Zidane nommé sélectionneur des Bleus : un dossier algérien s’invite déjà dans son mandat

La Fédération française de football a officialisé la nomination de Zinédine Zidane comme nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en remplacement de Didier Deschamps. Il prendra ses fonctions le 1er août, avec un contrat courant jusqu’à la Coupe du monde 2030, de quoi conduire les Bleus à travers deux campagnes de Ligue des nations, les qualifications à l’Euro 2028, puis celles du Mondial suivant.

Avant même de poser sa première liste, Zidane s’est retrouvé mêlé à un dossier qui dépasse largement le terrain. Interrogé sur le cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif français condamné en Algérie à sept ans de prison, il a dit espérer son retour : « On espère qu’il puisse rentrer. » Sa prise de parole n’est pas anodine : la famille du journaliste avait publiquement appelé des personnalités du football à s’emparer du sujet, en citant précisément le nom de Zidane.

Il y a d’ailleurs, dans cette intervention, une dimension personnelle qu’on ne peut pas ignorer. Le fils de Zidane, Luca, est aujourd’hui gardien de but de l’équipe nationale algérienne. Il a opté pour cette nationalité après être passé par les sélections de jeunes françaises, sans avoir été appelé en équipe de France A. Le nouveau sélectionneur des Bleus a donc, très concrètement, un fils qui porte les couleurs de l’Algérie au moment même où il prend la tête de l’équipe rivale. Ce n’est pas un détail anodin dans un contexte où le football sert régulièrement de caisse de résonance aux tensions diplomatiques entre Paris et Alger.

Le cas Gleizes, pour rappel, remonte à mai 2024 : le journaliste s’était rendu en Algérie pour enquêter sur la mort d’un joueur de la JS Kabylie. Les autorités algériennes l’ont accusé d’entretenir des liens avec des personnes proches du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste par Alger, et l’ont condamné pour apologie du terrorisme. Sa peine a été confirmée en appel à Tizi-Ouzou en décembre, et il s’est depuis pourvu en cassation.

L’affaire s’est installée dans un climat plus large de tensions entre les deux pays. Ferhat Mehenni, président du gouvernement provisoire kabyle en exil, s’en est emparé directement dans un message publié sur son compte X, intitulé « Zidane pour la libération de Christophe Gleizes ». Il y affirme que le régime militaire algérien envisageait d’échanger le journaliste contre l’extradition de ses opposants, en particulier kabyles, un projet qui, toujours selon lui, aurait été revu à la baisse après l’arrestation en France d’agents consulaires algériens dans l’affaire de l’enlèvement d’Amir DZ, les tractations ne portant désormais, dit-il, que sur la seule libération du journaliste. Il conclut son message par un appel direct au nouveau sélectionneur : « De notre côté, nous serions heureux que Zinedine Zidane se prononce également en faveur de la libération des prisonnières et prisonniers politiques kabyles », avant de terminer sur « Vive la République fédérale de Kabylie ».

Cette sortie s’inscrit dans une tendance que lui reprochent, jusque dans les rangs de la mouvance kabyle, plusieurs voix critiques : celle de ramener régulièrement ce genre de dossier à sa propre personne et à son mouvement, au risque de donner l’impression que la cause kabyle se résume à ses prises de position.

Ce qui, en revanche, ne semble pas prêter à controverse, c’est le point de départ : Gleizes est en prison pour avoir fait son métier de journaliste, et sa condamnation soulève des questions sur l’équité de son procès, indépendamment de tout scénario de tractation géopolitique qu’on pourrait vouloir y greffer.

Rédaction Kabyle.com
Rédaction Kabyle.com
Articles: 898

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.