Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Angélique G Martinez : « La poésie comme forme de résistance »
Après la publication de trois recueils, Carminosa (2012), Nymphéas (2014), Au ventre des nuits tièdes (2020), poète française d’origine espagnole, Angélique Martinez est née en 1985. Elle a choisi les paysages du massif du Pilat pour écrire depuis la cime bleue des arbres .Elle revient dans cette interview pour nous parler de sa poésie et de son parcours.
Kabyle.com : Bonjour Madame Angélique G Martinez. Nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com !
Angélique G Martinez : Bonjour, je vous remercie pour cet entretien .je suis très touchée sincèrement .
Comment êtes-vous arrivée à la poésie ?
J’aime les mots et les livres depuis l’enfance. Ma maman étant une grande lectrice elle m’a sûrement influencée. Je me souviens adolescente, que je tenais un cahier avec des définitions de mots qui me fascinaient. J’ai ressenti le besoin d’écrire à ce moment précis. Il y a eu des événements personnels difficiles qui se sont succédés. Alors l’écriture est devenue une manière de m’exprimer. J’ai également fait de la musique et étudie le solfège. La poésie est pour moi ce qui se rapproche le plus de la musique, j’ai besoin de rythme ,que ça sonne. Je n’écris jamais sans écouter de musique en ce qui me concerne les deux sont liés.
Au lycée, j’ai rencontré une poète (Claire Boyer Banuls) qui intervenait quelques temps avec nous pour un projet pédagogique et artistique. Elle a découvert un de mes textes puis m’a donné rendez-vous pour en discuter. Nous avons gardé une longue correspondance où elle m’encourageait à poursuivre l’écriture. Mais la poésie tout comme la musique sont devenues plus tard ma colonne vertébrale lorsque j’ai traversé de sérieux soucis de santé. La poésie s’est mise à me porter, me tenir debout. C’est cette sensation qui continue de guider mon écriture.
Le poète est très sensible à la noirceur du monde mais il a le pouvoir de l’éclairer, de le transcender
Angélique G Martinez
Comment vous définissez le « poète » ?
Le poète c’est celui qui voit et ressent tout ce qui paraît invisible aux autres.
Et les transforme en mots ,en images ,en émotions . C’est un passeur qui exprime l’indicible.
Mais on n’est pas poète si on ne se confronte pas à la poésie via le poème. C’est un aventurier un preneur de risques. Ça ne m’intéresse pas de respecter l’écriture à la virgule près. J’aime jouer avec la langue, explorer, « donner un coup de pied dans la fourmilière ».
Que pensez-vous de la place de la poésie aujourd’hui en France ?
C’est assez paradoxal je trouve. D’un côté il y a une vraie vitalité avec des événements ,des festivals des lectures, des poètes de plus en plus sollicités .
Mais d’un autre côté, la poésie reste un genre mineur dans le paysage littéraire. les médias lui accordent peu de place et est souvent traitée de manière anecdotique ou réduite à sa « présumée crise ».les institutions culturelles ont un rôle à jouer pour rendre la poésie contemporaine plus accessible.
On remarque que vos poèmes sont courts, avec une forte présence des éléments de la nature. Pensez-vous que le poète cherche la réalité du monde à l’intérieur de la nature ?
Il est certain que j’aime les formes courtes qui captent un instant,une émotion ou une image. Mais la forme s’impose d’elle même en cours d’écriture.
Je suis marquée par mon expérience de soignante également . En une seule journée de travail on traverse toute une palette d’émotions fortes qui s’enchaînent. C’est intense et brutal. Je suis persuadée que cela a influence mon écriture.
J’habite un village entouré de forêts ,elle est mon quotidien donc je la ressens dans son rythme et ses secrets je me dissous dans ses éléments pour tenter de retrouver un retour à la source peut être… la nature c’est aussi un miroir de l’humain de ses émotions, ses questionnements .
J’ai passé mon enfance à la campagne entourée d’animaux dans un milieu modeste. Tout cela m’a construite , la nature nous ramène à notre fragilité en tant qu’humain et nous pousse à rester humble.
On sent, en vous lisant , un regard sombre du monde et un sentiment mélancolique que dégage votre poétique. Le poète est-il condamné à l’être ?
Le poète est très sensible à la noirceur du monde mais il a le pouvoir de l’éclairer ,de le transcender. La poésie est un moyen de trouver la beauté malgré nos douleurs et nos expériences personnelles .je crois que pour créer il faut avoir conscience de la fragilité de la vie ,de la perte ,de la douleur .Cette sensibilité accrue que possèdent tous les créateurs elle est importante au monde .Mais le piège il me semble, est de tomber dans le « pathos ».
Le monde d’aujourd’hui vit si mal et traverse des conflits sanguinaires, des crises politiques, économiques, qui semblent ne pas avoir de fin.
Pour vous, Madame Angélique G Martinez, le poète, où qu’il soit, a t- il la responsabilité historique d’intervenir, en utilisant sa poésie, dans des questions sociales, sociétales et politiques ?
Notre monde actuel est très instable en effet. Étant maman, je suis inquiète pour mes enfants et les générations suivantes, nous vivons dans une société ultra anxiogène.
Les conflits et les crises se multiplient mais c’est dans ces moments là que la poésie peut devenir un moyen de dire l’horreur, de crier, de témoigner, c’est une manière d’être au monde en prenant de la hauteur pour mieux comprendre et digérer tout ce qu’il se passe actuellement. Elle est et doit rester un espace de liberté ou l’on peut exprimer l’ineffable, dire l’indicible, la poésie comme forme de résistance. Ne pas se taire et garder une forme d’espoir.
Quels sont les poètes qui influencent votre écriture poétique ?
Sylvia Plath. Christian Bobin. La poésie d’Attila Jozsef un poète Hongrois au lyrisme puissant.
Quel est pour vous le moment idéal pour écrire ?
Je n’ai pas de moment idéal où propice à l’écriture. J’ai un carnet de notes qui me suit partout . J’y écris des mots , des idées y dessine des croquis et m’en sers comme base de travail lorsque je me sens prête .
Votre dernier recueil de poésie lu ?
C’est un récit poétique d’Isabelle pinçon . « Petita, bientôt. » une langue pleine de tendresse.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Je viens juste de terminer l’écriture de mon quatrième recueil. Je travaille en ce moment sur l’organisation du printemps des poètes dans mon village.
je vais également faire des lectures de poésie avec une amie comédienne.
Tout cela est en préparation.
Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions ! Un mot pour conclure ?
Une phrase de Christian Bobin , « quelque soit la personne que tu regardes, sache qu’elle a déjà plusieurs fois traversé l’enfer ».
Entretien réalisé par Amar Benhamouche
