Encore une femme kabyle jetée en prison !

Nadia Moussaoui jugée le 22 septembre.

Une nouvelle arrestation vient allonger la liste des prisonniers politiques kabyles. Nadia Moussaoui, connue sur les réseaux sociaux sous le nom de « Tamazight Moussaoui », enseignante de tamazight (kabyle), est actuellement détenue. Le parquet a requis deux ans de prison contre elle. Elle serait poursuivie pour avoir exprimé une opinion personnelle sur le vote lors du scrutin législatif du 2 juillet dernier en Algérie. Maintenue en détention provisoire, elle sera fixée sur son sort lors de l’audience du 22 septembre prochain.

Figure connue et appréciée dans l’espace numérique kabyle, Tamazight Moussaoui s’est fait connaître par un travail de fond mené depuis plusieurs années : cours et contenus pédagogiques pour l’apprentissage du tamazight, documentation des manifestations culturelles, mise en valeur des traditions et de la mémoire kabyles. Son engagement, exclusivement culturel et pacifique, n’a jamais versé dans l’incitation à la violence ni dans l’appel à quelque trouble à l’ordre public que ce soit.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis le scrutin législatif du 2 juillet 2026, plusieurs vagues d’interpellations ont touché la Kabylie, frappant tour à tour des enseignants, des syndicalistes et des militants associatifs, dans un climat que plusieurs observateurs qualifient d’étouffement progressif de l’espace civique régional. L’arrestation d’une enseignante de tamazight pour un simple avis exprimé sur un scrutin, si les faits se confirment comme rapportés, s’ajoute à cette liste et illustre, une nouvelle fois, la précarité dans laquelle vivent celles et ceux qui portent publiquement la langue et la culture kabyles.

Cette arrestation confirme le peu de place laissé à la liberté d’expression et aux libertés culturelles en Kabylie. Documenter un mariage traditionnel, transmettre une langue, commenter une élection : ces gestes, ordinaires dans toute société démocratique, continuent d’exposer leurs auteurs à des poursuites judiciaires lourdes.

Une action d’une autre envergure s’impose désormais afin d’obtenir la libération sans délai de Tamazight Moussaoui et de l’ensemble des prisonniers politiques kabyles. Face à cette escalade répressive et au musellement persistant des voix libres, la mobilisation solidaire reste plus que jamais notre seul rempart tant en Kabylie que dans la diaspora, notamment en France où les influenceurs, médias et lanceurs d’alertes sont eux aussi poursuivis.

Tamazight Nadia

Femmes kabyles incarcérées pour activisme (2024–2026)

Mira Moknache

Profil : Enseignante universitaire à Béjaïa, militante « kabyliste » autoproclamée, figure emblématique du Hirak kabyle.laradiodessansvoix+1

Arrestation : Le 8–10 juillet 2024, lors d’une descente policière à son domicile d’El-Kseur (wilaya de Béjaïa).

Lieu de détention : Prison de Koléa (Alger), maintenue en détention provisoire malgré un acquittement partiel en appel (mai 2026).

Accusations : « Atteinte à l’unité nationale » et « apologie du terrorisme », sur la base de l’article 87 bis du code pénal algérien.

Historique judiciaire :

  • 2021 : Condamnée à 2 ans de prison ferme pour participation à des manifestations et dénonciation des incendies en Kabylie.
  • Mars 2024 : 6 mois de prison avec sursis pour participation à des rassemblements.
  • Juillet 2024 : Nouvelle arrestation, détention provisoire prolongée jusqu’en 2026.

Contexte politique : En mai 2024, Mira Moknache publie une vidéo de « droit de réponse » à Said Sadi, président du RCD, qui avait accusé des jeunes de Larbaâ Nath Irathen et des militants kabylistes d’être responsables de l’assassinat de Djamel Bensmail. Dans cette vidéo, elle conteste ces accusations et dénonce la diffamation envers les militants kabyles. Cette publication lui vaut une convocation policière et renforce son dossier répressif.

Situation en 2026 : Près de 19 mois de détention provisoire, procès renvoyés à plusieurs reprises. Acquittée en mai 2026 dans le procès des 49 militants kabyles, mais maintenue en détention pour d’autres affaires.

Wafia Tidjani (ou Tedjani)

Profil : Militante humanitaire et écologiste kabyle, engagée auprès des familles de détenus et des personnes défavorisées.

Arrestation : Le 4 mars 2025 à Ath Douala (Kabylie).

Lieu de détention : Prison de Tizi Ouzou.

Accusations : « Appartenance à une organisation terroriste » et « apologie d’actes terroristes ».

Condamnation : 5 ans de prison ferme, le 21 avril 2026, par le tribunal criminel de Dar El Beïda (Alger). Les accusations reposent uniquement sur des publications Facebook dénonçant la répression et appelant à la libération des détenus politiques. Aucune accusation d’acte matériel.

Réactions : Qualifiée d’arbitraire par des ONG comme Shoaa pour les droits de l’homme et La Radio des Sans-Voix.

Abla Kemari (Derama Kemari)

Profil : Activiste kabyle, connue pour ses prises de position sur les réseaux sociaux.

Condamnation : 3 ans de prison (dont 1 an avec sursis) + 300 000 dinars d’amende, le 16 février 2026, par le tribunal de Ouargla.

Accusations : « Insulte au président » et « incitation à la haine et la discrimination », pour des publications Facebook dénonçant la répression et des problèmes socio-économiques.

Autres militantes (noms non divulgués)

Profil : Femmes kabyles arrêtées lors de manifestations ou de rafles ciblées entre 2024 et 2026.

Lieux de détention : Prisons de Tizi Ouzou, Béjaïa, Koléa.

Accusations : « Atteinte à l’unité nationale », « participation à un rassemblement non autorisé ».

Situation : Détentions provisoires prolongées, procès en cours ou reports successifs. Contexte post-Hirak : répression accrue des voix critiques en Kabylie, notamment les femmes en première ligne des mouvements sociaux.

Tendances générales observées

Criminalisation des réseaux sociaux : La majorité des condamnations reposent sur des publications Facebook, Twitter ou YouTube, qualifiées de « terrorisme » ou « atteinte à l’unité nationale ». Mira Moknache (vidéo réponse à Said Sadi), Wafia Tidjani (posts Facebook) et Abla Kemari (publications Facebook) en sont des exemples emblématiques.

Détention provisoire prolongée : Des militantes passent plus de 18 mois en détention sans jugement définitif, une stratégie d’usure dénoncée par les avocats. Mira Moknache (≈19 mois) et Wafia Tidjani (1 an avant condamnation) illustrent cette tendance.

Ciblage des voix féminines : Les femmes kabyles sont souvent en première ligne du Hirak et des mouvements sociaux, ce qui les expose à une répression accrue. Mira Moknache, Wafia Tidjani, Abla Kemari et d’autres militantes anonymes en témoignent.

Acquittements partiels sans libération : Certaines sont acquittées dans un procès mais maintenues en détention pour d’autres affaires, illustrant la multiplication des dossiers. Mira Moknache (acquittée en mai 2026 dans le procès des 49, mais toujours détenue) en est un cas typique.

Sources et appels à la libération

Des ONG comme Shoaa pour les droits de l’homme, Human Rights Watch et La Radio des Sans-Voix documentent ces cas et appellent régulièrement à la libération de ces détenues.

Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran)
Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran)

Acteur engagé du web kabyle et fondateur de Kabyle.com. Architecte de l'information et concepteur numérique, il milite de longue date pour la transmission, la mémoire et la souveraineté numérique.

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