Mustapha Bounab (1947-2026), une vie au service de la cause amazighe
Mustapha Bounab s’est éteint le 1ᵉʳ septembre 2026 en région parisienne, à l’âge de 79 ans. Sa famille a annoncé son décès, précisant que la levée du corps a eu lieu le 5 septembre à Montreuil, avant le rapatriement de sa dépouille en Kabylie et son inhumation le 7 septembre au village de Djenane, commune de Chemini, dans la wilaya de Bgayet (Béjaïa), où il était né.
Un militant de la première heure
Bien avant d’être un nom associé aux grandes institutions, Mustapha Bounab était un homme de terrain. Selon l’hommage que lui a rendu son ami Ben Mohamed dans Le Matin d’Algérie, il n’était pas un universitaire mais un électricien de profession, qui n’agissait ni par ambition personnelle, ni par intérêt matériel, ni par recherche de reconnaissance. Sa seule ambition, selon ce même témoignage, était de faire retrouver à l’identité amazighe la place qui lui revenait légitimement.
C’est dans cet esprit qu’il s’opposait à ceux qui, selon Ben Mohamed, cherchaient selon lui à saborder les activités culturelles amazighes par idéologie qu’il s’agisse d’Amazighs arabophones ou d’organisations comme l’Amicale des Algériens en France.
Un rôle décisif à l’université de Paris VIII-Vincennes
C’est en octobre 1972 que Mustapha Bounab entre dans l’histoire du mouvement culturel berbère en France. Tout est parti d’une rencontre presque anodine : Belkacem Idjekiouane, militant de l’Académie berbère, sollicite le soutien du professeur Georges Lapassade, alors enseignant à l’université populaire de Paris VIII, pour faire aboutir les démarches administratives nécessaires à l’introduction d’un enseignement sur la civilisation berbère. Bounab rejoint Idjekiouane dans cette entreprise, et les deux hommes organisent la rencontre décisive entre Lapassade et Mohand Arav Bessaoud, figure de l’Académie berbère, qui donne son accord au projet.
Une étude universitaire consacrée à l’histoire du mouvement berbère confirme ce rôle : ce sont des militants de l’Académie berbère, dont Mustapha Bounab et Belkacem Idjekiouane, qui font les premières présentations sur l’alphabet berbère à l’université, avec l’appui de Lapassade, une initiative informelle qui précède la création, en 1973, du Groupe d’études berbères et l’adoption, par l’université, d’un programme structuré de cours de langue et de civilisation berbères confié au professeur M’barek Redjala.
Cette présence berbère à Paris VIII, née de l’initiative de militants ouvriers plutôt que du monde académique, est restée dans les mémoires comme l’un des jalons fondateurs de la reconnaissance du tamazight dans l’enseignement supérieur français. Les années suivantes, Mustapha Bounab a continué d’y donner des cours de tamazight en tifinagh.
Fidèle jusqu’au bout à l’Académie berbère
Des décennies plus tard, alors que les anciens de l’Académie berbère se retrouvent le 21 novembre 2015 à Paris pour fonder l’association « Les Ami(e)s de l’Académie Berbère » et perpétuer cet héritage militant, c’est à Mustapha Bounab qu’est confiée la fonction de trésorier, aux côtés de Hebib Youcef, désigné président.
Les derniers mois
Le témoignage de Ben Mohamed relate les épreuves de santé des dernières années : hospitalisations successives, puis admission en EHPAD. Les deux hommes, accompagnés d’anciens compagnons de l’Académie berbère, lui rendaient régulièrement visite, lui apportant les produits du pays, huile de Kabylie, galette d’orge, couscous meqfoul, qui le reconnectaient à son village natal. Sa dernière hospitalisation d’urgence, quelques jours avant sa mort, l’a empêché de revoir ses proches une dernière fois.
Un hommage qui a dépassé son cercle
Le décès de Mustapha Bounab a suscité de nombreuses réactions dans les milieux militants amazighs, notamment de la part d’anciens compagnons de l’Académie berbère, qui ont salué un engagement resté fidèle à lui-même jusqu’au bout : discret, désintéressé, et porté par la seule conviction que la langue et la culture amazighes méritaient leur place, en Kabylie comme en France.
