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Interview – Auguste NGOMO : « Massinissa m’a fait découvrir une toute autre partie de l’Afrique »

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Auguste Ngomo

Monsieur Auguste NGOMO, merci infiniment  de nous avoir accordé cette interview ! Pour commencer cette interview, une petite présentation pour nos chers lecteurs.

Auguste NGOMO : C’est un plaisir pour moi d’avoir cette interview dans votre journal “Kabyle.com” et donc d’avoir cette première opportunité de parler de ce roman historique. Je m’appelle Auguste Ngomo et j’aime à dire que je suis un Africain né au Gabon en 1970. J’ai fait toutes mes études au Gabon et j’ai finalisé mon cursus scolaire par l’obtention de diplômes supérieurs en gestion et management en France (Angers et Nantes). Je travaille actuellement pour le continent africain dans une organisation panafricaine.

Je suis passionné par deux choses : le passé et le futur. Cela peut paraître étrange d’aimer à la fois ce que l’on sait déjà ou que l’on croit savoir et aussi ce que l’on ne sait pas encore. Mais un vieil adage africaine dit « Qui ne sais pas d’où il vient, ne sais pas où il va ». D’une autre manière on peut dire que celui qui ne connait pas son passé, ne pourra jamais accomplir son futur car il sera toujours balloté par les croyances et les histoires des autres. Soyons plus spécifiques, je suis passionné par l’histoire méconnue de l’Afrique, surtout celle d’avant l’esclavage et la colonisation et par son futur. Pour assurer aux africains un futur plus digne et plus intéressant, je me suis dit qu’en lui restituant des parties de son passé véritable et glorieux je lui injecterais plus de fierté, de courage, de détermination et d’estime de soi. Nous devons écrire nous-mêmes notre passé, nous devons pour toujours le graver dans le marbre pour nous et les prochaines générations. Et en le faisant nous ne serons plus à la merci de certains conteurs de fausses histoires. Mais pour restituer notre histoire aux africains et au monde il faut quand même la rendre agréable à lire, j’ai choisi le roman historique comme genre littéraire car il permet aussi à l’imagination de s’exprimer.  

Vous venez de publier un roman historique “Massinissa, la légende “. Comment est-elle venue cette idée ?

Rappelez-vous, ma modeste ambition est, à travers des romans historiques, de restituer aux africains l’histoire de l’Afrique de manière intéressante, percutante et agréable à lire. Pour atteindre ces objectifs il me fallait donc des personnages réels, denses, complexes et intéressants. Des personnages qui nous donne envie de nous surpasser car ils ont des valeurs morales et spirituelles qui nous donnent envie de nous identifier à eux et donc à devenir nous-mêmes aussi des africains de légende. Il me fallait donc des personnages qui avaient vécu a l’époque pré-esclavage et précolonial, des personnages pas trop connu des africains, ce qui permettrait aux africains qui liraient ce roman d’enrichir leurs connaissances historiques et culturelles. Quand vous parlez de cette époque ancienne, deux grandes périodes viennent en tête : l’Égypte ancienne et l’époque romaine.

Je me suis progressivement intéressé aux guerres puniques entre l’empire carthaginois et l’empire romains. Sachant que l’empire Phenicien de Carthage se trouvait en Afrique je me suis demandé quel rôle avait pu jouer les africains dans ce combat titanesque dont l’issue finale, la défaite de Carthage, changea l’histoire de cette partie du monde ?

Et dans mes recherches un personnage unique, puissant, légendaire, incroyable émergea des cendres du passé, un homme venant de l’incroyable peuple des Amazigh se révéla à moi : Massinissa. Plus je lisais sur lui, plus je croyais le connaître et plus il devenait impossible de ne pas écrire sur lui. Écrire sur le légendaire Massinissa me semblait tout naturel. «Massinissa, la Légende» est mon premier roman historique. Cet homme unique, mort il y a plus de 2100 ans m’a fait découvrir toute une autre partie de l’Afrique, une culture, de la musique et un peuple formidable les Amazighs, celui de Massinissa, Jugurtha, Dihia. Comment un peuple peut-il produire autant de personnages uniques, légendaires et de belles histoires à raconter?

Avez-vous déjà eu l’opportunité de participer dans des salons de livres ou d’animer des conférences pour faire connaître votre roman et en parler ?

Mon livre a été publié le 1er septembre 2019 en France par les Editions Baudelaire, que je souhaite remercier ici pour leur confiance. En Septembre, nous étions déjà à la fin de l’année 2019 et après, le monde a basculé dans l’étrange année 2020 ou presque rien n’a été possible. Donc pour répondre à votre question, je dirais non je n’ai pas eu l’opportunité de participer à des salons de livres ou d’animer des conférences sur ce livre. L’avantage des romans historiques est qu’ils ne vieillissent jamais, ils sont toujours d’actualité, j’espère donc en faire en 2021 et après.

Pensez-vous que le moment est venu pour que les africains s’approprient leur propre Histoire et passent de l’orale à l’écrit ?

Oui absolument. Nous devons le faire courageusement, sans gêne et sans honte. Et si le faire par l’approche purement historique nécessite des règles strictes et une méthodologie académique incontestable, nous pouvons utiliser la voie plus libre et plus créatrice de la littérature. Trop longtemps nous avons été incapables de le faire ou nous avions eu peur de contredire les autres.

Nous avons alors laissé à d’autres le soin d’écrire notre histoire à leur convenance et parfois aussi à avilir la mémoire de nos héros et donc de nous avilir. Nous avons laisse salir la mémoire de nos ancêtres.

Pour certains la culture et l’histoire sont malheureusement devenus des outils de domination civilisationnelle, ce qu’ils n’auraient jamais dû devenir. Comme vous le savez, beaucoup de nos écrits ont été détruits par le temps et par les œuvres des hommes mais grâce à notre résilience culturelle, beaucoup a aussi été conservé à travers notre culture orale. Il est grand temps que nous nous réapproprions notre histoire et que nous la transmettions de manière agréable à nos enfants, aux générations futures et même au monde. Mais cette fois par écrits.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Oui beaucoup. J’écris en parallèle plusieurs romans historiques et une fiction africaine. Mes fils m’ont conseillé, après mes recherches historiques, d’écrire uniquement sous inspiration. Hors le propre de l’inspiration est qu’elle va et vient, indépendamment de notre volonté. Donc quand mon inspiration est bloquée sur un livre, elle s’ouvre sur un autre.

Je saute alors d’un livre à l’autre et bien sûr ça prend plus de temps d’écriture mais à l’arrivée écrire devient agréable pour moi car je voyage beaucoup dans le passé, le futur et dans de nombreuses cultures africaines.

En ce moment j’écris sur deux personnages historiques : Piankhy, le pharaon noir, fondateur de la 25e dynastie égyptienne ; Le Mansa Abu Bark II, empereur du Mali qui abdiqua en faveur du célèbre Kankan Mussa pour en 1312 traverser l’Atlantique et découvrir avant Christophe Colomb les Amériques. Et pour la fiction je regarde l’Afrique en 2150 après une tentative de recolonisation. Comme vous le voyez des projets d’écritures existent et le plaisir aussi.

Un dernier mot pour conclure ….

Gestionnaire de formation j’ai longtemps cru que le développement économique et financier était primordial pour l’avenir des hommes et des nations, mais avec l’âge et l’expérience j’ai compris qu’en fait c’est la culture qui est fondamentale. La culture vous définit en tant qu’être vivant. Les humains vivent toujours dans une culture, dans une histoire.

Si vous ne vivez pas votre culture alors vous vivez dans celle des autres et en conséquent vous aurez toujours du mal à vous définir car vous vous définissez par rapport aux autres. Comment un être qui ne sait pas qui il est, ce qu’il veut fondamentale peut penser sereinement à un modèle de développement économique et civilisationnel ? C’est impossible et vos modèles seront toujours celui de l’autre et vous attendrez toujours ses propres progrès pour l’imiter. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Où voulons nous aller ? Notre histoire, enfouie dans de tonnes de gravats, nous donne les clés de notre futur. A nous ne nous retrousser les manches et à nous reconstruire pour un meilleur futur.

Interview réalisée par Amar BENHAMOUCHE

auguste ngomo massinissa Kabyle.com
Massinissa – La Légende, Editions Baudelaire

Des membres du CMA arrêtés en Kabylie !

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Kamira Nait Sid

Communiqué du CMA – Urgent !

Kamira Nait Sid, co-présidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA) et Yuva Meridja, membre du Conseil Fédéral du CMA, ainsi que le Président du café littéraire de la ville de Tichy et un membre du café littéraire de la ville de Aokas (région de Vgayet en Kabylie), ont été arrêtés par la police algérienne aujourd’hui 17 septembre 2020 vers 16h30 à la bibliothèque municipale de Tichy. A l’heure actuelle, ils sont dirigés vers un commissariat de la région.

Les quatre personnes étaient réunies pour préparer « Tasdawit n Unevdu 2970 », l’Université d’été du CMA 2020, avec la participation par visio-conférence, de conférenciers notamment de l’ONU, du pays Basque, de Catalogne et du Maroc. Cet évènement devait se dérouler à la bibliothèque municipale de Tichy prêtée gracieusement par la Mairie de cette ville.

Paris, 5/09/2970 – 17/09/2020

Le Bureau du CMA.

Toute la Kabylie est visée

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Ferhat Mehenni

L’agression du Président de l’Anavad, Ferhat Mehenni devrait tous nous faire réagir ! Violemment pris à parti par un jeune Algérien arabophone dans le 20e arrondissement de Paris, ce mardi 8 septembre après-midi, le leader indépendantiste kabyle a rassuré sur son état de santé après l’altercation. Une enquête est ouverte pour identifier l’agresseur pro-palestinien qui lui a proféré des menaces de mort en criant « vive la Palestine ! » et « On va lui faire la peau !». L’artiste écrivain Shamy Chemini a tenu à lui apporter tout son soutien par ce communiqué :

À travers la lâche agression dont a été victime Ferhat Mehenni, c’est toute la Kabylie qui est visée.

Les naïfs, pensant vivre paisiblement avec les Algérianistes, se trompent lourdement. J’apporte mon soutien à Mas Ferhat Mehenni, car il est avéré que je suis indépendantiste plus que jamais et le demeurerait de manière irréversible.

Nous devons lui manifester notre solidarité, être à ses côtés, afin de défendre notre honneur et arracher un jour cette indépendance d’une manière ou d’une autre.

Bon rétablissement, cher ami Ferhat ; la Kabylie est avec toi.

À titre personnel : bon courage et amitiés.  

Shamy Chemini Artiste, écrivain 12 septembre 2020

Un rassemblement populaire organisé par «SOS tamurt n Yeqvayliyen» se tiendra ce dimanche 13 septembre à 14h à place Stalingrad de Paris en soutien à Ferhat Mehenni. Un autre rassemblement est prévu à Montréal.

agression ferhat mehenni Kabyle.com

Théâtre : la troupe Tinifsan en représentation

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Tinifsan Troupe de théâtre

La nouvelle pièce de théâtre de la troupe Tinifsan, Au-delà du silence, Akkin i tsusmi en kabyle, se jouera bientôt à Paris. Cette comédie sociale est le fruit d’un travail de longue haleine par Hace Mess et Samia. La troupe a été d’abord créée « pour redonner à la beauté ses pouvoirs…». Sur sa page Facebook elle précise la signification du mot Tinifsan, l’Épanouie. La légende raconte que, au 7ème siècle, la Reine Dihya avait une armée de femmes; des amazones. Parmi elles, les auteurs citaient souvent Agus, Amagus, Nara, Maya et Tinifsan. Sa légende m’a permis de voir en cette femme, je veux dire Tinifsan, l’expansion de la beauté, la rebelle et l’éternelle Femme que, comme dirait Kateb Yacine, on viole et qui reste toujours « Immaculée ».

Résumé de la pièce “Akkin i tsusmi” – Au-delà du silence

Un couple kabyle – vivant à Paris – attend depuis un moment l’arrivée de leurs bons amis qui devaient venir pour le dîner, mais ils n’arriveront jamais…

Inquiétant. S’agit-il d’un malheur, d’une séparation, d’un cambriolage ? A chercher les raisons de cette absence, l’homme et la femme se disputent au sujet du couple de leurs amis.

Naturellement, la femme prend la défense de son amie Nadia et l’homme de son collègue Kamel. A confronter leurs visions radicalement opposées, ils enchaînent les quiproquos absurdes et les révélations intimes, remettant en cause, sans s’en rendre compte, les fondements de leur propre couple.

Agzul n tceqquft n umezgun « Akkin i tsusmi »

Argaz d tmeṭṭut-is di Lparis, llan ttganin imeddukal-nsen, ad d-asen ad ččen imensi.

Dacu kan, ugin ad d-awḍen.

D lewhayem. D acu i yellan ? D acu i yeḍran ? Illa kra i ten-yuɣen? nnuɣen ? Neɣ ahat ukren-ten ?

Gar uḥebbar d usteqsi, argaz d tmeṭṭut-is bdan amennuɣ ɣef temsalt n yinebgawen-nsen.

Tameṭṭut tefka lḥeq i temdakkult-ines Nadia. Argaz i umdakkel-is Kamal. Netta, s zzhir d ccwal, tamuḥqranit d usmecṭiṭuḥ, yebɣa ad yesεu lḥeq zdat tmeṭṭut-is yessusmen, yefkan aberdi i ddel.

Iḍ ɣezzif, lesrar bedden ɣef yimi. Seg wawal ɣer wayeḍ, ad snesren lehdur seg yifri n tsusmi akken ad feḍḥen ayen yeffer ubernus n ddel, lḥerma deg yewwet yiɣisi, leḥmala igersen deg wul, taqbaylit yeknan s taẓeyt n leεwayed d ufus yersen ɣef lmektub n tmeṭṭut.I tmeṭṭut, d tasusmi d uḥezzeb neɣ … ?

Billeterie sur Hello Asso

Dimanche 11 octobre 2020 à 16h au Café de Paris

Café de Paris 158 Rue Oberkampf

75011 Paris

17.50 € Spectacle + consommation
Une boisson est incluse dans le tarif du spectacle.

FB de la troupe Tinifsan

akkin i tsusmi Kabyle.com

Jour du Drapeau Amazigh 2970

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Mounir El Haddad
Mounir El Haddad footballeur international espagnol et amazigh marocain qui évolue au poste d'attaquant au Séville FC. Le FC Séville a battu l'Inter Milan 3-2 en finale de la Ligue Europa le 21 aût 2020 pour son 6ème titre européen.

Les Amazighs de tous les pays de Tamazgha et de la diaspora ont adopté solennellement leur drapeau, le 18 Ɣuct 2947 correspondant au 30 août 1997, lors du 1er congrès général du CMA, qui s’est tenu dans la localité de Tafira dans l’ile de Gran Canaria, dans l’Archipel Canarien.

Depuis, cet emblème unificateur des Amazighs de Siwa aux Canaries, est porté fièrement à toutes les occasions : cérémonies, fêtes, activités culturelles et politiques, manifestations publiques, etc. Il symbolise et exprime à la fois, Tamazgha (le pays des Amazighs) mais aussi l’identité, l’unité, la résistance et la lutte des Amazighs pour leurs droits fondamentaux et leur aspiration profonde à vivre libres et dans la dignité.

Le Congrès Mondial Amazigh a décidé il y a plusieurs années déjà, de consacrer le 18 Ɣuct ou 30 août de chaque année, « Jour du drapeau Amazigh ».

Il demande à tous les Amazighs, individus, associations, institutions publiques et privées, d’exprimer, chacun à sa manière, leur respect et leur attachement à leur emblème.

A l’occasion de ce 23ème anniversaire de notre drapeau, portons-le sur les places publiques, hissons-le sur nos balcons, mettons-le en valeur sur les façades des municipalités et sur les devantures des magasins, organisons des cérémonies pour le glorifier.

Chacun-e doit faire preuve d’imagination et de créativité pour faire honneur à notre drapeau. Mounir El-Haddadi, joueur de football de Séville en Espagne, a choisi de fêter la victoire de son équipe en coupe d’Europe vendredi dernier, en brandissant le drapeau
amazigh.

Le CMA salue chaleureusement le geste chevaleresque de ce jeune amazigh qui met en lumière l’emblème de ses racines.

Vive le drapeau Amazigh !
Vive Tamazgha libre !
Paris, 13/08/2970 – 25/08/2020
Le Bureau du CMA.

Le voile islamique ne sera jamais un modèle d’émancipation

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Belkacem Lounès

Nous partageons avec vous ce message de protestation de Belkacem Lounes, docteur en économie, homme politique franco-amazigh et ancien Président du Congrès mondial Amazigh, adressé à titre personnel, à France Inter. 

A France Inter

Non, M. Val, le « voile islamique » n’est pas et ne sera jamais un modèle d’émancipation

Ce jeudi matin 20 août 2020, comme presque tous les jours à l’heure du petit déjeuner, j’écoute France Inter, la radio publique. A 7h20, la parole est donnée à Jérôme Val qui va nous parler de Jawahir Roble, « première femme arbitre musulmane du foot anglais ». https://www.franceinter.fr/emissions/esprit-sport/esprit-sport-20-aout-2020

Le journaliste cite un documentaire réalisé par l’UEFA sur cette jeune femme d’origine somalienne. Il nous la décrit avec enthousiasme et admiration, comme une femme souriante qui arrive sur les pelouses des stades « coiffée de son hijab, le voile musulman ». Et il laisse entendre son étonnement et sa réprobation des réactions « outrées, surprises, choquées », quand elle arrive sur la pelouse. Il ajoute : « pas facile de s’intégrer quand on est une adolescente étrangère et timide ».

Le journaliste se moque ou il n’y comprend rien ? comment fait-il pour ne pas se rendre compte que c’est principalement le voile islamique qui fait obstacle à l’intégration de cette jeune femme ? Pourquoi ne lui a-t-il pas demandé pourquoi elle tient tant à son voile islamique, elle qui veut accéder au statut de femme libre et jouissant de tous ses droits ? Pourquoi ne lui a-t-il pas dit que l’on peut très bien être à 100% musulmane et jouer ou arbitrer au foot sans voile islamique et même en short ?

Plus grave encore, pour Jérôme Val, cette femme « fait figure de modèle ». Modèle d’enfermement ? de soumission à une idéologie maschiste et obscurantiste ? modèle de l’islamisme conquérant qui avance dans nos sociétés ? ou un encouragement à tous les mouvements islamistes plus ou moins violents, comme Al-Qaida, Daesh, Boko-Haram et bien d’autres qui veulent nous imposer leurs lois funestes ? Et si la femme portant le voile islamique était un « modèle », alors qu’attendons-nous M. Val, pour avoir des institutrices voilées ? des juges ? des ministres ? une présidente de la République voilée ? Votre « modèle » est insensé et dangereux M. Val.

Et quel désaveu pour les centaines de milliers de femmes et d’hommes originaires de pays musulmans qui ont fait l’effort de se débarrasser des dogmes islamiques et de l’influence néfaste de l’idéologie islamiste et qui respectent la laicité et la liberté des autres ! Hier le modèle d’intégration était « républicain » et aujourd’hui « communautariste » ? c’est cela que vous suggérez, vous et l’UEFA, M. Val ?

Et ne me dites pas que Jawahir Roble n’est qu’une pauvre citoyenne anglaise qui vit simplement sa foi islamique. Vous le dites vous-même : « elle veut inspirer toute une génération de jeunes filles de confession musulmane ». En leur montrant comment le « modèle islamique » finit toujours par s’imposer particulièrement dans les pays libres et démocratiques ?

Non, M. Val, vous et votre collègue dans cette matinale du 20 août 2020 sur France-Inter, une radio de service public financée par le contribuable, vous n’avez pas été à la hauteur de vos responsabilités. Votre promotion probablement inconsciente de l’islamisme, votre banalisation de cette idéologie dangereuse, votre façon de céder à la facilité et à la mode du « politiquement correct », sont des coups portés aux valeurs de la République. Cela est inadmissible. A chacun d’en tirer les conséquences.

Bien cordialement,

21/08/20

Belkacem Lounes

Pourquoi la femme n’avait-elle pas droit à l’héritage en Kabylie ?

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Femmes kabyles

Voilà une question qu’on ne devrait même pas se poser si l’histoire de notre pays est enseignée dans les écoles de la république. Plus triste encore, est le fait que cette question aurait été posée avec sarcasme par une personne censée faire partie de l’élite algérienne. Je laisse le soin au lecteur d’en tirer une conclusion en ce qui concerne le cynisme et le manque de discernement de cette personne.

Jusqu’en 1768, concernant les successions, les Kabyles appliquaient le droit islamique depuis leur reconversion à cette religion : la femme hérite de la moitié de ce qu’hérite un homme. Cette année-là, d’un commun accord, les Aârouch décidèrent de mettre fin à cette loi religieuse pour lui substituer le droit coutumier kabyle et décrétèrent l’exhérédation de la femme. Cet événement constitue une
preuve que la gestion des affaires de la cité concernant la Kabylie est laïque.

En 1768, après plusieurs années de combats acharnés contre les Turcs, les Kabyles furent sur le point de donner le coup de grâce à ces derniers qui se trouvaient assiégés au sein de la ville d’Alger. Un événement inattendu chamboula la situation. Il s’agissait du retour des captifs relâchés par les Espagnols. C’étaient les fameux zouaves, connus pour être de vaillants guerriers dont le nom avait été repris par différentes armées à travers le monde, on l’attribuait souvent à des unités d’élite.

Ils combattaient en Méditerranée sous la bannière ottomane. Les Turcs les recrutaient pour leur vaillance et leur savoir-faire en matière militaire. Ils leur faisaient croire également qu’ils menaient une guerre sainte contre les infidèles. Ils furent relâchés par les Espagnols une trentaine d’années, pour certains, après leur capture.

En retournant dans leurs villages respectifs où ils étaient considérés comme morts, ils découvrirent avec stupéfaction que leurs femmes s’étaient remariées et leurs terres appartenaient à de nouveaux propriétaires habitant parfois dans un village voisin ou dans un autre Aârch lointain.

Cette situation sans précédent dans son histoire mit au bord d’une guerre civile toute la Kabylie, menaçant son organisation sociale lui ayant permis d’exister des siècles durant. Plusieurs villages et Aârouch se préparaient à se livrer une guerre fratricide. C’était ainsi que tous les villages rappelèrent leurs combattants assurant le siège susmentionné. Celui-ci aurait pu aboutir à la libération définitive de la ville d’Alger des mains des Turcs.

Rappelons que les Ottomans étaient un envahisseur parasitaire n’ayant eu aucune vocation civilisatrice. Ils avaient fait usage de tous les subterfuges possibles afin de soumettre et détruire la Kabylie : utiliser le mariage comme un moyen qui leur permettrait de s’approprier des terres kabyles faisait partie de leur plan machiavélique. Par ailleurs, l’une des filles des Bel-kadhi était bien mariée à l’un des fils de Barberousse, Hassan, mort en 1787 à Constantinople.

En rétablissant l’exhérédation de la femme et en donnant le droit à chaque famille de racheter les terres appartenant à l’un de leurs membres décédés sans laisser d’héritiers, on avait permis le maintien de la propriété au sein de chaque village et la stabilisation des frontières (tilisa) entre villages et Aârouch, assurant ainsi une paix pérenne dans toute la région. Sans cela, la Kabylie ressemblerait à la péninsule arabique où les tribus s’entretuaient durant des siècles.

Les villages kabyles étaient des petites républiques autonomes solidaires et toujours en état d’alerte. Ils évoluent dans un environnement austère où la richesse n’était pas symbolisée par l’argent ou les lingots d’or, mais, plutôt par la progéniture nombreuse. Dès qu’un danger menace les intérêts vitaux de la région, les Aârouch se réunissent et sont capables de lever une armée en quelques jours. Cette
organisation sociale est le secret expliquant notre survie à travers des siècles de lutte et de résistance.

En tant que Kabyle, j’assume toutes ces décisions prises par mes aïeux et je n’ai jamais ressenti une quelconque animosité entre mes frères et mes sœurs concernant la succession de mes parents. Grâce à la clairvoyance de nos ancêtres, nous existons encore et sommes devenus les gardiens du temple de la culture berbère en Afrique du Nord dont nous sommes fiers. L’exhérédation a été pratiquée pour maintenir une paix et une unité sans faille entre les tribus kabyles durant des milliers d’années, elle n’était pas destinée à mépriser la femme kabyle, comme certains voulaient le faire croire.

En ce début du 21e siècle, les femmes kabyles ont droit à l’héritage au même titre que les hommes, même si certaines d’entre-elles préfèrent y renoncer pour laisser leurs parts à leurs frères, car, elles savent pertinemment que leurs belles sœurs du côté de leurs maris en feront autant. Tout compte fait, en y regardant de plus près, le droit coutumier kabyle ne désavantageait pas la femme comme on pourrait le croire, ce qu’elle perd du côté de ses parents, le récupère auprès de ses beaux-parents.

Ce qui fait mal à la femme kabyle, tout comme la femme algérienne en général, est cette mentalité moyenâgeuse ayant engendré le code de la famille, considérant la femme sans vergogne comme étant un demi-citoyen ou un citoyen de seconde zone.
Dans les années 90, un cadre du FIS dissous croyait trouver une solution au chômage en interdisant aux femmes de travailler, ainsi toutes les femmes actives seraient contraintes de céder leurs postes de travail aux hommes sans emploi.

C’est cette mentalité en question qui doit faire l’objet d’un débat afin de trouver un moyen pour l’éradiquer définitivement dans notre société. Pour ce faire, il faudra impérativement avoir une école laïque où nos enfants trouveront les réponses à leurs différentes questions en ayant recours à la science et non pas en lisant Al-Boukhari et compagnie.

Les religieux ont été vaincus militairement dans les années 90, mais leur idéologie est toujours enseignée dans les écoles par leurs vainqueurs. La junte militaire algérienne n’a pas la même vision que Atatürk. Elle tue les islamistes dans les maquis et les régénère au sein l’école. Elle sait que son système ne pourrait survivre longtemps sans l’existence des intégristes.

La Kabylie n’a jamais cautionné ni les militaires ni les islamistes. Elle a toujours voté « démocrates », lorsque dans les autres régions on votait pour le système ou les barbus. Ces intellectuels des autres régions d’Algérie sortant leur artillerie lourde sur les réseaux sociaux depuis quelques jours pour lancer des piques à la Kabylie au sujet des droits de la femme, non seulement ils se trompent de cibles, mais ils sont en train de se tirer une balle dans le pied.

La seule oreille qui pourrait écouter et apprécier leurs idées modernistes se trouve en Kabylie. Ceux qui lisent leurs œuvres et partagent leurs publications sur les réseaux sociaux sont généralement des Kabyles. Ceux qui se mobilisent pour leur apporter un soutien dans les moments difficiles sont majoritairement des Kabyles. Sans la Kabylie, ce ne sont que de vulnérables prêcheurs du désert.

Mourad AMAGHNAS

La nécessaire décantation dans le flou

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Pays Kabylie

« Un homme averti en vaut deux » dit l’adage comme pour mieux nous prémunir de toute désagréable surprise qui viendrait heurter nos certitudes.

Dans le flou artistique qui a toujours enrobé l’Algérie, rien ne vaut une strate supplémentaire pour mieux brouiller les pistes à l’heure des décisions cruciales. Il faut dire que le cabinet noir – d’autre lui préfère l’État profond- s’y connait. En manigance, falsification, mystification, il n’a aucune recette à recevoir du pire des démons. Si le démon existe.

Entre les ragots colportés sur des figures se revendiquant de la « famille qui avance » chère à Feu Djaout et la désignation des Islamistes de Londres comme agitateurs des foules, le tout sous l’arbitraire d’une justice de nuit, la décantation, somme toute nécessaire, s’avère périlleuse.
Qui a tort et qui a raison ? Qui est l’ennemi et qui est l’allié ? Qui incarne le camp des lumières et qui représente celui de l’obscurantisme?

Lors d’un meeting à Tizi-Ouzou au plus fort du Printemps Noir, feu Hachemi Cherif avait fourni les clefs de déchiffrement des messages cryptés du pouvoir bipolaire État-DRS qui a toujours présidé aux destinées du pays.

L’on consent des concessions aux démocrates pour affaiblir les islamistes et quand les premiers prennent du poids on rééquilibre le jeu en octroyant des avantages au profit des seconds. Ce que l’ancien leader du MDS n’ajouta pas et que l’on peut intégrer à l’équation, ce sont les restrictions des champs des uns et des autres lorsque des ajustements nécessaires s’imposaient.

Fait nouveau et notable : depuis le déclenchement du soulèvement populaire qui a entrainé l’effondrement de la façade civile de la junte militaire, les deux camps qui se neutralisaient réciproquement par le passé font désormais l’objet de pilonnage simultané. Comme si le pouvoir se sentant acculé de toute part ne veut rien céder sous peine de disparaitre au moindre vacillement.

La Kabylie s’émancipera-t-elle des jeux d’équilibrage ?

Longtemps considérée comme, tantôt une variable d’ajustement, tantôt comme une force de contrepoids, la Kabylie a toujours rempli en parallèle, souvent sans le vouloir, parfois sans le savoir, un double rôle déterminant : elle sert d’ennemi intérieur, indispensable à toute dictature soucieuse d’ alimenter un nationalisme béat, et réservoir de compétences pour la gestion des affaires courantes et les sales besognes qu’incarnent ceux que la vox populi désigne sous le sobriquet accusateur de KDS.

Seulement, depuis le 22 février de l’année passé et une prise de conscience massive du reste du pays, grâce notamment à Facebook et autres réseaux d’information alternatifs, toutes les attaques contre la Kabylie s’avérèrent vaines et infructueuses, voire contreproductives.

Il serait redondant d’énumérer les actions des barbouzes en direction de cette terre qui a souffert le martyr, mais il convient de rappeler que les premières recettes élaborées pour venir à bout du bouillonnement social avaient toutes visé cette région. Allant jusqu’à souiller des légendes de la Soummam et à inventer des aberrations historiques du type Novembrya-Badissya.

Le reste des algériens ont enfin réalisé que le monstre kabyle n’était qu’un épouvantail savamment entretenu dans le but de scinder un pays pour mieux l’apprivoiser et l’asservir. Il reste aux kabyles de tirer les leçons de l’exhibition éhontée d’un des leurs dans la douleur la tristesse du cimetière.

Farid C.

Mohand Laravi TAYEB, la perte d’un grand homme pour la Kabylie

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Laravi Tayeb photographie Mouloud Abadou

Le militant de la première heure et ancien président du Mouvement de l’Autonomie de la Kabylie de juin 2010 à août 2011, Mohand Larbi Tayeb (@Laravi Atfrah), est décédé le samedi 08 août 2020 des suites d’un cancer du foie. Il a été inhumé ce dimanche dans son village natal Ath Frah dans la commune Larbaa Nath Iraten.

Enseignant à l’Université de Tizi Ouzou et de Belgrade durant une quarantaine d’années, docteur en cybernétique sociale, il a formé plusieurs générations d’ingénieurs et universitaires. Il est également le frère du chanteur Brahim Tayeb.

Ferhat Mehenni a appelé les militants à lui rendre un hommage digne d’un homme d’État : « Homme de conviction, kabyle dans l’âme et universitaire ayant formé plusieurs générations de diplômés, il était agréable à vivre et à côtoyer […] malgré les inévitables malentendus auxquels la politique nous a confrontés nous sommes restés amis par delà les vicissitudes du temps. La Kabylie perd un de ses meilleurs enfants, un cadre et un dévoué à la cause de son indépendance […] il était l’un des piliers du MAK ».

Le militant kabyle Azru Loukad a souligné tous ses sacrifices pour la cause kabyle «Il vivait avec l’espoir chevillé au corps de voir un jour la Kabylie, pour laquelle il a tant et tant donné, maîtriser son destin et devenir le façonnier essentiel de la renaissance d’une Tamazɣa libre, démocratique et séculière au service de ses propres peuples […] son intelligence, son temps, sa santé, sa maison, sa famille, son véhicule, sa bourse, son carnet d’adresses n’étaient pour lui qu’autant de moyens à mettre à disposition sans réserve à chaque fois que les contingences du combat l’exigeaient ».

Kamira Nat Sid, Présidente du Congrès Mondial Amazighe qui était présente à ses funérailles témoigne elle aussi «Nous avons accompagné notre camarade militant kabyle Laravi Atfrah à sa dernière demeure. Ton ombre sera toujours parmi nous. Repose en paix cher camarade le combat continue.»

Aujourd'hui , nous avons accompagné notre camarade militant kabyle Laravi Atfrah à sa dernière demeure Ton ombre sera toujours parmi nous. Repose en paix cher caarade le combat continue

Publiée par Kamira Nait Sid sur Dimanche 9 août 2020

Ahmed Ait Bachir ancien militant a souligné, de son côté : « C’est avec tristesse et consternation que je viens d’apprendre le décès de notre ami Mohend Larvi Tayeb. Militant engagé désintéressé, avec sa perte, la Kabylie perd l’un de ses fils des plus dévoué. A toute sa famille, notamment son épouse et Brahim son frère, qu’ils trouvent ici toute ma compassion, ma solidarité et mes condoléances les plus attristées. La Kabylie vient de perdre l’un de ses plus grands défenseurs, un militant qui s’est investi de manière dévouée et désintéressée dans son combat. »

Le réalisateur et militant Hocine Redjala a aussi exprimé toute sa compassion : « Un grand homme, un homme bon, Moh larvi l’universitaire qui a tout laissé ailleurs pour revenir aux piémonts de ses hautes collines de Kabylie, nous a quittés dans la dignité et le silence. Et, ajoute, Hocine Redjala, c’est triste de le voir partir avec cette amère idée que la Kabylie pour laquelle il se battait ne s’est pas encore relevée de ses marasmes. Digne et honorable, je ne t’oublierai jamais. Notre toute dernière conversation est une sorte de testament à notre peuple qui marche.»

Mouloud Abadou journaliste et ami de Mohand Larbi Tayeb lui a rendu hommage par ces mots : « Adieu cher ami Professeur Cheikh Laravi pour les intimes l’homme des causes justes, humaniste, universaliste adepte de la démocratie, de la laïcité, des droits de l’homme, féministe, farouche défenseur de l’école républicaine, de la paix, de la liberté d’expression, enseignant, universitaire, scientifique, intellectuel hors pair, l’ami des prolétaires et un militant aguerri de la cause identitaire. Repose en paix le lion de Djurdjura, ton nom sera gravé à jamais dans la mémoire du peuple de la Kabylie et de Tamazgha. Ces photos ont été prise lors d’un reportage l’année dernière à Ath Khazem le champs des oliviers de ses ancêtres tant aimé dans son village natal Ath Frah Larbaa Nath Iraten ( ex Fort National en haute Kabylie ) une belle citadelle historique, antique, révolutionnaire et culturelle qui a enfanté des grand hommes tels que le premier linguiste et chercheur en Tamazight , Cheikh Amar Boulifa, le poète de tous les temps, Cheikh Mohand Ou M’hend, Abane Ramdane l’architecte du Congrès de la Soummam entres autres symboles et figures emblématiques qui ont marqué l’histoire, l’identité, les traditions et la culture ancestrale de nos aïeux d’une pierre blanche cette jolie magnifique région des Ath Iraten qui fut la capitale de la haute Kabylie jadis n’est autre que la contrée natale de Cheikh Teyev Mohand Laravi l’enfant du pays. Il y a trois jours il m’a appelé par téléphone pour faire une sortie au village Ath Frah avec notre ami Omar Kerdja à Ath Khazem un lieux mythique et historique des ath Frah il me disait pour le moment ” Je suis très affaiblie mais le RDV est maintenu finalement”. LE RDV n’aura jamais lieux . Paix à ton âme l’ami »!

Mohand Tayeb Larbi était un militant démocrate, qui jusqu’à son dernier souffle luttait courageusement pour l’émergence d’un Etat kabyle. Il continuait le combat même immobilisé dans un lit d’hôpital, même affaibli il venait appuyer les marches en faveur de l’indépendance de la Kabylie.

L’équipe de Kabyle.com partage le profond deuil ressenti par sa famille, ses amis et tous les militants de la cause kabyle. Nous garderons en mémoire l’homme de valeur, la personnalité attachante que représentait Dda Laravi. Sa disparition est une perte inestimable pour la Kabylie.

Une conférence du Professeur Mohand Laravi Tayeb empechée à Larbaa Nath Irathen

Samir Djallali signe son premier roman

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Samir Djallali

Un jeune auteur, Samir Djallali vient de publier son premier roman Faucheurs d’étoiles. A 29 ans, il concrétise son rêve d’enfance, celui de l’écriture !

Faucheurs d’étoiles, paru aux éditions l’Harmattan de Paris en 2020, est écrit à la première personne du singulier : « je ».

Un « je » intime, un « je » audacieux qui ose prendre la parole pour raconter son histoire, qui ose s’affirmer dans un monde de silence, dans un monde aux allures gérontocratiques, dans un monde de silences forcés, de silences douloureux. Chaque personnage s’affirme avec son « je » et se distingue dans un style à la fois poétique et léger : «J’ouvris les yeux avec peine. Masnsen me faisait face. Je ne savais pas comment il a su pour mon accident, mais je me retenais de le lui demander. Je ne savais même pas si c’était la réalité où les médicaments qui me faisaient halluciner. Je sentais au fond de moi une grande joie et ne voulais pas gâcher le bonheur de le revoir. Mais après ce qui m’est arrivé, je ne pouvais plus retarder l’heure de la vérité. Je devais tout lui dire. D’autant plus que je ne savais pas si je survivrais ou pas. Les médecins n’étaient pas sûrs.»

Nous découvrons au fil de la lecture que ces récits ne forment qu’un seul récit en réalité. Chose inattendue, la parole est donnée à tous les protagonistes, même à un terroriste, lui qui n’a pas l’habitude de prendre la parole (il prend autre chose !), raconte sa « vérité ».

En faisant parler ce monstre, l’auteur essaye de comprendre les mécanismes de l’intégrisme religieux. Ce qui nous amène à penser que peut-être on ne nait pas terroriste mais on le devient. Ce qui déplace la notion de la culpabilité. On le voit bien, l’auteur est ancré dans son temps, dans sa société. En effet, l’histoire se déroule en Algérie, vers la fin du XX siècle.

Faucheurs d’étoiles commence avec un père et sa fille chrétiens qui rentrent en Kabylie. Le père est un révolutionnaire, ancien membre du FLN, écarté à la naissance d’un état algérien arabo-musulman à l’indépendance acquise en 1962.

Après l’euphorie de la liberté retrouvée, il se rend à l’évidence : le droit à la vie et à la liberté pour lesquels il s’est battu lui sont refusés. Dépité (pas député comme certains de ses compagnons de combat), il se réfugia alors en Kabylie pour élever sa fille Roseline. Des années plus tard, devenue jeune et belle femme, Roseline sera tiraillée entre la passion qui la lie à un fanatique religieux et à un ami qui se révèle être son bourreau : « Le sens de notre vie nous appartient-il vraiment ou nous est-il imposé dès notre naissance par un Dieu, une société, une famille ? Sans nous consulter, à un rôle nous sommes enchaînés malgré notre premier cri de douleur. » C’est toute la complexité de la situation de l’Algérie post-indépendante.

L’auteur nous montre à travers cette fiction, le poids de l’héritage d’une société en mal de repères qui court vers sa propre perte. Masnsen doit porter le sien. L’écrivain nous emmène à travers les méandres de la folie pour décortiquer les mécanismes de blocage, de violences et de mal-être de la population en proie à une violence multidimensionnelle. Ce mal-être est métaphorisé par cet enfant qui se réveille dans un hôpital psychiatrique sans aucun souvenir de sa vie passée. Pire encore, il ne sait plus qui il est. Les jours se suivent et nous partageons avec lui sa quête du passé. Que va-t-il découvrir ?

L’histoire s’achève sur l’un des moments clés de l’Algérie moderne : le Printemps Noir Amazigh qui vient comme un souffle de vie en quête de liberté et de démocratie tant rêvées, tant fantasmées en guise de réponse au fanatisme religieux qui redouble de férocité, qui étend chaque jour un peu plus ses tentacules empoisonnées. L’auteur fait un clin d’œil aussi aux femmes à travers l’évocation de la célèbre Sophonisbe. Ce personnage symbolise toute une génération de femmes algériennes qui ont contribué à l’édification d’une nation digne de ce nom, en gageant leur vie. Elles se battent quotidiennement à la fois contre les interdits de la tradition et ceux de la religion. Sophonisbe arpente les rues d’Alger pour dire non au silence dans lequel on veut la murer après lui avoir volé son enfance. Elle veut aussi retrouver ce petit enfant qu’elle avait connu jadis.

La relation Sophonisbe et Masnsen est non sans nous rappeler celle de la reine carthaginoise et du roi numide. L’histoire va-t-elle se répéter ? Et Sophonisbe sera-t-elle amenée à se tuer en s’empoisonnant ? L’intelligence de ce récit réside dans sa faculté à apporter une pensée critique à la fois sur la société algérienne et sur la vie. Il est également une réflexion sur les rapports humains. Ce qui témoigne de la capacité de l’auteur, malgré sa jeunesse à penser la société dans laquelle il vit ; ce que nous retrouvons, malheureusement, de moins en moins dans la littérature contemporaine. Ces réflexions sont mises dans la bouche de plusieurs personnages et celui qui en fait le meilleur usage est sans conteste Da-Ravah. Un vieux que rencontre Masnsen à l’hôpital psychiatrique. Sa folie se révèle être sagesse.

Faucheurs d’étoiles marie est à la fois tragédie et espoir. Une harmonie presque insoutenable entre l’amour, la mort et la folie. Qui sont ces faucheurs d’étoiles ?

Djamal AREZKI. 

Biographie : Samir DJALLALI est un écrivain kabyle né en 1991 dans un village d’At Hemdoun, pendant le printemps noir. Après avoir commencé des études de littérature en Algérie, il s’est expatrié en France afin de les terminer à l’Université Paris VIII.

Faucheurs d’Étoiles, roman éditions L’Harmattan, Paris, 2020.

faucheurs d étoiles Kabyle.com

«In memoriam» pour Gisèle Halimi

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Gisèle Halimi Wikipedia

La genèse de mon regard personnel sur la condition féminine, dans sa simple manifestation, trouve quelques-unes de ses racines dans des moments simples hautement évocateurs. L’un d’eux est offert par Gisèle Halimi, précédant ainsi toute entreprise de découverte et de construction militante ou encore, comme dirait le/la parfait (e) réactionnaire éclairé(e), d’« endoctrinement ».

C’était en 1984, en Haute Kabylie, au collège de Taguemount Azzouz, lors d’un cours de langue française. L’objet d’étude, un long texte de Gisèle Halimi, un extrait de “La Cause des femmes” subtilement choisi dans le manuel de français par le professeur Marcel Boudarène. Le but était d’introduire l’étude du récit de soi, à travers un thème assez peu ordinaire dans un cadre scolaire. Une trame et un registre accessibles, des passages épico-lyriques et une tonalité frondeuse finissent par susciter un sentiment ambivalent.
Gisèle Halimi, avec la virulence de la simplicité, dépeint l’iniquité de l’éducation dans nos sociétés, attaque l’inégalité à partir de l’intimité familiale, de la fratrie, de l’omerta sur le corps et la maternité, de la posture insatisfaite et exigeante des mères [1] et décrypté les résistances trans générationnelles contre tout changement. À ce propos tout est dit, la part de l’implicite n’existe pas chez l’auteure.
Par ailleurs, pendant quelques années la figure de Gisèle Halimi est restée floue, encore en raison de l’inexistence d’une documentation diversifiée. On s’interrogeait également sur ce nom à double consonance, comme les nôtres parfois. Cet aspect non documenté à l’époque restait sans réponse ; je ne connaissais ni l’envergure ni l’engagement de l’auteure, pour découvrir quelques années plus tard une indémontable ténor de la plaidoirie pour des causes justes.

Loin de réaliser que nous partagions avec elle, à notre insu parfois, un imaginaire collectif commun, une forme de familiarité ressentie au contact de ses premiers textes où l’extraction populaire juive, dominée par l’ordre patriarcal, est omniprésente. Le même regard porté sur des faits et choses que Kabyles, Nord africaines et méditerranéennes nous connaissions toutes – enfin presque et, toutes proportions gardées – des situations similaires. Il va de même de ce rapport à la résurgence de la célébration de la nature et des Anciens transcendant le simple regard historique.

Trente ans plus tard, ces mêmes configurations sont toujours là, habillées tantôt de religieux tantôt de conservatisme patriarcal ou de bienséance, parfois tout cela à la fois. Et puis, cette catégorie d’auteurs et de textes disparaît sournoisement mais assurément des manuels scolaires algériens.

Je comprends alors la force de sa posture humaniste et visionnaire, une jubilation. J’ai fini par adopter son écriture à travers laquelle le « politiquement correct » était peint comme une forme d’indifférence et de déni. Aussi hétéroclites que puissent être ses thématiques dans « Djamila Boupacha », « Le lait de l’oranger », « Histoire d’une passion », « La Kahina”, etc., il n’est pas difficile de trouver des points de convergence : la figure féminine et l’aspiration à la justice occupent une indéniable centralité. Aussi, je n’ai pas résisté aux passages lus dans « Histoire d’une passion » où elle livre une réflexion à la fois lyrique et philosophique disant : « Je crois que les êtres très profondément aimés réfléchissent une part de l’amour qu’ils inspirent. Choisis, élus, ils se sentent uniques. Le boomerang de l’amour, en quelque sorte. »
De même, les écrits qui ont suivi contribuent à comprendre la fluidité des rapports de genre, à sortir de la binarité hommes-femmes, à relire les ambivalences loin de l’illusion qu’entretiennent les “success stories” de femmes politiques ou scientifiques ou encore d’artistes. Gisèle Halimi a pu, loin des tribunes du média mainstreaming, identifier et illustrer la complexité des phénomènes menant aux inégalités, décortiquer le racisme et tous les rapports de domination, qu’ils soient le résultat d’un processus historique ou pas. Lors de ses interventions sur les plateaux TV ou les émissions radio (voir le cycle de France culture [2] notamment), la volonté de retranscrire, avec sérénité, la complexité des mouvements et des individualités qui luttent contre ces inégalités, ce qui rend sa plume caustique et cinglante. Elle plaide pour les syndicalistes tunisiens ainsi que des militants du Front de libération nationale (FLN) et torpille l’usage de la torture par les militaires français.

Plus qu’un épisode activiste, le procès de Bobigny [3](1972), le Manifeste des 343 et le dossier de Marie-Claire dont le procès se transforme en diatribe contre la loi 1920 [4] préparant de fait la loi Veil (1974) sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) fait de notre militante la figure de proue.
L’audience se tient le 8 novembre 1972, durant plus de 12 heures [5]. Un coup de maître(sse) de l’association [6] féministe « Choisir la Cause des Femmes » présidée par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.

Ainsi, ce sont aussi les situations les plus simples qui mènent à la compréhension de la complexité des processus de servitude, plus particulièrement féminine. Quelques années plus tard à l’université, la découverte de « Une Chambre à soi », bouquet de conférences de Virginia Woolf (1928) à Cambridge, me ramène à Gisèle Halimi et ses discours sur la menace des contingences familiales, le déracinement ou encore l’enfance sur la détermination du processus de création et d’engagement chez les femmes. Toutes ces thématiques ne sont pas en reste des grandes causes.
L’appropriation de la langue et la culture française ne lui font pas perdre de vue le destin des siens et son ascendance. Une probable quête d’identité, une approche ouvertement singulière du personnage de Dihya-Kahina avec une œuvre qui ouvre un judas sur une histoire assumée défiant sans doute toute accusation d’ethnicité ou de communautarisme et qui aboutit à une interrogation sur l’épopée contée de « La Kahina » et la fin de la reine berbère qui reste « mystérieuse pour les historiens »
Au regard de cette genèse du féminisme, j’ai de tout temps et volontairement retenu de son œuvre le très emblématique « La cause des femmes » mais, indéniablement, son parcours continue de nourrir les mobilisations féminines en France quand bien même s’ajoutent de nouvelles strates d’enjeux et de défis.

Depuis mai 2018, un collège à Aubervilliers (Seine Saint-Denis), près de Paris, porte son nom. Ce n’est pas aléatoire. Il reste bien des choses à dire sur cette femme de conviction, cette militante libérée des logiques de clochers, maîtresse d’œuvre d’un héritage métissé transmis aux futures générations de militantes et militants. Que les générations futures se saisissent de ce combat fécond.


Nacira Abrous,
Linguiste et auteure
Cnrs/Aix-Marseille Université


Aix-en-Provence 29 juillet 2020

Sources bibliographiques

  • Nivelle Pascale, « Dame de parité » dans Libération du 22 février 2020
  • Chaperon Sylvie, -« Une génération d’intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir », Clio. Femmes, genre, histoire, no 13,‎ 2001.
  • Djamila Boupacha en collaboration avec Simone de Beauvoir, Gallimard, 1962 La Cause des femmes, Gallimard, 1973
  • Le Lait de l’oranger, Gallimard, 1988
  • Une embellie perdue, Gallimard, 1995
  • La Nouvelle Cause des femmes, 1997
  • Histoire d’une passion, Plon, 2011
  • Gisèle Halimi, préface Simone de Beauvoir, Le procès de Bobigny : Choisir la cause des femmes, éditions Gallimard, nouvelle édition 2006, avec un texte inédit de Marie-Claire Chevalier
  • La Kahina, 2006
  • Perrin Christophe et Gaune Laurence, 2010 Parcours d’avocat(e)s, entretien avec Gisèle Halimi

Notes

[1] Elle dit dans un entretien accordé à « L’Humanité » du mercredi, 25 Juin 2003 :
« La domination, invisible et symbolique, devient même un instrument des femmes contre les femmes. »

[2] Consultable sur le site de France Culture

[3] Gisèle Halimi Le procès de Bobigny : Choisir la cause des femmes, éditions Gallimard.

[4] 31 juillet 1920 – Loi réprimant la provocation à l’avortement et la propagande anticonceptionnelle (JO. 1er août 1920). La loi de 1920 votée à majorité.

[5] La plaidoirie finale de Gisèle inspire une pièce de théâtre en 2018, adapté de Les grandes plaidoiries des ténors du barreau de Mathieu Aron.

[6] Voir : http://www.choisirlacausedesfemmes.org/

Le mouvement citoyen à l’épreuve du danger islamiste

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Hôpital d'Aokas juillet 2020

La révolution du sourire gardera-t-elle sa bonne humeur encore longtemps ? Le spectre de l’islamisme resurgit encore une fois, devenant l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête. C’est dans ce contexte tendu que Bachir N, un syndicaliste kabyle et un militant de première heure au sein de ce mouvement citoyen, a bien voulu répondre à nos questions.

Rédaction Kabyle.com : Vous êtes un enseignant proche de la retraite. Vous avez derrière vous une longue carrière dans le domaine éducatif algérien. Durant plusieurs années, vous avez milité dans le domaine politique, associatif et syndical. Le mouvement citoyen au mois de février 2019, communément appelé le Hirak que l’on pourrait traduire par Amussu, a créé une dynamique ayant permis une mobilisation et une prise de conscience populaire vis-à-vis du pouvoir algérien inédite. Depuis le début de ce mouvement, vous avez participé à toutes les marches du vendredi se déroulant dans la ville de Tizi-Ouzou malgré l’éloignement de celle-ci de l’endroit où vous résidez. Pourriez-vous nous dire les raisons profondes de cet engagement de votre part et vous arrive-t-il de douter de l’issue de ce mouvement ?


Bachir N : Premièrement, la contestation a toujours été présente, même si elle a été sectorielle, territorialement limitée, dans notre pays. L’impression était que la grande révolution libératrice menée par les Algériens a été déviée de sa trajectoire, comme si on lui avait inculqué d’autres buts secrets greffés sur une surenchère nationaliste de bas étage. Rien d’une Algérie libre, démocratique et sociale. Un social, certes, mais adossé à un populisme qui garantit la survie des classes dirigeantes. C’est cette conscience qui a marqué à l’Algérien lambda et c’est là, aussi que réside le travail de l’élite intellectuelle. Elle-même doit se libérer de la couche de crasse dont les années de dictature et d’interdits de toute sorte l’ont recouverte.

Normalement, le Hirak a permis le déconfinement de cette élite qui a duré plusieurs décennies. Si ce n’est pas le cas, alors c’est le scepticisme. Deuxièmement, tout mouvement qui s’inscrit dans la durée, et le Hirak est un exemple concret, aura à traverser des moments difficiles. Et ce n’est pas sans incidence sur le moral. Mais ce qui a été constaté est que ces incidences ont été vite dépassées et le mouvement a toujours repris de plus belle. Étant interrompu par la pandémie du covid-19, ses objectifs ont été suspendus Je pense que l’avenir lui réserve une bonne suite, tout comme la surprise de sa naissance en février 2019.

Justement, en parlant du scepticisme, ces derniers temps, des voix s’élèvent pour dénoncer des manœuvres malsaines de Rachad visant à récupérer le Hirak. Rappelons que cette mouvance, au regard de ses membres fondateurs, est née des débris de l’ancien FIS ainsi que du système qu’elle prétend combattre. En tant qu’enseignant, croyez-vous que la jeunesse algérienne ayant subi un endoctrinement religieux dans les écoles de la république durant des décennies est en mesure d’éviter l’écueil religieux et de se tourner vers la démocratie et la modernité ?

Ces manœuvres malsaines ont toujours existé dans ce courant. Ce n’est pas pour rien que son contenu crédo : guerre est ruse, est popularisé au sein de cette mouvance et même au-delà. Ici ruse n’est pas synonyme de stratégie au sens noble du terme : celui qui fait appel à l’intelligence, mais plutôt à l’exploitation de situations au profit de leur cause, quitte à renier les pactes passés avec des partenaires. Pour eux, la cause défendue dépasse les objectifs que l’on puisse avoir ici-bas. Ils expliquent que l’ici-bas n’est rien par rapport à la préparation du monde éternel. Discours à teneur eschatologique oblige. Rachad, dans ce jeu, est capable de faire avancer ses plans. Sa riche expérience le lui permet. Ils ont probablement réfléchi et constaté leur échec, mais seront-ils en mesure de dépasser leurs blocages qui ne sont pas des moindres ? Pour cela, il faut qu’ils se remettent en cause sur plusieurs questions essentielles et existentielles. Ce qu’ils ne feront pas sans casse. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue la réalité du terrain qui peut leur être favorable conjoncturellement, qui peut leur permettre de se saisir du pouvoir ou du moins une partie de celui-ci. La question est comment conjurer cette catastrophe. La solution ne viendra pas du pouvoir d’autant que lui-même base sa feuille de route sur la démagogie et a besoin d’un vernis islamiste lui permettant de perdurer. L’école algérienne est celle qu’il s’est construite et qui répond à ses aspirations et ouvre des voies à des courants d’endoctrinement qu’il ne peut pas toujours contrôler, mais deviennent des partenaires incontournables. Le pouvoir leur apporte Biens et Confort d’ici-bas, eux, par contre, assurent à celui-ci un soubassement idéologique nécessaire pour contrôler la société. Pour l’école, tant que sa mission n’est pas redéfinie, tout comme celle du système, elle ne peut pas éviter les écueils dont vous parlez. L’école synthétise cette hybridité que le pouvoir fait peser sur la société. Cette idéologie tiendra l’Algérien loin de ses préoccupations et de la recherche de solutions en s’armant du savoir, de la connaissance et de l’esprit scientifique en général. Ce système l’enferme dans l’irrationnel. La société vit sa propre réalité, sa lutte a pour but de transformer son cauchemar en une vie qui mérite d’être vécue. Ce constat n’a pas pour but de promouvoir un pessimisme quelconque, au contraire, la société peut dépasser toutes ces contradictions et forcer un passage vers un système meilleur.

Au sein de ce mouvement, la Kabylie est incontestablement à l’avant-garde. La preuve, elle est la seule région ayant réussi le boycott des élections présidentielles. Mais, pour beaucoup d’analystes, à long terme, elle pourrait perdre ses spécificités et son âme de démocrate qui l’anime, à force de faire preuve d’empathie envers les autres régions pour qu’elles puissent prendre conscience du désastre algérien. Cette situation ne vous rappelle pas un peu l’esprit qui animait les fondateurs de l’Étoile Nord Africaine ? Des Kabyles l’avaient créée, cependant, ils ont mis à sa tête Messali Hadj dont l’idéologie était à l’opposé de la leur et on connaît la suite, avec l’envahissement du mouvement nationaliste algérien par l’idéologie arabo-islamiste. Comment pourrait-on éviter à la Kabylie cette issue néfaste ? Dans une vidéo postée sur YouTube, quelqu’un présentait Zitout comme étant le futur président et Amir Dz ainsi que S. Aknine, présents à ses côtés, comme ses futurs conseillers. Ne trouvez-vous pas que le système est en train de biaiser le débat au sein de la contestation et de créer des faux héros avec lesquels il négociera demain pour mettre fin à ce mouvement conformément à un plan préétabli ?

Il est établi de façon incontestable que la Kabylie est à l’avant-garde de la contestation et de la revendication de la démocratie. Si le soulèvement à l’échelle nationale est aussi indéniable et d’une ampleur jamais atteinte, il n’en demeure pas moins que les niveaux de conscientisation sont en déphasage. La Kabylie a pris une avance, ce qui laisse supposer que les autres régions resteront dans l’expectative et ne parviendront pas de sitôt à un niveau de conscience qui appelle à un changement qualitatif, pour peu que les conditions le permettent.

Ce serait sous-estimer le travail en profondeur opéré par le Hirak pendant plus d’une année sur les esprits et les consciences. Le pouvoir et ses alliés l’ont compris. Ses réponses sont instructives : empêchement des marchés, arrestation des animateurs, parasitage des réseaux sociaux, etc. Donc, préserver les acquis et aller vers d’autres est le travail qui incombe. Est -ce qu’un parallèle est possible avec ce qui s’est passé au début du 20e siècle ? Rien n’est moins sûr. Même si nous nous retrouvons devant des situations analogues, il n’en demeure pas moins que toute comparaison est hasardeuse. Le placement de Messali à la tête du mouvement nouvellement créé a obéi à une conjoncture bien déterminée. En comparant la situation qui a donné naissance à l’Étoile Nord Africaine(ENA) et celle qui prévaut aujourd’hui, il faudra un long développement que nous n’allons pas nous hasarder à esquisser.

Je reviens à la conjoncture actuelle qui est celle où le mouvement citoyen risque de se faire happer par la mouvance islamiste et qui va nous replonger dans les siècles obscurs. C’est vrai qu’en ces temps de confinement, l’avenir du mouvement est sujet de beaucoup de questionnement. Les réponses ne sont pas évidentes. La fabrique de produits tels Zatout, DZ, ou autres sont des manœuvres dilatoires qu’il faut, quand même, prendre au sérieux. Pour ces nouvelles idoles, il faut brouiller les cartes, empêcher d’aller à l’essentiel, ramener le débat dans le terrain de leur prédilection. Certains se préparent même à d’éventuelles négociations avec le pouvoir et pour cela il faut y aller avec des atouts à faire prévaloir. Cet opportunisme a-t-il un lendemain ? Les jours à venir nous en diront plus à ce sujet. Ce qui va compter pour les démocrates ce sont leurs propres atouts qui se résument en leur union la plus large pour concrétiser le slogan : Algérie libre et démocratique brandi depuis ” l’ouverture démocratique” et qui attend son jour. Les démocrates doivent rester collés à l’actualité et aux côtés du peuple. Faire évoluer la situation de façon à créer les conditions pour l’instauration de la démocratie qui sous-tend une justice indépendante, les libertés individuelles et collectives d’expression d’organisation et de culte. Il faut éviter la focalisation sur les personnes, quelle que soit leur valeur. On ne peut comptabiliser que les avancées acquises par le mouvement. En ces temps de vaches maigres, la prudence et le bon sens doivent être les guides pour éviter une cassure irrémédiable du mouvement citoyen.

Une partie des indépendantistes kabyles soutient ce mouvement citoyen, une autre partie se montre sceptique quant à son issue. Cette dernière y voit un cheval de Troie et préférerait que la Kabylie consacre toute son énergie afin de se libérer du joug de cette junte militaire. Il serait plus facile de libérer la Kabylie que l’Algérie entière. Que diriez-vous à ces indépendantistes pour les convaincre de la nécessité de soutenir ce mouvement citoyen ?

Le mouvement citoyen du 22 février est une lame de fond. Je ne pense pas qu’il y ait un Kabyle qui ne souhaite sa réussite. Quant aux clivages qu’il peut y avoir dans le mouvement indépendantiste, je ne peux avancer aucune hypothèse, car j’ignore tout de sa composante. Ce que je sais, c’est qu’il s’est déclaré pacifiste, et même si je n’adhère pas à ses thèses, je ne lui dénie pas le droit à l’expression. Ils ont leurs propres convictions qu’ils assument. Quant à la stratégie qu’ils adoptent vis-à-vis du mouvement citoyen, c’est à eux seuls d’en tracer leur ligne.

Si demain ce pouvoir cède devant la pression populaire, faudrait-il mettre en place une période de transition ou bien organiser des élections présidentielles ?

Une période de transition est réclamée, il ne peut y avoir de nouvelle République sans une véritable transition. La période de transition est très importante, car elle permettra la mise en place d’un cadre dans lequel se dérouleront toutes les élections. La constitution et les lois actuelles sont rejetées et dénoncées, car elles sont une garantie pour la survie du système. Cette transition devrait être l’objet de négociations avec l’opposition.

Tout le monde peut voir à quel point elle est essentielle, c’est elle qui va préfigurer l’Algérie de demain. Le cadre qu’elle va instaurer est une balise qui évitera des dérapages, stabilisera les institutions et aboutira à des scrutins crédibles admis par une grande majorité. Ce jour-là, nous dirons que la mission du Hirak est accomplie. Est-ce que nous cheminons vers cette solution ? C’est le chemin le plus laborieux pour faire aboutir le projet d’une Algérie libre démocratique telle qu’elle est rêvée par la majorité des Algériens. Sans cela, aucune légitimité n’est acquise. Tous les petits calculs ne sont que de la roublardise qui sera vite éventrée et au final, les positions se radicaliseront. Le débat politique doit vite reprendre pour aller vers des clarifications. Ceux qui veulent évacuer ce débat, qui nous attend de toute façon, sont des gens qui nous préparent des surprises pas agréables.

Les habitués des arcanes du pouvoir ainsi que les adeptes du “harb khidaa” ne veulent pas de clarification, ils sont à l’affût du moindre faux pas concédé par les forces du progrès. Surtout, il ne faut pas se tromper de débat. Le débat, le vrai, c’est celui qui porte sur les enjeux en jeu, qui s’engage sur l’avenir démocratique du pays, qui place l’algérianité au cœur de la recherche des solutions. Qui sommes-nous ? Il ne s’agit pas uniquement de brandir des slogans “ni Est ni Ouest”. Nous sommes le produit de notre propre Histoire pas celui de celle des autres. Il faut s’assumer en tant que tel.

Le débat politique en question est déjà entamé au niveau de la diaspora, en l’occurrence en France. Des informations ont été relayées par des médias, entre autres El Hadath TV, indiquant que le Qatar a investi de sommes faramineuses dans la chaîne de télévision appartenant au fils de Abassi Madani, dans le but d’aider les islamistes à prendre le pouvoir en Algérie. A priori, la tâche sera rude pour les démocrates afin d’éviter que les islamistes ne cassent à nouveau cet élan démocratique comme ils l’avaient fait déjà après le soulèvement de 1988. Pour terminer, quel message voudriez-vous passer à la diaspora dans cette situation très tendue ?

Ces jours-ci l’actualité est accaparée par les activités des islamistes de tout bord et principalement le mouvement Rachad, aidé en cela par leurs mentors du Golfe afin de prendre le pouvoir en Algérie. Ce qu’ils n’ont pas pu réaliser par le terrorisme, ils veulent le faire aboutir en squattant le Mouvement citoyen du mois de février 2019.

On constate une résurgence, même dans les milieux “démocrates” de certains réflexes des années du terrorisme qui consistaient à justifier la terreur d’une idéologie qui s’assumait en tant que telle. Le pouvoir en place, comme les islamistes fondent leurs légitimités, l’un sur la rente que procure la manipulation de la participation à la guerre de libération et l’autre sur ce que la religion a de plus sordide. Sur ces terrains de leur prédilection, les résistances au dictat sont ardues, comme vous le dites si bien. Ce n’est pas le “ni…ni” slogan brandi dans l’absolu, loin de toute réalité qui changerait les choses.

Le mouvement du 22 février a modifié la donne. La priorité de la lutte contre le terrorisme avait permis au système de rebondir. Ce n’est plus le cas maintenant. Il suffit de voir les slogans des gens de la révolution du sourire pour s’en convaincre. Les attestations opérées par le pouvoir ne se font pas dans les milieux islamistes. S’il faut faire partir le pouvoir des militaires, il faut aussi en découdre avec l’idéologie théocratique.

La Diaspora algérienne et particulièrement kabyle a toujours été un acteur de premier plan. Elle a marqué l’histoire récente de notre pays. Elle s’est toujours sentie concernée par ce qui se passe en Algérie, elle s’est toujours impliquée dans les luttes, par la contribution à l’économie, la solidarité…personne ne peut me convaincre que des supérieurs de l’état qui croupissent dans des prisons pour corruption…sont plus patriotes que notre communauté immigrée.

Entretien réalisé par M. AMAGHNAS le 17 juillet 2020

Je ne veux pas croire, je veux savoir…

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Shamy Chemini
Shamy Chemini Juillet 2020 - Photographie Samir Hamma

J’ai, par hasard, vu et écouté sur Facebook, le représentant d’une espèce rare qui se dit Kabyle et se nomme Saïd Aknine. Cet énergumène sautant telle une puce s’exclame : – Que celui qui ne croit pas en l’islam quitte l’Algérie ! Un nouveau dictateur vient de se dévoiler sans gêne ni honte, mais il est tellement inintelligent qu’il ne se rend même pas compte de ses contradictions.

En réalité, il n’est qu’un perroquet répétant ce que ses maîtres lui murmurent à l’oreille. Ce spécimen non identifié à la face laide, vêtu d’une queue de chien autour du cou qui lui sert de cravate, se prend pour le maître du monde et se dit Kabyle.

Certes, les insultes ne sont pas honorables, mais cette petite chose crache sur tout un peuple, auquel selon lui il appartient et cela vaut de recevoir toutes les insultes du monde sur la place publique. Hélas pour lui, il n’est pas Kabyle, mais fils d’esclaves, héritier de l’époque ottomane, un être méprisable répudié par ses géniteurs, car si ce n’était pas le cas, il connaîtrait son histoire et respecterait les siens. Il vit en France et veut que ceux qui ne croient pas à son islam quittent l’Algérie ! Je réponds en mon nom à cette pensée mortifère.

Je suis pour l’indépendance de la Kabylie. Le jour où les islamistes seront tolérants, je le serai avec eux. Ceux qui affirment que cette religion est tolérante affirment que la neige est chaude.

Lorsqu’un homme de plus de quarante ans avec plusieurs épouses et concubines veut en plus enlever et épouser la femme de son fils adoptif qui n’a que neuf ans et de surcroît se dit prophète, cet homme pour moi est un pédophile et ceux qui croient en lui le sont aussi, avec du sang d’innocents sur les mains. Ce Mecquois issu de la famille Korrichi, illettré qui s’affirme prophète dans sa folie épileptique, a laissé derrière lui des millions de morts entre sa naissance et aujourd’hui. Ce Korrichi Mecquois n’a rien à voir avec l’Afrique du Nord et moins encore avec la Kabylie. Cette région du monde ne donne pas naissance à des monstres semblables. Ce sont ceux qui s’identifient à lui qui doivent quitter la terre de Tamazgha. Ce Dracula primitif né dans le désert, assoiffé de sang, n’est rien d’autre qu’un prédateur se faisant passer pour un prophète et des millions de personnes continuent à s’entretuer en son nom ! Il se disait aussi berger et se faisait entretenir par une riche vielle dame. Ce soi-disant prophète n’avait donc aucune morale. Son but était de verser le sang et de forniquer avec toutes femmes qui croisaient son chemin de neuf à quatre-vingt dix ans et vivre de sa spécialité : les razzias.

Je reviens à cette puce qui se dit Kabyle, Saïd Aknine et qui vient d’insulter tous les Kabyles. À l’avenir ce n’est pas ton prophète qui va te nourrir. Si tu avais un minimum d’honneur, tu ne viendrais pas mendier chez les chrétiens que tu insultes du matin au soir alors qu’ils t’offrent hospitalité et travail. Probablement qu’actuellement tu survis grâce au RSA. Il est intéressant de remarquer que tous ceux qui se disent islamistes fuient leurs pays pour venir vivre chez les « mécréants » comme ils les désignent. S’il n’y avait pas de frontières, tous les pays dont ils sont originaires seraient désertés.

Monsieur l’énergumène Saïd Aknine, l’Arabie Saoudite, le pays de ton prophète, est en train de massacrer les enfants yéménites avec l’aide des Américains financés par les islamistes Saoudiens. Toi, fils d’esclave, tu peux toujours aller servir Erdogan afin de massacrer les Libyens, mais de grâce oublie toute l’Afrique et particulièrement la Kabylie.

Pauvre type, si tu savais tous les massacres que les Arabes ont commis pour islamiser les peuples, tu n’oserais plus jamais parler de ton islam meurtrier. Si tu aimes tant ce dernier, pourquoi ne vis-tu pas dans un pays islamique ?

Si un jour tu tombes entre leurs mains, ils te feront porter le voile et te découperont en morceaux à coups de sabre. Toutes réponses venues de la part de quelqu’un qui réside chez les prétendus « mécréants » sont caduques. Il peut, par contre, aller dire ce qu’il veut en Arabie Saoudite ou en Iran, pays islamiques tolérants où règne la liberté d’expression et de culte !

Shamy Chemini Les Abranis – Artiste, écrivain.

shamy citation Kabyle.com
Photographie Samir Hamma
shamy citation 2 Kabyle.com

Algérie : 58 ans plus tard, un échec magistral

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Crânes des chefs kabyles décapités envoyés par Cheikh Ahaddad en reconnaissance dans toute l'Algérie.
Crânes des chefs kabyles décapités par les coloniaux français. Des chefs Kabyles furent envoyés par Cheikh Ahaddad en reconnaissance dans toute l'Algérie.

En 1962, les autorités françaises de l’époque, au lieu de remettre le pouvoir au FLN et son armée, l’ALN, ont remis insidieusement celui-ci à l’armée des frontières. En contrepartie, cette dernière a effectué leur sale besogne consistant à éliminer des centaines, voire des milliers, de combattants de l’ALN et un certain nombre de leurs chefs historiques que l’armée française n’avait pas pu éliminer durant 7 années de guerre. Vingt ans plus tard, la junte militaire remet au peuple algérien les dépouilles des Colonels Amirouche et Si Lhoues, en prenant soin de les enterrer aux côtés de ceux qui les avaient trahis et séquestrés.

58 ans plus tard, c’est la France qui remet à l’Algérie vingt-quatre crânes de résistants algériens décapités au XIXe siècle. Avec tous mes respects à ces braves hommes morts pour défendre leurs terres, permettez-moi de rappeler cette caricature circulant sur les réseaux sociaux : l’Algérie reçoit des crânes vides tandis que la France récupère tous les cerveaux formés dans les écoles de la République algérienne durant plusieurs années.

Combien de médecins, d’ingénieurs, ont-ils quitté l’Algérie depuis le début de la décennie noire ? Le chiffre donnerait certainement le tournis. L’Algérie d’avant 1962 était un pays cosmopolite, multiculturel et multiconfessionnel. Elle était constituée des autochtones (les Amazighs), les Juifs, les Arabes, les Pieds noirs, etc.).

Après l’indépendance, on a chassé les populations d’origine européennes ainsi que les Juifs qui étaient là à l’époque de Nabuchodonosor, dix siècles avant l’arrivée des Arabes, et l’on a renié la culture millénaire du pays en travestissant cette dernière, la rendant ainsi stérile. La diversité est signe de richesse, mais l’Algérie a sombré dans l’unicité morbide.

Avant 1962, l’Algérie était considérée comme le verger de la métropole. Des bateaux arrivaient vides de France pour se charger de denrées alimentaires diverses produites sur ses terres prolifiques. Maintenant, l’Algérie ne produit presque rien, elle vit de la rente pétrolière. Les bateaux accostant dans ses ports arrivaient pleins et repartaient vides. L’école est sinistrée depuis que le pouvoir a décidé de l’arabiser. Hier, pourtant, elle produisait des prix Nobel, à l’instar d’Albert Camus.

Cinquante-huit ans plus tard, elle forme des intégristes islamistes qui deviendront un danger et un frein à toute émancipation de la société. Pour s’en rendre, il suffit d’examiner deux photographies d’un même quartier d’une ville algérienne, l’une prise dans les années soixante, l’autre d’aujourd’hui, vous remarquerez que notre société a énormément régressé. On est passé d’un monde de lumières à celui des ténèbres. L’Algérie d’aujourd’hui est incontestablement un échec magistral. La tyrannie militaire conjuguée à l’arabo-islamisme en est responsable. Sans la démocratie, sans la laïcité, sans le respect de toutes les composantes ethniques et culturelles constituant ce pays et tant qu’on tourne le dos à la modernité, on n’est pas encore prêt de voir le bout du tunnel. Le mouvement citoyen né au mois de février 2019 pourrait être source d’espoir d’un changement radical du pouvoir en Algérie, à condition d’éviter l’écueil islamiste et démasquer les manipulations du pouvoir dont il est champion. Ce dernier est passé maître dans le détournement des objectifs de toute contestation populaire. Il est également capable de créer des héros qui seront ses futurs serviteurs. À bon entendeur méfiance !

M. AMAGHNAS  

Disparition du militant kabyle Belaïd Lamara

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Belaïd Amara

Je viens d’apprendre la nouvelle de la disparition de Belaïd Lamara, un militant de la cause amazighe. A Paris, il a été de toutes les actions en faveur de la cause amazighe et des luttes démocratiques en Afrique du nord.

Il a été l’une des chevilles ouvrières des différentes radios berbères à Paris pendant les années 80 : c’est le cas notamment de Radio Tamazight.

Il est présent à tous les rassemblements politiques organisés en région parisienne en faveur de la cause amazighe. Celles et ceux qui fréquentent les différentes manifestations culturelles et artistiques kabyles en région parisienne, et même au-delà, sont habitué.e.s à le voir, souvent, derrière son stand de livres et autres objets artisanaux et culturels amazighs.Il manquera certainement aux différentes manifestations amazighes en région parisienne.

Masin Ferkal

De quel départ du système parle-t-on dans les manifestations en Algérie ?

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Karim Tabou

Depuis une quinzaine de jours, à juste titre, des Algériens sortent pacifiquement dans les rues pour s’opposer à un 5e mandat d’un Président moribond. Ce prétexte n’aura été que la goutte qui fait déborder un vase déjà trop rempli.

Voilà, ils réclament le départ du système. Là est la question fondamentale. Était-ce le système-Bouteflika qui prévaut depuis avril 1999 ? Si tel est le cas, le changement auquel aspirent les manifestants ne sera que replâtrage. Rappelons-le que ce système tire ses racines de celui mis en place par le duo Ben Bella-Boumediene depuis 1962. Un système d’État-nation s’abreuvant de l’idéologie arabo-islamique, entre les mains des militaires, qui ne laisse aucun espace d’affirmation à la véritable diversité. Certes ! Il y a eu des réformettes. Même celles-là, il faudrait ne pas l’oublier qu’elles sont arrachées par les dures luttes militantes.

La Kabylie en a payé un lourd tribut. Reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe mais quelle place occupe-t-elle réellement dans la constitution ? Inférieure bien évidemment à la langue arabe qui elle, est toujours sacralisée. En revanche, elle ne figure nullement dans l’article sur les constantes nationales, elle est soumise donc à tous aléas.

Reconnaissance constitutionnelle du fait amazigh dans le triptyque « Arabité-islamité-amazighité » tout en affirmant dans le préambule que l’Algérie est une terre arabe. Création d’une académie de la langue amazighe sous la férule du Président de la république. Elle n’a donc aucune autonomie comme devait l’avoir toute académie scientifique.……Ou bien était-ce le système dans son armature structurel ? Dans ce cas, pourquoi les manifestants n’appellent-ils pas à un système fédéralisant comme c’était le fond revendicatif de toutes les manifestations amazighes et kabyles. Là, le départ du système aura un sens.

On sortira du système d’État-nation jacobin centralisé pour s’acheminer vers celui qui répondra aux aspirations des peuples constituant l’Algérie profonde. Vers un système qui libèrera toutes les potentialités locales de créativité et mettra l’Algérie sur le tremplin de la modernité et du développement économique.

Madjid BOUMEKLA, 6 mars 2019

Kabylie : de 1962 à aujourd’hui, que du temps perdu et des rêves brisés

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Kabylie 1980

Depuis l’antiquité à ce jour, la Kabylie était toujours une terre des insoumis ou plutôt tamurt (le pays) des Hommes libres. Jusqu’à l’arrivée des Français, aucun envahisseur ou tyran n’a réussi à pénétrer ses terres et la dominer. Elle a toujours eu sa propre organisation sociale, laïque, démocratique et égalitaire. Elle n’a jamais connu de clergé ou de khalife.

Les Français ont réussi à pénétrer en Kabylie en construisant des routes grâce aux moyens modernes n’existant pas auparavant, rendant ainsi ses villages perchés accessibles aux visiteurs étrangers, sans toutefois chambouler son architecture sociale. Décrite comme étant une farouche république de tributs, elle a fait l’objet d’une multitude d’études et de recherches, environ 700 titres de livres et d’articles lui seraient consacrés durant la colonisation française.


« Au demeurant, si les Kabyles ont alors, certes, suscité une telle curiosité, par ailleurs cependant, leur est également demeurée leur réputation guerrière : réputation qui, conjuguée à la rareté des terres exploitables en leur montagne surpeuplée, a dissuadé bien des convoitises et alors ainsi limité la colonisation agricole à des parties de ces mêmes basses plaines si souvent ravies aux Kabyles, mais tout en épargnant la montagne où l’administration coloniale militaire elle-même (jusqu’en 1880), à ses débuts, n’a guère affecté l’organisation sociale. » (Camille Lacoste-Dujardin).

Le véritable envahissement de la Kabylie s’est produit après l’année 1962. Pourtant, à l’indépendance, la région kabyle disposait de l’armée la plus puissante comparativement à celles des autres wilayas. Elle aurait pu s’accaparer du pouvoir par la force des armes comme l’avaient fait les Alaouites en Syrie. Mais, ce qui n’est plus un secret pour personne, une armée de mercenaires renversa le cours de l’histoire en confisquant l’indépendance de l’Algérie : un colon céda sa place à un autre colon que l’on croyait fossilisé.

Dès son premier discours, le premier président Ben Bella, désigné par l’armée des frontières, annonce la couleur de sa politique. Il déclare que l’Algérie est arabe. Ce qui est un mépris et une insulte à toutes les populations berbères qui avaient toléré la présence de ses ancêtres (qu’il prétend arabes !) sur leurs terres. Même la colonisation française n’a jamais osé cette ineptie. Pour un Kabyle ou tout autre Berbère, l’élément arabe ou français sont des vestiges issus des envahissements de leurs territoires par des civilisations étrangères.

Depuis 1962, la Kabylie n’a jamais cessé de combattre le néocolonialisme

Depuis 1962, la Kabylie n’a jamais cessé de combattre ce néocolonialisme. On traitait les Kabyles de tous les noms : de séparatistes, sachant que c’est bien ce pouvoir qui cultive une forme de racisme abject et un déni d’histoire flagrant en cherchant à nier leur propre existence ; d’enfants de la France (Ouled França) pour invoquer ce qu’on appelait la main étrangère, alors qu’il n’y aurait jamais eu d’indépendance de l’Algérie sans la Kabylie, et le produit de la fameuse main étrangère est bel et bien l’armée des frontières dont était issu ce pouvoir.

Je me rappelle toujours cette journée printanière de l’année 1980, lorsqu’en plein cours de mathématiques, des lycéens entrèrent dans notre collège, situé en plein centre de la ville d’Azazga, pour nous exhorter de rejoindre leur marche afin d’exiger la reconnaissance de notre identité et l’instauration d’un état de droit. J’avais treize ans. Cette journée fut pour moi un sursaut et le point de départ d’une lutte passionnelle qui ne me quitterait jamais.

Comme tous les camarades de ma classe, je rêvais d’une Algérie démocratique respectueuse de toutes les libertés et tournée vers la modernité. Je désirais une Algérie plurielle et non pas celle que voulait nous imposer le pouvoir : un pays, un parti, un peuple, une langue, une religion, un dieu, un président, une armée,…tout cela sonnait faux et véhiculait un mauvais présage. L’unicité est un fantasme et c’est aussi un concept stérile et contre-productif dont le but est de justifier la tyrannie.

Le soulèvement populaire du printemps 80 n’a touché que la Kabylie, concernant le reste de l’Algérie, tout va bien, Madame La Marquise. Al-hamdou lillah. Il avait fallu attendre 8 années pour que toutes les autres régions se soulèvent. C’était les évènements d’octobre 1988. Je les ai vécus en tant que membre du comité des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. J’avais 21 ans. Grâce à sa maturité dans le combat politique, la Kabylie n’a pas sombré dans le chaos comme cela était le cas dans d’autres régions d’Algérie, y compris la capitale.

Ces évènements ont donné naissance au multipartisme et à une liberté éphémère de la presse. La Kabylie, qui voulait l’instauration d’une véritable démocratie, a choisi son camp naturel, celui des démocrates. Lorsque les Kabyles plébiscitaient le FFS et le RCD, deux partis républicains et démocrates, dans les autres régions, on votait pour le FLN ou bien pour son FIS. C’était ainsi qu’on a abouti à une confrontation sanguinaire entre un délinquant et un psychopathe causant plus de 200 000 morts. Ce même psychopathe tente actuellement de nous entraîner dans ses délires post-traumatiques pour faire porter le chapeau de tous ces massacres à son adversaire.

C’était ainsi que le rêve d’une véritable démocratie se transforma en un horrible cauchemar. Après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, le seul président non issu du système ayant suscité de l’espoir chez beaucoup d’Algériens, un ancien membre de la pègre algérienne, dont la place serait à la prison d’El-Harrach, se retrouva à El-Mouradia, une année environ après l’assassinat de Matoub Lounes. Bouteflika alias Boutesrika devint président de la République. Et, un autre cauchemar ne faisait que commencer.

En 2001, la Kabylie se souleva comme un seul homme contre un système infanticide. J’avais 31 ans, diplômé universitaire au chômage. J’étais l’un des représentants de l’Aarch des Ait-Ghovri. Malgré la marche grandiose du 14 juin 2001 organisée à Alger et les 127 personnes assassinées par la gendarmerie nationale parmi lesquels des enfants, aucune région d’Algérie ne nous manifesta un semblant de soutien en organisant une marche ou bien un rassemblement. Boutesrika continuait à être reçu par des youyous et du Tbel en dehors des régions kabyles. La vie était belle, ya hasrra ! ah y addin u-qavach !

Ces évènements firent naître dans l’esprit de beaucoup de Kabyles une prise de conscience qu’il était illusoire de suspendre le sort de la Kabylie à celui de l’Algérie. C’est comme contraindre plusieurs familles à vivre sous le même toit. Cela ne pourrait engendrer que conflits et mal-être. Leur libération de cette contrainte serait la clé de leur émancipation et leur éviterait une autodestruction certaine.

Le reste de l’Algérie finit par prendre conscience du désastre et donne raison à la Kabylie

Dix-huit années plus tard, en 2019, cinquante-sept ans après l’indépendance, le reste de l’Algérie finit par prendre conscience du désastre et donne raison à la Kabylie. Tous les Algériens sont maintenant d’accord pour chasser ce pouvoir illégitime. Cependant, ne soyons pas dupes, nos projets de société restent diamétralement opposés, à moins de croire aux miracles. Contrairement aux autres régions victimes d’une crise identitaire profonde qui les empêcherait, en ce moment et dans plusieurs années à venir, de bâtir un état moderne, La Kabylie était prête pour effectuer cette mission depuis 1962.

La pensée dominante chez les populations arabophones les pousse à se comporter comme une secte dont les gourous sont le Baâthisme et l’Islamisme. L’arabe algérien est une langue plus proche du berbère que de l’arabe littéraire. Les Arabes algériens sont des Berbères relativement arabisés. Cela a été prouvé par une étude récente du génome de l’Afrique du Nord. Mais, comme disait Kateb Yacine : l’islamisation a entraîné l’arabisation, et maintenant, on veut être plus arabe que les véritables Arabes. Une population ayant renié ses origines, croyant détenir la vérité grâce à une religion au 21e siècle et rêve de libérer la Palestine alors qu’elle-même est l’otage d’un système pervers, est-elle prête à vivre dans une République démocratique ?

La population kabyle, dans sa majorité, sait que le temps des foutouhates est révolu et la religion est un choix qui relève de la sphère privée. Ce qui fait la grandeur d’un peuple est son éducation ainsi que son accès au savoir. Si la Kabylie était indépendante depuis 1962 ou, du moins, était autonome dans la gestion de ses affaires intérieures, nous serions devenus un pays aussi développé que l’Espagne ou la Norvège. De l’indépendance de l’Algérie à ce jour, nous avons perdu 58 précieuses années.

Une Kabylie libre et autonome serait plus utile au reste de l’Algérie

Certains activistes kabyles du Hirak (Amussu) se croient investis d’une noble mission auprès du peuple algérien ayant retrouvé son unité face à la junte militaire. Pour ce faire, ils ne font presque plus leurs discours dans leur langue maternelle, évitent l’emblème Amazigh, fréquentent les islamistes et sont convaincus que Ali Ben Hadj est un démocrate. Ce sont certainement les KDS de demain dans le sillage d’Ahmed Ouyahia. Ils jettent la pierre sur les autonomistes et les indépendantistes comme l’avaient fait d’autres avant eux, durant la révolution, à l’encontre de Bennaï Ouali et Amar Ould Hamouda.

Certes, une unité de circonstance est nécessaire pour venir à bout de ce pouvoir perfide, mais, il est impératif d’éclaircir les positions des uns et des autres ainsi que les objectifs de chacun. Il y a un risque de reproduire les mêmes erreurs du passé et de finir par remplacer une tyrannie par une autre. Avant que l’arabo-islamisme nous détruise de l’intérieur, la Kabylie doit œuvrer urgemment pour son autonomie ou son indépendance. Nous n’avons pas besoin d’une permission quelconque pour aller dans cette direction, il s‘agit de nos intérêts vitaux.

Une Kabylie libre et autonome serait plus utile au reste de l’Algérie. Elle serait certainement une oasis de démocratie et un havre de paix. Ces intellectuels arabophones critiquant actuellement son indépendance, comme le faisaient avant eux Ferhat Abbas et les Oulamas avant le déclenchement de la révolution algérienne, y trouveront refuge et soutien. Ils n’auront pas besoin de traverser la méditerranée. Le miracle qui nous a permis d’exister encore après tant de milliers d’années ne serait pas vain.

« Il faut profiter des leçons de l’expérience et se garder des fautes commises dans le passé ». Léon Blum.

Mourad AMAGHNAS
Universitaire

L’artiste kabyle, l’éternel exilé…

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Matoub Laure Adler

Justifier, c’est plaider coupable

Tant que nous justifions nos choix, nos convictions, nos amitiés, nos préférences, nos amours, nos envies… les Arabo-Islamistes auront toujours le dernier mot. Nous sommes comme l’épouse qui justifie chaque geste et chaque parole auprès de son compagnon. Compagnon qui n’est tenu à rien, car il est le maître des lieux. Il n’a rien à justifier et rien à déclarer. C’est lui le douanier qui interroge et nous, comme de modestes voyageurs, répondons les yeux baissés.

Nous avons intériorisé la domination arabo-islamique. Nous avons même fait la guerre pour elle. Nous la trouvons naturelle au point d’appeler rebelle un être normal, qui fait et dit tout simplement ce que lui dicte sa conscience. Nous devons nous interroger non pas sur le courage d’un tel qui ne respecte l’ordre établi islamique, mais sur nos peurs et phobies que nous justifions sans cesse, comme des petits collégiens pris en flagrant délit de vol ou de mensonge.

Nous obéissons, comme dirait Bourdieu, à des injonctions invisibles et silencieuses. Nous blâmons tous ceux qui ne les respectent pas. Nous évitons de parler de l’instrument principal de domination qui est la religion. Nous avons construit tout notre imaginaire, notre culture, nos traditions et notre morale autour d’elle que toute tentative d’émancipation nous semble un scandale, voire un crime contre la nature et le cosmos. Nous la condamnons en hurlons avec les loups : partout où les Arabo-islamistes dénoncent les faits, nous, les Kabyles, dénonçons la forme. Nous nous démarquons juste pour la forme.

Nous justifions même les actes et les dires des Kabyles sains d’esprit. Nous réinterprétons jusqu’aux paroles de Matoub, qu’il a complètement assumées de son vivant, pour plaire aux maîtres des lieux. Nous condamnons les méthodes et les formes de luttes d’autres Kabyles courageux, rien que pour ne pas attirer les foudres des maîtres de maison. Nous justifions jusqu’à notre propre existence, ce qui conforte les Arabo-Islamistes dans leur position de dominants.

Souvenez-vous de Khalida Toumi qui, chez Laure Adler, à chaque intervention de Matoub, elle réinterprète ” En fait, Matoub veut dire…”, et elle brouille et modifie le message initial. Celui-ci change même de cible et de destinataire. Matoub parle aux Kabyles, Toumi traduit aux Algériens.

Il faut arrêter avec ce paternalisme dégradant, qui justifie ce que nous sommes et ce que nous faisons. Ces faux sages qui s’empressent de réinterpréter nos volontés et nos désirs nous font passer auprès de l’ennemi pour des malades mentaux ou des mineurs que le monde ne doit pas écouter.

En somme, ils rassurent l’ennemi en condamnant leurs enfants. Ce qui, par conséquent, condamne ces derniers éternellement à l’exil ou à la soumission totale.

Par Romain Caesar

Le jour ou j’ai enterré l’Algérie…

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Matoub Mammeri

Cet après-midi là, la nouvelle a fait le tour de la Kabylie, on te disait gravement blessé, on te disait peut être mort, le temps s’est arrêté. On n’y croyait pas, on se regardait comme pour voir qui dirait le premier que ce n’est qu’une mauvaise blague. J’étais jeune, bercé par tes mélodies, par tes paroles aussi profondes que nos montagnes, mes premiers amours se sont abreuvés de tes magnifiques poèmes, mes premiers accords à la guitare étaient pour essayer de jouer tant bien que mal tes meilleurs refrains.

En milieux d’après midi, la confirmation est tombée comme une épée de Damoclès, en achevant tous nos espoirs. Lounès est mort assassiné. Le vent s’est arrêté de souffler sous la chaleur déjà écrasante, c’est la nuit en plein jour, les gens se parlaient à peine, des pleurs ici et là, des jeunes torses nus hurlaient leur tristesse, d’autres le regard hagard dans un silence assourdissant.

Je ne pouvais plus prononcer un mot, muré dans un silence abyssale, je me disais que c’était un cauchemar et que j’allais me réveiller, j’étais un mort vivant, ce soir là j’ai pleuré seul, assis sur la dalle brûlée par le soleil, regardant le ciel comme pour le chercher parmi les étoiles, ce soir là j’ai pleuré Lounès, j’ai pleuré un guerrier, j’ai pleuré un ami, j’ai pleuré un confident, j’ai pleuré un artiste, j’ai pleuré la Kabylie et j’ai enterré l’Algérie.

Tu nous manques Lounès. Le combat continue.

A.U.

La Kabylie se dote d’un passeport !

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Passeport officiel Kabylie Anavad
Passeport officiel Kabylie Anavad

10 ans, jour pour jour, après la mise en circulation de la première Carte d’identité kabyle par l’Anavad (Gouvernement Provisoire Kabyle en Exil), la section de l’état-civil kabyle rend publique la création d’un passeport pour les ressortissants de la Kabylie.

Les modalités d’obtention du passeport kabyle biométrique sont indiquées sur le site web : https://etat-civil.kabylie-gouv.org/passeport/

La Carte d’identité peut être obenue sur le même site : https://etat-civil.kabylie-gouv.org/cik/

Les couleurs du passport sont celles du drapeau de la Kabylie azur et l’or, flanqué du symbole AZA (YAZ) avec ses deux rameaux d’oliviers en losanges.

Son entête TAMURT TAQVAYLIT (Kabylie) et AMSINEG AQVAYLI (Passeport kabyle) sont transcrits en caractères latins et tifinagh (alphabet amazigh).

Ce passeport contient 4 langues officielles : le kabyle, le français, l’anglais et l’hébreu.

Source : Anavad

Pour la transcription simple et unifiée de tamazight

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Clavier tamazight latin
Clavier tamazight latin

Tamazight a sa propre écriture, le tifinagh. Elle est adoptée au Maroc. Elle interviendra sûrement un jour en Kabylie, elle est notre fierté : rares, en effet, sont les peuples qui ont inventé un système d’écriture. Dans l’étape transitoire actuelle, c’est la transcription latine qui, répandue et accessible à tous, continue à se développer et à se généraliser. Elle contribue incontestablement à l’épanouissement de notre culture. Aussi est-il souhaitable qu’elle soit unifiée et standardisée.

J’ai le privilège d’être féru de littérature amazighe (1)(2)(3)(4)(5). Dans l’écriture, j’ai recherché à imiter les initiateurs de la transcription parmi lesquels, bien évidemment, Mouloud Mammeri. J’ai opté chaque fois pour la transcription la plus simple possible pour rendre la lecture attrayante. Mais j’ai constaté des divergences entre les auteurs et des tendances actuelles à s’écarter des pionniers. Je vais passer en revue quelques points essentiels qui m’ont interpellé et tenter de justifier les rationalisations que j’ai retenues.

Les tirets

Les premiers textes ont utilisé les tirets en abondance, surchargeant l’écriture, comme par exemple :

« Awal-ik yewweḍ-aɣ-d » (6).

Ces choix pouvaient se justifier, au départ, chez les linguistes, pour expliquer l’enchaînement des mots dans cette langue dont l’écriture est « nouvelle ». Malheureusement ils ont perduré même lorsqu’ils ne s’imposent pas. Par exemple, dans une publication récente, j’ai relevé la phrase :

« Yenna-as : -nniɣ-am wet-iyi-d » (7).

Si on traduit cela dans une autre langue, les tirets disparaissent. En français : « il lui a dit : je te dis de me frapper ». Il en est de même en anglais, en espagnol, en italien, etc. (il suffit de consulter internet en traduction automatique en ligne). Aucune des langues ne surcharge le texte par un excès de tirets. Aucune langue ne dispose un tiret entre un nom et son adjectif possessif…

L’argumentation pour justifier un tiret, c’est d’éviter les confusions. Elle n’est pas toujours convainquante comme je l’ai montré sur un exemple (8) : « Idda d Bujmaâ ». Cette expression a deux sens selon que « d » est la particule de direction, ou la préposition « avec ». Mais le contexte permet de lever l’ambiguïté : il est question d’une venue dans le premier cas, et d’un départ dans le second. Deux situations contraires, donc aucune confusion possible.

Par ailleurs, on perd souvent de vue le rôle la ponctuation. Non seulement elle facilite la lecture, mais elle lève les ambiguïtés. Dans l’expression « inna d gma », il y a deux points à ajouter convenablement. On écrit soit « inna : d gma », « il a dit : c’est mon frère », soit « inna d gma : », « mon frère a dit : ». Les exemples de ce type sont légion et nous pouvons nous passer de la pléthore de tirets qu’on trouve dans certains textes, en s’aidant, si besoin est, de signes de ponctuation.

La lettre epsilon et l’alphabet

L’alphabet préconisé par Mouloud Mammeri (9) est, a priori, le plus simple. Il se limite à une seule lettre grecque : gamma. Le « aîn » est rendu par « â ». Il semble que les écrits, actuellement, tendent, au contraire, à retenir l’usage de epsilon, lettre qui est substituée au « â » de Mammeri.

Ce choix contrecarre nombre de publications importantes aussi bien à l’aube de la naissance de l’écriture en kabyle, que dans ces derniers temps. Sans s’appesantir sur le fait que epsilon détonne par sa forme cursive, on ne peut nier qu’une telle option ignore le lien incontestable qui existe entre « aîn » et la lettre « a ». Dans plusieurs tribus kabyles, « aîn » est prononcé « a ». La notation « â » est le choix du résistant amazigh Aït Amrane (10) lequel est allé jusqu’à suggérer de remplacer cette lettre par « a » tout simplement. C’est aussi l’option du riche lexique d’informatique de Samiya Saad Buzefran (11). Je n’ai, moi-même, utilisé le epsilon que dans l’une de mes publications (8). Mouloud Mammeri, dans sa préface au lexique de berbère moderne (12), assimile «â» et «a», écrivant tewaat, aarur, etc.

Le phonème « aîn » est d’origine étrangère, il s’incruste à coté du « a » dans certains parlers, disparaissant dans d’autres. Voici justement un message de M. A. Aït Amrane (13) dans son livre « Tamazight » :

« …j’ai éliminé…le epsilon qui correspond au « e » grec…pour transcrire le phonème « aïn » en arabe, étranger à notre langue…ce caractère n’est même pas utilisé par les linguistes lorsqu’ils transcrivent l’arabe en caractères latins. Ce phonème n’est d’ailleurs pas du tout prononcé dans certaines régions de Kabylie, tandis que les Touaregs le remplacent carrément par « gh »…son utilisation déforme la prononciation de certains mots au point de les rendre méconnaissables ».

La conséquence manifeste du choix de epsilon, c’est qu’on ne sait pas où le placer dans l’alphabet. J. M. Dallet (14), et K. Bouamara (15) dans leurs dictionnaires, le disposent après la lettre « z », très loin du « a »…D’autres dictionnaires, comme celui de M. S. Ounissi (16), opportunément, retiennent « â », ou disposent epsilon à proximité de « a », comme le fait le Dictionnaire universel bilingue (17). Il est intéressant de noter que dans le remarquable lexique de la linguistique de A. Berkaï (18), édité en 2009 par Ramdane Achab, la lettre epsilon est absente dans une riche terminologie amazighe !

Les premiers écrits ont ignoré epsilon. A. Hanoteau (19) et A. Mouliéras (20) utilisent « â ». Il en est de même de l’un des premiers dictionnaires français-berbère (21) publié avant la conquête de la Kabylie. C’est aussi l’option du Dictionnaire français-tachelhit- tamazight (33). Mouloud Mammeri, dans ses livres, a préféré l’usage de « â » (22) (23) sauf dans « Cheikh Mohand a dit » (24). Le pionnier du roman, Rachid Alliche, se contente de la lettre « a » dans « Faffa » (25). Saïd Sadi utilise « â » dans sa première oeuvre « Askuti » (26). Hend Sadi fait de même dans l’excellent « Tusnakt s wurar » (27), tout comme l’association culturelle Imedyazen dans sa revue « Taftilt ». Le dictionnaire chaoui-arabe de F. Tibermacine (28) publié récemment, ignore lui aussi la lettre epsilon. Il en est de même du lexique pan berbère de B. Djouhri, diffusé par l’auteur (il écrit par exemple, « aarab » pour traduire le mot « arabe »).

Une option définitive exige une entente. Elle ne pourrait s’imposer que si l’on possède une institution académique de concertation et de décision ayant autorité sur la culture.

La lettre « e » et la grammaire

Les livres de grammaire (9) (29) (30) affirment que, en kabyle, il n’y a que 3 voyelles : a, i, et u, que la lettre « e » est neutre et ne sert que pour faciliter la lecture. On qualifie d’ailleurs celle-ci de voyelle zéro ou schwa.

On s’attendrait à voir minimiser l’usage de cette lettre, mais, en pratique, c’est loin d’être le cas, surtout dans les publications récentes et dans les livres d’enseignement en Algérie.

Considérons d’abord l’expression « ma mère ». Dans nombre de tribus kabyles, on dit simplement « imma ». On trouve cette écriture dans les contes de Mouliéras (20), dans le dictionnaire universel bilingue (17), le premier dictionnaire français kabyle (21), le dictionnaire chaoui-arabe-kabyle et français (31) paru en 1907.

Le dictionnaire berbère-français de A Jordan (32) donne « ma » en tacelhit. Dans le dictionnaire récent tamazight français (33) de Aliamaniss ( Maroc central) la mère se dit « mma » sans autre initiale. Il en de même chez les Touaregs. Le Dictionnaire français-tachelhit-tamazight (34) donne « immi » pour les deux variantes amazighes (et imma comme pluriel pour l’une d’elles).

Le dictionnaire Dallet (14), par contre, donne « yemma » et, curieusement, il repère ce mot dans la racine « ym ». K. Bouamara (15) le place dans « ye » ! Fort heureusement, très récemment, M.A. Haddadou (35) remet le terme à sa bonne position : la lettre M. Cet auteur donne, par ailleurs, les différentes variantes du mot mère dans l’espace amazigh et il apparaît clairement que « imma » prédomine.

Néanmoins beaucoup de publications actuelles, en Kabylie, retiennent l’écriture yemma.

La question qu’il est légitime de se poser est : pourquoi introduire la lettre neutre « e » dans ce mot facile à lire ? Pourquoi ne pas écrire Ymma, ou plus simplement imma ?

Considérons maintenant la conjugaison des verbes à la troisième personne du masculin singulier.

Mouloud Mammeri, dans sa grammaire (9), opte sans ambiguïté, pour l’affixe initial « i ». Il écrit : izmer, iqqim, issared…On trouve déjà cette écriture chez Hanoteau (19) qui transcrit : iffegh, illan, innoumen etc. ainsi que chez Mouliéras (20) : isâa, itszalla, ifka, etc.

Dans l’ouvrage détaillé de Gaya Hamimi ( 36), on retrouve l’affixe i (en majuscule). Il écrit : Iuzzel, ur Illi, ad Ikkes, etc. Même observation dans le lexique pan berbère de B. Djouhri, paru récemment où l’on trouve : ikkat, ad irnu, ur isnuzgum, etc. Chez les Touaregs c’est l’affixe « i » qui prévaut d’après la grammaire Touareg de J.M. Cortade (37). On y trouve, par exemple : ilsa, iswa, ikkes, etc. C’est la transcription que retiennent la plupart du temps plusieurs oeuvres pionnières (22) (23) (25) (26) (27).

Pourtant les ouvrages récents utilisent, chaque fois que c’est possible, l’affixe « ye » au lieu de « i ». Résultat : il y a deux affixes pour une même personne, situation inconnue, à ma connaissance, dans d’autres langues. Car, s’il est possible d’écrire « yenna » au lieu de « inna », on ne peut remplacer iwala par yewala, ni iâadda par yeâadda, ni ifuk par yefuk…

Cette tendance à utiliser « ye » au lieu de « i » rejaillit sur tous, à tel point que les éditeurs corrigent les auteurs pour les amener à aller dans ce sens, et que les auteurs eux-mêmes s’astreignent à une sorte d’auto censure. Ainsi Mouloud Mammeri (23), dans « Poèmes kabyles anciens » (page 98 par ex.), écrit : ikkat, inna, inteq, à coté de yebbwed…J’ai été moi-même amené à mélanger dans mes derniers livres, les deux types de transcription, soucieux de répondre aux desiderata des éditeurs.

Il est remarquable de noter que dans la revue Tifin, parue en 2006 et consacrée à la littérature berbère (38), A. Kezzar et A.B. Lasri utilisent « i » sauf rares exceptions. Dans le même numéro, K. Naït-Zerrad prône la suppression du « ye » afin de « simplifier et harmoniser la notation au niveau pan berbère ». Cette recommandation de l’auteur de plusieurs livres didactiques est particulièrement bienvenue.

Le même dilemme que pour yemma/imma se retrouve ici : la voyelle e s’impose-t-elle pour lire des mots comme inna, iswa, iksa, etc. ? Ce n’est pas le cas. Il faut donc considérer que « e » est une voyelle à part entière.

Il reste la préoccupation légitime de savoir s’il est rationnel d’avoir, dans la conjugaison, un affixe qui varie selon le verbe…

Il y a un autre cas où la lettre « e » intervient souvent, c’est dans l’état d’annexion. Elle ne peut se justifier quand elle facilite la lecture comme, par exemple, dans « tebna texxamt ». Mais il est possible d’en éviter l’usage dans bien des cas, en remplaçant « we » par « u », comme le suggère M. Mammeri (9) qui écrit : iqqim « wergaz » (ou : « urgaz »).

Ces quelques remarques ont pour objet la recherche d’une simplification de la transcription latine, et, simultanément, un rapprochement des options des autres variantes amazighes (dans un texte récent (39) en tacelhit, je n’ai trouvé nulle part des tirets, et « e » est pratiquement inexistant).

Lorsqu’on constate que les travaux de l’Académie française ont duré bien des siècles (10), on ne peut que faire preuve de patience dans l’entreprise de rénovation de l’écriture. Mais pour notre système éducatif, nous devons agir vite pour rendre notre écriture plus simple et plus attrayante Selon le voeu d’Aït Amrane (10), premier président du HCA : « il n’ y a pas de désaccord, si profond soit-il, qui ne puisse céder à une franche et loyale discussion…Notre idéal est trop noble pour être entaché par de puériles questions d’amour-propre. ».

Ma démarche s’inscrit entièrement dans cette perspective.

Ramdane At Mansour Ouahes

Bibliographie :

(1) R. At Menṣur, Tiɣri, L’Harmattan, Paris, 1996

(2) R. At Menṣur, Isefra n at zik – Poèmes kabyles d’antan – édition bilingue, édité par l’auteur, Selles sur Cher, 2010

(3) R. At Menṣur, Agani, Zyriab, Alger, 2001

(4) R. At Menṣur, Leqwran s tmaziɣt, Traduction du Coran en kabyle, Zyriab, Alger, deux éditions : 2006 et 2010

(5) R. At Menṣur, Amawal n yinzan, Dictionnaire des proverbes kabyles, Ramdane Achab, éditeur, Alger, 2011

(6) Agraw imura, Awal ɣef Dda Lmulud, Asalu, Alger, 1991, p. 123

(7) B. Kebir, Lmed tamaziɣt, El Amel, Alger, 2007, p.127

(8) R. At Menṣur, Isefra n at zik, édité par l’auteur, Paris 1998, p.10

(9) M. Mammeri, Tajerrumt n tmaziɣt, François Maspéro, Paris, 1976

(10) M.I. Aït Amrane, Ekkr a mm is oumazigh

(11) S. Saad Buzefran, Lexique d’informatique, L’Harmattan, Paris, 1996

(12) M. Mammeri, Amawal n tmaziɣt tatrart, CNRPAH, Alger, 2008

(13) M.I. Aït Amrane, Tamazight, Éditions Hiwar Com, Alger, 1997, p. 21

(14) J.M. Dallet, Dictionnaire kabyle-français, S.E.L.A.F., Paris, 1982

(15) K. Bouamara, Issin, L’Odysée, Tizi Ouzou, 2010

(16) M. S. Ounissi, Dictionnaire Chaoui, français, arabe, ENAG, Alger 2003

(17) A. Idres et R. Madi, Dictionnaire universel bilingue, édition Jazz, Alger 2003

(18) A. Berkaï, Lexique de la linguistique, éditions Ramdane Achab, Tizi Ouzou, 2009

(19) A. Hanoteau, Poésies populaires de la Kabylie du Djurdjura, Imprimerie impériale, Paris, 1867

(20) A. Moulieras, Légendes et contes merveilleux de la Grande Kabylie, Edition Ernest Leroux, Paris, 1893

(21) Ministère de la guerre, Dictionnaire français-berbère, Imprimerie royale, Paris, 1844

(22) M. Mammeri, Les isefra de Si Mohand, François Maspéro, Paris, 1982

(23) M. Mammeri, Poèmes kabyles anciens, Laphomic, Alger, 1988

(24) M. Mammeri, Cheikh Mohand a dit, publié par l’auteur, Alger, 1990

(25) R. Alliche, Faffa, édité par l’auteur, Alger, 1990

(26) S. Sadi, Askuti, Imedyazen, Paris, 1983

(27) H. Sadi, Tusnakt s wurar, Asalu, Alger, 1990

(28) F. Tibermacine, Tanastukajjuf, Parler Chaoui, HCA, Alger, 2009

(29) K. Naït-Zerrad, Tajerrumt n tmaziɣt tamirant, ENAG, Alger, 1995

(30) R. Achab, Langue berbère, Hoggar, Paris, 1998

(31) P.G. Huyghe, Dictionnaire chaoui-arabe-kabyle et français, disponible sur internet.

(32) A. Jordan, Dictionnaire berbère-français, Omnia, Rabat, 1934

(33) Aliamaniss, Dictionnaire tamazight-français, disponible sur internet : http://www.miktex.org

(34) S. Cid Kaoui, Dictionnaire français-tachelhit-tamazight, Edition Ernest Leroux, Paris, 1907

(35) M.A. Haddadou, Dictionnaire des racines communes berbères, HCA, Alger, 2007

(36) G. Hamimi, Grammaire et conjugaison amazighes, L’Harmattan, Paris, 1997

(37) J. M. Cortade, Grammaire Touareg, Université d’Alger, 1969

(38) Tifin, numéro 1, Ibis Press, Paris, 2006

(39) L. El Ghazi, Inuzar, IRCAM, Rabat, 2007

Juin, mois de deuil et d’espoir pour la Kabylie!

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Matoub Lounès J'appartiens
J'appartiens à une tendance sociale Oui Revendique une identité saine et ancestrale - Matoub Lounès

Chaque année à la même période, nous nous remémorons les événements douloureux qui ont touché la Kabylie et nous ont marqués à tout jamais. Le premier de ces événements dramatiques concerne l’assassinat de notre Rebelle, Lounas Matoub, le 25 juin 1998. Depuis, la Kabylie n’a jamais retrouvé ni le repos ni la paix !

Juin Kabylie en 1998

En 2001, la jeunesse kabyle comme un seul homme, se préparait à rendre hommage à son rebelle, dans la douleur et l’espoir que la justice soit faite. La jeunesse kabyle cherchait à connaître la vérité sur les commanditaires de l’assassinat de Lounas perpétré en juin 1998. « La douleur reste immense, car les responsables de ces assassinats n’ont toujours pas été jugés: c’est l’impunité ».

Chaque année, les forces vives de la Kabylie concentrent leur énergie à raviver l’espoir aux dates marquantes. L’un pour les événements d’avril 80 et puis pour commémorer la disparition de Lounas. Le régime algérien ne s’est pas contenté de la mort du Rebelle. Il provoquera d’autres événements encore plus douloureux. Il a déclaré la guerre à un peuple qui cherchait à vivre en paix.

La répression se poursuit en Kabylie. L’âme de Massinissa Guermah, un jeune lycéen tué par balles dans les locaux d’une gendarmerie, le 18 avril 2001 plane toujours sur la Kabylie. Son “martyr” a mis le feu aux poudres, déclenché des émeutes qui se sont soldées par plus d’une centaine de morts, des blessés à vie, lors de ce “printemps dit noir”. Aujourd’hui la même police algérienne tire encore à balles réelles sur les Touaregs fiers de leur amazighité au sud de l’Algérie.

Les khawanistes ou les hirakistes, quand ils évoquent les événements de la Kabylie, le Printemps Noir de 2001, les manifestations en Kabylie et je ne sais quoi, jamais vous ne les entendrez nous dire ce qu’il s’est réellement passé. Ils ne parlent pas de nos morts ! Ils préfèrent survoler les années 90, car le pouvoir leur a été enlevé. Au final, ils n’arrêtent pas de se rendre hommage entre eux !

Juin Kabylie en 2001

Toute la Kabylie en 2001 a marché sur Alger. La Kabylie a démontré ce jour là sa puissance et son intelligence. Elle n’a jamais utilisé la violence pour revendiquer ses droits légaux, ce qui lui a également donné un pouvoir intellectuel. Ce mois de juin, d’autres morts alourdissaient la responsabilité criminelle des autorités algériennes!

Cette gigantesque manifestation a été déterminante dans l’histoire du peuple Kabyle qui a bravé la folie meurtrière des gendarmes algériens qui assassinaient nos jeunes avec des armes de guerre.

Toute la Kabylie le 14 juin 2001 s’était mobilisée dans la plus grande manifestation de protestation contre le pouvoir jamais organisée jusqu’alors. Un million de personnes avaient convergé sur une ville, en fédérant l’ensemble des partis depuis l’avènement du multipartisme en Algérie. La Kabylie, s’élevait comme un seul homme pour défendre les acquis d’une démocratie naissante, exiger le jugement des assassins, Tamazight langue nationale et officielle, etc… En 2020, les assassins courent toujours !

Mokrane NEDDAF

Une enseignante lance une chaîne YouTube pour apprendre tamazight

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Nadia Moussaoui

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans l’ère qu’on vit. Leur utilisation peut être orientée dans un bon sens comme elle peut être orientée dans un mauvais sens. Notre langue et culture ont toujours été marginales dans un monde capitaliste et libéral qui affecte et tue les plus vulnérables.

Nadia Moussaoui, communément surnommée Tamazight Moussaoui, vient de se lancer dans un grand projet sur internet. Cette enseignante de langue amazigh au lycée Aliane Hmimi , Chorfa, Bouira (Tubiret) vient de créer une chaîne YouTube en donnant gratuitement aux abonné-e-s de sa chaîne Yourube et aux internautes des cours de langue berbère (Tamazight).

Contactée par notre rédaction, Nadia Moussaoui nous a parlé de ce projet: “J’ai lancé ce projet de cours de tamazight sur YouTube dans le but de vulgariser notre langue et de la promouvoir. J’ai constaté aussi que l’école ne remplit pas suffisamment sa mission, donc une école parallèle et alternative est une solution efficace. Aujourd’hui, les réseaux sociaux facilitent davantage cette tâche et donnent accès à un large public y compris les arabophones. Notre langue devrait s’imposer, tout d’abord, en Kabylie et conquérir, par la suite, d’autres territoires en Algérie. Mon objectif est de faciliter son apprentissage soit aux berbérophones ou aux arabophones.

De telles actions devraient se généraliser en exploitant les nouvelles technologies. Notre langue devrait s’imposer et avoir sa place dans ce monde. Travaillons notre langue et apprenons les langues étrangères ! Aucune  langue n’est supérieure à l’autre et aucune langue ne mérite sa disparition.

Amar BENHAMOUCHE

Chaîne YouTube Tamazight Moussaoui destinée aux amazighophones et arabophones

Les éclaircissements du CMA

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Bouzid Massimo Ichalalen
Bouzid Massimo Ichalalen

Après la lettre adressée récemment par le Congrès Mondial Amazigh à Mr Tebboune, chef de l’Etat algérien, beaucoup de questions et de commentaires ont été publiés, ce qui amène l’ONG à apporter quelques éclaircissements.

Pourquoi le CMA s’adresse au chef de l’Etat algérien et pourquoi en ce moment ?

Le CMA s’adresse à M. Tebboune, parce qu’il représente la plus haute autorité de l’Etat algérien tel que le prévoit la Constitution de ce pays et parce que la question centrale posée dans la lettre relève de sa compétence. Il lui appartient ensuite de se concerter avec les autres cercles du pouvoir algérien, notamment les militaires et le Parlement. Pour ce qui est du timing choisi, M. Tebboune a promis de s’adresser à la Kabylie qui a refusé de voter le 12 décembre dernier et six mois plus tard il ne l’a toujours pas fait. Il a sûrement d’autres priorités et la Kabylie n’en fait pas partie. Mais la Kabylie qui souffre depuis des décennies, n’en peut plus d’attendre. De plus, il y a un projet de réforme constitutionnelle en cours. C’est donc le moment de s’exprimer et de mettre sur la table les questions cruciales et qui engagent le pays pour longtemps. Par ailleurs, la Kabylie doit faire face à des urgences, elle doit se reconstruire, elle doit penser à son avenir et à celui de ses enfants qui ne veulent plus subir les injustices et les violences. Pour faire face à tous ces défis majeurs la Kabylie a besoin d’un nouveau cadre relationnel avec l’Etat algérien. Cela urge car il n’est pas possible de n’offrir aux jeunes générations que le chômage, la peur, l’émigration, la dissolution de l’identité kabyle-amazighe dans l’araboislamisme, etc. Nous n’avons pas le droit de nous taire, nous avons le devoir d’agir pour trouver des alternatives nouvelles, dans l’intérêt de tous. En tant qu’ONG de protection et de promotion des droits des Amazighs, le CMA prend sa part de responsabilité en suggérant une solution constructive et pacifique par la discussion.

Pourquoi l’autodétermination?

D’abord il nous parait important de clarifier les choses concernant ce concept dans le but de le dédramatiser et même de le dépolitiser. Le droit à l’autodétermination ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit fondamental et universel, inscrit dans les principaux textes juridiques de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie est membre. Il est également inscrit dans la Constitution algérienne (article 30) et dans la déclaration d’Alger de 1976 sur les droits des peuples qui précise dans son article 5 que « tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination. Il détermine son statut politique en toute liberté, sans aucune ingérence étrangère». Qu’il soit donc bien clair que la revendication du droit à l’autodétermination est tout à fait légale, que ce soit du point de vue du droit algérien que du droit international. Par ailleurs il est utile de préciser que sur le plan étymologique, le droit de s’autodéterminer, signifie le droit de décider par soi-même et pour soi-même, individuellement et collectivement. Pour un peuple, le droit à l’autodétermination signifie le droit de choisir le statut juridique et politique de son territoire. Le choix du peuple se fait par la voie d’un référendum à l’issue d’une période de débats où chaque organisation politique, chaque citoyen doit pouvoir s’exprimer sans aucune pression ni entrave. En Kabylie, il y a des organisations politiques qui militent les unes pour l’indépendance, d’autres pour l’autonomie et autres formes de décentralisation. Chacun doit pouvoir exposer et défendre librement et pacifiquement ses idées afin de permettre au peuple de décider en connaissance de cause. En conclusion sur ce point, le droit à l’autodétermination doit être « détabouisé » et ses défenseurs ne doivent en aucun cas être diabolisés et encore moins criminalisés.

Est ce que le CMA a discuté avec le Mouvement d’Autodétermination de la Kabylie (MAK) avant de s’adresser à M. Tebboune?

Le CMA est une ONG de protection et de promotion des droits des Imazighen, conformément au droit international. Ses statuts précisent qu’elle est indépendante des Etats et des organisations politiques. Mais l’indépendance du CMA ne lui interdit pas des échanges de point de vue avec d’autres organisations, y compris politiques, ni de discuter avec les représentants des Etats, mais en toute transparence. Cependant, pour le cas de cette lettre à Mr Tebboune, le CMA ne s’est concerté ni avec les représentants du MAK, ni avec aucune autre organisation. Il nous parait utile de rappeler à ce propos que depuis sa création en 1995, le CMA a toujours défendu le droit à l’autodétermination des Amazighs, comme moyen de restaurer leurs droits, tous leurs droits, y compris le droit de « conserver et de développer leurs propres systèmes ou institutions politiques, économiques et sociaux », comme le prévoient les normes internationales.

Pour le CMA, le droit à l’autodétermination est un droit de l’homme qui n’est ni nouveau, ni tabou. Est-ce que les Kabyles forment un peuple ?

Sans entrer dans les détails, disons qu’une communauté humaine dont les membres sont liés par une histoire, un territoire, une langue, une culture, un sentiment d’appartenance, forme un peuple, surtout si cette communauté souhaite s’identifier comme tel. Donc, les Kabyles forment un peuple si telle est leur volonté, sans aucune contestation possible. En Algérie, si les Chawis, les At-Mzab, les Kel-Tamasheq veulent s’auto-identifier comme peuples, ils en ont le droit le plus absolu. C’est pourquoi d’ailleurs le CMA utilise à la fois l’expression « peuple amazigh », pour désigner le peuple autochtone du territoire de Tamazgha, mais il accepte également l’expression « peuples amazighs » au pluriel parce que le CMA respecte le droit de chaque groupe amazigh de s’auto-identifier librement. Et cela ne divise en rien Imazighen. Les Amazighs de tous les pays partagent l’essentiel, comme l’histoire, la langue, le sentiment d’appartenance et beaucoup d’éléments civilisationnels mais chaque groupe dispose de ses spécificités locales qu’il est nécessaire de respecter. Cela n’empêche en rien la solidarité et la fraternité amazighe non seulement au sein d’un même pays mais aussi par delà les frontières des Etats. Il faut penser globalement comme Amazigh et agir localement comme Kabyle, Chawi, Touareg, Rifain, Achelhi, Amzavi, Anfusi…

Est ce que le CMA croit qu’il peut avoir un dialogue transparent avec le pourvoir algérien ?

D’abord, dans sa lettre CMA n’a pas demandé un dialogue entre lui-même et le pouvoir algérien. Le CMA défend les droits des Kabyles et de tous les Amazighs mais ne parle pas en leur nom. Il propose un dialogue entre les représentants de la Kabylie librement désignés et le chef de l’Etat algérien pour trouver une solution acceptable par les deux parties. Il appartiendra donc aux Kabyles de désigner selon des procédures qu’ils auront eux-mêmes décidées, qui les représentera dans les discussions avec le pouvoir algérien. Le CMA est prêt à accompagner et assister la délégation kabyle à toutes les étapes, avec le soutien d’experts de l’UA et de l’ONU. D’ailleurs un des membres du CMA est lui-même expert auprès des Nations Unies.

Quant à la question de savoir si le pouvoir algérien sera animé de bonnes intentions ou pas, comment savoir ?

Disons simplement : espérons que oui ! Mais si le gouvernement algérien ne fait pas preuve d’un engagement à participer à un dialogue de manière sincère et transparente, alors le dialogue s’arrêtera immédiatement et le pouvoir algérien assumera la responsabilité de l’échec et ses conséquences. Mais pour ce qui nous concerne en tant qu’ONG, nous devions faire cette proposition de discussion pour essayer de trouver une issue favorable à la Kabylie et à l’Algérie. Et s’il y a une fin de non recevoir, nous serons encore davantage légitimés dans le fait de faire appel à d’autres recours au niveau international. Et à propos de ces notions de « dialogue », « discussion », « négociation », sans rentrer dans les détails, disons simplement que nous voulons mettre fin au conflit éternel qui oppose le pouvoir algérien à la Kabylie et nous souhaitons le faire par la discussion avec l’objectif de parvenir à un accord équitable entre les deux parties et qui assure la paix dans ce pays.

Les Kabyles sont-ils différents des autres algériens ?

La majorité des algériens s’identifient comme des Arabes et c’est leur droit. Les Kabyles mais aussi les autres Amazighs d’Algérie et de toute l’Afrique du nord et Sahara (Chawis, At-Mzab, Kel-Tamasheq…), sont les autochtones de cette région et ils se distinguent par leur histoire, leur langue, leur culture, leurs traditions originales. Comment dans ces conditions, parler d’un seul peuple ? Ceux qui combattent l’amazighité, parlent d’un Etat algérien « uni et indivisible », mais qu’ils définissent à leur image, c’est-à-dire arabe et islamique ». Et à chaque fois qu’un Amazigh exprime sa différence, le bâton de la répression s’abat sur lui sans pitié. Cela n’est pas, cela n’est plus acceptable. Les Kabyles et tous les Amazighs ont le droit de vivre dans la dignité et le respect de leur identité. C’est un droit de l’homme fondamental non négociable. Et lorsque certains agitent la fibre sentimentale en affirmant que ceux qui sont morts pour l’indépendance de l’Algérie voulaient une Algérie unie, les jeunes générations leur répondent que ces morts-là sont d’une part très majoritairement des Amazighs et d’autre part ils sont morts pour que leur pays soit libre, que leurs enfants vivent libres et non pas soumis au racisme, à l’assimilation forcée, à la marginalisation, à la répression et à toutes les formes de domination. Quant à ceux qui rêvent ou font semblant de rêver que toute l’Algérie est amazighe, nous leur disons qu’historiquement oui, toute l’Algérie et toute Tamazgha étaient amazighes et nous aurions aimé conserver l’amazighité de tout ce territoire, mais la réalité d’aujourd’hui est que l’amazighité ne survit plus que dans certains ilôts et dont les périmètres sont rongés chaque jour un peu plus par l’araboislamisation forcée.

Tamazgha, terre mère des autochtones Amazighs a malheureusement perdu la grande majorité de ses territoires et il n’en reste aujourd’hui que des fragments dispersés et menacés de disparition. Il est donc impératif de penser à des mesures urgentes et fortes pour espérer sauver les restes encore vivants de la grande Tamazgha.

Si nous ne le faisons pas tout de suite, Tamazight ne sera qu’une trace dans l’histoire que les générations à venir ne verront plus que dans les musées. Cela est déjà le cas par exemple dans l’Archipel Canarien où la langue amazighe a complètement disparu mais également en Tunisie où le processus d’effacement de l’amazighité est presque achevé après des siècles de génocide amazigh et de colonisations, mais aussi dans une majorité de territoires d’Algérie, à l’est, à l’ouest et au sud du pays. Avant de parler d’une éventuelle reconquête des territoires amazighs perdus, il faut d’abord sauver durablement l’amazighité là où elle survit encore.

Pourquoi le CMA se trouve en France ?

Le CMA ne se trouve pas en France, mais dans les pays de Tamazgha, très majoritairement. Plus de 80% de ses membres vivent et travaillent de manière permanente dans les pays de Tamazgha, dont ses deux coprésidents. Le CMA a seulement son siège administratif en France et cela n’est pas par choix mais parce que aucun pays de Tamazgha n’accepte d’accueillir notre ONG internationale amazighe indépendante. L’Algérie est d’ailleurs le seul Etat de Tamazgha à avoir interdit les congrès du CMA, les réunions de ses membres et même ses conférences et séminaires de formation organisés avec le soutien de l’ONU. Le siège administratif du CMA est en exil en France comme se sont exilés dans ce pays des millions d’Amazighs fuyant les injustices et les violences institutionnelles. Et c’est pour nous, justement l’occasion de saluer le courage et l’abnégation des membres du CMA dans tous les pays de Tamazgha qui travaillent bénévolement et souvent dans des conditions de précarité économique et d’insécurité. Merci à eux !

Tizi-Wezzu, 26/05/2970 – 7/06/2020

Le Bureau du CMA.

Lettre adressée par le CMA au chef de l’État algérien

M. Abdelmajid TEBBOUNE

Chef de l’Etat algérien

Palais d’El-Mouradia, Alger, Algérie

Monsieur Tebboune,

Comme vous le savez, lors de la dernière «élection présidentielle» du 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle vous avez été porté à la tête de l’Etat algérien, le taux de participation en Kabylie fut de « 0% ». La Kabylie a donc refusé totalement et de manière unanime de prendre part au vote.

Suite à cela, vous avez laissé entendre que vous alliez « écouter et parler aux Kabyles ». Près de six mois après votre prise de fonction, vous n’avez ni écouté, ni parlé aux Kabyles. En revanche, en pleine pandémie du covid-19, vous avez fait adopter une réforme du code pénal qui vise à criminaliser l’aide traditionnelle et naturelle apportée par les Kabyles de la diaspora à leur « tamurt », leur pays d’origine, la Kabylie. Les auteurs de propos racistes et haineux tenus publiquement à l’encontre des Kabyles n’ont jamais été traduits en justice, ni sanctionnés. L’Algérie officielle a toujours traité la Kabylie de manière discriminatoire, malveillante et très souvent par la violence. Cela a été ainsi notamment en 1963, 1976, 1980, 1985, 1994, 1998, 2001, 2019, 2020… Il faut que cela cesse, M. Tebboune. La Kabylie ne peut pas continuer à endurer en silence les injustices et les agressions.

Vous avez également promis une révision de la Constitution algérienne mais ce projet ne suscite visiblement aucun intérêt et encore moins d’enthousiasme de la part des Kabyles. Ils savent par expérience que cette n-ième réforme constitutionnelle ne changera rien à la nature du régime politico-militaire qui gouverne ce pays et qui se perpétue par la répression, la corruption, la mise sous tutelle des juges et de la justice, l’obscurantisme religieux, etc. Les Kabyles ne veulent pas de ce système. Ils le disent et le répètent régulièrement depuis 1962 (date de l’indépendance de l’Algérie). Le zéro votant en Kabylie le 12 décembre dernier est un référendum grandeur nature qui exprime clairement le refus du peuple kabyle d’être opprimé et spolié de ses droits et de ses libertés.

La Kabylie est un territoire peuplé de femmes et d’hommes qui ont une histoire, une langue et une culture singulières et qui aspirent à un projet de société différent, résolument moderne, progressiste, laique, démocratique, écologique et ancré dans la civilisation autochtone amazighe.

Le projet gouvernemental algérien soumis à l’idéologie arabo-islamique et le projet kabyle-amazigh se tournent le dos et sont inconciliables. Il est impératif de reconnaitre cette réalité et de mettre en place les modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie, conformément au droit international. C’est la seule voie possible pour instaurer la paix et l’amitié durables dans ce pays.

Nous vous invitons donc M. Tebboune, à un dialogue serein et sincère sur la base de ce constat et de l’objectif de construire un avenir paisible et favorable au bien vivre ensemble dans cette région. Les pourparlers que nous vous proposons se dérouleraient en présence d’observateurs de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie fait partie. Il nous parait essentiel de préciser dès à présent, qu’il ne vous appartiendra pas de choisir vos interlocuteurs Kabyles comme cela s’est fait jusqu’à présent. Ce sera aux Kabyles eux-mêmes de désigner selon leurs propres modalités, leurs représentants.

Nous espérons vivement que vous entendrez cet appel de la raison et de la sagesse, pour ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays, basée sur le respect mutuel, la fraternité et la prospérité des peuples.

Veuillez agréer, Monsieur Tebboune, l’expression de notre profond respect.

Tizi-Wezzu, 15/05/2970 – 27/05/2020

Le Bureau du CMA.

«Mon héros, c’est toi» traduit en Tamazight

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My hero is you

Le livre de l’ONU sur la pandémie Covid-19 pour enfants a été traduit en Tamazight et transcrit en alphabet tifinagh.

“Mon héros, c’est toi”, est une histoire écrite pour et par des enfants du monde entier. Elle offre un moyen pour les enfants et les parents de réfléchir ensemble aux questions que soulève la pandémie.

Ce livre a été conçu pour être lu par un parent, un soignant ou un enseignant aux côtés d’un enfant ou d’un petit groupe d’enfants. L’histoire a été façonnée par plus de 1 700 enfants, parents, soignants et enseignants du monde entier qui ont pris le temps de partager la manière dont ils font face à l’impact de COVID-19.

Ce projet est porté une équipe d’experts mondiaux, nationaux et régionaux de l’Inter-Agency Standing Committee Reference Group on Mental Health and Psychosocial.

Téléchargez le livre au format PDF

Le Kabyle, un libre colonisé…

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Imal Aqvayli

Le concept de colonialisme est inconnu chez les Kabyles. Le terme utilisé a été soufflé par l’arabe pour l’appliquer à la France, culture elle même impérialiste et colonisatrice au départ. A aucun moment on ne décèle chez le kabyle le sentiment d’avoir été colonisé un jour. Mais je relève chez tous les kabyles de Kabylie ce sentiment d’avoir été roulé dans la farine et dépossédé par les Arabes. Ce sentiment est appelé aujourd’hui par les bien pensant : racisme.

Le racisme s’exprime lorsque 2 « races » sont en présence. A supposer que les arabes et les kabyles forment 2 races distinctes, elle ne sont pas toutes les deux en présence en Kabylie pour que les kabyles (autochtones) établissent une hiérarchie. Par contre ailleurs, il y a la présence des kabyles en de bonnes proportions. La majorité des gens et la culture dominante sont arabes, alors je vous laisse deviner comment se fera la hiérarchisation des « 2 races ».

Le fait d’être et de rester aujourd’hui kabyle relève de l’exploit. Cet exploit a été réalisé par nos ancêtres en sacrifiant ce que tous les peuples de la terre ont en commun : l’ambition, la cupidité, la gloire, la luxure, …Cet exploit est chaque jour réédité par chaque kabyle où qu’il soit, surtout s’il n’est pas en Kabylie. Ce que certains forumistes gauchistes ou gauchisants appellent ici le « nombrilisme kabyle », c’est tout simplement le sentiment de satisfaction d’être maître de son destin, libre, fier de ne pas se laisser conter et de persister à être ce qu’il a envie d’être et non ce qu’on lui dicte d’être ou ne pas être. Le kabyle, en tant que kabyle, peut aimer le français, l’anglais ou le mongol sans avoir à rendre des comptes ni aux arabes, ni à d’autres kabyles. Le kabyle peut être témoin de Jéhovah, sataniste athée comme un charretier sans avoir à rendre des comptes à l’imam de Ain Sefra, ni au marabout d’ath Douala, ni à son voisin de palier. Les kabyles ont un sentiment unique : Ils sont fiers de défier sans l’affronter encore cette culture prédatrice qui a fini par réduire tous les autres groupes amazigh.

Les Kabyles d’aujourd’hui veulent avoir du panache, des couleurs, une saveur et c’est ce que lui reprochent les arabes et les autres berbères. Si c’est ça le nombrilisme, alors vive le nombrilisme ! Les Kabyles sont pour l’Algérie ce que les produits bio sont pour les OGM. Une tomate est certes rien qu’une tomate, mais une tomate bio et une tomate OGM…Quelque chose a été trituré.

Ariless

FB imal Aqvayli

Algérie : Ces citoyens cultivateurs de la haine

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Algerie mon amour

Le documentaire « Algérie, mon amour » diffusé sur France 5 a suscité des critiques acerbes de la part d’une partie d’Algériens. Ces citoyens cultivateurs de la haine crient au scandale après avoir vu des jeunes Algériens et Algériennes exprimant leur désir de vivre dans une société respectueuse de toutes les libertés.

Pour ces clabaudeurs, ces braves jeunes personnes ne représentent pas le mouvement populaire communément appelé le Hirak. Devrions-nous comprendre que finalement le Hirak n’est pas un mouvement populaire, il ne représente qu’une catégorie d’Algériens ?

Pour en être un digne représentant, faudrait-il être habillé peut-être en Kamis ; prier cinq fois par jour à la mosquée durant lesquelles on supplierait Dieu d’exterminer les juifs, les kouffars, les Amazighs et tous les supposés ennemis de l’arabité et de l’islamité ; rêver d’aller au paradis où 72 vierges et des rivières de vin nous attendent ? Autrement dit, ces gens rêvent de sexe même en songeant à l’au-delà et se permettent de traiter les autres de pervers.

On dit souvent que le peuple algérien est resté l’otage de l’armée des frontières depuis 1962. Vraisemblablement, ces gens engloutis dans la haine sont le produit du syndrome de Stockholm. Certes, ils ne soutiennent pas le pouvoir ouvertement, mais reproduisent ses pratiques et finissent par se rejoindre d’une certaine manière. C’est ce qui vient de se produire devant nos yeux ces jours-ci : le pouvoir et cette frange d’Algériens ont développé la même position à l’encontre du documentaire en question par le fait de condamner le droit de donner une opinion différente de la leur.

A quoi servirait-il de renverser une dictature, si c’est pour la remplacer par une autre ? Ce qui est un comble, on retrouve beaucoup d’Algériens adeptes de cette doctrine installés en France et dans d’autres pays européens, chez ce qu’ils appellent les Kouffars où ils ont le droit de pratiquer leur culte sans aucune discrimination et au même titre que les autres. Ils vivent normalement dans un milieu où l’on peut croiser quotidiennement des athées, des metaleux, des homosexuels, des religieux de tout bord, des marginaux, etc.

Ces gens (El ghachi-agui) tolèrent la diversité que lorsqu’ils sont dans un pays étranger, car celle-ci les protège. Mais, en rentrant chez eux, ils exposent au grand jour leur homophobie et leur intolérance sans aucun scrupule. C’est le signe de leur hypocrisie et de leur ingratitude suprême issues des vestiges de croyances chimériques d’un peuple analphabète d’avant 1962 suivi d’un long endoctrinement qu’ils ont subi dans les écoles de l’Algérie post-indépendance.

Pourquoi ces gens n’acceptent-ils la diversité et la tolérance qu’en dehors de leur pays ? Sommes-nous sur des terres où la population est condamnée à vivre éternellement sous la tyrannie et où la démocratie n’aura jamais droit de cité ? Dans les années 90, le jeune Ali B nous disait bien (!) que la démocratie est Koffr (impie) et la décrit comme étant un concept occidental, donc, étranger à notre société. Cela prouve que ce monsieur ignore l’histoire de son propre pays. Les villages kabyles étaient toujours des petites républiques laïques depuis l’antiquité, et pendant la période durant laquelle les populations de la péninsule arabique enterraient les filles vivantes et à leur naissance, les Berbères en faisaient des reines.

En écrivant ces lignes, deux expressions kabyles surgirent dans ma tête. La première est : « Awlac wi-mmuten yughalad », c’est-à-dire personne n’est revenu de l’au-delà. Cette expression est utilisée souvent pour dépassionner les débats en rapport avec la religion et remettre à leur place les illuminés ou les bigots. Une façon de dire qu’il n’y a pas de vérité absolue et personne ne peut la détenir. Par conséquent, toutes les croyances se valent et doivent être respectées, mais relèvent de la sphère privée.

On n’est pas né musulman ou chrétien, on le devient. Les populations de l’Amérique latine n’ont connu ces deux religions qu’au 16e siècle. Ce n’est pas une raison de penser que Dieu les a oubliées, mais il faut plutôt conclure que chaque peuple a ses propres croyances. Ces dernières ne sont pas figées dans le temps, elles évoluent en fonction du progrès et des mutations de la société humaine.

Rappelons que les religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam, décrivaient la terre comme étant plate et étaient loin d’imaginer qu’elle tournait autour du soleil. Ce qui était une régression par rapport aux découvertes de la Grèce antique (la Jahilia ??). Ces trois religions ont fini par admettre cette vérité et la science a levé le voile sur plusieurs sujets restés pendant longtemps dans le domaine réservé aux religieux.

Le doute est le moteur du progrès. Croire ou ne pas croire en une religion quelconque est un droit fondamental dans une République démocratique. On peut être algérien sans être obligatoirement musulman. Si des musulmans vivent actuellement en Europe, c’est grâce aux lois de la république garantissant les droits des minorités. En Algérie, on parle de minorités pour justifier la répression.

La deuxième expression est la suivante : « Awi ddan d-wityiffen.. » = Mieux vaut fréquenter celui qui est meilleur que soi. On retrouve du Sénèque (4e siècle av. J.-C.) dans celle-ci. Ce stoïcien disait : « Double écueil qu’il faut éviter : ne point ressembler aux méchants parce qu’ils sont le grand nombre, ne point haïr le grand nombre parce qu’il diffère de nous. Recueille-toi en toi même, autant que possible ; fréquente ceux qui te rendront meilleur, reçois ceux que tu peux rendre tels ».

Les pays développés devraient nous paraître comme des exemples à suivre et en prendre de la graine. Il faudra cesser de les prendre pour des ennemis. Les vrais responsables de notre malheur sont bien nos gouvernants. Lorsque les enfants de ces derniers étudiaient dans les écoles européennes, les nôtres apprenaient des sourates et comment laver les morts.

Transformer des écoles en des lieux où l’on apprend une religion à des mineurs s’apparente à un endoctrinement. C’est aussi une entorse gravissime à la démocratie.

Cette haine et cette éducation sectaire ayant impacté beaucoup d’Algériens sont le plus grand danger à la mise en place d’une véritable démocratie dans ce pays. Des intellectuels arabophones reconnus au niveau international sont rejetés dans leur propre région natale. Il ne leur reste que la Kabylie où ils peuvent donner des conférences et animer des débats.

En Kabylie également, on a remarqué ces dernières années l’apparition de salafistes, ce qui n’est certainement pas le fruit du hasard. Il y a urgence d’agir et au plus vite afin d’arrêter cette culture de la haine envahissante et du déni, la source de nos malheurs et le support du pouvoir mafieux en place depuis 1962. Dans cette conjoncture, la procrastination pourrait nous être fatale, alors, sans tarder, protégeons nos enfants des méfaits de l’école algérienne ainsi que notre Kabylie des visées machiavéliques de ce pouvoir.

Mourad AMAGHNAS
Universitaire

Kabylie et Algérie, deux projets de société inconciliables

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Référendum indépendance Kabylie
Référendum indépendance Kabylie

Le Congrès Mondial Amazigh s’adresse Chef de l’Etat algérien M. Abdelmajid TEBBOUNE dans une lettre publique qui pointe du doigt les discriminations qui ont cours en Algérie en totale violation du droit international. Des pourparlers et des modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie sont envisagés par l’ONG.

Lettre du C.M.A.

Comme vous le savez, lors de la dernière « élection présidentielle » du 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle vous avez été porté à la tête de l’Etat algérien, le taux de participation en Kabylie fut de « 0% ». La Kabylie a donc refusé totalement et de manière unanime de prendre part au vote.

Suite à cela, vous avez laissé entendre que vous alliez « écouter et parler aux Kabyles ». Près de six mois après votre prise de fonction, vous n’avez ni écouté, ni parlé aux Kabyles. En revanche, en pleine pandémie du covid-19, vous avez fait adopter une réforme du code pénal qui vise à criminaliser l’aide traditionnelle et naturelle apportée par les Kabyles de la diaspora à leur « tamurt », leur pays d’origine, la Kabylie.

Les auteurs de propos racistes et haineux tenus publiquement à l’encontre des Kabyles n’ont jamais été traduits en justice, ni sanctionnés.

L’Algérie officielle a toujours traité la Kabylie de manière discriminatoire, malveillante et très souvent par la violence. Cela a été ainsi notamment en 1963, 1976, 1980, 1985, 1994, 1998, 2001, 2019, 2020… Il faut que cela cesse, M. Tebboune. La Kabylie ne peut pas continuer à endurer en silence les injustices et les agressions.

Vous avez également promis une révision de la Constitution algérienne mais ce projet ne suscite visiblement aucun intérêt et encore moins d’enthousiasme de la part des Kabyles. Ils savent par expérience que cette n-ième réforme constitutionnelle ne changera rien à la nature du régime politico-militaire qui gouverne ce pays et qui se perpétue par la répression, la corruption, la mise sous tutelle des juges et de la justice, l’obscurantisme religieux, etc.

Les Kabyles ne veulent pas de ce système. Ils le disent et le répètent régulièrement depuis 1962 (date de l’indépendance de l’Algérie). Le zéro votant en Kabylie le 12 décembre dernier est un référendum grandeur nature qui exprime clairement le refus du peuple kabyle d’être opprimé et spolié de ses droits et de ses libertés.

La Kabylie est un territoire peuplé de femmes et d’hommes qui ont une histoire, une langue et une culture singulières et qui aspirent à un projet de société différent, résolument moderne, progressiste, laïque, démocratique, écologique et ancré dans la civilisation autochtone amazighe.

Le projet gouvernemental algérien soumis à l’idéologie arabo-islamique et le projet kabyle-amazigh se tournent le dos et sont inconciliables. Il est impératif de reconnaitre cette réalité et de mettre en place les modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie, conformément au droit international. C’est la seule voie possible pour instaurer la paix et l’amitié durables dans ce pays.

Nous vous invitons donc M. Tebboune, à un dialogue serein et sincère sur la base de ce constat et de l’objectif de construire un avenir paisible et favorable au bien vivre ensemble dans cette région. Les pourparlers que nous vous proposons se dérouleraient en présence d’observateurs de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie fait partie. Il nous parait essentiel de préciser dès à présent, qu’il ne vous appartiendra pas de choisir vos interlocuteurs Kabyles comme cela s’est fait jusqu’à présent. Ce sera aux Kabyles eux-mêmes de désigner selon leurs propres modalités, leurs représentants.

Nous espérons vivement que vous entendrez cet appel de la raison et de la sagesse, pour ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays, basée sur le respect mutuel, la fraternité et la prospérité des peuples.

Veuillez agréer, Monsieur Tebboune, l’expression de notre profond respect.
Tizi-Wezzu, 15/05/2970 – 27/05/2020
Le Bureau du CMA.

La perle de la Méditerranée crie au secours de son militant écologiste

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Karim Khima Neyzek

Karim Khima vient d’être convoqué par la police du système militaro-bourgeois algérien. Karim Khima est connu pour son engagement écologique, sa lutte pour la protection de l’environnement et la préservation du patrimoine matériel et immatériel que recèle notre pays ainsi que sa lutte contre les promoteurs immobiliers et la mafia du foncier.

Il est très connu en Kabylie, à Bgayet, particulièrement pour son engagement et dévouement à la cause écologiste. Il est activiste du Hirak et président d’une association écologique “ARDH” à Bgayet (Bejaïa). Il est très actif sur le terrain et les réseaux sociaux en dénonçant les promoteurs immobiliers, les industriels et la complicité des autorités locales et étatiques dans le drame écologique que connaît la région de (Bgayet) Bejaïa : diminution des zones boisées, construction sur des zones agricoles, pollution des eaux des rivières et de la mer, etc.

Sachant que la convocation faite par la police judiciaire est sans motif . La dernière contestation ne remonte qu’à ce mois de mai. Karim Khima était à la tête d’un collectif des habitants de Bgayet (Bejaïa) qui se sont opposé au projet des 36 logements prévu sur une bande boisée et sur des vestiges historiques de la ville des Hammadites, la perle de méditerranée.
Les militants et militantes de toutes les causes justes devraient se mobiliser pour stopper cette injustice et protéger nos militants et notre environnement.
Toutes et tous avec Karim Khima! Sauvons l’écosystème pas le système !

Amar BENHAMOUCHE

L’heure est à la solidarité !

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Mobilisation Hirak Kabylie

Dans un courrier adressé à la presse et Kabyle.com le Président de l’Assemblée Communale (APC) de Souk El Tenine (Wilaya de Tizi-Ouzou), demande expressément au Wali (Préfet) de Tizi-Ouzou de faire cesser les exactions et troubles provoquées par les forces de sécurité en Kabylie. Plusieurs militants ont été convoqués par la police depuis le confinement sanitaire.

J’ai l’immense regret de venir à vous afin de vous exprimer mon indignation des dernières convocations arbitraires, par les Services de Sécurité, des Hirakistes et cela pendant la période de pandémie du Covid-19.

M. Le Wali,

Vous n’êtes sûrement pas inconscient des défis majeurs auxquels nous devons faire face : santé publique, retard en matière de développement, lutte contre la corruption galopante, même dans notre wilaya, bradage du foncier étatique, marasme social, esclavage moderne…etc.

Je vous rappelle que le Hirak béni est une révolution pacifique dont l’objectif est de construire un État de droit, libre, démocratique et social tel que souhaité par nos valeureux martyrs en 1954.

Cependant, toute démarche arbitraire, afin d’étouffer cette révolution, pendant que le peuple algérien se confine contre un virus mortel, est inacceptable.

M. Le Wali,

Vous n’êtes pas sans savoir que le caractère du peuple algérien fait de lui un peuple héros, un peuple qui n’admet pas la soumission. Il récuse toute injustice. Il a un potentiel révolutionnaire de se révolter contre toute forme d’autoritarisme.

L’heure est à la solidarité avec laquelle le peuple algérien se singularise. La construction de la nouvelle Algérie, nous impose, à nous tous, de changer nos démarches, nos stratégies, notre vision, nos pratiques et d’éviter toute action qui pourrait nous mener vers l’embrasement et l’irréparable, apprenant ainsi de nos erreurs dans le passé et nos égarements.

M. Le Wali,

En tant que premier magistrat de notre Wilaya, veuillez instruire tous les services de Sécurité, arrêter toutes sortes d’intimidations de nos militants. Nous devons nous concentrer sur l’essentiel.

Fait à Souk El Tenine le 16 mai 2020.