DESTIN PROJECT – Quand la Kabylie résonne dans le Pacifique : une mémoire retrouvée, une œuvre à naître

Par la rédaction de kabyle.com | Culture, diaspora & mémoires du monde Nouvelle-Calédonie / Kabylie — Mars 2026

Une Kabyle installée en Nouvelle-Calédonie depuis 2010 lance un projet transmédia inédit : DESTIN PROJECT. Au cœur de l’œuvre, une question que l’histoire a longtemps tue : celle des Kabyles déportés dans le Pacifique après l’insurrection de 1871 et un récit qui entend leur rendre leur nom, leur visage, leur dignité.

1871 : les Kabyles du Pacifique, une déportation effacée

Ils s’appelaient Mokrani, Bou Mezrag, Aïssa. Ils venaient des montagnes du Djurdjura, des vallées de Kabylie, d’une terre qu’ils n’allaient plus revoir. En 1871, après l’insurrection menée par El Mokrani et soutenue par la confrérie de la Rahmaniyya, la répression coloniale française fut implacable : des milliers de Kabyles furent jugés, emprisonnés, et pour beaucoup, déportés vers les terres lointaines de la Nouvelle-Calédonie, alors colonie pénitentiaire.

Cette déportation reste l’une des pages les moins connues de l’histoire kabyle et de l’histoire coloniale française. Les déportés, plusieurs centaines d’hommes, certains accompagnés de leurs familles, traversèrent des mois de mer pour aboutir sur une île du Pacifique Sud que nul d’entre eux n’avait jamais imaginée. Beaucoup y moururent. Quelques-uns survécurent, s’établirent, transmirent. Leur postérité est aujourd’hui disséminée entre la Nouvelle-Calédonie, l’Australie et la métropole.

Dans l’administration coloniale de l’époque, tous les déportés d’Afrique du Nord étaient indistinctement qualifiés d' »Arabes », quelle que soit leur origine réelle. Ce terme administratif, appliqué par une bureaucratie qui ne distinguait pas les peuples de l’empire, a traversé les décennies. Il figure encore aujourd’hui sur certaines stèles, dans certaines mémoires locales, dans les désignations orales transmises de génération en génération.

Ce n’est pas un simple détail lexical. C’est une question de dignité et d’exactitude historique. Les déportés de 1871 étaient en grande majorité Kabyles — amazighs, berbérophones, porteurs d’une identité spécifique que le terme « Arabes » dissout et efface. Leur invisibilisation sous ce mot générique prolonge, à distance, la violence coloniale elle-même.

« Dans l’administration coloniale française, tous les déportés d’Afrique du Nord étaient appelés « Arabes », quelle que soit leur origine réelle. Ce mot est resté. Et peut-être est-il temps de le questionner. » — Rym Maincer, fondatrice de DESTIN PROJECT

Un cimetière à Bourail, un vieil homme, une question suspendue

Lorsque Rym Maincer s’installe en Nouvelle-Calédonie en 2010, son père lui demande de se recueillir au cimetière de Bourail. C’est là que reposent une partie des déportés kabyles et algériens de 1871 un lieu discret, entretenu avec soin, que peu de gens connaissent hors du territoire.

Sur place, un vieil homme la reçoit avec beaucoup d’émotion. Il est l’un des gardiens de cette mémoire, engagé depuis des années dans la transmission de l’histoire des déportés et dans le rapprochement entre leurs descendants et l’Algérie. Il désigne le lieu comme « le cimetière des Arabes ».

Rym Maincer sait. Elle sait que ces hommes étaient kabyles. Elle tente, doucement, une clarification. Mais elle comprend rapidement que pour ce vieil homme, les mots « arabes » et « kabyles » semblent être des synonymes. Elle choisit de ne pas abîmer ce moment de partage, cet instant rare où deux mémoires se touchent à travers l’océan.

La question reste en elle, inrésolue. Comment parler de ces hommes avec justesse ? Comment honorer leur identité spécifique sans nier la sincérité de ceux qui ont préservé leur souvenir avec d’autres mots ? C’est de cette tension, entre la gratitude pour la mémoire gardée et l’exigence de nommer avec exactitude, que naît une part de DESTIN PROJECT.

Plus tard, elle apprend que ce vieil homme a joué un rôle significatif dans la reconnaissance de ce lieu mémoriel et dans les liens tissés avec ma Kabylie et l’Algérie. Son engagement était réel, profond, sincère. Et pourtant, les mots qu’il utilisait portaient l’empreinte d’une histoire coloniale qui avait confondu les identités. Ce paradoxe est au cœur du projet.

Les mots que nous utilisons pour parler du passé ne sont jamais neutres. » — Rym Maincer

DESTIN PROJECT : une œuvre transmédia pour raconter autrement

DESTIN PROJECT est une œuvre transmédia fondée par Rym Maincer, née à Tizi-Ouzou en Kabylie, ayant grandi en France, installée en Nouvelle-Calédonie depuis 2010. Fille d’universitaires engagés dans une Algérie moderne et pluraliste, elle porte une histoire traversée par la mémoire, l’exil et la transmission. Son installation en Nouvelle-Calédonie, territoire en processus de transformation, a fait naître une question centrale : comment raconter autrement un pays en construction ?

DESTIN PROJECT est sa réponse. Le projet repose sur une conviction simple : les sociétés se construisent à travers les récits qu’elles se racontent. Raconter autrement, c’est déjà transformer.

Une série, un roman, une expérience

La première saison, RÉSONANCE, est conçue comme un live storytelling event : une série verticale diffusée en temps réel (21h-minuit), dont le public vote pour l’épisode final. L’histoire suit deux personnages : Mahdi, descendant des Kabyles déportés de 1871, étudiant revenu de Paris, portant en lui plusieurs continents et Rose, métisse kanak (Îles et Grande Terre), incarnation de la complexité des identités du territoire calédonien.

Leur rencontre à la Baie des Citrons n’est pas seulement une histoire d’amour. C’est une métaphore du territoire lui-même : deux héritages, deux façons d’habiter le monde, une question partagée sur l’avenir. La romance devient récit politique et mémoriel.

L’œuvre se déploie sur plusieurs supports complémentaires : une série verticale (smartphone first), un roman (ebook et édition papier, avec des exemplaires destinés aux bibliothèques du territoire), un livre audio immersif, un album musical original croisant influences nord-africaines, rythmes océaniens, kaneka, hip-hop, afro beats et spoken word, ainsi qu’un podcast d’analyse sociétale diffusé après le dénouement.

L’épisode 7 et le poids des noms

L’épisode 7 de RÉSONANCE est particulièrement significatif pour la communauté kabyle. Il aborde directement la question du nommage et de la dignité des identités : dire vietnamien au lieu de chinois, dire kabyle au lieu d’arabe. Une réflexion qui résonne profondément avec les questions que porte DESTIN PROJECT depuis ses origines.

Dans cet épisode, le personnage de Mahdi prononce une phrase qui constitue l’une des clés de lecture du projet :

« Peut-être que le respect, c’est aussi accepter de renommer le monde ensemble. »

C’est précisément pour cette raison que Rym Maincer souhaitait faire découvrir cet épisode en premier à la communauté kabyle — parce que cette histoire fait partie d’une mémoire commune, et qu’elle mérite d’être racontée avec justesse.

Une solar romance comme manifeste narratif

DESTIN PROJECT prend position dans le paysage culturel contemporain. À l’heure où la dark romance connaît un succès mondial, ces récits qui romantisent des relations marquées par la domination, la possession et la violence émotionnelle, le projet propose une alternative assumée : la solar romance.

Dans RÉSONANCE, l’amour entre Rose et Mahdi n’est pas une conquête ni une emprise. C’est une rencontre entre deux libertés. Les deux personnages apprennent à reconnaître ce qui les rapproche, mais aussi ce qui les différencie. Ils découvrent que l’attachement véritable ne consiste pas à posséder l’autre, mais à lui permettre de s’épanouir — même si ce chemin doit parfois s’éloigner du nôtre.

Cette posture narrative est aussi une posture éthique, particulièrement importante dans un projet qui s’adresse en priorité aux 16-30 ans. La solar romance est la signature de DESTIN : un amour qui n’consume pas, il éclaire.

Un projet indépendant, une communauté souveraine

DESTIN PROJECT est financé exclusivement par sa communauté. Le projet ne dépend ni de mécènes structurants ni de sponsors éditoriaux. Il rend des comptes uniquement à ceux qui le soutiennent et le font vivre.

Le projet assume également l’usage de l’intelligence artificielle comme outil d’autonomie créative, en posant clairement la distinction : la technologie est l’instrument, la vision, l’écriture et la direction sont humaines. Ce choix porte un message : la modernité peut dialoguer avec la sagesse ancestrale.

image Kabyle.com

L’épisode final de RÉSONANCE, issu du vote du public, sera proposé en avant-première sur Mastodon — geste symbolique en faveur d’un internet éthique et décentralisé.

Calendrier de lancement

21 mars 2026 — Lancement du clip teaser de la saison 1, en écho à la Journée internationale pour l’élimination des discriminations.

22 avril 2026 — Diffusion de l’épisode final, en résonance avec la Journée internationale de la Terre.

Un projet qui nous appartient aussi

Pour la communauté kabyle et amazighe, DESTIN PROJECT n’est pas un projet étranger. Il raconte une part de notre propre histoire, celle des déportés de 1871 qui ont porté la Kabylie jusqu’au Pacifique, celle des identités qui ont résisté à l’effacement, celle des mots qu’il faut parfois retrouver pour honorer ceux qui sont venus avant nous.

Mahdi, le personnage central de RÉSONANCE, est lui-même descendant de ces déportés : kabyle, kanak et européen, portant plusieurs continents en lui. Son histoire est une invitation à explorer ce que signifie hériter d’un passé complexe et choisir, malgré tout, de construire un avenir désirable.

DESTIN PROJECT s’adresse à la jeunesse calédonienne, à la diaspora, à la métropole, au Pacifique, et au-delà. La Nouvelle-Calédonie y devient un laboratoire à taille humaine, un pont narratif entre les continents.

« Raconter autrement, c’est déjà transformer. » — DESTIN PROJECT

www.destinproject.com | echo@destinproject.com

Yufitran
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