touchée par les foudres du pouvoir ainsi que par une frange de la société qui lui est acquise. Par contre ce qui est urgent de signaler et ce qui est vital de mettre en exergue c’est que dans l’arène du combat, seule la Kabylie continue de lutter pour l’idéal absolu et collectif des autres. Pire encore, la Kabylie se laisse arabiser chaque vendredi au nom d’un « Khawa Khawa » aliénant et destructeur. C’est l’objectif des islamistes qui pullulent dans ce « Hirak » : normaliser et neutraliser la Kabylie en la déracinant pour mieux la dissoudre dans un mélange sans référent et sans assises sûres, d’autant plus que ce mélange sera d’une bâtardise hétéroclite. Devinez quoi, l’entité Kabyle est insoluble, nous ne pouvons être dilués dans aucune concentration possible car nous sommes réfractaires de naissance et de nature.

C’est fini le temps où la Kabylie est la chair à canon de ce peuple algérien qui a toujours brillé par son silence approbateur. Aujourd’hui tout le monde est prêt à fraterniser avec nous en nous encensant ou en nous prodiguant des flagorneries afin de nous appâter dans leurs rets ; ce genre de pratique est digne des islamistes de RACHAD. Sachez que le scénario de l’Iran (1979) nous guette au premier virage, leurs sabres sont déjà affûtés. Vous qui soulevez des slogans « dénonciateurs », cherchez bien d’où viennent, et qui confectionnent ces mots bien choisis car au milieu de la chaleur du mouvement on tend à être en transe. Toutefois, comme dirait M. REVELATEUR X, que je salue au passage : « L’homme de pouvoir ne peut exercer, celui qui exerce n’a que peu de pouvoir » Méditez bien là-dessus. De tout ce qui ressort de ce que je viens de dire est qu’être Kabyle est condamnable, notre existence nuit jalousement à certains projets qui tardent à venir. C’est la seule constante et la seule congruence qu’on tente de terrer.

Mes frères, comment acquiescez-vous à une Algérie qui se définit arabo-islamique dont nous sommes à priori les parias ? L’Algérie est exclusive et non inclusive. Jusqu’à quand défaisiez-vous de ce joug oppresseur qui dure depuis bientôt 15 siècles ? Sommes-nous un peuple de soumis pourtant nous sommes le fief même des luttes en Afrique du nord ?

Pour finir, je voudrais clarifier les choses: je suis Kabyle, ce qui définit à la fois ma race et ma communauté. Je ne veux pas être ligoté à un quelconque ailleurs en annulant mon particularisme pour ramper devant l’allogène qui sous l’ivresse du fanatisme (identitaire et religieux) veut me contraindre à être l’un des siens. Je suis Kabyle et je compte le rester éternellement, car fier d’appartenir à ce peuple de guerriers et dont la bravoure est son principe premier. Je veux être dans la lignée de mes ancêtres, rien que par révérence à « ALLAH » par qui tout se fait et se défait sous cette voûte céleste. Je suis Kabyle, je ne veux pas du sceau de l’opprobre et si je délaisse sciemment mon identité l’Histoire me crachera dessus sans répit et cela sera une ignominie aux esprits même de mes aïeux. L’indépendance drapera l’esprit des Kabyles quand l’entièreté de ces derniers abandonnera cette « prétention » traditionnelle qui lui est échue à vouloir défendre d’autres peuples en omettant son propre camp. L’indépendance est la seule voie salutaire pour la combative et frondeuse Kabylie.

@le_recalcitrant

Conférence sur les Minorités en Afrique du nord

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Noufel Bouzeboudja

Le Center for Maghrib Studies de l’Arizona State University (CMS) a organisé une conférence sur les « Minorités au Maghreb », sur l’île de Djerba, en Tunisie, du 20 au 22 mai 2022. 

Les axes de la conférence se sont articulés autour de la formation et du développement historiques des minorités, et le processus de « minorisation » et de marginalisation dans le l’Afrique du nord contemporain. 

La projection des minorités dans le futur était également un thème abordé.

“Il est important d’entendre autant de voix que possible et d’explorer des stratégies efficaces pour affronter des questions pertinentes telles que le sexisme, le racisme, la xénophobie et l’intolérance sous toutes ses formes, et les inscrire dans les programmes scolaires comme moyen de construire un Maghreb meilleur et plus inclusif”, écrivent les organisateurs de ces journées d’étude.

Plusieurs enseignants et chercheurs,  dans différents domaines, venus de tous les pays nord africains, ont pris part à ces journées. 

Plusieurs thèmes, liés aux langues, à la religion, la sexualité (genre et minorités sexuelles), l’histoire et à la littérature, ont été discutés. 

Fazia Aitel s’est penché sur le rôle de l’école dans la marginalisation des Amazighs en Algérie.

Anna Maria Di Tolla a parlé des Imazighen en Afrique du Nord: Marginalisation, et identité.

Amel Cavenger a abordé Les Juifs du Maghreb (non) retour chez soi.

Sarah DeMotte et Matt Cook ont parlé de Baptisé Méditerranéen : Créer un environnement futuriste immersif.  

Concernant les études menées sur le territoire de Kabylie, Margherita Rasulo a exposé sa thèse sur le mouvement féminin en Kabylie et les processus de minorations dans l’Algérie indépendante:  dominations, expériences et négociations identitaires.  

Quant à Mohand Tilmatine, il s’est penché sur le processus d’exclusion/inclusion des minorités en Algérie : diversité religieuse et linguistique face au dogme de l’unicité. Plusieurs des cas exposés ont lieu en Kabylie.  

Le comité organisateur prévoit de publier une sélection d’articles dans une revue ou sous forme de volume édité.

Noufel Bouzeboudja

http://noufelbouzeboudja.blogspot.com

www.premierelignefrance.com

Tamazight, ce terme générique

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Tamazgha Tamurt Azwa

Les élites kabyles ont toujours posé la question kabyle, en la noyant dans le nom générique de « berbère » ou « amazigh », comme une simple question relevant du mythe. Question n’appelant donc pas une réponse concrète.

Le pouvoir répond d’ailleurs dans le même ordre d’idée en déclarant à tout va : « nous sommes tous des imazighen arabisés par l’islam ».

Bien sur, cette réponse est ironique et ne vise qu’à mieux ignorer les kabyles.Chose qu’ils ont toujours mérité d’ailleurs jusqu’à l’avènement de l’idée d’autonomie de la Kabylie.

Le pouvoir et les élites arabo-islamiques savent très bien qu’il n’existe plus de berbérité ni d’amazighité dans les faits. N’importe qui peut se prévaloir de l’amazighité. Il n’y a aucun moyen de contredire un président de la république algérienne ni les élites arabes de ce pays lorsqu’ils déclarent qu’ « ils étaient » aussi amazigh.

Pour décourager toute agressivité dans la revendication de Tamazight le pouvoir et les élites arabo-islamiques ont recours à un subterfuge en reconnaissant qu’ils étaient amazighs avant que l’islam ne les arabise. Ils ne peuvent déclarer que tous les Algériens sont Amazighs car les Arabes Algériens ne le sont pas. Donc ils disent que les Arabes Algériens étaient Amazighs, mais qu’ils ne le sont plus aujourd’hui. La manœuvre est grossière, mais il s’agit de faire croire aux Kabyles que tous les Algériens sont Amazighs et, en même temps, de ne pas froisser l’arabité et l’islamité des arabo-musulmans.

De cette manière, les Kabyles mettront un frein à leurs revendications car ils auront l’impression d’accuser leurs « frères » amazigh de réprimer l’amazighité, et les arabo-musulmans restent tranquilles car personne ne les oblige à redevenir des Imazighen. Les aarch sont tombés dans ce panneau tout comme les différentes branches du MCB, les partis politiques kabyles et de nombreuses associations culturelles « amazigh » (ou berbères). Ils continuent à parler de tamazight, berbérité, citoyenneté etc…. Sans jamais mettre en avant leur kabylité.

Il n’y a donc pas de problème kabyle. Comme l’amazighité-berbérité n’existe plus, il n’y pas non plus de problème berbère.

Posons-nous la question suivante : le pouvoir et les élites arabo-islamiques si elle avaient déclaré : « Nous sommes tous des kabyles. La kabylité est un patrimoine qui appartient à tous les algériens. Nul n’a le monopole sur la protection et la promotion de la kabylité. » Le problème aurait été tout autre, car c’est reconnaître la Kabylie et le peuple kabyles qui pose problème au gouvernement. Un kabyle est un habitant de la Kabylie ou originaire de cette région que l’on appelle « tamurt » et les membres de la diaspora ont encore des attaches très fortes avec la Kabylie, avec le peuple et la culture kabyles.

En voulant fédérer tous les peuples soi-disant amazigh de la nébuleuse tamazgha, les Kabyles ont renié leur kabylité, ont abdiqué leurs droits en tant que peuple et ont dilapidé tout le potentiel militant en le mettant au service d’une cause amazigh que les kabyles ont été les seuls à défendre pendant des décennies. Je ne minimise pas les efforts actuels de nos amis marocains et je pense qu’une coopération entre rifains et kabyles, en tant que peuples distinct de même origine, serait bénéfique.

La clarté dans la formulation d’un problème permet de fermer la porte aux mauvaises solutions. Les élites kabyles ont toujours évité la clarté dans leurs revendications comme s’ils craignaient qu’une solution « leur tombe dessus » et qu’ils ne sachent plus quoi en faire. Ils demandent l’impossible pour qu’ils n’aient pas à affronter ce qui relève du possible.

A travers sa culture, sa langue et son histoire, le peuple kabyle montre qu’il constitue une entité à part, une sorte d’îlot dans l’univers arabo-musulman algérien.

Du point de vue politique, les Kabyles montrent à chaque scrutin qu’ils ont des idées politiques constantes et différentes du reste de la population algérienne. Quand un mécontentement se manifeste dans la rue, il le fait à travers toute la Kabylie.

Pour tenter de résoudre des problèmes spécifiquement kabyles, des délégués venant de toute la Kabylie se réunissent ensemble, se reconnaissent, discutent et prennent des résolutions engageant la Kabylie et le peuple kabyle. Je ne vois pas ce qu’il y a de « national », ni même d’amazigh ou de berbère dans tout cela.

La Kabylie, le peuple kabyle, c’est du concret, du palpable, du vivant, du solide, de la chair et du sang, de la colère et des larmes, de la souffrance et du cœur.

L’amazighité, la berbérité, c’est du vent, du rêve, un non sens qui voudrait lier le kabyle au chleuh, le chawi au rifain, le mozabite au chenwi, et le tout disparaissant dans la même marmite.

Pourtant, la logique est simple : C’est en s’éparpillant, en se séparant que ces peuples ont plus de chance de survivre. Le rifain doit se battre en tant que rifain, le kabyle en tant que kabyle.

L’arabo-islamisme, notre adversaire pour ne pas dire ennemi, ne doit pas être confronté à un seul « problème ». Il doit avoir à digérer l’os kabyle, l’os rifain, l’os chleuh, l’os targui, l’os chawi, l’os muzabite, l’os chenwi et d’autres encore. C’est d’ailleurs pour éviter d’avoir affaire à plusieurs fronts que les pouvoirs algériens et marocains prennent les devants en « ramassant » leurs problèmes actuels et futurs dans le même sac : l’amazighité.

Traitement global et définitif ! On met tout dans le même sac et on ferme avec cinquante tours de ficelle ! On laisse juste un petit trou pour respirer. On est tous des imazighéne et on n’en parle plus. Cela ne coûte rien puisque l’amazighité n’existant pas, les arabes resteront quand même des arabes. Le reste, c’est de la gesticulation, et l’état pense nous avoir à l’usure.

Il nous reste donc à nous définir avec un terme exact qui nous représente réellement et qui nous distingue des autres, nous sommes Kabyles.

Ariless

Les Kabyles sont plus qu’une Nation : ils sont une civilisation

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Louis Mélennec

Le royaume de France, en 1789, selon la formule célèbre, n’est qu’un agrégat de peuples inconstitués (Mirabeau). Il n’est composé que de provinces hétéroclites, gouvernées jadis par des princes indépendants.

Les Bretons, vieille nation d’origine antique, identifiés par des auteurs comme Jules César et d’autres, avant le Christ, sont privés en quelques mois de leurs institutions politiques – les Etats de Bretagne et le Parlement -, de leurs lois, de leur fiscalité, dépecés en « départements », et gouvernés depuis Paris par des corrompus et des incompétents, d’authentiques gauleiters; pire : des malades mentaux. Ils sont humiliés jusqu’à aujourd’hui. On prétend leur interdire de s’intituler Nation : seule la mirifique, qui n’existe en tant que telle qu’après le 12ème siècle, après avoir assassiné des centaines de milliers d’innocents, se décore de ce titre pompeux.

Mais on est vite rattrapé par la vérité. Ce n’est pas parce qu’un pays s’intitule nation qu’il est une nation; inversement, ce n’est pas parce qu’un pays colonial prétend intégrer une nation conquise dans son propre territoire, et nie la réalité de celle-ci, qu’elle cesse d’exister.

Les éléments de la nation étant aujourd’hui parfaitement définis – le territoire, la langue, les valeurs communes, surtout le sentiment d’appartenance, qui est l’élément le plus puissant -, les nations continuent à exister si ces critères sont réunis. La France est ridicule de croire que d’avoir intégré dans sa constitution les termes cocasses de « Une et Indivisible », a fait disparaître les nations bretonne, corse, alsacienne. Cette jolie formule est devenue depuis peu « la Hune et Hindivisible ». La nation béarnaise a certes été diluée en tant que telle, parce que la France a réussi à étouffer totalement le sentiment national dans ce pays; les Béarnais ont conservé une identité forte, mais ne sont plus une nation, parce qu’aujourd’hui, en leur fors intérieur, ils se sentent français : la lessive française, chez eux, a détruit le sentiment national.

Guy Hermet stigmatise ce comportement des pays qui détiennent la force de se décorer elles-mêmes du titre de « nations », alors qu’elles refusent par la violence à d’autres, militairement moins fortes ou impuissantes, le droit de revendiquer cette appellation, alors qu’elles sont plus anciennes. Il ironise  :

 « Le rejet de ces petits nationalismes perturbateurs … quand les grandes puissances du moment honnissent chez les autres ce qu’elles ont acquis pour elles-mêmes ».

Louis Mélennec