Un an de prison avec sursis pour un message Facebook
L’affaire Nadia-Tamazight Moussaoui relance la colère du Congrès Mondial Amazigh
Arrêtée pour avoir annoncé sur Facebook qu’elle n’irait pas voter, une enseignante de tamazight a passé plus de deux semaines derrière les barreaux. Libérée mais condamnée, elle devient le symbole de ce que le CMA dénonce comme une répression ciblée contre les Amazighs d’Algérie.
Elle n’a bloqué aucun bureau de vote, n’a empêché personne de glisser son bulletin dans l’urne et n’a perturbé aucune opération électorale. Nadia-Tamazight Moussaoui, enseignante de langue amazighe, a simplement écrit sur Facebook qu’elle ne participerait pas au scrutin. Ce message lui a valu une arrestation le 6 septembre 2026, une détention préventive à la prison de Tuvirett (Bouira), un réquisitoire de deux ans de prison ferme, puis, le 22 septembre, une condamnation à un an de prison avec sursis.
Pour la poursuivre, le parquet s’est appuyé sur l’article 295 de la loi électorale, un texte qui sanctionne le fait de troubler les opérations de vote ou de porter atteinte à la liberté de voter. Ses avocats ont plaidé l’acquittement : exprimer une opinion personnelle, ont-ils soutenu, ne constitue en rien une infraction.
Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) salue sa libération mais refuse sa condamnation. Dans un communiqué daté du 24 septembre, l’organisation exige son acquittement, la réparation des préjudices subis et des poursuites contre les responsables policiers et judiciaires impliqués. Le CMA inscrit cette affaire dans une série plus large, citant les cas de Mira Moknache, Wafia Tijani et de centaines d’autres Kabyles condamnés, selon lui, pour avoir défendu leurs droits politiques, linguistiques et culturels. Il réclame la libération immédiate de tous les détenus politiques amazighs et des sanctions internationales contre l’Algérie.
Voici l’intégralité du communiqué :
CMA – Algérie : stop à l’arbitraire contre les droits et les libertés des Amazighs
Les atteintes graves et massives aux droits et aux libertés fondamentales des Amazighs en Algérie sont permanentes et ont des motivations raciales. Les Amazighs d’Algérie (Kabyles, Chawis, At-Mzab et d’autres groupes) sont persécutés parce qu’ils sont Amazighs et refusent d’être assimilés et dissous dans la société arabo-islamique dominante.
L’une des plus récentes victimes de la politique raciste du gouvernement algérien est Mme Nadia-Tamazight Moussaoui, enseignante de la langue amazighe. Elle a été arrêtée le 6 septembre 2026 et placée en détention préventive à la prison de Tuvirett (Bouira), pour avoir écrit sur Facebook qu’elle ne participe pas au vote lors des élections algériennes. Elle était poursuivie sur la base de l’article 295 de la loi relative au régime électoral qui prévoit que « quiconque trouble les opérations d’un bureau de vote, porte atteinte à l’exercice du droit de vote ou à la liberté de vote, ou empêche un candidat ou son représentant d’assister aux opérations de vote, est puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à 2 ans et d’une amende de 3000 à 30000 Dinars ». Lors de son procès qui s’est déroulé le 16 septembre au tribunal de Imcheddalen (M’chedalla), le ministère public avait requis la peine maximale, soit deux ans de prison ferme. Les avocats de la défense ont plaidé l’acquittement et la remise en liberté immédiate de Mme Moussaoui, arguant qu’elle n’a fait qu’exprimer une opinion personnelle et que celle-ci ne constitue en aucun cas une infraction à la loi. Le 22 septembre le tribunal a finalement condamné Nadia-Tamazight Moussaoui à un an de prison avec sursis. Elle a par conséquent été libérée.
Le CMA se réjouit du fait que Nadia-Tamazight Moussaoui soit sortie de prison mais le CMA rejette fermement sa condamnation à un an de prison avec sursis car Mme Moussaoui n’a commis aucun acte répréhensible. Elle n’a pas troublé des opérations de vote, n’a pas porté atteinte au droit et à la liberté de voter et n’a empêché personne d’assister aux opérations de vote. Elle n’a donc pas enfreint l’article 295 de la loi électorale, ni aucune autre loi. Si l’Algérie était un État de droit, où la liberté d’opinion et d’expression serait respectée, où la justice serait indépendante et les procès équitables, Mme Moussaoui n’aurait jamais été inquiétée.
En conséquence, le CMA exige l’acquittement de Mme Moussaoui et la réparation des préjudices matériel et moral qu’elle a subis. En même temps, les hauts responsables de la police et de la justice doivent être poursuivis et condamnés.
Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) constate que l’arbitraire qui a frappé Mme Moussaoui est de même nature que celui dont a été victime Mira Moknache, Wafia Tijani et des centaines d’autres Kabyles qui ont été condamnés, certains à la peine de mort, pour le simple fait d’être des Amazighs-Kabyles et de défendre leurs droits politiques, économiques, sociaux, linguistiques et culturels, reconnus et protégés par des conventions internationales ratifiées par l’État algérien.
En conséquence, le CMA exige une nouvelle fois la libération immédiate des détenus politiques Amazighs et que les autorités algériennes cessent immédiatement leurs crimes, leurs provocations et leurs actes racistes envers les Amazighs de ce pays. Le CMA continuera d’agir sans relâche afin que l’Algérie soit sanctionnée pour sa haine et ses violences contre les Amazighs et qu’elle respecte enfin ses obligations internationales en matière de droits de l’homme et des peuples.
Paris, 12.09.2976 – 24.09.2026
Le Bureau du CMA
