De « zéro kabyle » à « zéro amazigh »

De la répression ciblée en Kabylie à la remise en cause légale de l’identité millénaire : le pouvoir algérien franchit une nouvelle étape. Entre l’interdiction des emblèmes et le verrouillage législatif, l’amazighité fait face à une offensive systémique qui ne dit plus son nom.

Depuis le Hirak, le régime intensifie sur le terrain l’opération du “zéro Kabyle” : répression féroce, centaines de prisonniers politiques, milliers d’exilés. L’objectif était clair : briser la Kabylie, cœur battant de l’amazighité.

Pensant avoir affaibli cette région rebelle, le pouvoir passe aujourd’hui à une autre étape : s’attaquer directement à l’identité amazighe de tout le peuple algérien.

Pourtant, la reconnaissance de tamazight n’est pas un cadeau du régime. Elle est le fruit de décennies de luttes et de sacrifices. Mais dans les faits, ce pouvoir n’a jamais cessé de bloquer sa promotion :

refus de généraliser son enseignement, blocage de l’académie, marginalisation institutionnelle.

Aujourd’hui, c’est le symbole même de cette identité, le drapeau amazigh, qui est ciblé.

Pendant le Hirak, plus de 300 militants ont été emprisonnés pour l’avoir porté. La mobilisation populaire avait fini par briser cette interdiction.

Mais la pression continue.

Lors des célébrations de Yennayer 2026, la gendarmerie a officieusement interdit l’emblème amazigh dans plusieurs festivités. Même Berbère Télévision (BRTV) s’est parfois illustrée par un excès de zèle dans sa censure.

Aujourd’hui, le pouvoir veut aller plus loin : transformer cette interdiction politique en interdiction légale, notamment à travers la nouvelle loi sur les partis.

Ainsi, ce qui a commencé par le “zéro Kabyle” semble évoluer vers une logique plus large : le “zéro Berbère”.

Mais l’histoire est têtue :

on ne peut ni interdire une identité, ni effacer une civilisation millénaire.

L’amazighité survivra à tous les régimes.

Braham Bennadji

Qui est Braham Bennadji ?

Pour bien comprendre la portée de ce texte, il est essentiel de connaître le parcours de son auteur, Braham Bennadji, une figure qui incarne le lien entre le combat politique institutionnel et le militantisme de terrain.

Un parcours de conviction

  • Ancien Député : élu à l’Assemblée Populaire Nationale (APN) sous l’étiquette du Front des Forces Socialistes (FFS), il a fini par quitter le parti, dénonçant son alignement avec le régime. Il est resté une voix dissidente et indépendante au sein de l’hémicycle.
  • Militant de la cause amazighe : originaire de Bgayet (Béjaïa) en Kabylie, il a toujours placé la reconnaissance effective de la langue et de l’identité amazighes au cœur de son engagement, bien au-delà des simples acquis constitutionnels de façade.
  • Figure du Hirak : dès février 2019, il a été l’un des rares élus à s’impliquer physiquement et politiquement dans les marches populaires. Il est reconnu pour son franc-parler et ses analyses critiques sur la gestion sécuritaire de la question kabyle.

Son rôle aujourd’hui

Braham Bennadji se positionne comme un observateur averti et un lanceur d’alerte. Par ce texte, il dénonce ce qu’il perçoit comme une transition dangereuse : d’une répression locale (le plan « Zéro Kabyle ») vers une déconstruction nationale de l’identité berbère (« Zéro Berbère »), notamment via l’outil législatif (loi sur les partis).

« On ne peut ni interdire une identité, ni effacer une civilisation millénaire. » — Cette conclusion de l’auteur résume sa ligne de conduite : la résistance par la mémoire et le droit face à l’arbitraire.

Rédaction Kabyle.com
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