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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Stéphane Arrami, une poésie de la résistance identitaire
Kabyle jusqu’à l’os, libre jusqu’au souffle
Il y a des poètes qui embellissent le monde. Et puis il y a ceux qui refusent qu’on l’embellisse à leur place. Stéphane Arrami est de ceux-là. Dans ses deux poèmes Du pays de mon père et Le souffle de l’eau de vie, publiés sur son site personnel, ce poète d’origine kabyle construit une œuvre rare : une poésie de la matière brute, de la mémoire résistante, de l’identité amazighe revendiquée sans compromis ni ornement.
Refuser l’exotisme, c’est déjà un acte politique
Dès les premiers vers de Du pays de mon père, le ton est posé. Le parfum du pays natal « n’a rien d’exotique », prévient le poète. Il est « rugueux, terreux, vivant ». Ce refus de l’exotisme n’est pas anodin : c’est une prise de position frontale contre le regard colonial qui folklorise, qui édulcore, qui range les cultures non-occidentales dans une géographie de fantasmes.
Stéphane Arrami égrène avec précision les arômes qu’on n’impose pas à sa terre : ni l’encens d’Arabie, ni le jasmin des Amériques, ni le musc de l’Himalaya. La Kabylie n’a pas besoin d’être habillée des parfums des autres pour exister. Elle monte du sol elle-même, du cactus qui résiste, des vignobles que personne n’a songé à romancer « parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de l’être ».
La langue elle-même participe de cette résistance : tibexcicin, tebbouneries, beureries, amazir : les mots kabyles s’installent dans le poème sans italiques, sans note de bas de page, sans s’excuser d’être là.
Le souffle comme acte de résurrection
Dans Le souffle de l’eau de vie, la poésie d’Arrami s’élève vers quelque chose de plus mystique, sans jamais perdre son ancrage dans le concret. Le legmi, sève du palmier-dattier, coule dans le sang du père, l’huile d’olive est prière, et la langue amazighe, « ensevelie par l’arabisation et les siècles », ressurgit comme « poussière d’or, langue ressuscitée, mémoire debout entre le vent et la lumière ».
La référence à Champollion est saisissante : l’amazigh, écrit-il, est une langue que même le grand déchiffreur n’avait pas percée. Il y a dans cette image une fierté tranquille, celle d’un peuple dont le secret est plus profond que les grilles de lecture de l’Occident savant.
Le poème se conclut sur le Yaz, ce signe tifinaɣ central, le Z de l’homme libre, que le poète invite à souffler pour « voir apparaître le début et la fin de ton monde ». Un geste à la fois intime et universel.
Une voix à suivre
La poésie de Stéphane Arrami ne cherche pas à plaire à ceux qui viendraient en touristes. Elle parle à ceux qui savent lire entre les pierres, entendre sous le désert, reconnaître dans une photographie recolorisée d’une fillette kabyle tout ce que l’histoire a voulu effacer.
Pas de sublimation, pas de voile parfumé jeté sur le réel. Juste la matière brute. Et c’est précisément pour cela que cette poésie dure.
Stéphane Arrami publie ses textes sur son site : stephane.arrami.me
