Réforme linguistique 2026 en Algérie : Tamazight « hors sol » et négation du kabyle

Le ministère algérien de l’Éducation nationale a publié, le 27 juillet 2026, la décision ministérielle n°16, qui redéfinit les volumes horaires et les coefficients des matières dans les cycles primaire, moyen et secondaire à compter de la rentrée de septembre 2026. Cette réforme, présentée par le ministre le 25 juillet, consolide la place de l’anglais dans le système éducatif algérien et confirme, une fois de plus, le statut secondaire réservé au tamazight : pourtant langue nationale et officielle depuis 2002 et 2016.

Le tamazight ne doit pas être assimilé aux langues kabyles, chaouie, au mozabite, ni aux autres parlers du pays tels que le chenoui, le touareg (tamahaq), le taznatit du Gourara et du Touat, le tagargrent d’Ouargla, ou encore les parlers de l’oued Righ, de Touggourt et de Beni Snous. S’il est présenté comme la langue matrice en pleine normalisation, conçue pour rassembler l’ensemble de ces divers parlers, il n’en demeure pas moins, il faut le dire, une construction « hors sol ».

Ce que change la réforme

Au primaire, l’anglais, introduit en troisième année depuis la réforme de 2022, devient désormais la seule langue étrangère enseignée à ce niveau, à raison de deux heures hebdomadaires. Le français, lui, est repoussé à la quatrième année, où il est également doté de deux heures par semaine. L’arabe reste la langue dominante de l’emploi du temps, avec un volume horaire dégressif : onze heures en première et deuxième années, sept heures trente en troisième année, six heures trente en quatrième année.

La tamazight, quant à elle, n’apparaît dans la grille horaire qu’à partir de la quatrième année du primaire, avec trois heures hebdomadaires et uniquement « dans les établissements où cette matière est dispensée », selon les termes mêmes du texte ministériel.

Au collège, l’anglais est enseigné trois heures trente par semaine sur les quatre années, avec un coefficient qui progresse de 1 à 3. Le français est maintenu à deux heures trente hebdomadaires. Le tamazight conserve trois heures par semaine, avec un coefficient de 2, sur les quatre niveaux.

Au lycée, la filière Lettres accorde quatre heures hebdomadaires à l’anglais et au français en première année (contre trois heures chacune dans le tronc Sciences et Technologie). En Lettres et Philosophie, l’arabe passe de cinq à huit heures hebdomadaires en classe terminale, l’anglais de trois à quatre heures. Le tamazight, lui, reste fixé à trois heures par semaine à tous les niveaux du secondaire, sans progression.

Un statut qui ne bouge pas depuis des années

L’enseignement de tamazight demeure conditionné à deux limites structurelles, que cette réforme ne modifie pas. D’une part, il reste facultatif : son passage à un statut obligatoire suppose une révision de la loi d’orientation sur l’éducation nationale de janvier 2008, qui fixe son cadre juridique actuel : révision que les autorités n’ont, à ce jour, pas engagée. D’autre part, il reste géographiquement circonscrit : dans les faits, son enseignement n’est proposé que dans un nombre limité d’établissements, principalement situés dans les wilayas de Tizi Ouzou, Bgayet, Tubiret et dans les Aurès.

Le résultat est un paradoxe que la réforme de juillet 2026 reconduit sans le corriger : l’anglais, langue étrangère introduite il y a seulement quatre ans, est obligatoire, généralisé à tout le territoire et voit son volume horaire et son coefficient progresser d’un cycle à l’autre. Le tamazight, langue nationale et officielle inscrite dans la Constitution depuis 2016, reste facultatif, cantonné à une poignée de wilayas, et son volume horaire stagne à trois heures hebdomadaires, sans variation, du CM1 à la terminale.

Une langue reconnue sur le papier, absente des institutions

Au-delà de l’école, ce que révèle cette réforme est plus large : la reconnaissance constitutionnelle du tamazight ne s’est pas traduite, à ce jour, par sa présence dans les administrations, les tribunaux ou les documents officiels (état civil, carte d’identité, passeport), où l’arabe demeure la seule langue d’usage. Un statut « national et officiel » qui ne s’accompagne d’aucune obligation d’usage dans l’appareil d’État reste, dans les faits, largement symbolique.

C’est cette absence de levier institutionnel qui distingue la situation du tamazight et singulièrement de la langue kabyle, la plus parlée et la plus normée à l’écrit de celle des langues officielles d’autres pays multilingues : une langue reconnue par la loi mais dépourvue d’appareil d’État pour la porter, l’administrer et la transmettre à grande échelle reste, structurellement, une langue à la merci des arbitrages d’un pouvoir central qui n’est pas le sien. C’est le constat que portent depuis des décennies les mouvements identitaires kabyles : sans autorité politique en mesure d’en faire une priorité budgétaire, pédagogique et administrative, la reconnaissance d’une langue nationale reste une déclaration d’intention plutôt qu’une politique.

Sources

  • Décision ministérielle n°16 du 27 juillet 2026, ministère de l’Éducation nationale (grilles horaires et coefficients, rentrée 2026-2027).
  • Annonce du ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Sghir Saadawi, 25 juillet 2026.
  • Loi d’orientation sur l’éducation nationale, janvier 2008 (cadre juridique du caractère facultatif de l’enseignement du tamazight).
  • Constitution algérienne de 2016 (tamazight, langue nationale et officielle).
Rédaction Kabyle.com
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