Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Apatrides par décret, Kabyles effacés : quand les appels à la résistance oublient la Kabylie
L’arrestation de Mourad Chabane révèle une fois de plus que la répression en Algérie a un visage kabyle — et que certains collectifs de la diaspora peinent à le nommer.
Un militant kabyle arrêté à l’aube
Le jeudi 4 juin 2026, à 7 heures du matin, des éléments de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) de la wilaya de Béjaïa ont fait irruption au domicile de Mourad Chabane, dans la commune d’Aokas, en Kabylie. Interpellé sans explication, conduit au commissariat d’Aokas, puis transféré au commissariat central de Béjaïa, il a été présenté en comparution immédiate avant d’être acheminé vers Alger. Il se trouve actuellement en garde à vue, en compagnie d’autres personnes dont l’identité reste inconnue.
À l’heure de la publication de cet article, ni sa famille ni l’opinion publique n’ont été officiellement informées des charges retenues contre lui. Cette opacité, dénoncée par la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme (LKDH), constitue une violation flagrante des garanties fondamentales reconnues par le droit international.
Pour la LKDH, cette arrestation n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une intensification délibérée de la répression à l’encontre des militants kabyles, à quelques semaines des élections législatives prévues le 2 juillet 2026. Arrestations préventives, convocations, intimidations : le régime algérien semble vouloir museler toute voix critique avant ce scrutin.
La Kabylie, cible prioritaire d’une répression systémique
Depuis plusieurs années, la Kabylie fait l’objet d’une politique répressive spécifique qui va bien au-delà de la simple criminalisation de l’opposition politique. C’est un peuple dans son ensemble qui est visé : ses militants, ses journalistes, ses défenseurs des droits humains, mais aussi ses citoyens ordinaires, coupables d’avoir exprimé pacifiquement leur identité.
En 2021, le régime algérien a classé le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) comme organisation terroriste, criminalisant de facto toute expression de l’identité kabyle. Brandir un drapeau amazigh, chanter en tamazight, revendiquer son appartenance à ce peuple millénaire : autant d’actes passibles de poursuites pour « terrorisme » en vertu de l’Article 87 bis du Code pénal algérien.
L’arrestation de Mourad Chabane est un nouvel épisode de cette stratégie d’intimidation. Ce n’est pas une bavure. C’est une méthode.
Des appels à la résistance qui effacent la Kabylie
C’est dans ce contexte que circulent, notamment dans la diaspora, des appels à la mobilisation présentés comme représentatifs de « l’ensemble des Algériens persécutés ». Ces initiatives méritent d’être saluées dans leur principe. Mais elles appellent aussi une vigilance critique.
Car nommer la répression sans nommer la Kabylie, c’est déjà pratiquer une forme d’effacement.
Ces collectifs « algériens » tendent à amalgamer sous une même bannière des réalités profondément différentes. La répression que subissent les Kabyles n’est pas seulement politique : elle est ethnique, culturelle et identitaire. Elle vise à éradiquer une langue, une mémoire, une présence. La minimiser ou la fondre dans un discours généraliste sur « les droits de l’homme en Algérie », c’est reproduire, peut-être involontairement, la logique même du régime — celle qui nie l’existence du peuple kabyle en tant que tel.
La menace des KDS infiltrés dans la diaspora
Il convient ici d’alerter sur un phénomène documenté et préoccupant : l’infiltration de collectifs de la diaspora par des agents ou sympathisants des services de renseignement algériens (DRS/KDS).
Ces infiltrés ne cherchent pas nécessairement à détruire ces collectifs de l’intérieur. Leur méthode est plus subtile : orienter les revendications, diluer la spécificité kabyle, introduire des divisions, et surtout s’assurer que la question kabyle reste marginalisée au profit d’un discours « algérien » unitaire — discours qui, in fine, sert les intérêts du régime.
Les signes d’alerte sont connus :
- Résistance systématique à toute mention spécifique de la Kabylie ou du MAK
- Promotion d’un discours « tous Algériens ensemble » qui efface les spécificités
- Tentatives de discréditer les militants kabyles au sein des collectifs
- Pressions pour exclure la question amazighe des revendications communes
La vigilance s’impose. Tout collectif qui se prétend représentatif des persécutés algériens et refuse de nommer la dimension kabyle de cette répression doit être interrogé sur ses motivations réelles.
Ce que la LKDH exige et ce que nous devons tous exiger
La Ligue Kabyle des Droits de l’Homme exige pour Mourad Chabane :
- La communication immédiate des motifs de son arrestation
- Le respect de l’ensemble de ses droits fondamentaux
- L’accès à une défense libre et indépendante
- L’information complète de sa famille
- Sa libération immédiate
Au-delà de ce cas individuel, la LKDH appelle les organisations internationales, les médias indépendants et tous les acteurs attachés aux libertés fondamentales à ne pas détourner le regard.
Résister, oui mais sans effacer la Kabylie
La résistance au régime algérien est légitime, nécessaire, urgente. Mais elle ne peut être crédible que si elle est honnête. Or, être honnête sur la répression en Algérie, c’est reconnaître que la Kabylie en est la cible principale et historique.
Mourad Chabane n’a pas été arrêté parce qu’il est « Algérien opposant ». Il a été arrêté parce qu’il est Kabyle et militant. Cette nuance n’est pas un détail. C’est le cœur du problème.
Liberté pour Mourad Chabane. Liberté pour la Kabylie.
Sources : Ligue Kabyle des Droits de l’Homme (LKDH), déclaration du 4 juin 2026 — Collectif des Algériens Persécutés par le Régime Algérien à l’Étranger, appel du 3 juin 2026.
