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Disparition du militant kabyle Belaïd Lamara

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Belaïd Amara

Je viens d’apprendre la nouvelle de la disparition de Belaïd Lamara, un militant de la cause amazighe. A Paris, il a été de toutes les actions en faveur de la cause amazighe et des luttes démocratiques en Afrique du nord.

Il a été l’une des chevilles ouvrières des différentes radios berbères à Paris pendant les années 80 : c’est le cas notamment de Radio Tamazight.

Il est présent à tous les rassemblements politiques organisés en région parisienne en faveur de la cause amazighe. Celles et ceux qui fréquentent les différentes manifestations culturelles et artistiques kabyles en région parisienne, et même au-delà, sont habitué.e.s à le voir, souvent, derrière son stand de livres et autres objets artisanaux et culturels amazighs.Il manquera certainement aux différentes manifestations amazighes en région parisienne.

Masin Ferkal

De quel départ du système parle-t-on dans les manifestations en Algérie ?

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Karim Tabou

Depuis une quinzaine de jours, à juste titre, des Algériens sortent pacifiquement dans les rues pour s’opposer à un 5e mandat d’un Président moribond. Ce prétexte n’aura été que la goutte qui fait déborder un vase déjà trop rempli.

Voilà, ils réclament le départ du système. Là est la question fondamentale. Était-ce le système-Bouteflika qui prévaut depuis avril 1999 ? Si tel est le cas, le changement auquel aspirent les manifestants ne sera que replâtrage. Rappelons-le que ce système tire ses racines de celui mis en place par le duo Ben Bella-Boumediene depuis 1962. Un système d’État-nation s’abreuvant de l’idéologie arabo-islamique, entre les mains des militaires, qui ne laisse aucun espace d’affirmation à la véritable diversité. Certes ! Il y a eu des réformettes. Même celles-là, il faudrait ne pas l’oublier qu’elles sont arrachées par les dures luttes militantes.

La Kabylie en a payé un lourd tribut. Reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe mais quelle place occupe-t-elle réellement dans la constitution ? Inférieure bien évidemment à la langue arabe qui elle, est toujours sacralisée. En revanche, elle ne figure nullement dans l’article sur les constantes nationales, elle est soumise donc à tous aléas.

Reconnaissance constitutionnelle du fait amazigh dans le triptyque « Arabité-islamité-amazighité » tout en affirmant dans le préambule que l’Algérie est une terre arabe. Création d’une académie de la langue amazighe sous la férule du Président de la république. Elle n’a donc aucune autonomie comme devait l’avoir toute académie scientifique.……Ou bien était-ce le système dans son armature structurel ? Dans ce cas, pourquoi les manifestants n’appellent-ils pas à un système fédéralisant comme c’était le fond revendicatif de toutes les manifestations amazighes et kabyles. Là, le départ du système aura un sens.

On sortira du système d’État-nation jacobin centralisé pour s’acheminer vers celui qui répondra aux aspirations des peuples constituant l’Algérie profonde. Vers un système qui libèrera toutes les potentialités locales de créativité et mettra l’Algérie sur le tremplin de la modernité et du développement économique.

Madjid BOUMEKLA, 6 mars 2019

Kabylie : de 1962 à aujourd’hui, que du temps perdu et des rêves brisés

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Kabylie 1980

Depuis l’antiquité à ce jour, la Kabylie était toujours une terre des insoumis ou plutôt tamurt (le pays) des Hommes libres. Jusqu’à l’arrivée des Français, aucun envahisseur ou tyran n’a réussi à pénétrer ses terres et la dominer. Elle a toujours eu sa propre organisation sociale, laïque, démocratique et égalitaire. Elle n’a jamais connu de clergé ou de khalife.

Les Français ont réussi à pénétrer en Kabylie en construisant des routes grâce aux moyens modernes n’existant pas auparavant, rendant ainsi ses villages perchés accessibles aux visiteurs étrangers, sans toutefois chambouler son architecture sociale. Décrite comme étant une farouche république de tributs, elle a fait l’objet d’une multitude d’études et de recherches, environ 700 titres de livres et d’articles lui seraient consacrés durant la colonisation française.


« Au demeurant, si les Kabyles ont alors, certes, suscité une telle curiosité, par ailleurs cependant, leur est également demeurée leur réputation guerrière : réputation qui, conjuguée à la rareté des terres exploitables en leur montagne surpeuplée, a dissuadé bien des convoitises et alors ainsi limité la colonisation agricole à des parties de ces mêmes basses plaines si souvent ravies aux Kabyles, mais tout en épargnant la montagne où l’administration coloniale militaire elle-même (jusqu’en 1880), à ses débuts, n’a guère affecté l’organisation sociale. » (Camille Lacoste-Dujardin).

Le véritable envahissement de la Kabylie s’est produit après l’année 1962. Pourtant, à l’indépendance, la région kabyle disposait de l’armée la plus puissante comparativement à celles des autres wilayas. Elle aurait pu s’accaparer du pouvoir par la force des armes comme l’avaient fait les Alaouites en Syrie. Mais, ce qui n’est plus un secret pour personne, une armée de mercenaires renversa le cours de l’histoire en confisquant l’indépendance de l’Algérie : un colon céda sa place à un autre colon que l’on croyait fossilisé.

Dès son premier discours, le premier président Ben Bella, désigné par l’armée des frontières, annonce la couleur de sa politique. Il déclare que l’Algérie est arabe. Ce qui est un mépris et une insulte à toutes les populations berbères qui avaient toléré la présence de ses ancêtres (qu’il prétend arabes !) sur leurs terres. Même la colonisation française n’a jamais osé cette ineptie. Pour un Kabyle ou tout autre Berbère, l’élément arabe ou français sont des vestiges issus des envahissements de leurs territoires par des civilisations étrangères.

Depuis 1962, la Kabylie n’a jamais cessé de combattre le néocolonialisme

Depuis 1962, la Kabylie n’a jamais cessé de combattre ce néocolonialisme. On traitait les Kabyles de tous les noms : de séparatistes, sachant que c’est bien ce pouvoir qui cultive une forme de racisme abject et un déni d’histoire flagrant en cherchant à nier leur propre existence ; d’enfants de la France (Ouled França) pour invoquer ce qu’on appelait la main étrangère, alors qu’il n’y aurait jamais eu d’indépendance de l’Algérie sans la Kabylie, et le produit de la fameuse main étrangère est bel et bien l’armée des frontières dont était issu ce pouvoir.

Je me rappelle toujours cette journée printanière de l’année 1980, lorsqu’en plein cours de mathématiques, des lycéens entrèrent dans notre collège, situé en plein centre de la ville d’Azazga, pour nous exhorter de rejoindre leur marche afin d’exiger la reconnaissance de notre identité et l’instauration d’un état de droit. J’avais treize ans. Cette journée fut pour moi un sursaut et le point de départ d’une lutte passionnelle qui ne me quitterait jamais.

Comme tous les camarades de ma classe, je rêvais d’une Algérie démocratique respectueuse de toutes les libertés et tournée vers la modernité. Je désirais une Algérie plurielle et non pas celle que voulait nous imposer le pouvoir : un pays, un parti, un peuple, une langue, une religion, un dieu, un président, une armée,…tout cela sonnait faux et véhiculait un mauvais présage. L’unicité est un fantasme et c’est aussi un concept stérile et contre-productif dont le but est de justifier la tyrannie.

Le soulèvement populaire du printemps 80 n’a touché que la Kabylie, concernant le reste de l’Algérie, tout va bien, Madame La Marquise. Al-hamdou lillah. Il avait fallu attendre 8 années pour que toutes les autres régions se soulèvent. C’était les évènements d’octobre 1988. Je les ai vécus en tant que membre du comité des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. J’avais 21 ans. Grâce à sa maturité dans le combat politique, la Kabylie n’a pas sombré dans le chaos comme cela était le cas dans d’autres régions d’Algérie, y compris la capitale.

Ces évènements ont donné naissance au multipartisme et à une liberté éphémère de la presse. La Kabylie, qui voulait l’instauration d’une véritable démocratie, a choisi son camp naturel, celui des démocrates. Lorsque les Kabyles plébiscitaient le FFS et le RCD, deux partis républicains et démocrates, dans les autres régions, on votait pour le FLN ou bien pour son FIS. C’était ainsi qu’on a abouti à une confrontation sanguinaire entre un délinquant et un psychopathe causant plus de 200 000 morts. Ce même psychopathe tente actuellement de nous entraîner dans ses délires post-traumatiques pour faire porter le chapeau de tous ces massacres à son adversaire.

C’était ainsi que le rêve d’une véritable démocratie se transforma en un horrible cauchemar. Après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, le seul président non issu du système ayant suscité de l’espoir chez beaucoup d’Algériens, un ancien membre de la pègre algérienne, dont la place serait à la prison d’El-Harrach, se retrouva à El-Mouradia, une année environ après l’assassinat de Matoub Lounes. Bouteflika alias Boutesrika devint président de la République. Et, un autre cauchemar ne faisait que commencer.

En 2001, la Kabylie se souleva comme un seul homme contre un système infanticide. J’avais 31 ans, diplômé universitaire au chômage. J’étais l’un des représentants de l’Aarch des Ait-Ghovri. Malgré la marche grandiose du 14 juin 2001 organisée à Alger et les 127 personnes assassinées par la gendarmerie nationale parmi lesquels des enfants, aucune région d’Algérie ne nous manifesta un semblant de soutien en organisant une marche ou bien un rassemblement. Boutesrika continuait à être reçu par des youyous et du Tbel en dehors des régions kabyles. La vie était belle, ya hasrra ! ah y addin u-qavach !

Ces évènements firent naître dans l’esprit de beaucoup de Kabyles une prise de conscience qu’il était illusoire de suspendre le sort de la Kabylie à celui de l’Algérie. C’est comme contraindre plusieurs familles à vivre sous le même toit. Cela ne pourrait engendrer que conflits et mal-être. Leur libération de cette contrainte serait la clé de leur émancipation et leur éviterait une autodestruction certaine.

Le reste de l’Algérie finit par prendre conscience du désastre et donne raison à la Kabylie

Dix-huit années plus tard, en 2019, cinquante-sept ans après l’indépendance, le reste de l’Algérie finit par prendre conscience du désastre et donne raison à la Kabylie. Tous les Algériens sont maintenant d’accord pour chasser ce pouvoir illégitime. Cependant, ne soyons pas dupes, nos projets de société restent diamétralement opposés, à moins de croire aux miracles. Contrairement aux autres régions victimes d’une crise identitaire profonde qui les empêcherait, en ce moment et dans plusieurs années à venir, de bâtir un état moderne, La Kabylie était prête pour effectuer cette mission depuis 1962.

La pensée dominante chez les populations arabophones les pousse à se comporter comme une secte dont les gourous sont le Baâthisme et l’Islamisme. L’arabe algérien est une langue plus proche du berbère que de l’arabe littéraire. Les Arabes algériens sont des Berbères relativement arabisés. Cela a été prouvé par une étude récente du génome de l’Afrique du Nord. Mais, comme disait Kateb Yacine : l’islamisation a entraîné l’arabisation, et maintenant, on veut être plus arabe que les véritables Arabes. Une population ayant renié ses origines, croyant détenir la vérité grâce à une religion au 21e siècle et rêve de libérer la Palestine alors qu’elle-même est l’otage d’un système pervers, est-elle prête à vivre dans une République démocratique ?

La population kabyle, dans sa majorité, sait que le temps des foutouhates est révolu et la religion est un choix qui relève de la sphère privée. Ce qui fait la grandeur d’un peuple est son éducation ainsi que son accès au savoir. Si la Kabylie était indépendante depuis 1962 ou, du moins, était autonome dans la gestion de ses affaires intérieures, nous serions devenus un pays aussi développé que l’Espagne ou la Norvège. De l’indépendance de l’Algérie à ce jour, nous avons perdu 58 précieuses années.

Une Kabylie libre et autonome serait plus utile au reste de l’Algérie

Certains activistes kabyles du Hirak (Amussu) se croient investis d’une noble mission auprès du peuple algérien ayant retrouvé son unité face à la junte militaire. Pour ce faire, ils ne font presque plus leurs discours dans leur langue maternelle, évitent l’emblème Amazigh, fréquentent les islamistes et sont convaincus que Ali Ben Hadj est un démocrate. Ce sont certainement les KDS de demain dans le sillage d’Ahmed Ouyahia. Ils jettent la pierre sur les autonomistes et les indépendantistes comme l’avaient fait d’autres avant eux, durant la révolution, à l’encontre de Bennaï Ouali et Amar Ould Hamouda.

Certes, une unité de circonstance est nécessaire pour venir à bout de ce pouvoir perfide, mais, il est impératif d’éclaircir les positions des uns et des autres ainsi que les objectifs de chacun. Il y a un risque de reproduire les mêmes erreurs du passé et de finir par remplacer une tyrannie par une autre. Avant que l’arabo-islamisme nous détruise de l’intérieur, la Kabylie doit œuvrer urgemment pour son autonomie ou son indépendance. Nous n’avons pas besoin d’une permission quelconque pour aller dans cette direction, il s‘agit de nos intérêts vitaux.

Une Kabylie libre et autonome serait plus utile au reste de l’Algérie. Elle serait certainement une oasis de démocratie et un havre de paix. Ces intellectuels arabophones critiquant actuellement son indépendance, comme le faisaient avant eux Ferhat Abbas et les Oulamas avant le déclenchement de la révolution algérienne, y trouveront refuge et soutien. Ils n’auront pas besoin de traverser la méditerranée. Le miracle qui nous a permis d’exister encore après tant de milliers d’années ne serait pas vain.

« Il faut profiter des leçons de l’expérience et se garder des fautes commises dans le passé ». Léon Blum.

Mourad AMAGHNAS
Universitaire

L’artiste kabyle, l’éternel exilé…

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Matoub Laure Adler

Justifier, c’est plaider coupable

Tant que nous justifions nos choix, nos convictions, nos amitiés, nos préférences, nos amours, nos envies… les Arabo-Islamistes auront toujours le dernier mot. Nous sommes comme l’épouse qui justifie chaque geste et chaque parole auprès de son compagnon. Compagnon qui n’est tenu à rien, car il est le maître des lieux. Il n’a rien à justifier et rien à déclarer. C’est lui le douanier qui interroge et nous, comme de modestes voyageurs, répondons les yeux baissés.

Nous avons intériorisé la domination arabo-islamique. Nous avons même fait la guerre pour elle. Nous la trouvons naturelle au point d’appeler rebelle un être normal, qui fait et dit tout simplement ce que lui dicte sa conscience. Nous devons nous interroger non pas sur le courage d’un tel qui ne respecte l’ordre établi islamique, mais sur nos peurs et phobies que nous justifions sans cesse, comme des petits collégiens pris en flagrant délit de vol ou de mensonge.

Nous obéissons, comme dirait Bourdieu, à des injonctions invisibles et silencieuses. Nous blâmons tous ceux qui ne les respectent pas. Nous évitons de parler de l’instrument principal de domination qui est la religion. Nous avons construit tout notre imaginaire, notre culture, nos traditions et notre morale autour d’elle que toute tentative d’émancipation nous semble un scandale, voire un crime contre la nature et le cosmos. Nous la condamnons en hurlons avec les loups : partout où les Arabo-islamistes dénoncent les faits, nous, les Kabyles, dénonçons la forme. Nous nous démarquons juste pour la forme.

Nous justifions même les actes et les dires des Kabyles sains d’esprit. Nous réinterprétons jusqu’aux paroles de Matoub, qu’il a complètement assumées de son vivant, pour plaire aux maîtres des lieux. Nous condamnons les méthodes et les formes de luttes d’autres Kabyles courageux, rien que pour ne pas attirer les foudres des maîtres de maison. Nous justifions jusqu’à notre propre existence, ce qui conforte les Arabo-Islamistes dans leur position de dominants.

Souvenez-vous de Khalida Toumi qui, chez Laure Adler, à chaque intervention de Matoub, elle réinterprète ” En fait, Matoub veut dire…”, et elle brouille et modifie le message initial. Celui-ci change même de cible et de destinataire. Matoub parle aux Kabyles, Toumi traduit aux Algériens.

Il faut arrêter avec ce paternalisme dégradant, qui justifie ce que nous sommes et ce que nous faisons. Ces faux sages qui s’empressent de réinterpréter nos volontés et nos désirs nous font passer auprès de l’ennemi pour des malades mentaux ou des mineurs que le monde ne doit pas écouter.

En somme, ils rassurent l’ennemi en condamnant leurs enfants. Ce qui, par conséquent, condamne ces derniers éternellement à l’exil ou à la soumission totale.

Par Romain Caesar

Le jour ou j’ai enterré l’Algérie…

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Matoub Mammeri

Cet après-midi là, la nouvelle a fait le tour de la Kabylie, on te disait gravement blessé, on te disait peut être mort, le temps s’est arrêté. On n’y croyait pas, on se regardait comme pour voir qui dirait le premier que ce n’est qu’une mauvaise blague. J’étais jeune, bercé par tes mélodies, par tes paroles aussi profondes que nos montagnes, mes premiers amours se sont abreuvés de tes magnifiques poèmes, mes premiers accords à la guitare étaient pour essayer de jouer tant bien que mal tes meilleurs refrains.

En milieux d’après midi, la confirmation est tombée comme une épée de Damoclès, en achevant tous nos espoirs. Lounès est mort assassiné. Le vent s’est arrêté de souffler sous la chaleur déjà écrasante, c’est la nuit en plein jour, les gens se parlaient à peine, des pleurs ici et là, des jeunes torses nus hurlaient leur tristesse, d’autres le regard hagard dans un silence assourdissant.

Je ne pouvais plus prononcer un mot, muré dans un silence abyssale, je me disais que c’était un cauchemar et que j’allais me réveiller, j’étais un mort vivant, ce soir là j’ai pleuré seul, assis sur la dalle brûlée par le soleil, regardant le ciel comme pour le chercher parmi les étoiles, ce soir là j’ai pleuré Lounès, j’ai pleuré un guerrier, j’ai pleuré un ami, j’ai pleuré un confident, j’ai pleuré un artiste, j’ai pleuré la Kabylie et j’ai enterré l’Algérie.

Tu nous manques Lounès. Le combat continue.

A.U.

La Kabylie se dote d’un passeport !

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Passeport officiel Kabylie Anavad
Passeport officiel Kabylie Anavad

10 ans, jour pour jour, après la mise en circulation de la première Carte d’identité kabyle par l’Anavad (Gouvernement Provisoire Kabyle en Exil), la section de l’état-civil kabyle rend publique la création d’un passeport pour les ressortissants de la Kabylie.

Les modalités d’obtention du passeport kabyle biométrique sont indiquées sur le site web : https://etat-civil.kabylie-gouv.org/passeport/

La Carte d’identité peut être obenue sur le même site : https://etat-civil.kabylie-gouv.org/cik/

Les couleurs du passport sont celles du drapeau de la Kabylie azur et l’or, flanqué du symbole AZA (YAZ) avec ses deux rameaux d’oliviers en losanges.

Son entête TAMURT TAQVAYLIT (Kabylie) et AMSINEG AQVAYLI (Passeport kabyle) sont transcrits en caractères latins et tifinagh (alphabet amazigh).

Ce passeport contient 4 langues officielles : le kabyle, le français, l’anglais et l’hébreu.

Source : Anavad

Pour la transcription simple et unifiée de tamazight

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Clavier tamazight latin
Clavier tamazight latin

Tamazight a sa propre écriture, le tifinagh. Elle est adoptée au Maroc. Elle interviendra sûrement un jour en Kabylie, elle est notre fierté : rares, en effet, sont les peuples qui ont inventé un système d’écriture. Dans l’étape transitoire actuelle, c’est la transcription latine qui, répandue et accessible à tous, continue à se développer et à se généraliser. Elle contribue incontestablement à l’épanouissement de notre culture. Aussi est-il souhaitable qu’elle soit unifiée et standardisée.

J’ai le privilège d’être féru de littérature amazighe (1)(2)(3)(4)(5). Dans l’écriture, j’ai recherché à imiter les initiateurs de la transcription parmi lesquels, bien évidemment, Mouloud Mammeri. J’ai opté chaque fois pour la transcription la plus simple possible pour rendre la lecture attrayante. Mais j’ai constaté des divergences entre les auteurs et des tendances actuelles à s’écarter des pionniers. Je vais passer en revue quelques points essentiels qui m’ont interpellé et tenter de justifier les rationalisations que j’ai retenues.

Les tirets

Les premiers textes ont utilisé les tirets en abondance, surchargeant l’écriture, comme par exemple :

« Awal-ik yewweḍ-aɣ-d » (6).

Ces choix pouvaient se justifier, au départ, chez les linguistes, pour expliquer l’enchaînement des mots dans cette langue dont l’écriture est « nouvelle ». Malheureusement ils ont perduré même lorsqu’ils ne s’imposent pas. Par exemple, dans une publication récente, j’ai relevé la phrase :

« Yenna-as : -nniɣ-am wet-iyi-d » (7).

Si on traduit cela dans une autre langue, les tirets disparaissent. En français : « il lui a dit : je te dis de me frapper ». Il en est de même en anglais, en espagnol, en italien, etc. (il suffit de consulter internet en traduction automatique en ligne). Aucune des langues ne surcharge le texte par un excès de tirets. Aucune langue ne dispose un tiret entre un nom et son adjectif possessif…

L’argumentation pour justifier un tiret, c’est d’éviter les confusions. Elle n’est pas toujours convainquante comme je l’ai montré sur un exemple (8) : « Idda d Bujmaâ ». Cette expression a deux sens selon que « d » est la particule de direction, ou la préposition « avec ». Mais le contexte permet de lever l’ambiguïté : il est question d’une venue dans le premier cas, et d’un départ dans le second. Deux situations contraires, donc aucune confusion possible.

Par ailleurs, on perd souvent de vue le rôle la ponctuation. Non seulement elle facilite la lecture, mais elle lève les ambiguïtés. Dans l’expression « inna d gma », il y a deux points à ajouter convenablement. On écrit soit « inna : d gma », « il a dit : c’est mon frère », soit « inna d gma : », « mon frère a dit : ». Les exemples de ce type sont légion et nous pouvons nous passer de la pléthore de tirets qu’on trouve dans certains textes, en s’aidant, si besoin est, de signes de ponctuation.

La lettre epsilon et l’alphabet

L’alphabet préconisé par Mouloud Mammeri (9) est, a priori, le plus simple. Il se limite à une seule lettre grecque : gamma. Le « aîn » est rendu par « â ». Il semble que les écrits, actuellement, tendent, au contraire, à retenir l’usage de epsilon, lettre qui est substituée au « â » de Mammeri.

Ce choix contrecarre nombre de publications importantes aussi bien à l’aube de la naissance de l’écriture en kabyle, que dans ces derniers temps. Sans s’appesantir sur le fait que epsilon détonne par sa forme cursive, on ne peut nier qu’une telle option ignore le lien incontestable qui existe entre « aîn » et la lettre « a ». Dans plusieurs tribus kabyles, « aîn » est prononcé « a ». La notation « â » est le choix du résistant amazigh Aït Amrane (10) lequel est allé jusqu’à suggérer de remplacer cette lettre par « a » tout simplement. C’est aussi l’option du riche lexique d’informatique de Samiya Saad Buzefran (11). Je n’ai, moi-même, utilisé le epsilon que dans l’une de mes publications (8). Mouloud Mammeri, dans sa préface au lexique de berbère moderne (12), assimile «â» et «a», écrivant tewaat, aarur, etc.

Le phonème « aîn » est d’origine étrangère, il s’incruste à coté du « a » dans certains parlers, disparaissant dans d’autres. Voici justement un message de M. A. Aït Amrane (13) dans son livre « Tamazight » :

« …j’ai éliminé…le epsilon qui correspond au « e » grec…pour transcrire le phonème « aïn » en arabe, étranger à notre langue…ce caractère n’est même pas utilisé par les linguistes lorsqu’ils transcrivent l’arabe en caractères latins. Ce phonème n’est d’ailleurs pas du tout prononcé dans certaines régions de Kabylie, tandis que les Touaregs le remplacent carrément par « gh »…son utilisation déforme la prononciation de certains mots au point de les rendre méconnaissables ».

La conséquence manifeste du choix de epsilon, c’est qu’on ne sait pas où le placer dans l’alphabet. J. M. Dallet (14), et K. Bouamara (15) dans leurs dictionnaires, le disposent après la lettre « z », très loin du « a »…D’autres dictionnaires, comme celui de M. S. Ounissi (16), opportunément, retiennent « â », ou disposent epsilon à proximité de « a », comme le fait le Dictionnaire universel bilingue (17). Il est intéressant de noter que dans le remarquable lexique de la linguistique de A. Berkaï (18), édité en 2009 par Ramdane Achab, la lettre epsilon est absente dans une riche terminologie amazighe !

Les premiers écrits ont ignoré epsilon. A. Hanoteau (19) et A. Mouliéras (20) utilisent « â ». Il en est de même de l’un des premiers dictionnaires français-berbère (21) publié avant la conquête de la Kabylie. C’est aussi l’option du Dictionnaire français-tachelhit- tamazight (33). Mouloud Mammeri, dans ses livres, a préféré l’usage de « â » (22) (23) sauf dans « Cheikh Mohand a dit » (24). Le pionnier du roman, Rachid Alliche, se contente de la lettre « a » dans « Faffa » (25). Saïd Sadi utilise « â » dans sa première oeuvre « Askuti » (26). Hend Sadi fait de même dans l’excellent « Tusnakt s wurar » (27), tout comme l’association culturelle Imedyazen dans sa revue « Taftilt ». Le dictionnaire chaoui-arabe de F. Tibermacine (28) publié récemment, ignore lui aussi la lettre epsilon. Il en est de même du lexique pan berbère de B. Djouhri, diffusé par l’auteur (il écrit par exemple, « aarab » pour traduire le mot « arabe »).

Une option définitive exige une entente. Elle ne pourrait s’imposer que si l’on possède une institution académique de concertation et de décision ayant autorité sur la culture.

La lettre « e » et la grammaire

Les livres de grammaire (9) (29) (30) affirment que, en kabyle, il n’y a que 3 voyelles : a, i, et u, que la lettre « e » est neutre et ne sert que pour faciliter la lecture. On qualifie d’ailleurs celle-ci de voyelle zéro ou schwa.

On s’attendrait à voir minimiser l’usage de cette lettre, mais, en pratique, c’est loin d’être le cas, surtout dans les publications récentes et dans les livres d’enseignement en Algérie.

Considérons d’abord l’expression « ma mère ». Dans nombre de tribus kabyles, on dit simplement « imma ». On trouve cette écriture dans les contes de Mouliéras (20), dans le dictionnaire universel bilingue (17), le premier dictionnaire français kabyle (21), le dictionnaire chaoui-arabe-kabyle et français (31) paru en 1907.

Le dictionnaire berbère-français de A Jordan (32) donne « ma » en tacelhit. Dans le dictionnaire récent tamazight français (33) de Aliamaniss ( Maroc central) la mère se dit « mma » sans autre initiale. Il en de même chez les Touaregs. Le Dictionnaire français-tachelhit-tamazight (34) donne « immi » pour les deux variantes amazighes (et imma comme pluriel pour l’une d’elles).

Le dictionnaire Dallet (14), par contre, donne « yemma » et, curieusement, il repère ce mot dans la racine « ym ». K. Bouamara (15) le place dans « ye » ! Fort heureusement, très récemment, M.A. Haddadou (35) remet le terme à sa bonne position : la lettre M. Cet auteur donne, par ailleurs, les différentes variantes du mot mère dans l’espace amazigh et il apparaît clairement que « imma » prédomine.

Néanmoins beaucoup de publications actuelles, en Kabylie, retiennent l’écriture yemma.

La question qu’il est légitime de se poser est : pourquoi introduire la lettre neutre « e » dans ce mot facile à lire ? Pourquoi ne pas écrire Ymma, ou plus simplement imma ?

Considérons maintenant la conjugaison des verbes à la troisième personne du masculin singulier.

Mouloud Mammeri, dans sa grammaire (9), opte sans ambiguïté, pour l’affixe initial « i ». Il écrit : izmer, iqqim, issared…On trouve déjà cette écriture chez Hanoteau (19) qui transcrit : iffegh, illan, innoumen etc. ainsi que chez Mouliéras (20) : isâa, itszalla, ifka, etc.

Dans l’ouvrage détaillé de Gaya Hamimi ( 36), on retrouve l’affixe i (en majuscule). Il écrit : Iuzzel, ur Illi, ad Ikkes, etc. Même observation dans le lexique pan berbère de B. Djouhri, paru récemment où l’on trouve : ikkat, ad irnu, ur isnuzgum, etc. Chez les Touaregs c’est l’affixe « i » qui prévaut d’après la grammaire Touareg de J.M. Cortade (37). On y trouve, par exemple : ilsa, iswa, ikkes, etc. C’est la transcription que retiennent la plupart du temps plusieurs oeuvres pionnières (22) (23) (25) (26) (27).

Pourtant les ouvrages récents utilisent, chaque fois que c’est possible, l’affixe « ye » au lieu de « i ». Résultat : il y a deux affixes pour une même personne, situation inconnue, à ma connaissance, dans d’autres langues. Car, s’il est possible d’écrire « yenna » au lieu de « inna », on ne peut remplacer iwala par yewala, ni iâadda par yeâadda, ni ifuk par yefuk…

Cette tendance à utiliser « ye » au lieu de « i » rejaillit sur tous, à tel point que les éditeurs corrigent les auteurs pour les amener à aller dans ce sens, et que les auteurs eux-mêmes s’astreignent à une sorte d’auto censure. Ainsi Mouloud Mammeri (23), dans « Poèmes kabyles anciens » (page 98 par ex.), écrit : ikkat, inna, inteq, à coté de yebbwed…J’ai été moi-même amené à mélanger dans mes derniers livres, les deux types de transcription, soucieux de répondre aux desiderata des éditeurs.

Il est remarquable de noter que dans la revue Tifin, parue en 2006 et consacrée à la littérature berbère (38), A. Kezzar et A.B. Lasri utilisent « i » sauf rares exceptions. Dans le même numéro, K. Naït-Zerrad prône la suppression du « ye » afin de « simplifier et harmoniser la notation au niveau pan berbère ». Cette recommandation de l’auteur de plusieurs livres didactiques est particulièrement bienvenue.

Le même dilemme que pour yemma/imma se retrouve ici : la voyelle e s’impose-t-elle pour lire des mots comme inna, iswa, iksa, etc. ? Ce n’est pas le cas. Il faut donc considérer que « e » est une voyelle à part entière.

Il reste la préoccupation légitime de savoir s’il est rationnel d’avoir, dans la conjugaison, un affixe qui varie selon le verbe…

Il y a un autre cas où la lettre « e » intervient souvent, c’est dans l’état d’annexion. Elle ne peut se justifier quand elle facilite la lecture comme, par exemple, dans « tebna texxamt ». Mais il est possible d’en éviter l’usage dans bien des cas, en remplaçant « we » par « u », comme le suggère M. Mammeri (9) qui écrit : iqqim « wergaz » (ou : « urgaz »).

Ces quelques remarques ont pour objet la recherche d’une simplification de la transcription latine, et, simultanément, un rapprochement des options des autres variantes amazighes (dans un texte récent (39) en tacelhit, je n’ai trouvé nulle part des tirets, et « e » est pratiquement inexistant).

Lorsqu’on constate que les travaux de l’Académie française ont duré bien des siècles (10), on ne peut que faire preuve de patience dans l’entreprise de rénovation de l’écriture. Mais pour notre système éducatif, nous devons agir vite pour rendre notre écriture plus simple et plus attrayante Selon le voeu d’Aït Amrane (10), premier président du HCA : « il n’ y a pas de désaccord, si profond soit-il, qui ne puisse céder à une franche et loyale discussion…Notre idéal est trop noble pour être entaché par de puériles questions d’amour-propre. ».

Ma démarche s’inscrit entièrement dans cette perspective.

Ramdane At Mansour Ouahes

Bibliographie :

(1) R. At Menṣur, Tiɣri, L’Harmattan, Paris, 1996

(2) R. At Menṣur, Isefra n at zik – Poèmes kabyles d’antan – édition bilingue, édité par l’auteur, Selles sur Cher, 2010

(3) R. At Menṣur, Agani, Zyriab, Alger, 2001

(4) R. At Menṣur, Leqwran s tmaziɣt, Traduction du Coran en kabyle, Zyriab, Alger, deux éditions : 2006 et 2010

(5) R. At Menṣur, Amawal n yinzan, Dictionnaire des proverbes kabyles, Ramdane Achab, éditeur, Alger, 2011

(6) Agraw imura, Awal ɣef Dda Lmulud, Asalu, Alger, 1991, p. 123

(7) B. Kebir, Lmed tamaziɣt, El Amel, Alger, 2007, p.127

(8) R. At Menṣur, Isefra n at zik, édité par l’auteur, Paris 1998, p.10

(9) M. Mammeri, Tajerrumt n tmaziɣt, François Maspéro, Paris, 1976

(10) M.I. Aït Amrane, Ekkr a mm is oumazigh

(11) S. Saad Buzefran, Lexique d’informatique, L’Harmattan, Paris, 1996

(12) M. Mammeri, Amawal n tmaziɣt tatrart, CNRPAH, Alger, 2008

(13) M.I. Aït Amrane, Tamazight, Éditions Hiwar Com, Alger, 1997, p. 21

(14) J.M. Dallet, Dictionnaire kabyle-français, S.E.L.A.F., Paris, 1982

(15) K. Bouamara, Issin, L’Odysée, Tizi Ouzou, 2010

(16) M. S. Ounissi, Dictionnaire Chaoui, français, arabe, ENAG, Alger 2003

(17) A. Idres et R. Madi, Dictionnaire universel bilingue, édition Jazz, Alger 2003

(18) A. Berkaï, Lexique de la linguistique, éditions Ramdane Achab, Tizi Ouzou, 2009

(19) A. Hanoteau, Poésies populaires de la Kabylie du Djurdjura, Imprimerie impériale, Paris, 1867

(20) A. Moulieras, Légendes et contes merveilleux de la Grande Kabylie, Edition Ernest Leroux, Paris, 1893

(21) Ministère de la guerre, Dictionnaire français-berbère, Imprimerie royale, Paris, 1844

(22) M. Mammeri, Les isefra de Si Mohand, François Maspéro, Paris, 1982

(23) M. Mammeri, Poèmes kabyles anciens, Laphomic, Alger, 1988

(24) M. Mammeri, Cheikh Mohand a dit, publié par l’auteur, Alger, 1990

(25) R. Alliche, Faffa, édité par l’auteur, Alger, 1990

(26) S. Sadi, Askuti, Imedyazen, Paris, 1983

(27) H. Sadi, Tusnakt s wurar, Asalu, Alger, 1990

(28) F. Tibermacine, Tanastukajjuf, Parler Chaoui, HCA, Alger, 2009

(29) K. Naït-Zerrad, Tajerrumt n tmaziɣt tamirant, ENAG, Alger, 1995

(30) R. Achab, Langue berbère, Hoggar, Paris, 1998

(31) P.G. Huyghe, Dictionnaire chaoui-arabe-kabyle et français, disponible sur internet.

(32) A. Jordan, Dictionnaire berbère-français, Omnia, Rabat, 1934

(33) Aliamaniss, Dictionnaire tamazight-français, disponible sur internet : http://www.miktex.org

(34) S. Cid Kaoui, Dictionnaire français-tachelhit-tamazight, Edition Ernest Leroux, Paris, 1907

(35) M.A. Haddadou, Dictionnaire des racines communes berbères, HCA, Alger, 2007

(36) G. Hamimi, Grammaire et conjugaison amazighes, L’Harmattan, Paris, 1997

(37) J. M. Cortade, Grammaire Touareg, Université d’Alger, 1969

(38) Tifin, numéro 1, Ibis Press, Paris, 2006

(39) L. El Ghazi, Inuzar, IRCAM, Rabat, 2007

Juin, mois de deuil et d’espoir pour la Kabylie!

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Matoub Lounès J'appartiens
J'appartiens à une tendance sociale Oui Revendique une identité saine et ancestrale - Matoub Lounès

Chaque année à la même période, nous nous remémorons les événements douloureux qui ont touché la Kabylie et nous ont marqués à tout jamais. Le premier de ces événements dramatiques concerne l’assassinat de notre Rebelle, Lounas Matoub, le 25 juin 1998. Depuis, la Kabylie n’a jamais retrouvé ni le repos ni la paix !

Juin Kabylie en 1998

En 2001, la jeunesse kabyle comme un seul homme, se préparait à rendre hommage à son rebelle, dans la douleur et l’espoir que la justice soit faite. La jeunesse kabyle cherchait à connaître la vérité sur les commanditaires de l’assassinat de Lounas perpétré en juin 1998. « La douleur reste immense, car les responsables de ces assassinats n’ont toujours pas été jugés: c’est l’impunité ».

Chaque année, les forces vives de la Kabylie concentrent leur énergie à raviver l’espoir aux dates marquantes. L’un pour les événements d’avril 80 et puis pour commémorer la disparition de Lounas. Le régime algérien ne s’est pas contenté de la mort du Rebelle. Il provoquera d’autres événements encore plus douloureux. Il a déclaré la guerre à un peuple qui cherchait à vivre en paix.

La répression se poursuit en Kabylie. L’âme de Massinissa Guermah, un jeune lycéen tué par balles dans les locaux d’une gendarmerie, le 18 avril 2001 plane toujours sur la Kabylie. Son “martyr” a mis le feu aux poudres, déclenché des émeutes qui se sont soldées par plus d’une centaine de morts, des blessés à vie, lors de ce “printemps dit noir”. Aujourd’hui la même police algérienne tire encore à balles réelles sur les Touaregs fiers de leur amazighité au sud de l’Algérie.

Les khawanistes ou les hirakistes, quand ils évoquent les événements de la Kabylie, le Printemps Noir de 2001, les manifestations en Kabylie et je ne sais quoi, jamais vous ne les entendrez nous dire ce qu’il s’est réellement passé. Ils ne parlent pas de nos morts ! Ils préfèrent survoler les années 90, car le pouvoir leur a été enlevé. Au final, ils n’arrêtent pas de se rendre hommage entre eux !

Juin Kabylie en 2001

Toute la Kabylie en 2001 a marché sur Alger. La Kabylie a démontré ce jour là sa puissance et son intelligence. Elle n’a jamais utilisé la violence pour revendiquer ses droits légaux, ce qui lui a également donné un pouvoir intellectuel. Ce mois de juin, d’autres morts alourdissaient la responsabilité criminelle des autorités algériennes!

Cette gigantesque manifestation a été déterminante dans l’histoire du peuple Kabyle qui a bravé la folie meurtrière des gendarmes algériens qui assassinaient nos jeunes avec des armes de guerre.

Toute la Kabylie le 14 juin 2001 s’était mobilisée dans la plus grande manifestation de protestation contre le pouvoir jamais organisée jusqu’alors. Un million de personnes avaient convergé sur une ville, en fédérant l’ensemble des partis depuis l’avènement du multipartisme en Algérie. La Kabylie, s’élevait comme un seul homme pour défendre les acquis d’une démocratie naissante, exiger le jugement des assassins, Tamazight langue nationale et officielle, etc… En 2020, les assassins courent toujours !

Mokrane NEDDAF

Une enseignante lance une chaîne YouTube pour apprendre tamazight

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Nadia Moussaoui

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans l’ère qu’on vit. Leur utilisation peut être orientée dans un bon sens comme elle peut être orientée dans un mauvais sens. Notre langue et culture ont toujours été marginales dans un monde capitaliste et libéral qui affecte et tue les plus vulnérables.

Nadia Moussaoui, communément surnommée Tamazight Moussaoui, vient de se lancer dans un grand projet sur internet. Cette enseignante de langue amazigh au lycée Aliane Hmimi , Chorfa, Bouira (Tubiret) vient de créer une chaîne YouTube en donnant gratuitement aux abonné-e-s de sa chaîne Yourube et aux internautes des cours de langue berbère (Tamazight).

Contactée par notre rédaction, Nadia Moussaoui nous a parlé de ce projet: “J’ai lancé ce projet de cours de tamazight sur YouTube dans le but de vulgariser notre langue et de la promouvoir. J’ai constaté aussi que l’école ne remplit pas suffisamment sa mission, donc une école parallèle et alternative est une solution efficace. Aujourd’hui, les réseaux sociaux facilitent davantage cette tâche et donnent accès à un large public y compris les arabophones. Notre langue devrait s’imposer, tout d’abord, en Kabylie et conquérir, par la suite, d’autres territoires en Algérie. Mon objectif est de faciliter son apprentissage soit aux berbérophones ou aux arabophones.

De telles actions devraient se généraliser en exploitant les nouvelles technologies. Notre langue devrait s’imposer et avoir sa place dans ce monde. Travaillons notre langue et apprenons les langues étrangères ! Aucune  langue n’est supérieure à l’autre et aucune langue ne mérite sa disparition.

Amar BENHAMOUCHE

Chaîne YouTube Tamazight Moussaoui destinée aux amazighophones et arabophones

Les éclaircissements du CMA

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Bouzid Massimo Ichalalen
Bouzid Massimo Ichalalen

Après la lettre adressée récemment par le Congrès Mondial Amazigh à Mr Tebboune, chef de l’Etat algérien, beaucoup de questions et de commentaires ont été publiés, ce qui amène l’ONG à apporter quelques éclaircissements.

Pourquoi le CMA s’adresse au chef de l’Etat algérien et pourquoi en ce moment ?

Le CMA s’adresse à M. Tebboune, parce qu’il représente la plus haute autorité de l’Etat algérien tel que le prévoit la Constitution de ce pays et parce que la question centrale posée dans la lettre relève de sa compétence. Il lui appartient ensuite de se concerter avec les autres cercles du pouvoir algérien, notamment les militaires et le Parlement. Pour ce qui est du timing choisi, M. Tebboune a promis de s’adresser à la Kabylie qui a refusé de voter le 12 décembre dernier et six mois plus tard il ne l’a toujours pas fait. Il a sûrement d’autres priorités et la Kabylie n’en fait pas partie. Mais la Kabylie qui souffre depuis des décennies, n’en peut plus d’attendre. De plus, il y a un projet de réforme constitutionnelle en cours. C’est donc le moment de s’exprimer et de mettre sur la table les questions cruciales et qui engagent le pays pour longtemps. Par ailleurs, la Kabylie doit faire face à des urgences, elle doit se reconstruire, elle doit penser à son avenir et à celui de ses enfants qui ne veulent plus subir les injustices et les violences. Pour faire face à tous ces défis majeurs la Kabylie a besoin d’un nouveau cadre relationnel avec l’Etat algérien. Cela urge car il n’est pas possible de n’offrir aux jeunes générations que le chômage, la peur, l’émigration, la dissolution de l’identité kabyle-amazighe dans l’araboislamisme, etc. Nous n’avons pas le droit de nous taire, nous avons le devoir d’agir pour trouver des alternatives nouvelles, dans l’intérêt de tous. En tant qu’ONG de protection et de promotion des droits des Amazighs, le CMA prend sa part de responsabilité en suggérant une solution constructive et pacifique par la discussion.

Pourquoi l’autodétermination?

D’abord il nous parait important de clarifier les choses concernant ce concept dans le but de le dédramatiser et même de le dépolitiser. Le droit à l’autodétermination ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit fondamental et universel, inscrit dans les principaux textes juridiques de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie est membre. Il est également inscrit dans la Constitution algérienne (article 30) et dans la déclaration d’Alger de 1976 sur les droits des peuples qui précise dans son article 5 que « tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination. Il détermine son statut politique en toute liberté, sans aucune ingérence étrangère». Qu’il soit donc bien clair que la revendication du droit à l’autodétermination est tout à fait légale, que ce soit du point de vue du droit algérien que du droit international. Par ailleurs il est utile de préciser que sur le plan étymologique, le droit de s’autodéterminer, signifie le droit de décider par soi-même et pour soi-même, individuellement et collectivement. Pour un peuple, le droit à l’autodétermination signifie le droit de choisir le statut juridique et politique de son territoire. Le choix du peuple se fait par la voie d’un référendum à l’issue d’une période de débats où chaque organisation politique, chaque citoyen doit pouvoir s’exprimer sans aucune pression ni entrave. En Kabylie, il y a des organisations politiques qui militent les unes pour l’indépendance, d’autres pour l’autonomie et autres formes de décentralisation. Chacun doit pouvoir exposer et défendre librement et pacifiquement ses idées afin de permettre au peuple de décider en connaissance de cause. En conclusion sur ce point, le droit à l’autodétermination doit être « détabouisé » et ses défenseurs ne doivent en aucun cas être diabolisés et encore moins criminalisés.

Est ce que le CMA a discuté avec le Mouvement d’Autodétermination de la Kabylie (MAK) avant de s’adresser à M. Tebboune?

Le CMA est une ONG de protection et de promotion des droits des Imazighen, conformément au droit international. Ses statuts précisent qu’elle est indépendante des Etats et des organisations politiques. Mais l’indépendance du CMA ne lui interdit pas des échanges de point de vue avec d’autres organisations, y compris politiques, ni de discuter avec les représentants des Etats, mais en toute transparence. Cependant, pour le cas de cette lettre à Mr Tebboune, le CMA ne s’est concerté ni avec les représentants du MAK, ni avec aucune autre organisation. Il nous parait utile de rappeler à ce propos que depuis sa création en 1995, le CMA a toujours défendu le droit à l’autodétermination des Amazighs, comme moyen de restaurer leurs droits, tous leurs droits, y compris le droit de « conserver et de développer leurs propres systèmes ou institutions politiques, économiques et sociaux », comme le prévoient les normes internationales.

Pour le CMA, le droit à l’autodétermination est un droit de l’homme qui n’est ni nouveau, ni tabou. Est-ce que les Kabyles forment un peuple ?

Sans entrer dans les détails, disons qu’une communauté humaine dont les membres sont liés par une histoire, un territoire, une langue, une culture, un sentiment d’appartenance, forme un peuple, surtout si cette communauté souhaite s’identifier comme tel. Donc, les Kabyles forment un peuple si telle est leur volonté, sans aucune contestation possible. En Algérie, si les Chawis, les At-Mzab, les Kel-Tamasheq veulent s’auto-identifier comme peuples, ils en ont le droit le plus absolu. C’est pourquoi d’ailleurs le CMA utilise à la fois l’expression « peuple amazigh », pour désigner le peuple autochtone du territoire de Tamazgha, mais il accepte également l’expression « peuples amazighs » au pluriel parce que le CMA respecte le droit de chaque groupe amazigh de s’auto-identifier librement. Et cela ne divise en rien Imazighen. Les Amazighs de tous les pays partagent l’essentiel, comme l’histoire, la langue, le sentiment d’appartenance et beaucoup d’éléments civilisationnels mais chaque groupe dispose de ses spécificités locales qu’il est nécessaire de respecter. Cela n’empêche en rien la solidarité et la fraternité amazighe non seulement au sein d’un même pays mais aussi par delà les frontières des Etats. Il faut penser globalement comme Amazigh et agir localement comme Kabyle, Chawi, Touareg, Rifain, Achelhi, Amzavi, Anfusi…

Est ce que le CMA croit qu’il peut avoir un dialogue transparent avec le pourvoir algérien ?

D’abord, dans sa lettre CMA n’a pas demandé un dialogue entre lui-même et le pouvoir algérien. Le CMA défend les droits des Kabyles et de tous les Amazighs mais ne parle pas en leur nom. Il propose un dialogue entre les représentants de la Kabylie librement désignés et le chef de l’Etat algérien pour trouver une solution acceptable par les deux parties. Il appartiendra donc aux Kabyles de désigner selon des procédures qu’ils auront eux-mêmes décidées, qui les représentera dans les discussions avec le pouvoir algérien. Le CMA est prêt à accompagner et assister la délégation kabyle à toutes les étapes, avec le soutien d’experts de l’UA et de l’ONU. D’ailleurs un des membres du CMA est lui-même expert auprès des Nations Unies.

Quant à la question de savoir si le pouvoir algérien sera animé de bonnes intentions ou pas, comment savoir ?

Disons simplement : espérons que oui ! Mais si le gouvernement algérien ne fait pas preuve d’un engagement à participer à un dialogue de manière sincère et transparente, alors le dialogue s’arrêtera immédiatement et le pouvoir algérien assumera la responsabilité de l’échec et ses conséquences. Mais pour ce qui nous concerne en tant qu’ONG, nous devions faire cette proposition de discussion pour essayer de trouver une issue favorable à la Kabylie et à l’Algérie. Et s’il y a une fin de non recevoir, nous serons encore davantage légitimés dans le fait de faire appel à d’autres recours au niveau international. Et à propos de ces notions de « dialogue », « discussion », « négociation », sans rentrer dans les détails, disons simplement que nous voulons mettre fin au conflit éternel qui oppose le pouvoir algérien à la Kabylie et nous souhaitons le faire par la discussion avec l’objectif de parvenir à un accord équitable entre les deux parties et qui assure la paix dans ce pays.

Les Kabyles sont-ils différents des autres algériens ?

La majorité des algériens s’identifient comme des Arabes et c’est leur droit. Les Kabyles mais aussi les autres Amazighs d’Algérie et de toute l’Afrique du nord et Sahara (Chawis, At-Mzab, Kel-Tamasheq…), sont les autochtones de cette région et ils se distinguent par leur histoire, leur langue, leur culture, leurs traditions originales. Comment dans ces conditions, parler d’un seul peuple ? Ceux qui combattent l’amazighité, parlent d’un Etat algérien « uni et indivisible », mais qu’ils définissent à leur image, c’est-à-dire arabe et islamique ». Et à chaque fois qu’un Amazigh exprime sa différence, le bâton de la répression s’abat sur lui sans pitié. Cela n’est pas, cela n’est plus acceptable. Les Kabyles et tous les Amazighs ont le droit de vivre dans la dignité et le respect de leur identité. C’est un droit de l’homme fondamental non négociable. Et lorsque certains agitent la fibre sentimentale en affirmant que ceux qui sont morts pour l’indépendance de l’Algérie voulaient une Algérie unie, les jeunes générations leur répondent que ces morts-là sont d’une part très majoritairement des Amazighs et d’autre part ils sont morts pour que leur pays soit libre, que leurs enfants vivent libres et non pas soumis au racisme, à l’assimilation forcée, à la marginalisation, à la répression et à toutes les formes de domination. Quant à ceux qui rêvent ou font semblant de rêver que toute l’Algérie est amazighe, nous leur disons qu’historiquement oui, toute l’Algérie et toute Tamazgha étaient amazighes et nous aurions aimé conserver l’amazighité de tout ce territoire, mais la réalité d’aujourd’hui est que l’amazighité ne survit plus que dans certains ilôts et dont les périmètres sont rongés chaque jour un peu plus par l’araboislamisation forcée.

Tamazgha, terre mère des autochtones Amazighs a malheureusement perdu la grande majorité de ses territoires et il n’en reste aujourd’hui que des fragments dispersés et menacés de disparition. Il est donc impératif de penser à des mesures urgentes et fortes pour espérer sauver les restes encore vivants de la grande Tamazgha.

Si nous ne le faisons pas tout de suite, Tamazight ne sera qu’une trace dans l’histoire que les générations à venir ne verront plus que dans les musées. Cela est déjà le cas par exemple dans l’Archipel Canarien où la langue amazighe a complètement disparu mais également en Tunisie où le processus d’effacement de l’amazighité est presque achevé après des siècles de génocide amazigh et de colonisations, mais aussi dans une majorité de territoires d’Algérie, à l’est, à l’ouest et au sud du pays. Avant de parler d’une éventuelle reconquête des territoires amazighs perdus, il faut d’abord sauver durablement l’amazighité là où elle survit encore.

Pourquoi le CMA se trouve en France ?

Le CMA ne se trouve pas en France, mais dans les pays de Tamazgha, très majoritairement. Plus de 80% de ses membres vivent et travaillent de manière permanente dans les pays de Tamazgha, dont ses deux coprésidents. Le CMA a seulement son siège administratif en France et cela n’est pas par choix mais parce que aucun pays de Tamazgha n’accepte d’accueillir notre ONG internationale amazighe indépendante. L’Algérie est d’ailleurs le seul Etat de Tamazgha à avoir interdit les congrès du CMA, les réunions de ses membres et même ses conférences et séminaires de formation organisés avec le soutien de l’ONU. Le siège administratif du CMA est en exil en France comme se sont exilés dans ce pays des millions d’Amazighs fuyant les injustices et les violences institutionnelles. Et c’est pour nous, justement l’occasion de saluer le courage et l’abnégation des membres du CMA dans tous les pays de Tamazgha qui travaillent bénévolement et souvent dans des conditions de précarité économique et d’insécurité. Merci à eux !

Tizi-Wezzu, 26/05/2970 – 7/06/2020

Le Bureau du CMA.

Lettre adressée par le CMA au chef de l’État algérien

M. Abdelmajid TEBBOUNE

Chef de l’Etat algérien

Palais d’El-Mouradia, Alger, Algérie

Monsieur Tebboune,

Comme vous le savez, lors de la dernière «élection présidentielle» du 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle vous avez été porté à la tête de l’Etat algérien, le taux de participation en Kabylie fut de « 0% ». La Kabylie a donc refusé totalement et de manière unanime de prendre part au vote.

Suite à cela, vous avez laissé entendre que vous alliez « écouter et parler aux Kabyles ». Près de six mois après votre prise de fonction, vous n’avez ni écouté, ni parlé aux Kabyles. En revanche, en pleine pandémie du covid-19, vous avez fait adopter une réforme du code pénal qui vise à criminaliser l’aide traditionnelle et naturelle apportée par les Kabyles de la diaspora à leur « tamurt », leur pays d’origine, la Kabylie. Les auteurs de propos racistes et haineux tenus publiquement à l’encontre des Kabyles n’ont jamais été traduits en justice, ni sanctionnés. L’Algérie officielle a toujours traité la Kabylie de manière discriminatoire, malveillante et très souvent par la violence. Cela a été ainsi notamment en 1963, 1976, 1980, 1985, 1994, 1998, 2001, 2019, 2020… Il faut que cela cesse, M. Tebboune. La Kabylie ne peut pas continuer à endurer en silence les injustices et les agressions.

Vous avez également promis une révision de la Constitution algérienne mais ce projet ne suscite visiblement aucun intérêt et encore moins d’enthousiasme de la part des Kabyles. Ils savent par expérience que cette n-ième réforme constitutionnelle ne changera rien à la nature du régime politico-militaire qui gouverne ce pays et qui se perpétue par la répression, la corruption, la mise sous tutelle des juges et de la justice, l’obscurantisme religieux, etc. Les Kabyles ne veulent pas de ce système. Ils le disent et le répètent régulièrement depuis 1962 (date de l’indépendance de l’Algérie). Le zéro votant en Kabylie le 12 décembre dernier est un référendum grandeur nature qui exprime clairement le refus du peuple kabyle d’être opprimé et spolié de ses droits et de ses libertés.

La Kabylie est un territoire peuplé de femmes et d’hommes qui ont une histoire, une langue et une culture singulières et qui aspirent à un projet de société différent, résolument moderne, progressiste, laique, démocratique, écologique et ancré dans la civilisation autochtone amazighe.

Le projet gouvernemental algérien soumis à l’idéologie arabo-islamique et le projet kabyle-amazigh se tournent le dos et sont inconciliables. Il est impératif de reconnaitre cette réalité et de mettre en place les modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie, conformément au droit international. C’est la seule voie possible pour instaurer la paix et l’amitié durables dans ce pays.

Nous vous invitons donc M. Tebboune, à un dialogue serein et sincère sur la base de ce constat et de l’objectif de construire un avenir paisible et favorable au bien vivre ensemble dans cette région. Les pourparlers que nous vous proposons se dérouleraient en présence d’observateurs de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie fait partie. Il nous parait essentiel de préciser dès à présent, qu’il ne vous appartiendra pas de choisir vos interlocuteurs Kabyles comme cela s’est fait jusqu’à présent. Ce sera aux Kabyles eux-mêmes de désigner selon leurs propres modalités, leurs représentants.

Nous espérons vivement que vous entendrez cet appel de la raison et de la sagesse, pour ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays, basée sur le respect mutuel, la fraternité et la prospérité des peuples.

Veuillez agréer, Monsieur Tebboune, l’expression de notre profond respect.

Tizi-Wezzu, 15/05/2970 – 27/05/2020

Le Bureau du CMA.

«Mon héros, c’est toi» traduit en Tamazight

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My hero is you

Le livre de l’ONU sur la pandémie Covid-19 pour enfants a été traduit en Tamazight et transcrit en alphabet tifinagh.

“Mon héros, c’est toi”, est une histoire écrite pour et par des enfants du monde entier. Elle offre un moyen pour les enfants et les parents de réfléchir ensemble aux questions que soulève la pandémie.

Ce livre a été conçu pour être lu par un parent, un soignant ou un enseignant aux côtés d’un enfant ou d’un petit groupe d’enfants. L’histoire a été façonnée par plus de 1 700 enfants, parents, soignants et enseignants du monde entier qui ont pris le temps de partager la manière dont ils font face à l’impact de COVID-19.

Ce projet est porté une équipe d’experts mondiaux, nationaux et régionaux de l’Inter-Agency Standing Committee Reference Group on Mental Health and Psychosocial.

Téléchargez le livre au format PDF

Le Kabyle, un libre colonisé…

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Imal Aqvayli

Le concept de colonialisme est inconnu chez les Kabyles. Le terme utilisé a été soufflé par l’arabe pour l’appliquer à la France, culture elle même impérialiste et colonisatrice au départ. A aucun moment on ne décèle chez le kabyle le sentiment d’avoir été colonisé un jour. Mais je relève chez tous les kabyles de Kabylie ce sentiment d’avoir été roulé dans la farine et dépossédé par les Arabes. Ce sentiment est appelé aujourd’hui par les bien pensant : racisme.

Le racisme s’exprime lorsque 2 « races » sont en présence. A supposer que les arabes et les kabyles forment 2 races distinctes, elle ne sont pas toutes les deux en présence en Kabylie pour que les kabyles (autochtones) établissent une hiérarchie. Par contre ailleurs, il y a la présence des kabyles en de bonnes proportions. La majorité des gens et la culture dominante sont arabes, alors je vous laisse deviner comment se fera la hiérarchisation des « 2 races ».

Le fait d’être et de rester aujourd’hui kabyle relève de l’exploit. Cet exploit a été réalisé par nos ancêtres en sacrifiant ce que tous les peuples de la terre ont en commun : l’ambition, la cupidité, la gloire, la luxure, …Cet exploit est chaque jour réédité par chaque kabyle où qu’il soit, surtout s’il n’est pas en Kabylie. Ce que certains forumistes gauchistes ou gauchisants appellent ici le « nombrilisme kabyle », c’est tout simplement le sentiment de satisfaction d’être maître de son destin, libre, fier de ne pas se laisser conter et de persister à être ce qu’il a envie d’être et non ce qu’on lui dicte d’être ou ne pas être. Le kabyle, en tant que kabyle, peut aimer le français, l’anglais ou le mongol sans avoir à rendre des comptes ni aux arabes, ni à d’autres kabyles. Le kabyle peut être témoin de Jéhovah, sataniste athée comme un charretier sans avoir à rendre des comptes à l’imam de Ain Sefra, ni au marabout d’ath Douala, ni à son voisin de palier. Les kabyles ont un sentiment unique : Ils sont fiers de défier sans l’affronter encore cette culture prédatrice qui a fini par réduire tous les autres groupes amazigh.

Les Kabyles d’aujourd’hui veulent avoir du panache, des couleurs, une saveur et c’est ce que lui reprochent les arabes et les autres berbères. Si c’est ça le nombrilisme, alors vive le nombrilisme ! Les Kabyles sont pour l’Algérie ce que les produits bio sont pour les OGM. Une tomate est certes rien qu’une tomate, mais une tomate bio et une tomate OGM…Quelque chose a été trituré.

Ariless

FB imal Aqvayli

Algérie : Ces citoyens cultivateurs de la haine

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Algerie mon amour

Le documentaire « Algérie, mon amour » diffusé sur France 5 a suscité des critiques acerbes de la part d’une partie d’Algériens. Ces citoyens cultivateurs de la haine crient au scandale après avoir vu des jeunes Algériens et Algériennes exprimant leur désir de vivre dans une société respectueuse de toutes les libertés.

Pour ces clabaudeurs, ces braves jeunes personnes ne représentent pas le mouvement populaire communément appelé le Hirak. Devrions-nous comprendre que finalement le Hirak n’est pas un mouvement populaire, il ne représente qu’une catégorie d’Algériens ?

Pour en être un digne représentant, faudrait-il être habillé peut-être en Kamis ; prier cinq fois par jour à la mosquée durant lesquelles on supplierait Dieu d’exterminer les juifs, les kouffars, les Amazighs et tous les supposés ennemis de l’arabité et de l’islamité ; rêver d’aller au paradis où 72 vierges et des rivières de vin nous attendent ? Autrement dit, ces gens rêvent de sexe même en songeant à l’au-delà et se permettent de traiter les autres de pervers.

On dit souvent que le peuple algérien est resté l’otage de l’armée des frontières depuis 1962. Vraisemblablement, ces gens engloutis dans la haine sont le produit du syndrome de Stockholm. Certes, ils ne soutiennent pas le pouvoir ouvertement, mais reproduisent ses pratiques et finissent par se rejoindre d’une certaine manière. C’est ce qui vient de se produire devant nos yeux ces jours-ci : le pouvoir et cette frange d’Algériens ont développé la même position à l’encontre du documentaire en question par le fait de condamner le droit de donner une opinion différente de la leur.

A quoi servirait-il de renverser une dictature, si c’est pour la remplacer par une autre ? Ce qui est un comble, on retrouve beaucoup d’Algériens adeptes de cette doctrine installés en France et dans d’autres pays européens, chez ce qu’ils appellent les Kouffars où ils ont le droit de pratiquer leur culte sans aucune discrimination et au même titre que les autres. Ils vivent normalement dans un milieu où l’on peut croiser quotidiennement des athées, des metaleux, des homosexuels, des religieux de tout bord, des marginaux, etc.

Ces gens (El ghachi-agui) tolèrent la diversité que lorsqu’ils sont dans un pays étranger, car celle-ci les protège. Mais, en rentrant chez eux, ils exposent au grand jour leur homophobie et leur intolérance sans aucun scrupule. C’est le signe de leur hypocrisie et de leur ingratitude suprême issues des vestiges de croyances chimériques d’un peuple analphabète d’avant 1962 suivi d’un long endoctrinement qu’ils ont subi dans les écoles de l’Algérie post-indépendance.

Pourquoi ces gens n’acceptent-ils la diversité et la tolérance qu’en dehors de leur pays ? Sommes-nous sur des terres où la population est condamnée à vivre éternellement sous la tyrannie et où la démocratie n’aura jamais droit de cité ? Dans les années 90, le jeune Ali B nous disait bien (!) que la démocratie est Koffr (impie) et la décrit comme étant un concept occidental, donc, étranger à notre société. Cela prouve que ce monsieur ignore l’histoire de son propre pays. Les villages kabyles étaient toujours des petites républiques laïques depuis l’antiquité, et pendant la période durant laquelle les populations de la péninsule arabique enterraient les filles vivantes et à leur naissance, les Berbères en faisaient des reines.

En écrivant ces lignes, deux expressions kabyles surgirent dans ma tête. La première est : « Awlac wi-mmuten yughalad », c’est-à-dire personne n’est revenu de l’au-delà. Cette expression est utilisée souvent pour dépassionner les débats en rapport avec la religion et remettre à leur place les illuminés ou les bigots. Une façon de dire qu’il n’y a pas de vérité absolue et personne ne peut la détenir. Par conséquent, toutes les croyances se valent et doivent être respectées, mais relèvent de la sphère privée.

On n’est pas né musulman ou chrétien, on le devient. Les populations de l’Amérique latine n’ont connu ces deux religions qu’au 16e siècle. Ce n’est pas une raison de penser que Dieu les a oubliées, mais il faut plutôt conclure que chaque peuple a ses propres croyances. Ces dernières ne sont pas figées dans le temps, elles évoluent en fonction du progrès et des mutations de la société humaine.

Rappelons que les religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam, décrivaient la terre comme étant plate et étaient loin d’imaginer qu’elle tournait autour du soleil. Ce qui était une régression par rapport aux découvertes de la Grèce antique (la Jahilia ??). Ces trois religions ont fini par admettre cette vérité et la science a levé le voile sur plusieurs sujets restés pendant longtemps dans le domaine réservé aux religieux.

Le doute est le moteur du progrès. Croire ou ne pas croire en une religion quelconque est un droit fondamental dans une République démocratique. On peut être algérien sans être obligatoirement musulman. Si des musulmans vivent actuellement en Europe, c’est grâce aux lois de la république garantissant les droits des minorités. En Algérie, on parle de minorités pour justifier la répression.

La deuxième expression est la suivante : « Awi ddan d-wityiffen.. » = Mieux vaut fréquenter celui qui est meilleur que soi. On retrouve du Sénèque (4e siècle av. J.-C.) dans celle-ci. Ce stoïcien disait : « Double écueil qu’il faut éviter : ne point ressembler aux méchants parce qu’ils sont le grand nombre, ne point haïr le grand nombre parce qu’il diffère de nous. Recueille-toi en toi même, autant que possible ; fréquente ceux qui te rendront meilleur, reçois ceux que tu peux rendre tels ».

Les pays développés devraient nous paraître comme des exemples à suivre et en prendre de la graine. Il faudra cesser de les prendre pour des ennemis. Les vrais responsables de notre malheur sont bien nos gouvernants. Lorsque les enfants de ces derniers étudiaient dans les écoles européennes, les nôtres apprenaient des sourates et comment laver les morts.

Transformer des écoles en des lieux où l’on apprend une religion à des mineurs s’apparente à un endoctrinement. C’est aussi une entorse gravissime à la démocratie.

Cette haine et cette éducation sectaire ayant impacté beaucoup d’Algériens sont le plus grand danger à la mise en place d’une véritable démocratie dans ce pays. Des intellectuels arabophones reconnus au niveau international sont rejetés dans leur propre région natale. Il ne leur reste que la Kabylie où ils peuvent donner des conférences et animer des débats.

En Kabylie également, on a remarqué ces dernières années l’apparition de salafistes, ce qui n’est certainement pas le fruit du hasard. Il y a urgence d’agir et au plus vite afin d’arrêter cette culture de la haine envahissante et du déni, la source de nos malheurs et le support du pouvoir mafieux en place depuis 1962. Dans cette conjoncture, la procrastination pourrait nous être fatale, alors, sans tarder, protégeons nos enfants des méfaits de l’école algérienne ainsi que notre Kabylie des visées machiavéliques de ce pouvoir.

Mourad AMAGHNAS
Universitaire

Kabylie et Algérie, deux projets de société inconciliables

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Référendum indépendance Kabylie
Référendum indépendance Kabylie

Le Congrès Mondial Amazigh s’adresse Chef de l’Etat algérien M. Abdelmajid TEBBOUNE dans une lettre publique qui pointe du doigt les discriminations qui ont cours en Algérie en totale violation du droit international. Des pourparlers et des modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie sont envisagés par l’ONG.

Lettre du C.M.A.

Comme vous le savez, lors de la dernière « élection présidentielle » du 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle vous avez été porté à la tête de l’Etat algérien, le taux de participation en Kabylie fut de « 0% ». La Kabylie a donc refusé totalement et de manière unanime de prendre part au vote.

Suite à cela, vous avez laissé entendre que vous alliez « écouter et parler aux Kabyles ». Près de six mois après votre prise de fonction, vous n’avez ni écouté, ni parlé aux Kabyles. En revanche, en pleine pandémie du covid-19, vous avez fait adopter une réforme du code pénal qui vise à criminaliser l’aide traditionnelle et naturelle apportée par les Kabyles de la diaspora à leur « tamurt », leur pays d’origine, la Kabylie.

Les auteurs de propos racistes et haineux tenus publiquement à l’encontre des Kabyles n’ont jamais été traduits en justice, ni sanctionnés.

L’Algérie officielle a toujours traité la Kabylie de manière discriminatoire, malveillante et très souvent par la violence. Cela a été ainsi notamment en 1963, 1976, 1980, 1985, 1994, 1998, 2001, 2019, 2020… Il faut que cela cesse, M. Tebboune. La Kabylie ne peut pas continuer à endurer en silence les injustices et les agressions.

Vous avez également promis une révision de la Constitution algérienne mais ce projet ne suscite visiblement aucun intérêt et encore moins d’enthousiasme de la part des Kabyles. Ils savent par expérience que cette n-ième réforme constitutionnelle ne changera rien à la nature du régime politico-militaire qui gouverne ce pays et qui se perpétue par la répression, la corruption, la mise sous tutelle des juges et de la justice, l’obscurantisme religieux, etc.

Les Kabyles ne veulent pas de ce système. Ils le disent et le répètent régulièrement depuis 1962 (date de l’indépendance de l’Algérie). Le zéro votant en Kabylie le 12 décembre dernier est un référendum grandeur nature qui exprime clairement le refus du peuple kabyle d’être opprimé et spolié de ses droits et de ses libertés.

La Kabylie est un territoire peuplé de femmes et d’hommes qui ont une histoire, une langue et une culture singulières et qui aspirent à un projet de société différent, résolument moderne, progressiste, laïque, démocratique, écologique et ancré dans la civilisation autochtone amazighe.

Le projet gouvernemental algérien soumis à l’idéologie arabo-islamique et le projet kabyle-amazigh se tournent le dos et sont inconciliables. Il est impératif de reconnaitre cette réalité et de mettre en place les modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie, conformément au droit international. C’est la seule voie possible pour instaurer la paix et l’amitié durables dans ce pays.

Nous vous invitons donc M. Tebboune, à un dialogue serein et sincère sur la base de ce constat et de l’objectif de construire un avenir paisible et favorable au bien vivre ensemble dans cette région. Les pourparlers que nous vous proposons se dérouleraient en présence d’observateurs de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie fait partie. Il nous parait essentiel de préciser dès à présent, qu’il ne vous appartiendra pas de choisir vos interlocuteurs Kabyles comme cela s’est fait jusqu’à présent. Ce sera aux Kabyles eux-mêmes de désigner selon leurs propres modalités, leurs représentants.

Nous espérons vivement que vous entendrez cet appel de la raison et de la sagesse, pour ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays, basée sur le respect mutuel, la fraternité et la prospérité des peuples.

Veuillez agréer, Monsieur Tebboune, l’expression de notre profond respect.
Tizi-Wezzu, 15/05/2970 – 27/05/2020
Le Bureau du CMA.

La perle de la Méditerranée crie au secours de son militant écologiste

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Karim Khima Neyzek

Karim Khima vient d’être convoqué par la police du système militaro-bourgeois algérien. Karim Khima est connu pour son engagement écologique, sa lutte pour la protection de l’environnement et la préservation du patrimoine matériel et immatériel que recèle notre pays ainsi que sa lutte contre les promoteurs immobiliers et la mafia du foncier.

Il est très connu en Kabylie, à Bgayet, particulièrement pour son engagement et dévouement à la cause écologiste. Il est activiste du Hirak et président d’une association écologique “ARDH” à Bgayet (Bejaïa). Il est très actif sur le terrain et les réseaux sociaux en dénonçant les promoteurs immobiliers, les industriels et la complicité des autorités locales et étatiques dans le drame écologique que connaît la région de (Bgayet) Bejaïa : diminution des zones boisées, construction sur des zones agricoles, pollution des eaux des rivières et de la mer, etc.

Sachant que la convocation faite par la police judiciaire est sans motif . La dernière contestation ne remonte qu’à ce mois de mai. Karim Khima était à la tête d’un collectif des habitants de Bgayet (Bejaïa) qui se sont opposé au projet des 36 logements prévu sur une bande boisée et sur des vestiges historiques de la ville des Hammadites, la perle de méditerranée.
Les militants et militantes de toutes les causes justes devraient se mobiliser pour stopper cette injustice et protéger nos militants et notre environnement.
Toutes et tous avec Karim Khima! Sauvons l’écosystème pas le système !

Amar BENHAMOUCHE

L’heure est à la solidarité !

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Mobilisation Hirak Kabylie

Dans un courrier adressé à la presse et Kabyle.com le Président de l’Assemblée Communale (APC) de Souk El Tenine (Wilaya de Tizi-Ouzou), demande expressément au Wali (Préfet) de Tizi-Ouzou de faire cesser les exactions et troubles provoquées par les forces de sécurité en Kabylie. Plusieurs militants ont été convoqués par la police depuis le confinement sanitaire.

J’ai l’immense regret de venir à vous afin de vous exprimer mon indignation des dernières convocations arbitraires, par les Services de Sécurité, des Hirakistes et cela pendant la période de pandémie du Covid-19.

M. Le Wali,

Vous n’êtes sûrement pas inconscient des défis majeurs auxquels nous devons faire face : santé publique, retard en matière de développement, lutte contre la corruption galopante, même dans notre wilaya, bradage du foncier étatique, marasme social, esclavage moderne…etc.

Je vous rappelle que le Hirak béni est une révolution pacifique dont l’objectif est de construire un État de droit, libre, démocratique et social tel que souhaité par nos valeureux martyrs en 1954.

Cependant, toute démarche arbitraire, afin d’étouffer cette révolution, pendant que le peuple algérien se confine contre un virus mortel, est inacceptable.

M. Le Wali,

Vous n’êtes pas sans savoir que le caractère du peuple algérien fait de lui un peuple héros, un peuple qui n’admet pas la soumission. Il récuse toute injustice. Il a un potentiel révolutionnaire de se révolter contre toute forme d’autoritarisme.

L’heure est à la solidarité avec laquelle le peuple algérien se singularise. La construction de la nouvelle Algérie, nous impose, à nous tous, de changer nos démarches, nos stratégies, notre vision, nos pratiques et d’éviter toute action qui pourrait nous mener vers l’embrasement et l’irréparable, apprenant ainsi de nos erreurs dans le passé et nos égarements.

M. Le Wali,

En tant que premier magistrat de notre Wilaya, veuillez instruire tous les services de Sécurité, arrêter toutes sortes d’intimidations de nos militants. Nous devons nous concentrer sur l’essentiel.

Fait à Souk El Tenine le 16 mai 2020.

IDIR et MATOUB – Une voie à suivre et un combat en héritage

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Matoub Lounes, Loucif Hamani, Idir

Les spectacles d’IDIR ressemblaient à ces agoras de la Grèce antique, lorsque le plus sage et le plus clairvoyant de l’assistance prenait la parole. Des spectacles aux allures d’oracles. Quand il nous parlait de Matoub Lounès, nous l’écoutions religieusement, obnubilés, envahis par une émotion immense et indescriptible. Il nous disait que chez nous on ne meurt pas, on devient simplement invisible.

C’est ainsi que nos morts rejoignent le monde des « I3assassen », ces saints anges gardiens, et revenaient parmi les siens pour veiller sur eux. La mort a permis à deux montagnes de se rencontrer, IDIR et MATOUB.

Nos croyances, qui sont l’essence même de notre culture millénaire pour laquelle ils ont lutté durant toute leur existence, les ont réunis à jamais dans ce monde magique et éternel. Ils ont rejoint ces étoiles scintillant dans notre ciel, à côté de la Voie lactée, nous distinguerons dorénavant le chemin menant vers notre liberté.

Le combat d’IDIR et MATOUB a contribué majestueusement à sauver notre culture, notre identité, d’une mort programmée par les chasseurs de lumière et du savoir.

Ces adeptes des ténèbres veulent à tout prix nous imposer une culture de substitution, en travestissant celle que nous ont léguée nos ancêtres pour en faire une culture stérile et valétudinaire empêchant tout épanouissement de notre société. Comme le disait si bien IDIR, nous sommes issus d’une civilisation de paix. Les conquêtes et les razzias n’étaient pas notre vocation. Nous vénérons I3assassen comme nous vénérons nos montagnes et la terre nourricière. Comment ne pas bénir l’environnement dans lequel nous vivons, celui qui nous offre gracieusement cet air que nous respirons et l’eau que nous buvons ? Cela s’appelle le bon sens. À travers ces éléments de dame nature, nous apercevons le Dieu auquel nous croyons. Un Dieu aimant et protecteur. Ce n’est certainement pas celui qu’on nous propose.

Existerait-il une divinité menaçante et pratiquant la torture ; au nom de laquelle on tuerait, on égorgerait et on s’adonnerait à des actes les plus abjects et barbares ? Ceux qui sont derrière l’interdiction de l’étendard berbère dans un pays où le peuple est à 97 % Amazigh (voir l’étude du génome d’Afrique du Nord) ; ceux qui sont derrière l’opération zéro Kabyle dans un pays situé sur les terres berbères ; ce ne sont que la réincarnation des renégats du moyen-âge ; ces unités militaires tristement célèbres, connues pour être sanguinaires et dépourvues du moindre brin d’humanité, au service des différentes dynasties musulmanes de l’époque, constituées d’anciens chrétiens enlevés pendant les razzias et reconvertis de force à l’Islam pour en faire des machines à tuer.

Ces incultes sont le produit d’un lent processus d’endoctrinement par une secte issue d’un mélange explosif entre le baathisme et l’islamisme. Deux mouvements utopiques, se référant à un passé qui n’a jamais existé. Les premiers rêvent d’une grande nation arabe qui unirait tous les pays dits arabes, ignorant que les populations arabes, du moins ce qu’il en reste, se trouvent uniquement dans la péninsule arabique. Les adeptes de cette doctrine doivent cesser de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Ils doivent savoir qu’eux-mêmes ne sont pas ce qu’ils prétendent être.

En Algérie actuelle, les Arabes arrivés au 7e siècle, après avoir mis en place un système politique discriminatoire et esclavagiste, ont été chassés en moins de 90 ans (lire la période omeyyade et abbasside en Afrique du Nord). Ils sont, donc, restés moins longtemps sur nos terres que les Français.

Quelques siècles plus tard, dans le but de semer la terreur, une centaine de milliers d’Arabes furent envoyés par les Fatimides : les Banu-Hilal et les banu-Sulaym. Par rapport aux millions de Berbères de cette époque, ils n’étaient qu’une goutte d’eau dans un océan. Cela explique la raison pour laquelle le génome arabe est insignifiant en Afrique du Nord actuellement. En ce qui concerne les seconds, une partie des islamistes portant une robe (le kamis) rêve d’un grand Califat, l’autre partie ayant opté pour le costume cravate rêve de bâtir un état conformément aux principes islamiques.

Tous les califes ont été assassinés, à l’exception de Abu-Bakr, c’était une période trouble et instable où beaucoup de sang avait coulé, durant celle-ci les musulmans vivaient de pillage, massacraient et réduisaient en esclavage femmes et enfants des régions ne voulant pas se soumettre à leur croyance. Elle est loin d’être exemplaire au point de s’y référer pour reproduire ce système macabre et injuste au 21e siècle. Daech en est l’exemple.

Les islamistes, en costume cravate voulant l’instauration d’un état islamique soi-disant moderne, font abstraction de la présence de tous les autres citoyens croyant en d’autres religions ou athées, et même ceux qui ont une vison de l’islam différente de la leur (chiites, sunnites, soufis, malékites, hanafites, mutazilites, etc.). Il s’agit d’une entorse grave à la liberté de culte et à la démocratie. Celui qui gouverne en se basant sur des préceptes religieux utilise la religion comme un bouclier à l’encontre de ses opposants, personne ne pourrait remettre en cause sa façon de gérer les affaires de la cité.

Le pouvoir politique se sacralise et devient une véritable tyrannie. À ces renégats des temps modernes, la tâche sera rude ; n’en déplaise à un certain Daoud qui, après avoir trouvé soutien et « laânaya » en Kabylie, se comporte maintenant en maître-penseur, en donneur de leçon, osant comparer les militants de la cause berbère aux sinistres islamistes : La Kabylie est une terre de résistance et le restera pour toujours, les nouveaux véritables Zouaves sont plus déterminés que jamais pour défendre leur attachement à la vie, leur culture et leur identité, après s’être abreuvés des chants guerriers de MATOUB et de la clairvoyance d’IDIR.

La sève produite par leurs racines nourrit cette propension à s’élever toujours plus haut dans le ciel du progrès et de la modernité. Nolens volens, ils tiennent le cap en persévérant sur la voie menant vers un monde plus respectueux des droits de l’Homme et de la démocratie.

Le combat continue : « Ur enverru ittvel d-agwaman, d-imazighen assa am-zekka »…..

M. AMAGHNAS

Les grands bâtiments historiques de la Kabylie à restaurer

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Grand Hôpital Militaire de Kabylie Mechta

GRAND HÔPITAL MILITAIRE DE LA RÉGION III HISTORIQUE (VILLAGE EL MECHTA)
POUR LA RESTAURATION ET LA VALORISATION D’UN MONUMENT OUBLIÉ

Perché sur les hauteurs verdoyantes du Djurdjura, le village El Mechta, commune Ighram, nous trace un sentier vers le sanctuaire de la gloire. Un sanctuaire, d’une valeur inestimable, bâti et protégé par des hommes et des femmes qui ont mené, avec témérité, la lutte anticoloniale et anti-impérialiste.

Les maisons de Zeggane Mohand Tahar et Mekhbous Mohand Cherif ont servi la révolution de 1954-62 comme centres hospitaliers. C’est le plus grand hôpital militaire de la région III historique. Beaucoup de personnes se souviennent de ces moments comme Messaad Zeggane, la fille du martyr Zeggane Mohand Tahar, qui a mis sa maison à la disposition des révolutionnaires. Elle nous conte minutieusement ces moments très marquants de sa vie : ” j’étais une très jeune fille à cette époque de la guerre. La pauvreté et la misère nous entouraient. Mais c’était surtout la mort qui nous guettait et qui prenait les meilleurs de nos hommes et de nos femmes. Je me souviens de ces visages, et surtout de ces belles et audacieuses infirmières, qui étaient aux chevets des blessé (e)s. Le temps passe vite et les sacrifices de tous ces hommes et toutes ces femmes sont partis en fumé”. La génération de la guerre est marquée par ces moments révolutionnaires dont les gens ont partagé l’angoisse de la mort, mais aussi l’espoir d’un avenir lumineux. Sur les murs de ces deux maisons, nous apercevons les traces du Colonel Amirouche, de Muhand Oulhadj et de ces hommes et femmes qui ont cru à la liberté.

Depuis 1962, le régime algérien s’est attaqué à l’Histoire, il a fait de l’école et des médias des instruments d’aliénation. La psychose et l’aliénation ont été institutionnalisées. Le peuple a sombré dans le déni. Au moment où les plus sincères se battaient contre le colonialisme dans le maquis, la bourgeoisie planifiait l’après-guerre ! Les responsables algériens ont caché la vérité au peuple et se sont drapés un costume de héros pour avoir la légitimité historique. La résurgence d’un régime cynique, obsédé par le pouvoir, dont le peuple est la seule victime. L’unique intérêt de la bourgeoisie nationale est d’assurer son trône et de le maintenir à l’éternité.

Le monument historique du village El Mechta est un exemple de cette politique odieuse. L’Histoire est aux yeux de ces personnages fallacieux, un élément qui dérange. Le temps est venu, pour que les habitants du village El Mechta, qu’ils prennent conscience de l’importance de ce monument historique et de sa symbolique révolutionnaire. On aurait aimé voir ce lieu se transformer en musée sans, bien sûr, attendre l’aide et l’intervention de l’Etat, symbole d’asservissement des peuples et de la continuité coloniale. La révolution est l’œuvre du peuple des femmes, des jeunes, des travailleur-se-s  , etc.  C’est à eux que revient la tâche de restaurer et de gérer ce monument. La révolution, c’est le renversement de l’ordre établi et elle sera menée par des hommes et des femmes qui sont sur les pas des communards et des camarades de la colonne Durutti.

AMAR BENHAMOUCHE

Village El Mechta : la nature en danger

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Mechta sous les neiges

Le projet de route agricole que certains privilégiés et groupes d’intérêts du village El Mechta (commune d’Ighram -Vgayet) veulent élargir pour toucher plus de territoires représente un grand risque pour l’environnement.

Sans vergogne et conscience, ces derniers tentent inlassablement  de  satisfaire leurs instincts primaires et  faire des  profits au détriment de la nature.

À partir des années 1980, la majorité des habitants du village El Mechta sont descendus collectivement à la plaine pour y habiter , au village actuellement appelé Colonel Amirouche.

En quittant El Mechta , ils ont laissé derrière eux un grand territoire aux paysages pittoresques et riche en flore et en faune. El Mechta est aussi connu pour ses monuments historiques comme le mausolée de Sidi Slimane et le plus grand hôpital militaire de la Wilaya III historique.

La préservation de la nature et une responsabilité partagée entre nous toutes et tous. Faisons main dans la main pour préserver la nature et l’écosystème! Notre devoir est de protéger le patrimoine écologique, historique et culturel de notre village. Ne laissons pas ceux qui ont de l’argent décident sur ceux qui ont la clairvoyance et l’humanisme comme valeur!

Amar BENHAMOUCHE

Les Kabyles noyés dans un terme générique, jusqu’à quand ?

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Drapeau Kabylie - Drapeau Tamazgha

Les élites kabyles ont toujours posé la question kabyle, en la noyant dans le nom générique de « berbère » ou « amazigh », comme une simple question relevant du mythe. Question n’appelant donc pas une réponse concrète.

Le pouvoir répond d’ailleurs dans le même ordre d’idée en déclarant à tout va : « nous sommes tous des imazighen arabisés par l’islam ».

Bien sur, cette réponse est ironique et ne vise qu’à mieux ignorer les Kabyles.

Chose qu’ils ont toujours mérité d’ailleurs jusqu’à l’avènement de l’idée d’autonomie de la Kabylie.

Le pouvoir et les élites arabo-islamiques savent très bien qu’il n’existe plus de berbérité ni d’amazighité dans les faits.

N’importe qui peut se prévaloir de l’amazighité. Il n’y a aucun moyen de contredire un président de la république algérienne ni les élites arabes de ce pays lorsqu’ils déclarent qu’ « ils étaient » aussi amazigh.

Pour décourager toute agressivité dans la revendication de Tamazight le pouvoir et les élites arabo-islamiques ont recours à un subterfuge en reconnaissant qu’ils étaient Amazighs avant que l’islam ne les arabise.

Ils ne peuvent déclarer que tous les Algériens sont Amazighs car les Arabes Algériens ne le sont pas. Donc ils disent que les Arabes Algériens étaient Amazighs, mais qu’ils ne le sont plus aujourd’hui.

La manœuvre est grossière, mais il s’agit de faire croire aux Kabyles que tous les Algériens sont Amazighs et, en même temps, de ne pas froisser l’arabité et l’islamité des arabo-musulmans.

De cette manière, les Kabyles mettront un frein à leurs revendications car ils auront l’impression d’accuser leurs « frères » Amazighs de réprimer l’amazighité, et les arabo-musulmans restent tranquilles car personne ne les oblige à redevenir des Imazighen. Les aarch sont tombées dans ce panneau tout comme les différentes branches du MCB, les partis politiques kabyles et de nombreuses associations culturelles « amazigh » (ou berbères). Ils continuent à parler de tamazight, berbérité, citoyenneté etc…. Sans jamais mettre en avant leur kabylité.

Il n’y a donc pas de problème kabyle. Comme l’amazighité-berbérité n’existe plus, il n’y pas non plus de problème berbère.

Posons-nous la question suivante : le pouvoir et les élites arabo-islamiques si elle avaient déclaré : « Nous sommes tous des Kabyles. La kabylité est un patrimoine qui appartient à tous les algériens. Nul n’a le monopole sur la protection et la promotion de la kabylité. » Le problème aurait été tout autre, car c’est reconnaître la Kabylie et le peuple kabyles qui pose problème au gouvernement. Un kabyle est un habitant de la Kabylie ou originaire de cette région que l’on appelle « tamurt » et les membres de la diaspora ont encore des attaches très fortes avec la Kabylie, avec le peuple et la culture kabyles.

En voulant fédérer tous les peuples soi-disant amazigh de la nébuleuse Tamazgha, les Kabyles ont renié leur kabylité, ont abdiqué leurs droits en tant que peuple et ont dilapidé tout le potentiel militant en le mettant au service d’une cause amazigh que les Kabyles ont été les seuls à défendre pendant des décennies. Je ne minimise pas les efforts actuels de nos amis marocains et je pense qu’une coopération entre Rifains et Kabyles, en tant que peuples distinct de même origine, serait bénéfique.

La clarté dans la formulation d’un problème permet de fermer la porte aux mauvaises solutions. Les élites kabyles ont toujours évité la clarté dans leurs revendications comme s’ils craignaient qu’une solution « leur tombe dessus » et qu’ils ne sachent plus quoi en faire. Ils demandent l’impossible pour qu’ils n’aient pas à affronter ce qui relève du possible.

A travers sa culture, sa langue et son histoire, le peuple kabyle montre qu’il constitue une entité à part, une sorte d’îlot dans l’univers arabo-musulman algérien.

Du point de vue politique, les Kabyles montrent à chaque scrutin qu’ils ont des idées politiques constantes et différentes du reste de la population algérienne. Quand un mécontentement se manifeste dans la rue, il le fait à travers toute la kabylie. Pour tenter de résoudre des problèmes spécifiquement kabyles, des délégués venant de toute la Kabylie se réunissent ensemble, se reconnaissent, discutent et prennent des résolutions engageant la Kabylie et le peuple kabyle. Je ne vois pas ce qu’il y a de « national », ni même d’amazigh ou de berbère dans tout cela. la Kabylie, le peuple kabyle, c’est du concret, du palpable, du vivant, du solide, de la chair et du sang, de la colère et des larmes, de la souffrance et du cœur. L’amazighité, la berbérité, c’est du vent, du rêve, un non sens qui voudrait lier le kabyle au chleuh, le chawi au rifain, le mozabite au chenwi, et le tout disparaissant dans la même marmite.

Pourtant, la logique est simple : c’est en s’éparpillant, en se séparant que ces peuples ont plus de chance de survivre. Le Rifain doit se battre en tant que Rifain, le Kabyle en tant que Kabyle.

L’arabo-islamisme, notre adversaire pour ne pas dire ennemi, ne doit pas être confronté à un seul « problème ». Il doit avoir à digérer l’os kabyle, l’os rifain, l’os chleuh, l’os targui, l’os chawi, l’os muzabite, l’os chenwi et d’autres encore. C’est d’ailleurs pour éviter d’avoir affaire à plusieurs fronts que les pouvoirs algériens et marocains prennent les devants en « ramassant » leurs problèmes actuels et futurs dans le même sac : l’amazighité.

Traitement global et définitif ! On met tout dans le même sac et on ferme avec cinquante tours de ficelle ! On laisse juste un petit trou pour respirer. On est tous des imazighéne et on n’en parle plus. Cela ne coûte rien puisque l’amazighité n’existant pas, les Arabes resteront quand même des Arabes. Le reste, c’est de la gesticulation, et l’état pense nous avoir à l’usure.

Il nous reste donc à nous définir avec un terme exact qui nous représente réellement et qui nous distingue des autres, nous sommes Kabyles.

Ariless @imalaqvayli

Idir, Yidir et Tidir pour lui rendre un ultime hommage

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Idir

Appel de l’association Tamazgha – Tiɣri

L’association Tamazgha appelle les familles amazighes à travers l’ensemble de Tamazgha ainsi que la diaspora qui auront des naissances ces jours-ci ou dans les jours, les semaines ou les mois à venir, de donner aux nouveaux nés le prénom YIDIR / IDIR, pour les garçons, ou TIDIR, pour les filles, et ce en signe d’hommage et de reconnaissance à l’égard de notre artiste, monument de la chanson kabyle et ambassadeur de la culture amazighe, YIDIR, qui nous a quittés le samedi 2 mai 2020.

Un symbole de la culture amazighe s’éteint !

Samedi 2 mai 2020, vers 21h30, s’éteint tout un symbole de la culture amazighe, oui le chanteur kabyle Idir s’éteint ce samedi 2 mai et nous laissant ses chansons et toute l’histoire qu’il a écrite en plusieurs décennies de scène où il a parcouru une bonne partie de la planète pour faire danser avec ses mélodies dont certaines sont immortelles, mais aussi pour faire l’ambassadeur de la culture amazighe (berbère).

«Ambassadeur» qui revient souvent lorsqu’on parle de lui.

Au lendemain, ce qualificatif d’ambassadeur se retrouve dans nombreux titres de journaux qui ont tenu à lui rendre hommage. C’est ainsi que très tôt (vers 4h), le site du Monde titrait “Le chanteur Idir, l’un des principaux ambassadeurs de la chanson kabyle, est mort”. Même François Hollande, ancien président de la République française, dans son hommage sur Twitter, parle d’”un grand ambassadeur de la culture kabyle” qui a su envoûter “des générations entières au rythme de ses mélodies douces, généreuses et émouvantes”. L’organisation UNESCO, qui rend hommage à l’artiste sur sa page Facebook, quant à elle, parle de celui qui “était l’un des principaux ambassadeurs des cultures kabyle et berbère“.

C’est ainsi l’un des ambassadeurs de la chanson kabyle et de la culture amazighe qui nous quitte et c’est l’ensemble de Tamazgha qui est aujourd’hui en deuil. Les messages de condoléances et de tristesse fusent de partout à travers le territoire amazigh et au-delà. Même sur les fronts de combats en Libye, les combattants amazighs ont été affectés et attristés par la douloureuse nouvelle.

Le parcours de Yidir

De son vrai nom Hamid Cheriet, Idir est né en 1949 à Aït Lahcène, en Kabylie. D’une famille modeste, il fréquente l’école des Jésuites, installés en Kabylie. Faisant partie de ceux qui ont eu la chance d’accéder aux études universitaires, il effectue des études de géologie et avait pour projet de devenir ingénieur pour travailler, naturellement, dans l’industrie pétrolière. Mais sa vie prend une autre trajectoire, et il était loin de l’imaginer. Un passage inattendu à la radio, à Alger, en 1973, où il a eu à remplacer au pied levé la chanteuse kabyle Nouara pour chanter la berceuse “Rs-d a yiḍes”, le révèle au public.

Suite à ce succès, il enregistre cette chanson “Rs-d a yiḍes”, en 45 tours avant de partir faire son service militaire. Après avoir effectué son service militaire, en 1975 il quitte la Kabylie pour s’installer à Paris, en France, sur la suggestion de la maison de disque Pathé Marconi qui l’avait convaincu de travailler sur la réalisation d’un disque “33 tours” avec la célèbre chanson “A baba ynuba” dont le texte est écrit par le poète kabyle Ben Mohamed. En 1976 il sort son premier album qui porte le titre (Vava Inouva). C’est alors que commence pour lui l’aventure, et depuis il n’a pas quitté la musique. Il abandonne ses projets d’études ou de recherche de pétrole dans le Tiniri et trouva son bonheur dans la musique. Le succès du disque “Baba ynuba” a fait de lui un artiste connu sur le plan international. L’album ayant eu un grand succès, il enregistre un deuxième album intitulé “Ay arrac-nneɣ” qui sort en 1979, toujours à Paris.

La carrière de l’artiste est difficile à décrire ; il en faut des travaux de recherche. Nous allons nous contenter dans cet article-hommage de partager avec vous des moments particuliers de la longue carrière de Yidir.

A ce propos, signalons que Youcef Allioui, écrivain kabyle, lui a consacré un ouvrage dans lequel il le qualifie de “Messager de Jugurtha”. Par cet ouvrage, paru en avril 2019 chez l’Harmattan, à Paris, Youcef Allioui a voulu “présenter Idir à tous ceux qui l’ont découvert à travers sa musique et ses chants et qui ignorent peut-être tout ou presque de son peuple, de sa langue et de sa culture“.

Tout en se battant contre la maladie, Yidir a tenu à garder le contact avec son public en communiquant avec lui notamment via sa page Facebook. C’est ainsi que le 16 juillet 2019, sur sa page Facebook, il écrivait ceci :

Bonsoir mes amis, j’ai beaucoup de plaisir à vous écrire. D’abord je tiens à vous remercier de toutes les marques de soutien que vous m’avez adressées. La vie suit son cours et j’affronte tout avec le maximum de sérénité. Vous servir mes chansons a été un honneur pour moi et une plus grande fierté encore lorsque je me suis rendu compte qu’elles vous plaisaient. Vous comprendrez par là que je vous ai tant aimé et que cela continue. Voici une chanson inédite des années 90 dont le texte est de mon ami Mohia, sur une musique d’Ennio Morricone et qui était la chanson du film “Sacco et Vanzetti” accusé injustement, comme le sont quelques-uns des prisonniers en Algérie. Cela parle d’un oiseau en cage qui rêve de liberté. Je leur dédie cette chanson, qui n’a pas pu être diffusée pour des raisons techniques. Merci à Gérard Geoffroy pour ta flûte, merci à vous et bonne écoute !

Le dernier message de Idir à ses ami(es)

Au début du confinement décidé en France, Idir poste un message sur sa page Facebook, un message par lequel il demande à ses ami(e)s de prendre soin d’eux-mêmes. Il rappelle également l’importance du confinement “pour nous protéger et protéger les nôtres“. Et il propose un instant musical avec sa chanson “Cfiɣ” ; c’était le 21 mars 2020, et c’était le dernier message qu’il écrit sur sa page Facebook.

Ce n’est pas hasard que Yidir parle de la culture amazighe (berbère), même si c’est par hasard qu’il est venu à la chanson !

Dans un échange à distance avec l’artiste sud-africain Johnny Clegg, en 1993, Idir dit : “Si je m’intéresse à ma culture, ce n’est pas par hasard, même si je suis venu à la chanson par hasard“. Et il explique comment il est venu à la musique :

Dès que j’ai eu mes diplômes, je les ai mis dans un tiroir et j’ai pris ma guitare… et j’ai sillonné les villages kabyles un par un. J’ai recueilli beaucoup de choses de vieilles et de vieux : de la poésie, de la musique. Et à partir de là, j’ai essayé de travailler avec sincérité et selon ma sensibilité. Et j’ai tout de suite inventé le nom de “Yidir” parce que je ne voulais pas que mes parents sachent que je chantais. Pourquoi ? Parce que… la tradition. Et chez nous, chanter c’était souvent synonyme de débauche. Chanter pour les Kabyles, c’était aussi vendre sa voix. Donc c’était vendre les secrets de la famille, se faire voir, se faire montrer, s’exhiber, et ça ce n’était pas bien vu.

L’identité amazighe n’est pas à négocier !

A l’occasion de son concert à Montréal en avril 2008, et à une question de T. Ould-Hamouda qui lui demande ce qu’il pensait du fait que “la majorité des Kabyles le considéraient comme l’ambassadeur de notre culture dans le monde“, il répond ceci :

C’est avec fierté et honneur que je fais connaître ma culture. S’il y a une chose que je ne négocierai jamais, c’est mon identité berbère. Je fais ce que je peux et du mieux que je peux.

Yidir rend hommage à l’Académie berbère

Si Yidir a été amené à chanter “Muqleɣ tamurt umaziɣ” dont le texte est écrit par Ben Mohamed, c’est parce qu’il a été influencé par l’Académie Berbère qui faisait à l’époque un travail monumental de sensibilisation à la berbérité. C’était en 2015, lors d’une interview à l’émission Awal sur BRTV que l’artiste racontait que pendant les années 1970 on n’osait pas prononcer le mot “amaziɣ” car, selon lui, à l’époque, la répression était tellement forte (répression culturelle, morale,…) que dire “Yuguretn walaɣ udem-ik” était inimaginable. Il dit alors que “c’était grâce à l’Académie berbère qui a fait le boulot pour influencer des gens comme moi comme Ben Mohammed et tous ces jeunes qui se préparaient à exprimer leur art dans leur langue“. Et il confie au journaliste qu’il trouve extraordinaire qu’il ait vécu une période porteuse comme celle-ci des années 70.

La Bretagne rend hommage à Yidir

Le chanteur et harpiste Alan Stivell a été l’un des premiers à rendre hommage à l’artiste kabyle, avec qui il avait chanté et adapté la chanson Isaltiyen (“Les celtes”). Il y saluait, en breton, ses frères du pays Amazigh. “Salut à vous mes frères de culture”, disait la chanson, enregistrée en 1997 dans l’émission de France 3 Bretagne, “Du-mañ, du-se”.

Le directeur du Festival du Chant de Marin ( Paimpol), salue une grande voix de la Kabylie : “On avait pu apprécier son talent et sa gentillesse lors de l’édition 2003 du Festival du Chant de Marin – Paimpol. Il devait revenir l’an dernier, pour notre édition Best Of des 30 ans, mais en avait été empêché par la maladie. Toutes nos pensées l’accompagnent pour ce départ qui laisse un grand vide.”.

Baba inuba en Breton

Plus récemment, c’est l’équipe réunie autour d’Arnaud Elegoët pour le livre-album Kan ar Bed qui avait adapté en breton la chanson qui a fait la renommée d’Idir, “Baba ynuba”, devenue devenue “Ma zadig me“. Sur la vidéo ci-dessous, de France 3, elle est interprétée par Perynn Bleunven et Karim Belkadi.

Des hommages qui viennent des quatre coins de la planète

Emmanuel Macron, président de la République française, a rendu hommage à celui qui “chantait ses racines kabyles avec la mélancolie d’un exilé et la fraternité des peuples avec les espoirs d’un humaniste”.

François Hollande, ancien président de la République française, salue celui qui a “envoûté des générations entières au rythme de ses mélodies douces, généreuses et émouvantes”.

David Assouline, Sénateur socialiste, sur son compte Twitter, écrit ceci :

« Tristesse encore. Hamed Cheriet, dit Idir, est mort, celui qui a éclairé tant de soirées de fêtes avec mes amis berbères, auxquels je pense en ce moment tout particulièrement. Nous sommes nombreux ce matin à fredonner avec nostalgie A vava inouva…. »

Anne Hidalgo, Maire de Paris, écrit ceci sur compte Twitter :

« Idir, son engagement humaniste, son engagement pour la culture Kabyle resteront dans nos cœurs. Sa voix magnifique résonnera longtemps à l’hôtel de ville où si souvent nous avons ensemble célébré le nouvel an Berbère. »

C’est sur sa page Facebook que l’Unesco rendu hommage à l’un « des principaux ambassadeurs des cultures kabyle et berbère».

Patrick Bruel salue « La grande voix de la Kabylie qui s’en va…».

L’ancien champion du monde de football, Zidane, lui aussi kabyle, publie ceci sur son compte Instagram :

« Triste nouvelle aujourd’hui. Nous venons d’apprendre la disparition d’un homme que nous aimons profondément. Un homme courageux et un exemple ! Tu as marqué mon enfance en famille. Je n’oublierai jamais notre rencontre. Repose en paix.»

En effet, en 2002, “Zizou” avait rencontré Idir à l’occasion d’une émission de France 2 présentée par Michel Drucker. Ce jour-là, le chanteur avait interprété une chanson, accompagné à la guitare par Jean-Jacques Goldman. Questionné par Drucker sur Idir, Zidane dit : «J’ai beaucoup de respect pour ce monsieur. Mon papa l’admire énormément. A chaque fois que je le vois, c’est toujours un plaisir».

ll est bien entendu impossible d’énumérer ici l’ensemble des hommages rendus à Yidir.

Mais c’est bien entendu la monde amazigh, et en particulier sa Kabylie natale, qui ont été affectés par cette disparition. Chaque amazigh a senti ce 2 mai une partie de lui-même partir. Et c’est chacun.e qui a tenu à exprimer sa douleur.

De Siwa aux Canaries, et de la Méditerranée à Tiniri, le pays des Touaregs, la triste nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre.

Les Amazighs de Libye, pourtant en guerre, nombreux ceux qui sont au front contre les Forces armées arabes de Haftar, ils ne sont pas restés indifférents à cette disparition qui les a beaucoup affectés.

L’émission «Awal n Imaziɣen» animée par Tamazgha sur les ondes de radio «Fréquence Paris Plurielle» (106.3 FM) a donné la parole à Rabah Allam qui lui a rendu hommage à travers «Tidak n Dda Ṛezqi». Le voici :


Pour rendre hommage, et en signe de reconnaissance, à ce monument de la chanson kabyle et à ce symbole de la culture amazighe pour laquelle il a été l’un des ambassadeurs, Tamazgha lance un appel toutes «les familles amazighes à travers l’ensemble de Tamazgha ainsi que la diaspora qui auront des naissances ces jours-ci ou dans les jours, les semaines ou les mois à venir, de donner aux nouveaux nés le nom YIDIR / IDIR, pour les garçons, ou TIDIR, pour les filles».

Yidir, tu es parti mais tu nous a laissé de quoi des générations et des générations perpétueront ton nom et ton œuvre !
Ayyuz ! Bravo !

Masin Ferkal – Association Tamazgha

Source : Tamazgha.fr

Discographie de Yidir

 « A Vava Inouva », 1976

 « Ay arrac nneɣ », 1979

 « Les chasseurs de lumières », 1993

 « Identités », 1999

 « Deux rives, un rêve », 2002

 « Entre scènes et terres (Live) », 2005

 « La France des couleurs », 2007

appel tighri yidir Kabyle.com

Un magicien s’en est allé

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Idir

Je viens d’apprendre la nouvelle de ton grand départ. Tu vas rester, évidemment, dans nos cœurs pour l’éternité. Mais saches que sans ta présence, le monde n’est plus tout à fait le même, cher Idir.

Tu nous quittes, discrètement, sur la pointe des pieds, fidèle à ta modestie légendaire, fidèle à ton humilité, à ton humanité, tout simplement. Mais telle une onde de choc, la nouvelle de ton départ, l’air de rien, va secouer des millions d’âmes et de cœurs. C’est un départ à ton image. Simple, discret mais d’une portée considérable. Cela aura été ta marque de fabrique jusqu’au bout. Et c’est cela qui te rendait si attachant.

Nous aimions ta personnalité tout en retenue. C’est-à-dire ton intelligence du cœur parce que justement tu as su parler directement à nos cœurs en toute sincérité. Et quand quelqu’un est sincère, on le sait intuitivement. Tu as toujours chanté avec ton âme, avec ton cœur. Tu n’as jamais triché. Et cela tout le monde pouvait, peut le percevoir.

Tu étais l’ami qui nous voulait du bien. C’est pour cela que nous avions, nous tes admirateurs, une bienveillance toute fraternelle et un respect immense pour ta personne mais aussi, évidemment, pour ton talent grandiose et ton œuvre magistrale. Tu étais le miroir qui nous renvoyait une belle image de nous, de notre pays, de notre culture. Mais qui renvoyait aussi une belle image d’elle-même à toute personne -quelle que soit son origine ou sa culture- à qui il était donné d’écouter ta belle musique. C’est cela, la magie de ton œuvre, cher Monsieur Idir.

Tes mélodies avait ce supplément d’âme qui les rendait belles, éternelles et inoubliables. Qui n’a pas fredonné tes airs fabuleux qui nous paraissaient venir du fin fond des âges pour se loger dans le secret de nos âmes ? As-tu été choisi par les Dieux pour enchanter notre existence par des notes si mélodieuses qu’on aurait dit dictées par des anges ? Que Dieu te rende grâce d’avoir partagé avec nous tant de douceur, tant de beauté et tant d’intelligence dans une communion des âmes toute musicale. Merci, Monsieur Idir.

J’ai découvert ta première chanson, que dis-je ton tube planétaire « A Vava Inouva », alors que j’avais à peine 13 ans. J’ai été littéralement subjugué par tes mélodies. Je me demandais : Comment peut-on être remué, touché en plein cœur par de simples notes de musique ? Mais quelle notes ! Ton premier album je l’écoutais en boucle. J’étais sur un nuage, au ciel, probablement à quelques encablures du paradis. Rien que pour cela, je remercie Dieu, l’Univers et l’Intelligence Infinie d’avoir fait de moi un de tes contemporains.

C’est grâce à toi que je me suis mis à jouer de la guitare et à composer. Et tu le sais puisque je te l’ai dit de vive voix, lors de l’hommage rendu à Djamel Allam au Cabaret Sauvage, à Paris. A moins que ce soit à l’Olivier Blanc à Argenteuil. Un de tes derniers spectacles, il me semble. Comme c’est étrange, j’étais aussi à ton premier concert à La Coupole d’Alger à la fin des années 1970.

Même si je ne t’ai rencontré personnellement que cinq ou six fois dans ma vie, et où nos échanges étaient toujours cordiaux et bienveillants, j’aimerais te remercier une dernière fois.

D’abord, je te remercie d’avoir bien voulu jouer du synthé sur un de mes titres enregistré au début des années 1980. Ensuite, je t’avais sollicité pour un gala de soutien aux démocrates algériens à La Mutualité, à Paris. Tu avais répondu présent comme toujours et à titre gracieux, qui plus est. Enfin, un jour où tu étais venu à Surcouf, une grande enseigne informatique aujourd’hui disparue, pour acheter un ordinateur tu as été conseillé par mon frère, informaticien, à qui tu as dit tout le bien que tu pensais de mes compositions. Venant de toi, le magicien, le Maestro, le compliment m’est allé droit au cœur. Je t’en remercie infiniment.

Tu peux reposer en paix, cher Idir, parce que tu as laissé une œuvre magistrale. Tu as révolutionné la chanson kabyle. Tu es l’un des rares – probablement le seul avec un tel impact, à mon avis- à l’avoir hissée au niveau des standards internationaux. Tu as porté notre culture aux quatre coins du monde comme tu as toujours su le faire, c’est à dire avec élégance, finesse et efficacité. Tu étais notre plus bel ambassadeur, notre meilleur représentant.

Nous étions toujours ravis de faire écouter ta musique aux étrangers qui venaient de la découvrir. Nous en retirions tous secrètement une certaine fierté pour nous-mêmes. Oui, tes chefs-d’œuvre ont rejailli sur nous tous. Et pour cela nous te serons éternellement reconnaissants.

Humainement, je perds un grand frère. Musicalement, je perds un père spirituel. Je suis reconnaissant d’avoir été un de tes contemporains. Je suis ravi d’avoir écouté, joué et chanté tes magnifiques chansons.

Repose en paix, Dda Idir.

Yani Taneflit

https://www.facebook.com/YaniTaneflitOfficiel

Idir, une étoile amazighe s’éteint

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Idir par Lyazid Chikdene
Idir par Lyazid Chikdene

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès du chanteur et poète Idir, le 2 mai 2020, suite à une maladie. 

Les Kabyles et tous les Amazighs perdent ainsi un véritable monument de leur culture. Idir est né il y a soixante dix ans à Ait-Yanni, un village perché sur une montagne de Kabylie. Il s’est fait connaitre grâce à sa première chanson, « A vava inu va » composée en 1973, chantée dans le monde entier, dans quinze langues différentes. Sans le vouloir, il était devenu l’ambassadeur de la langue, de la culture et de la cause amazighes, persécutées en Algérie mais aussi dans tous les autres pays d’Afrique du nord par des Etats inféodés au panarabisme et à l’islamisme

De fait, Idir n’était pas seulement un poète et un chanteur, il était aussi un véritable défenseur de l’identité amazighe, s’exprimant dans les médias pour faire valoir le droit d’exister pour sa langue maternelle dans son pays et dans toute l’Afrique du nord. Il a chanté les souffrances de la femme, l’émigration, la soif de liberté de son peuple mais aussi la joie et la beauté de sa Kabylie natale. 

Puisant ses paroles et ses sonorités dans le tréfonds de sa culture ancestrale, il a émerveillé des millions d’Amazighs et de non Amazighs, il a fait aimer la langue amazighe aux siens et aux autres et a largement contribué à réveiller la conscience de son peuple. 

Militant des droits et des libertés, il n’hésitait pas à prendre le parti de la laicité et à fustiger les islamistes, semeurs de haine et « éteigneurs d’étoiles ». Alors qu’il remplissait les salles partout en Europe et dans le monde, il lui était interdit pendant près de quarante ans, de chanter en Kabylie et dans le reste de l’Algérie. C’était un exilé politique et culturel qui disait déjà en 1993 au « pouvoir algérien » dans une chanson : « kkert att lhum », qui veut dire « dégagez ! ». 

Viscéralement attaché à sa langue et à sa culture kabyle et amazighe, il était ouvert sur le monde et sur les Autres, chantant avec des artistes d’horizons musicaux et culturels divers comme Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Leforestier, Gilles Servat, Geoffrey Oryema, etc. Aujourd’hui, des personnalités aussi différentes que François Hollande, ancien Président de la République française, Anne Hidalgo, Maire de Paris, Zinédine Zidane, footballeur d’origine kabyle, Patrick Bruel, chanteur et comédien, lui rendent un vibrant hommage. L’Unesco le reconnait comme « un ambassadeur éminent des cultures kabyle et berbère »

Idir est parti mais il restera vivant dans les cœurs et dans les esprits de millions d’hommes et de femmes. Il nous lègue un patrimoine d’une valeur inestimable qui a inspiré et qui continuera d’inspirer des générations d’Amazighs qui poursuivront d’une manière ou d’une autre, son œuvre artistique, culturelle et humaniste. 

Merci l’artiste, repose en paix ! 

Tanemmirt anazur, sgunfu g talwit ! tanemmirt anazur, sgunfu g talwit ! 

Paris, 21/04/2970 – 3/05/2020 

Le Bureau du CMA

Boualam Rabia – Mon hommage à Idir

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Idir concert

Le poète et romancier kabyle Boualem Rabia attaché au terroir kabyle, auteur de Florilège de poésies kabyles, du roman Nnig Usennan (Au-dessus de l’Épine) nous a fait parvenir un poème de condoléance pour Idir.

Quelle est cette suave fragrance
Vient- elle des bosquets de genêts
Quelle est cette divine mélopée
Qui plane douce et brode le silence
Mai sont-ce tes atours princiers
Sont-ce tes prémices qui avancent
Que non c'est l'âme d'un aigle altier
Qui nous annonce sa présence
En ces collines ces monts enneigés
Qui le hantent depuis l'enfance
C'est en exil que le trépas l'a happé
Or c'est ici qu'elle élit résidence
Sur ce rocher des orfèvres guerriers
Là où s'est forgée sa résilience
Ô glèbe des bardes au verbe ciselé
Un des leurs revient de l'errance
Défier l'oubli en la souche de l'olivier
AZUL voici ma lettre de créance
Azul Djurdjura ancêtres ici enterrés
Mon âme revient défier l'absence
Mon être avec la Kabylie s'est tissé
Je suis ici mon suaire en France
Regardez ô voici ma flûte de berger
Que je vive en toi Terre d'excellence

Xas akkin i waman
Terriḍ ṛṛuḥ i Bab- is
Atnad dagi yimman
I Jeṛjaṛ d izemran-is
G ul n tumlilt yeṛsan
Temţuţleḍ g tafat-is
Ţ- ţafra ţrun waman
Adrer akw tqucac-is
La yeţru ar igenwan
I s-yejlan deg-tran-is
D maggu ţţin yefsan
D azu ibra-d i rcuc-is
Yal tiɣilt terfed izlan
A k- in- tazen azul- is
Acewiq tugmeḍ atan
Yurez- ik- id s aẓaṛ- is
Win telmeḍ d aẓawan
Izmeḍ-ik-id ar yisaɣ-is
Ulama akkin i waman
Ara k-sersen ɣaf yidis
Ulama la yeţru udinan
La ţniẓifen yenzizen-is
Turiḍ s lfeṭṭa d lmeṛjan
D aza i Tmazɣa d adlis.

Boualem RABIA. Azazga, ce 3 mai 2020.

boualem rabia Kabyle.com

Idir est mort à 70 ans

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Idir

Le chanteur d’expression kabyle Idir s’est éteint hier soir samedi 2 mai à l’hôpital Bichat des suites d’une maladie pulmonaire contre laquelle il se battait depuis des années.

C’est dans la nuit de samedi à dimanche que son décès a été annoncé sur sa page officielle FaceBook.

Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre père (à tous), Idir le samedi 2 mai à 21h30. Repose en paix papa.

Publiée par Idir sur Samedi 2 mai 2020

Connu pour ses valeurs d’humanisme et de générosité, Idir a connu le succès avec A Vava Inouva (“mon petit papa”) un conte convertit en poème par Ben Mohammed. Cette chanson, qui donnera son titre à son premier album sorti en 1976, est considérée comme le premier tube international venu d’Afrique du Nord.

A vava inouva a été traduite dans une vingtaine de langues. Les albums, les douces mélodies empruntées au patrimoine de Kabylie, le charisme d’Idir depuis les années 70 ont participé à éveiller les consciences et contribueront à jamais à faire rayonner la culture kabyle à travers le monde. Ses concerts étaient des moments de partage et de fêtes. Les paroles d’Idir ont aussi participé à libérer la parole muselée par les pouvoirs successifs en Algérie depuis 1962.

Idir (“il vivra” en kabyle), de son vrai nom Hamid Cheriet, est né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, à 35 km de Tizi-Ouzou. “Je suis arrivé au moment où il fallait, avec les chansons qu’il fallait”, confiera simplement Idir en 2013 à l’AFP. En 1975, il s’installe à Paris pour enregistrer son premier album.

Ses chansons Cfigh, Izumal, Muqlegh, Adrar Inu, avaient la particularité de faire ressurgir les tréfonds d’une culture et civilisation millénaire et d’éveiller les émotions.

L’artiste aura fait paraître une dizaine d’albums emprunts à la fois d’une affirmation identitaire et d’énergies d’autres cultures, rendant son oeuvre éternelle et universelle.

Au début du mois de janvier 2018, Idir était revenu se produire à Alger pour le nouvel an amazigh “Yennayer”.

Le pouvoir algérien a encore fait preuve d’arrogance en essayant de s’accaparer les identités d’Idir. Abdelmadjid Tebboune s’est empressé de contacter la presse française (Le Monde) pour affirmer «nous avons perdu un grand homme qui représente l’art algérien» alors qu’il s’agit avant tout d’un art kabyle et amazigh.

Ixef-is di talwit.

Idir, le médiateur…du bonheur nous a quitté.Une autre épreuve à traverser ! Une immense perte pour le monde kabyle,…

Publiée par Hamid Salmi sur Dimanche 3 mai 2020

Notre tritesse s'intensifie en voyant partir une légende comme Idir dans un contexte qui ne nous permettra pas de lui…

Publiée par Lyazid Chikdene sur Dimanche 3 mai 2020

«Idir a tiré sa révérence. Toute la Grande Nation Amazighe le pleure. ⵉⵖⵙⴰⵏ ⵉⵙ ⴸⵉ ⵝⴰⵍⵡⵉⵝ »

O. KHACER-AṬAMRUC Afus de d Wufus

“Cette nuit du 02/05/2020 est si triste. Elle jette sur nos âmes le plus sombre de ses manteaux. Ce qu’elle emporte avec elle, est une étoile qui brillera de mille feux dans le firmament où ne sont admis que les génies. Astre kabyle éclairant l’immensité de l’univers. Idir, tu ne mourras jamais. Par tes mélodies, tu continueras de faire vibrer des générations de l’humanité. Ce n’est qu’un au-revoir entre nous.”

Ferhat MEHENNI

L'ambassadeur de la chanson kabyle et de la culture amazighe nous a quittés…Quelle triste nouvelle que d'apprendre le…

Publiée par Masin Ferkal sur Dimanche 3 mai 2020

Une triste nouvelle, Idir l'ambassadeur de la chanson kabyle et amazighe vient de nous quitter.Mes sincères condoléances à sa famille, à la Kabylie et à TamazghaRepose en paix l'artiste

Publiée par Kamira Nait Sid sur Dimanche 3 mai 2020

<< C'est lui qui a accéléré ma conscientisation identitaire >> Fellag.TERRIBLEMENT triste ce soir. Le grand chanteur,…

Publiée par Djaffar Kaci sur Samedi 2 mai 2020

Un grand artiste ! Une perte inestimable…

Publiée par Shamy sur Dimanche 3 mai 2020

Algérie : une loi dangereuse pour les Amazighs

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Kamira Nait Sid

Le Congrès Mondial Amazigh adresse une lettre aux instances internationales pour les alerter du «grave danger que représente la nouvelle loi algérienne modifiant le code pénal, pour les Amazighs de ce pays».

Alors que les citoyens vivent dans l’angoisse suscitée par la pandémie du coronavirus et qu’ils attendent que le gouvernement agisse avec efficacité pour contrer ce danger mortel et garantir l’accès de tous aux produits de première nécessité comme la santé et l’alimentation, les autorités algériennes n’ont pas trouvé mieux que de décider d’adopter le 20 avril 2020, un projet de loi modifiant et complétant l’ordonnance n° 66-156 du 08 juin 1966 portant code pénal.

Le gouvernement algérien justifie ce projet de loi par la nécessité de «criminaliser les actes menaçant la sécurité et la stabilité du pays, l’ordre et la sécurité publics, l’atteinte à la sûreté de l’Etat et à l’unité nationale».

Ce projet a ensuite été immédiatement transmis au Parlement qui l’a approuvé le 22 avril 2020 lors d’une session restreinte et sans débat général. Ce texte a donc été adopté dans des conditions non démocratiques puisque la majorité des députés n’ont pas pu participer à cette session restreinte du Parlement. Un certain nombre d’entre eux ont d’ailleurs sévèrement critiqué le fait qu’une loi aussi importante ait été entérinée dans la précipitation et sans débat approfondi. Par ailleurs, dans le contexte de confinement général des populations, on se demande qui pourrait bien menacer la stabilité du pays, la sûreté de l’État et l’unité nationale, et en quoi cette prétendue menace aurait un caractère d’urgence?

Mais ce qui inquiète le plus le Congrès Mondial Amazigh (CMA), ONG de protection et de promotion des droits individuels et collectifs des Amazighs, ce sont notamment les dispositions suivantes de la loi :

L’article 2 prévoit «une peine de cinq (5) à sept (7) ans de prison et une amende de 500.000 à 700.000 Dinars algériens, quiconque reçoit de l’argent, un cadeau ou un avantage, par quelque moyen que ce soit, de la part d’un Etat, d’une institution, ou instance publique ou privée, ou de toute personne physique ou morale, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, dans le but d’entreprendre des actes qui pourraient nuire à la sûreté de l’État et la stabilité de ses institutions, ou à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale.

Ces peines sont doublées si les sommes d’argent sont reçues par une association, ou une assemblée ou organisation, quels que soient sa forme et son nom».

Or, pour les Amazighs la solidarité et l’entraide intra et intercommunautaire sont des valeurs
fondamentales et des actes naturels de la vie quotidienne. Aujourd’hui, en cette période de pandémie du coronavirus, tout le monde reconnait que c’est grâce à la solidarité déployée par les assemblées traditionnelles amazighes et les comités de villages et de quartiers mais aussi les associations ainsi que les bonnes volontés, que le nombre de victimes du covid-19 a été aussi largement limité.

Les moyens mis en œuvre par les Amazighs pour agir en faveur de l’intérêt collectif ont toujours été fournis par des fonds réunis auprès des membres de la communauté, qu’ils vivent sur le territoire ou dans d’autres régions du pays ou à l’étranger. Les émigrés Amazighs forment une pièce maitresse de leurs communautés d’origine et leurs apports sont indispensables à la vie de leurs territoires avec lesquels ils maintiennent des relations soutenues et permanentes. En conséquence, l’article 2 de cette loi est très dangereux pour les
Amazighs car il peut être utilisé pour leur interdire de recevoir les contributions de leurs frères vivant ailleurs, ce qui porterait un coup sévère au fait et à l’esprit solidaires qui font partie de leur culture.

Ce serait alors une atteinte grave au mode de vie et par conséquent à la vie des communautés et du peuple amazighs. Cela est tout simplement inconcevable et inacceptable.

Il est important de signaler que nos craintes sont malheureusement bien fondées car nous avons déjà recensé un grand nombre de cas où, bien avant l’adoption de cette loi, les autorités locales (particulièrement les chefs de la police et de la gendarmerie) ont adressé des messages clairs aux personnes et organisations locales amazighes, les menaçant de poursuites pour «activités illégales» et même de «terrorisme», pour avoir reçu des aides des membres de leur communauté installés à l’étranger.

Pourtant, ces aides ont servi à financer la réalisation de projets d’intérêt général tels que mettre en place un réseau d’alimentation en eau potable, acheter une ambulance, rénover une école, venir en aide aux plus vulnérables, etc. Ces projets sont toujours décidés et contrôlés selon les principes de la démocratie locale amazighe.

Ainsi, de manière arbitraire et agressive, le gouvernement algérien et ses représentants locaux cherchent en permanence à décourager l’esprit d’initiative et les actes citoyens, à détruire les structures coutumières amazighes et leur autonomie traditionnelle vis-à-vis de l’appareil Étatique. Cela aussi est inacceptable et doit être énergiquement dénoncé.

Les communautés amazighes et leurs institutions ont besoin de reconnaissance et de respect et cela implique entre autres, le retrait de cette loi ou l’exemption de son application dans les territoires amazighs (Kabylie, Aurès, Mzab, pays Kel-Tamsheq…).

L’article 3 relatif à la diffusion de «fausses informations» qui porteraient «atteinte à la sécurité et à l’ordre publics» ainsi qu’à «la sûreté de l’Etat et à l’unité nationale», fixe des peines de une à trois années de prison et une amende de 100.000 à 300.000 Dinars. Ces peines sont doublées en cas de récidive.

Comme le notent de nombreux juristes et les ONG Amnesty International et Reporters sans frontières (RSF), «cette loi très floue est liberticide car elle ne vise rien d’autre qu’à museler la presse et à interdire la liberté d’opinion et d’expression».

Le Congrès Mondial Amazigh dénonce et rejette avec force cet article car il aura pour effet de criminaliser tous les acteurs amazighs qui oseront exprimer leur opinion, dénoncer les violations des droits humains et les abus de pouvoir, ou encore revendiquer ou seulement sensibiliser les citoyens à leurs droits et libertés et notamment à leur droit à l’autodétermination.

C’était déjà le cas bien avant l’adoption de cette nouvelle loi : Youcef Ould Dada citoyen At-Mzab, a été condamné en juin 2014 à deux ans de prison ferme pour avoir filmé et diffusé une vidéo montrant trois policiers algériens entrain de piller un magasin à Guerara ; Slimane Bouhafs, citoyen Kabyle a été condamné en 2016 à trois ans de prison ferme pour s’être converti au christianisme ; Merzoug Touati, jeune blogueur Kabyle a été condamné en 2017 à dix ans de prison pour avoir publié un entretien avec un citoyen israélien, peine ramenée à 7 ans, puis enfin à cinq ans ; Kamel-Eddine Fekhar, médecin et défenseur des droits du peuple At-Mzab, est mort en prison le 28 mai 2019, victime de l’acharnement judiciaire et policier et des dizaines d’autres citoyens At-Mzab ont été contraints à l’exil ; plus de quarante citoyens Kabyles ont été arrêtés et condamnés en 2019, juste pour avoir porté publiquement le drapeau amazigh, d’autres sont privés de passeports et des centaines d’autres subissent le harcèlement des services de sécurité de l’Etat algérien à cause de leurs opinions politiques.

Tout cela sans base légale et en violation de la Constitution, notamment ses articles 38, 42, 48 et 50 et des Traités internationaux et régionaux ratifiés par l’Algérie.

Pour le Congrès Mondial Amazigh, cette nouvelle loi qui durcit l’arsenal répressif algérien est
particulièrement dangereuse pour les Amazighs et porteuse d’instabilité pour tout le pays.

Aussi, nous demandons instamment à tous les organes de l’ONU et de l’UA d’agir sans délai et
fermement auprès du gouvernement algérien, dans le but de protéger et de faire respecter les droits et les libertés des Amazighs de ce pays (notamment les Kabyles, les Chawis, les At-Mzab, les Kel-Tamasheq…) conformément aux principes et instruments juridiques internationaux et régionaux et en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Paris, 18/04/2970 – 30/04/2020
Le Bureau du CMA

Communiqué adressé aux Rapporteurs Spéciaux de l’ONU pour les défenseurs des droits de l’Homme, pour les droits culturels, pour la liberté d’opinion et d’expression, pour la lutte contre le racisme, pour la liberté de religion et de conviction, pour les droits des peuples autochtones, le Président du Comité des Droits de l’Homme, la Présidente de la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples de l’UA, les Rapporteurs Spéciaux de l’UA.

Votre droit de jeûner publiquement et mon droit de déjeuner publiquement !

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Amar Benhamouche

La société, produit d’une institution supérieure dominante, prend sa mire sur tout élément qui s’écarte de son positionnement idéologique, qui prône le progrès comme une devise ou qui aspire au changement radical. Elle a été sculptée par les tyrans, par ceux et celles qui veulent aveugler et subordonner éternellement le peuple. La classe dominante a institutionnalisé l’ignorance comme une fabrique d’aliénation. Elle s’en sert pour pérenniser son pouvoir et contrôler efficacement la société. Elle monopolise toutes les institutions; école, justice, défense nationale, médias, et en corollaire, l’ouvrier est l’esclave du patron, la femme est la servante de l’homme, l’enfant est la marionnette des adultes , l’environnement est la victime du capital industriel. La pensée dominante est l’œuvre du dominant pour écraser le dominé qui la gave.

Nous faisons partie de cette catégorie de personnes qui assume sans aucune hypocrisie ses positions. Cette partie qui est l’opprobre d’une communauté aux goûts et penchants qui nous répugnent. Cette dernière, espère notre pénitence , mais on la conteste. On la considère comme une forme de soumission et de renoncement à notre idéal révolutionnaire et émancipateur. Nous étions, tout le temps, considéré(e)s comme des fredain(e)s qui refusaient et refusent, encore, de s’accommoder à leur norme. La psychose des anormaux imprime la pathologie aux normaux. Nous ne sommes guère des pantins manipulables et soumis(es) aux ordonnances et aux commandements des castrateurs. Nous sommes des rebelles, les héritier(e)s de Matoub Lounes et de Che Guevara. Nous sommes, les artistes, les ouvrier (e)s, les sans papiers, les femmes, les handicapés et toute personne maltraitée.

Nous avons grandi dans une société de servage qui vantait la soumission et l’assujettissement. Pendant plusieurs années, Nous étions sous la tutelle des gardiens de la morale issue d’une pensée rétrograde, dont les peuples d’Afrique du Nord étaient victimes. Nous découvrions le monde de la tolérance grâce aux lectures et aux fréquentations de bonnes personnes. Ô Générations futures! Vous ne serez jamais des esclaves , des propriété ou des jouets. Vous serez, toutes et tous, des Rosa Luxembourg, des Dihia et des Kateb Yacine. Nous allons, militant(e)s d’aujourd’hui, vous frayer la voie qui mène au progrès. Notre âme de militant(e)s est profondément blessée, elle clame la justice et l’abolition des inégalités de classes et le respect de la dignité humaine. Vivement la révolution ! Ne pas jeûner n’est pas un délit, ceux et celles qui le commettent sont les corrompus, les patrons, les dirigeants politiques, les scélérats de la presse bourgeoise…etc. Le respect devrait s’imposer mutuellement, il est de nature horizontale et non pas verticale. Il n’existe ni minorité(s) ni majorité(s), il existe une différence ou une richesse à valeur humaine. C’est pour ces raisons et autres que je m’indigne et je crée : votre droit de Jeûner publiquement et mon droit de déjeuner publiquement!

Nous voulons être des personnages d’un roman, des protagonistes, pour des moments de volupté et de liberté, sans aucune présence d’un élément antagoniste qui va entraver notre marche. Nous tâcherons à se respecter mutuellement avec une ardeur sans égale. Nous marcherons ensemble sur une voie parsemée de roses et de fleurs pour atteindre la Commune de la liberté où nous vivrons notre idéal confisqué. Ragaillardissant nos esprits cicatrisés ,revigorant notre âme blessée pour atteindre nos desseins. Soyons maîtres du céans pour barricader notre citadelle, menacée par l’invasion de ceux et celles qui aiment la haine et haïssent l’amour. Nous ne nous soumettrons jamais au devoir qui tue le droit de vivre. Nos valeurs incarnent la révolte contre l’instinct de la mort. Elles montrent notre penchant radical vers l’instinct de la vie . Notre vie est un combat contre l’obscurantisme, une image qui reflète l’idéal égalitaire, une lumière qui éclaire les cieux de la révolution. VIVE la révolution que nous encensons par notre dévouement!

AMAR BENHAMOUCHE

Zinédine Zidane, le champion du monde accusé de séparatisme !

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Zinédine Zidane
Zinédine Zidane

En ces moments très particuliers où la pandémie du Covid-19 fait des dégâts humains et matériels importants, chaque peuple cherche à sauver sa peau.
Une très grande haine sauvage se dégage de la bouche des Algériens, qui nous disaient khawa khawa, il y a quelques semaines de cela. Une haine et une grande hypocrisie, à grande échelle de la part de ces kawanistes ! 

Leur haine, ça remonte aux années 40… Et ça se continue jusqu’à maintenant. Dés qu’un groupe de militants kabyles veulent s’organiser, ils se sont montrés du doigt et accusés de tous les maux. Ces Algériens veulent nous imposer leurs valeurs inhumaines et archaïques au détriment de nos valeurs ancestrales, démocrates humanistes et laïques. Ils pensent que la Kabylie doit se dénuer,  alors qu’elle est dénuée suffisamment par le pouvoir maffieux pour aller vêtir les gens d’ailleurs. La solidarité, l’union, le partage, font partie de nos valeurs universelles et cela depuis la nuit des temps ! C’est le moment pour nous de s’entraider et de se prendre en charge. Car celui qui ne prend pas soin de ces siens est pire qu’un infidèle ! Ou comme on le dit dans notre langue : « win igveɣan a dizur lemqem, a dizwir seg at axxam ». La charité bien ordonnée commence par soi-même et ses proches et c’est légitime !

Ces racistes sans culture ni intelligence souffrent d’une haine vésicale, par leur complexe supériorité envers tout ce qui est kabyle. Ils sont même jaloux d’un homme comme Zidane qui vient de faire don de matériel médical aux hôpitaux de Vgayet, à ses compatriotes et à sa nation. 

Zidane n’a jamais caché sa kabylité

Ces gueules incendiaires essayent toujours de stigmatiser les Kabyles et la Kabylie, malgré leur générosité à travers le territoire algérien. Les ennemis de la Kabylie restent toujours négatifs.

Rappelons que des grands patrons Kabyles ont fait ce qu’il fallait et juste après le confinement et depuis le début de ce mois d’avril, en offrant une quantité considérable de produits alimentaires acheminés vers toutes les régions d’Algérie. 

Ainsi, d’autres industriels Kabyles ont aussi contribué avec des dons pour les différents hôpitaux d’Algérie. Quelle honte de la part de ces Algériens, de ne pas être reconnaissant en vers ces entrepreneurs Kabyles !

Que dire des centaines de milliardaires en dinars, des joueurs professionnels en dehors de la Kabylie, qui se sont sucrés sur le dos de l’équipe nationale. C’est à eux qu’il faut faire des reproches. D’autres régions d’Algérie et leurs malheurs, mais c’est à l’État de faire le nécessaire en vers cette population. Le président de la République doit prendre les décisions qui s’imposent. La ponction des salaires est un impératif dans la conjoncture actuelle. Mais cette décision est impopulaire et Ahmed Ouyahya n’est plus là. 

Quand Bouteflika donnait de l’argent sans compter aux villes de l’ouest les Algériens étaient-ils contents ? Au même moment on tirait à balles réelles sur les Kabyles. 

Mokrane NEDDAF

40ème Printemps Amazigh

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Amazighs
Tafsut

40ème Printemps Amazigh – Cette année 2970-2020 marque le 40ème anniversaire de Tafsut Imazighen, le printemps Amazigh.

A cause de la pandémie du coronavirus, toutes les festivités prévues pour commémorer cet évènement historique, sont annulées et remplacées par des activités virtuelles.

Le CMA salue et encourage tous les Amazighs dans les différents pays de Tamazgha (nord de l’Afrique et Sahara) et de la diaspora à continuer de faire vivre cette page de notre mémoire collective, symbole de résistance et de lutte contre le déni identitaire, le racisme et les discriminations, les spoliations des droits et les injustices imposées aux Amazighs par les gouvernements inféodés aux idéologies arabonationaliste et islamiste importées.

Le CMA appelle les organisations amazighes à déclarer le 20 avril, « journée internationale de la résistance et de la liberté des Amazighs ».

Comme chaque année, nous nous devons d’avoir une pensée fraternelle envers ceux qui souffrent injustement particulièrement dans les prisons, comme les At-Mzab en Algérie et les Rifains au Maroc. Le CMA exige une nouvelle fois leur libération immédiate.

En Libye, alors que les Nations Unies ont décrété une trêve au moins pendant cette période de pandémie du covid-19, les avions du Général Haftar continuent de larguer leurs bombes sur les localités amazighes de l’Adrar Nefussa, comme ce fut le cas ce 13 avril 2020 à Jadu.

Une nouvelle fois le CMA appelle instamment la communauté internationale à prendre des mesures urgentes et efficaces en vue d’assurer la protection des Amazighs de Libye.

Plus que jamais les Amazighs n’ont guère d’autre alternative que persévérer dans la lutte pour
protéger leur existence et leurs légitimes droits et libertés.

En Algérie, au Maroc, dans le pays Kel-Tamasheq et dans les autres territoires, les Amazighs sont appelés à faire face au défi de la préservation de leurs terres et de leurs territoires, conformément au droit international. Quel que soit les systèmes politiques dominants, il n’est plus question pour les Amazighs de continuer à être dépossédés par les forces prédatrices et de subir le mépris et la répression.

Il est urgent pour les Amazighs de retrouver la maitrise de leur destin et de contrer les politiques qui menacent leur existence en tant que peuple avec son histoire, sa terre, sa langue et sa culture.

Le CMA considère l’auto-organisation mise en place depuis quelques mois par les jeunes
générations dans les territoires amazighs afin de faire face au covid-19 est la voie de l’espoir.

Elle s’inspire des structures ancestrales amazighes basées sur la concertation, le consensus et le faire ensemble pour servir l’intérêt commun et faire face aux dangers et aux menaces.

Le CMA continuera d’agir dans le sens du renforcement des droits et des capacités des forces vives amazighes et rappelle qu’il se tient aux côtés des citoyens et des mouvements amazighs pour la concrétisation de nos idéaux de liberté et de souveraineté.

Les acteurs de Tafsut Imazighen-le printemps amazigh en 1980 et ceux de Tafsut Taverkant-le printemps noir en 2001 ont tracé le chemin pour la justice, la dignité et la liberté, rendons leur hommage en poursuivant la lutte avec détermination.

Paris, 6/04/2970 – 18/04/2020
Le Bureau du CMA

Salim Telmani élu Président de La Ligue de Soccer de la Montérégie

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Salim Telmani

Salim Telmani vient d’être élu le 12 février 2020, Président de la Ligue de Soccer de la Montérégie, une région au sud de l’île de Montréal, à mi-chemin entre les villes de Québec et d’Ottawa.

Salim est né et a grandi à At Yani. Comme tous les jeunes de son village, il avait la tête pleine de rêves, de projets et surtout il aspirait à des lendemains meilleurs.

Le destin ou le hasard lui a fait rencontrer une fille du Québec qui deviendra son épouse en 2008 à At-Yani. Il immigre donc au Canada et s’installe à Longueuil.

Sans perdre de temps, le jeune Salim s’inscrit pour une formation de deux années en Procédés infographique qu’il termine avec brio.

M. Telmani, ne pouvait oublier sa passion pour le Ballon,car rappelons-le, il a fait un bref passage au sein de la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie), ce qui l’a amené à s’inscrire dans le club AS de St-Lambert .

Après une expérience enrichissante comme Joueur, Entraineur et membre du C.A de St-Lambert, M. Telmani termine son mandat en qualité de Vice-Président.

Lors de L’A.G (Assemblée générale ) du 12 février 2020, M. Telmani a été élu Président de la Ligue du Soccer de la Montérégie, l’une des plus grandes ligues de la région.

Nous avons rencontré Salim et lui avons posé quelques questions :

T.Ould-Hamouda : M. Telmani, vous avez été élu Président de la Ligue de Soccer de la Montérégie, pouvez-vous nous donner quelques renseignements sur celle-ci sachant que c’est immense comme territoire ?

Salim Telmani : La ligue est composée de 7 membres du C.A et de deux commissaires (1 pour l’été et 1 pour l’hiver).
La ligue a à son actif : 2500 joueuses et joueurs répartis comme suit :
54 Équipes féminines, et 73 Équipes masculines
dans la catégorie Sénior.
O : 35 et O : 45 Masculine
Ainsi que : O : 30 féminine

T.O – Êtes-vous heureux de cette nomination prestigieuse qui vous honore et qui honore toute la Kabylie ?

Salim Telmani : Oui bien sûr, je suis très heureux d’occuper ce poste. Je suis également très content de tous les messages de félicitations et d’encouragements qui me sont parvenus de partout.

T.O : La Montérégie est tellement vaste et avec autant d’équipes à gérer, il est sûr que vous aurez « du pain sur la planche » comme on dit : comment allez-vous y faire face ?

Salim Telmani : Je connais l’importance de ce poste mais je n ai pas peur. J’aime les défis et par ailleurs, je suis entouré d’une équipe très dynamique qui a beaucoup d’expérience dans le domaine.

T.O : Pouvez-vous en quelques mots nous expliquer en quoi consistera votre travail ?

Salim Telmani : Mon travail est de tisser des liens entre tous nos membres et nos partenaires pour le bien du Soccer senior de la Montérégie.

T.O : Salim, vous êtes un exemple à suivre surtout pour les jeunes de notre communauté, votre mot de la fin et votre message pour nos lecteurs et lectrices ?

Salim Telmani : J’aimerais leur dire que c’est à tout un chacun de s’intégrer dans la société québécoise et non l’inverse tout en restant ce que nous sommes. Il faut persévérer dans tout ce que nous entreprenons et surtout le faire avec sérieux.

Je remercie tous ceux qui croient en moi et qui m’encouragent et je leur dis : Tanmirt.

Entrevue réalisée par : Thass. At Hamuda
Le 26 février 2020