Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Tala Hamza : juillet 2026, la Kabylie à l’heure de l’extractivisme d’État
Mine de Tala Hamza, Bgayet, Kabylie
Selon un article publié par le journal algérien El Watan le 20 décembre 2025, le lancement de l’exploitation de la mine de zinc de Tala Hamza, dans la région de Bgayet en Kabylie, est prévu pour juillet 2026. Présenté par le Régime algérien comme un projet stratégique pour l’économie nationale, ce chantier s’inscrit pourtant, pour de nombreux observateurs, dans une logique bien connue : celle d’un régime extractiviste cherchant à compenser la baisse des recettes des hydrocarbures en puisant dans les richesses naturelles de la Kabylie, sans réel bénéfice pour la région ni pour ses habitants.
Le gisement de Tala Hamza, qualifié de « classe mondiale », constitue l’une des plus importantes ressources minières du pays. Mais pour beaucoup de citoyens, ce projet symbolise avant tout une nouvelle forme de spoliation. La Kabylie, déjà lourdement marginalisée sur les plans économique et infrastructurel, voit une fois de plus ses ressources exploitées au profit d’un État central en quête de devises, tandis que les retombées locales restent limitées, incertaines ou différées.
Les risques environnementaux et sanitaires liés à l’exploitation sont considérables. Les opérations minières généreront d’importantes quantités de poussières métalliques, de gaz et de fumées, pouvant se propager sur plusieurs kilomètres. Ces émissions représentent un danger direct pour la qualité de l’air, la santé respiratoire des habitants et des travailleurs, et peuvent entraîner des maladies pulmonaires ou cardiovasculaires sur le long terme.
La gestion des eaux constitue également un enjeu majeur. Les résidus et rejets de traitement minier contiennent des métaux lourds comme le zinc, le plomb ou le cadmium. En cas de défaillance technique ou de mauvaise gestion, ces substances pourraient contaminer les nappes phréatiques, les cours d’eau et les terres agricoles, mettant en danger l’irrigation, la consommation domestique et la pêche. Même avec les promesses officielles de réinjection de 70 % des résidus dans les zones exploitées, le risque de fuites ou de ruptures reste réel.
Pour les employés, les conditions de travail seront particulièrement difficiles. L’exposition aux poussières métalliques, aux produits chimiques et aux engins lourds, ainsi que les risques liés aux explosions et aux glissements de terrain, constituent un danger constant. Les accidents du travail, les maladies professionnelles et l’usure physique sont des menaces permanentes dans un environnement industriel aussi intense.
Ces nuisances touchent aussi les communautés environnantes. Les vibrations et le bruit continus des engins et des tirs de mine affecteront la qualité de vie des habitants et peuvent provoquer des troubles du sommeil, du stress chronique et des perturbations psychologiques. Le paysage, défriché et artificialisé, risque de voir disparaître une partie de sa biodiversité et de ses écosystèmes, avec des impacts irréversibles sur la faune et la flore locales.
Cette défiance est aggravée par un climat politique où la contestation est étouffée. Associations, citoyens et militants écologistes dénoncent une impossibilité de s’exprimer librement, sous peine de pressions, d’intimidations ou d’arrestations. Dans ces conditions, le débat public autour de la mine de Tala Hamza apparaît largement confisqué, donnant le sentiment que le projet avance non par adhésion, mais par contrainte.
Pour beaucoup d’habitants de Bgayet, cette situation n’est pas nouvelle. Elle rappelle d’autres exemples de richesses créées localement mais dont les fruits ne se traduisent pas par un développement visible du territoire. L’usine Cevital, qui emploie environ 4 500 travailleurs et génère une valeur économique considérable, n’a pas empêché la région de rester dans un état jugé lamentable en matière d’infrastructures, de services publics et d’aménagement urbain. Le port de Bgayet, avec près de 3 000 travailleurs, ou encore les zones industrielles de Taharacht à Akbou, participent fortement à l’économie nationale, sans que cela ne se reflète clairement dans la qualité de vie locale.
Dans ce contexte, la mine de Tala Hamza apparaît pour beaucoup comme une nouvelle illustration d’un modèle où la Kabylie fournit les ressources, la main-d’œuvre et supporte les nuisances, tandis que les décisions, les profits et les priorités d’investissement se concentrent ailleurs. Le discours officiel sur l’emploi et le développement peine à masquer une réalité plus profonde : celle d’un territoire perçu avant tout comme un réservoir de richesses à exploiter pour combler les déficits d’un État fragilisé par la chute des revenus pétroliers et gaziers.
Au-delà des chiffres et des promesses, la question posée par ce projet est donc politique et sociale. Elle interroge le droit des populations locales à disposer de leurs ressources, à protéger leur environnement et à s’exprimer librement sur l’avenir de leur région. Tant que ces questions resteront sans réponse, la mine de Tala Hamza continuera d’être perçue non comme une opportunité, mais comme un symbole de dépossession et d’injustice.
Massinissa.A
