Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Le Pape Léon XIV en Algérie : entre tapis rouge et prison pour les Kabyles
Le Congrès Mondial Amazigh interpelle Léon XIV avant sa visite officielle d’avril.
Il y a quelque chose de profondément symbolique et de profondément douloureux dans le fait qu’un Pape se prépare à fouler le sol d’Annaba pour se recueillir devant la basilique Saint-Augustin, pendant que des centaines de Kabyles croupissent dans les prisons algériennes pour le seul crime d’être qui ils sont.
C’est précisément ce paradoxe que le Congrès Mondial Amazigh (CMA) a choisi de porter directement au Saint-Siège, dans une lettre adressée au Pape Léon XIV, rendue publique ce mois de mars 2026.
Un Pape, une visite, et un régime qui cherche à redorer son blason
La visite officielle du Pape en Algérie, prévue en avril prochain, s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Le pontificat de Léon XIV s’est ouvert sur fond de montées des tensions entre le monde chrétien et plusieurs régimes islamistes, notamment en Iran, où la répression des minorités chrétiennes a atteint des niveaux alarmants, et dans plusieurs États du Sahel sous influence salafiste. Dans ce contexte, chaque déplacement papal est scruté comme un signal diplomatique autant que spirituel.
L’Algérie, elle, joue une partition bien connue : celle d’un régime qui n’a pas d’amis, seulement des partenaires commerciaux, comme le formule sans détour le CMA dans sa lettre. Alger cherche à sortir de son isolement international, fragilisé par ses tensions avec le Maroc, sa dépendance aux hydrocarbures et sa réputation de plus en plus ternie auprès des organisations de défense des droits humains. Une photo avec le Souverain Pontife devant la basilique de l’évêque d’Hippone : quelle belle carte de visite pour les chancelleries européennes.
Le christianisme amazigh : une mémoire de vingt siècles qu’on ne peut pas effacer
Avant que le premier missionnaire français ne pose le pied sur le sol nord-africain, avant que les Pères Blancs du Cardinal Lavigerie n’ouvrent leurs premières écoles en Kabylie dans les années 1870, avant même que la croix et le drapeau tricolore ne se confondent dans l’imaginaire colonial, le christianisme était déjà ici. Profondément, charnellement, amazighement.
C’est un fait historique que ni le régime d’Alger ni ses alliés idéologiques du Golfe ne peuvent effacer, bien qu’ils s’y emploient méthodiquement dans les manuels scolaires et les discours officiels.
Tertullien, Cyprien, Augustin : la théologie chrétienne est née en terre amazighe
L’Afrique du Nord antique — la Berbérie — a été l’un des foyers intellectuels et spirituels les plus fertiles du christianisme primitif. Des noms que tout chrétien instruit reconnaît immédiatement sont des noms amazighs :
Tertullien (v. 155 – v. 220), natif de Carthage, est considéré comme le père de la théologie latine. C’est lui qui forge le terme même de Trinitas — la Trinité — pierre angulaire de la doctrine chrétienne. Amazigh de Carthage, il écrit en latin mais pense dans une culture nord-africaine plurimillénaire.
Saint Cyprien (v. 210 – 258), évêque de Carthage, martyr, théologien de l’unité de l’Église, dont la pensée irrigue encore aujourd’hui l’ecclésiologie catholique. Lui aussi, fils de cette terre.
Vibia Perpetua (v. 182 – 203), jeune femme de Carthage, mère de famille, catéchumène amazighe, arrêtée sous Septime Sévère et jetée dans l’arène pour sa foi. Son journal de prison — la Passion de Perpétue et Félicité — est l’un des plus anciens textes chrétiens rédigés par une femme, et l’un des documents les plus bouleversants de l’Antiquité. Elle mourut à vingt-deux ans en refusant d’apostasier. Son courage n’est pas celui d’une convertie fragile : c’est celui d’une fille du Maghreb qui savait ce que signifie tenir debout.
Sainte Monique (v. 331 – 387), native de Thagaste, mère de saint Augustin, femme amazighe dont la foi tenace et la prière incessante ont, selon Augustin lui-même, littéralement façonné sa conversion et sa pensée. Elle n’est pas un personnage secondaire de l’histoire augustinienne : elle en est le souffle. Sans Monique, il n’y a pas d’Augustin. Sans cette femme amazighe de Numidie, il n’y a pas de théologie occidentale telle que nous la connaissons.
Saint Augustin (354 – 430), natif de Thagaste — aujourd’hui Souk-Ahras — fils d’une mère amazighe, sainte Monique, évêque d’Hippone, auteur des Confessions et de La Cité de Dieu : sans doute le philosophe et théologien le plus influent de l’histoire du christianisme occidental. Ses œuvres ont façonné la pensée catholique, protestante et même séculière pendant seize siècles.
Ces hommes ne sont pas des saints malgré leur origine amazighe. Ils sont des saints par leur origine amazighe, par cette capacité propre aux peuples de la Méditerranée méridionale à synthétiser, à penser l’universel à partir du particulier.
Le donatisme : quand les Amazighs résistaient à Rome par la foi
L’histoire chrétienne nord-africaine n’est pas celle d’un peuple passif qui reçoit une religion de l’extérieur. Elle est celle d’un peuple qui dispute, résiste, construit sa propre lecture du message évangélique.
Le donatisme, mouvement schismatique né en Numidie au IVe siècle, en est la preuve éclatante. Les donatistes — majoritairement berbères des zones rurales et montagnardes, ancêtres directs des Kabyles — refusaient de reconnaître comme valides les sacrements administrés par des clercs ayant collaboré avec les persécuteurs romains. C’était une théologie de la résistance, une ecclésiologie du refus de la compromission, portée par un peuple qui avait déjà, en ce IVe siècle, l’insoumission dans le sang.
Quatorze siècles d’effacement
La conquête arabe des VIIe et VIIIe siècles a progressivement islamisé et arabisé le Maghreb — non sans résistances, dont la figure légendaire de Dihya (la Kahina), reine amazighe qui combattit les armées omeyyades, reste le symbole le plus puissant. Le christianisme nord-africain ne disparaît pas brutalement : il s’étiole lentement, faute de structures ecclésiales capables de résister à l’arabisation, faute de clergé autochtone formé, faute de traduction de la Bible en tamazight.
Ce n’est pas une défaite théologique. C’est une défaite organisationnelle et politique.
Ce que l’on observe aujourd’hui en Kabylie, ce mouvement de conversion massif, estimé à plusieurs dizaines de milliers de personnes depuis les années 1990-2000, peut donc se lire non pas comme une rupture, mais comme un retour. Un retour à une mémoire enfouie sous quatorze siècles d’arabisation forcée, que ni les Pères Blancs ni les missionnaires coloniaux n’ont créée, mais que certains Kabyles semblent aujourd’hui redécouvrir comme leur bien propre.
Saint Augustin, otage de tous les pouvoirs
Il est des figures historiques suffisamment grandes pour que chaque époque les recrute à son service. Augustin d’Hippone est de celles-là. Depuis des siècles, son nom, son image et son œuvre sont instrumentalisés par des pouvoirs successifs qui partagent un point commun : aucun n’a grand-chose à voir avec ce qu’il fut réellement.
Le régime algérien : honorer le saint, persécuter ses héritiers
La basilique Saint-Augustin d’Annaba est un monument national algérien. Elle figure sur les brochures touristiques officielles. Le nom d’Augustin est prononcé avec fierté dans les discours diplomatiques chaque fois qu’Alger veut projeter une image de civilisation millénaire et de tolérance héritée.
Mais cette appropriation est une imposture construite sur un silence soigneusement entretenu. Le régime algérien honore Augustin mort, en pierre et en marbre, tout en emprisonnant les Kabyles vivants qui revendiquent son héritage spirituel. Il célèbre l’évêque d’Hippone dans les enceintes diplomatiques tout en fermant les églises évangéliques de Kabylie. Il se drape dans la mémoire du théologien de Thagaste tout en poursuivant en justice ceux qui se convertissent au christianisme sur cette même terre.
C’est une nécrophilie politique : on aime les grands hommes une fois qu’ils ne peuvent plus déranger.
La France coloniale : Augustin en soutane et en uniforme
La récupération n’est pas une invention du régime algérien post-indépendance. Elle a un précédent colonial direct.
Quand le Cardinal Charles Lavigerie, archevêque d’Alger, fonde en 1868 la Société des Missionnaires d’Afrique, les célèbres Pères Blancs, il place explicitement son entreprise sous le patronage d’Augustin. Le projet est clair : re-christianiser l’Afrique du Nord en s’appuyant sur la mémoire du grand évêque amazigh, tout en servant simultanément les intérêts de la colonisation française.
Augustin devient ainsi l’alibi théologique d’une entreprise qui mêle indissolublement évangélisation et domination coloniale. Sa figure amazighe est effacée au profit d’une image de Père de l’Église universel, détaché de toute appartenance ethnique, disponible pour servir la mission civilisatrice française. Les Kabyles, eux, voient leurs structures tribales, leurs pratiques coutumières et leur langue progressivement marginalisées, au nom, entre autres, d’un christianisme qui prétend honorer leur ancêtre le plus illustre.
Le Vatican : le pont diplomatique permanent
Rome, de son côté, a toujours utilisé Augustin comme monnaie diplomatique méditerranéenne. Figure acceptable par tous, trop amazigh pour être pleinement arabe, trop chrétien pour être réclamé par l’islam, trop universel pour être enfermé dans une revendication identitaire, il permet au Saint-Siège de maintenir un pied dans le dialogue avec le monde musulman méditerranéen sans froisser personne.
La visite de Léon XIV à Annaba s’inscrit dans cette tradition. Prier sur la terre d’Augustin, c’est adresser un message de continuité civilisationnelle sans prononcer les mots qui fâchent : amazigh, kabyle, converti, prisonnier. C’est précisément ce que le CMA demande au Pape de ne pas faire cette fois.
Rendre Augustin aux Amazighs
Il est temps de nommer ce qu’Augustin est réellement : un Amazigh de Numidie, fils d’une mère kabyle prénommée Monique, formé dans une culture berbère plurimillénaire, qui a pensé en latin ce que sa terre lui avait enseigné en tamazight.
Sa récupération successive, par Rome, par Paris, par Alger, dit moins quelque chose sur lui que sur la capacité des pouvoirs à vider les grandes figures de leur substance pour en faire des miroirs flatteurs.
Ce que vivent les chrétiens et les Kabyles en Algérie aujourd’hui
La lettre du CMA dresse un tableau que les observateurs de la situation algérienne connaissent bien, mais que les chancelleries occidentales feignent trop souvent d’ignorer :
— Des convertis au christianisme arrêtés, emprisonnés, pourchassés jusqu’à l’exil, leurs lieux de culte fermés ou détruits sous prétexte d’« atteinte aux préceptes de l’islam » ;
— Des centaines de Kabyles condamnés à de lourdes peines, certains sous la menace de la peine de mort, pour avoir simplement refusé l’effacement de leur identité ;
— Une surveillance systématique digne d’un État policier, où chaque mot, chaque déplacement peut devenir un motif d’arrestation ;
— Un exil forcé qui vide la Kabylie de ses militants, de ses intellectuels, de ses voix.
Tout cela avec le soutien actif, ou du moins la complaisance, des pétromonarchies du Golfe et des États arabes du Moyen-Orient, qui financent l’arabisation et l’islamisation de l’Afrique du Nord depuis des décennies.
L’Église catholique d’Algérie : une institution sous tutelle
Il serait incomplet et intellectuellement malhonnête de parler de la visite papale en Algérie sans évoquer la situation particulière de l’Église catholique locale, dont le positionnement mérite d’être examiné avec lucidité.
L’Église d’Algérie, structurée autour de ses diocèses d’Alger, d’Oran et de Constantine-Hippone, est historiquement composée d’une communauté étrangère réduite — expatriés, religieux missionnaires, personnel diplomatique — et non d’une Église de convertis algériens. Cette réalité démographique n’est pas anodine : elle conditionne une posture institutionnelle fondée sur la discrétion, la coexistence négociée avec le pouvoir, et la non-ingérence dans les affaires politiques intérieures.
Cette ligne, théologiquement défendable dans d’autres contextes, prend en Algérie une coloration problématique. Car le silence de l’Église institutionnelle face aux arrestations de convertis kabyles, face à la fermeture des lieux de culte évangéliques, face aux condamnations pour « atteinte aux préceptes de l’islam », ressemble moins à une prudence pastorale qu’à une complaisance de fait avec un régime qui tolère l’Église étrangère à condition qu’elle ne devienne pas le refuge de la résistance identitaire amazighe.
Se distancier du MAK : une nécessité politique pour l’Église d’Alger
Depuis la classification du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) comme organisation terroriste par les autorités algériennes en mai 2021, toute institution opérant légalement sur le sol algérien se trouve placée devant un choix implicite : prendre ses distances avec tout ce qui, de près ou de loin, peut être associé à la revendication kabyle, ou risquer d’être frappée d’interdiction.
L’Église catholique d’Algérie n’échappe pas à cette pression. Des sources au sein de la communauté chrétienne kabyle rapportent que des représentants ecclésiastiques ont explicitement veillé à ne pas être associés aux convertis kabyles issus de milieux militants, de peur que Rome ne soit accusée par Alger de financer ou d’encourager le séparatisme. Le résultat est une fracture silencieuse mais réelle entre l’Église institutionnelle et les chrétiens kabyles de terrain, qui pratiquent souvent leur foi dans la clandestinité, loin des structures diocésaines officielles.
Deux christianismes algériens qui ne se parlent pas
Il existe en Algérie deux réalités chrétiennes qui coexistent sans se rejoindre.
D’un côté, l’Église officielle, visible, tolérée, dont les prêtres et religieux peuvent exercer leur ministère dans un cadre légal étroitement balisé par le décret de 2006 réglementant le culte des non-musulmans — un texte qui soumet en pratique toute activité chrétienne à l’autorisation préalable de l’État.
De l’autre, une Église kabyle de l’ombre, née du mouvement de conversion massif qui traverse la Kabylie depuis les années 2000, phénomène documenté par des chercheurs comme Karima Direche, composée de dizaines de milliers de fidèles qui se réunissent en maisons, dans des caves, sur des toits, loin des regards du DRS, la police politique algérienne. Ce sont ces femmes et ces hommes que le régime emprisonne. Ce sont eux que l’Église institutionnelle ne défend pas.
Une question que le Pape ne pourra pas esquiver
La visite de Léon XIV en Algérie place le Vatican devant une question que la diplomatie pontificale ne pourra indéfiniment différer : l’Église catholique d’Algérie peut-elle continuer à fonctionner comme une institution étrangère résidente, indifférente au sort des chrétiens algériens nés sur cette terre ?
Reconnaître l’existence et la légitimité de ces communautés kabyles converties, c’est nécessairement entrer en friction avec le régime algérien. Ne pas les reconnaître, c’est abandonner à leur sort ceux qui ont précisément fait le choix de la foi au prix de leur liberté.
Saint Augustin, lui, n’avait pas hésité à choisir.
L’interpellation au Pape : une stratégie de visibilité internationale
En choisissant d’écrire directement à Léon XIV, le CMA opère un geste politique intelligent. Il place le Pape devant une responsabilité morale claire : vous allez dans ce pays, vous y portez un message de paix et de fraternité — alors exigez des actes, pas des tapis rouges.
La demande est concrète et non négociable : libération de tous les prisonniers amazighs, en grande majorité kabyles, et fin des persécutions contre les chrétiens d’Algérie.
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large que la diaspora kabyle et amazighe mène depuis des années sur la scène internationale : faire entendre leur voix là où Alger ne peut pas la faire taire, et rappeler aux grandes institutions — ONU, Union Européenne, Vatican — que leur silence est une forme de complicité.
Une diplomatie pontificale à l’épreuve du réel
Le défi pour Léon XIV est réel. La diplomatie vaticane a toujours marché sur le fil entre le témoignage prophétique et la prudence diplomatique. Jean-Paul II avait su, en son temps, nommer l’oppression au visage des oppresseurs. François avait souvent été critiqué pour sa tendance à la prudence excessive face aux régimes autoritaires, notamment en Chine.
Que fera Léon XIV en Algérie ? Prononcera-t-il les mots que les Kabyles et les chrétiens d’Algérie attendent ? Ou se contentera-t-il de prier devant la basilique d’Annaba pendant qu’à quelques centaines de kilomètres, des hommes et des femmes paient de leur liberté leur attachement à leur identité et à leur foi ?
La réponse à cette question dira beaucoup sur la nature de ce pontificat.
Quand Léon XIV se recueillera devant la basilique Saint-Augustin d’Annaba, il ne rendra pas hommage à un saint étranger venu évangéliser une terre barbare. Il se trouvera sur la terre natale du christianisme latin, devant l’héritage d’un peuple amazigh qui a pensé, forgé et transmis une part décisive de la foi chrétienne au monde entier.
Que ce peuple soit aujourd’hui emprisonné pour avoir renoué avec cet héritage est une des ironies les plus cruelles de l’histoire contemporaine.
Les Kabyles qui se convertissent dans la clandestinité, qui risquent leur liberté et leur famille pour une foi que leurs ancêtres portaient avant l’arabisation, n’ont pas besoin qu’on leur explique qui était Augustin.
Ils le savent dans leurs os.
Notre position
Kabyle.com soutient pleinement la démarche du CMA. Nous appelons le Pape Léon XIV à accorder l’audience privée demandée par le Congrès Mondial Amazigh, et à faire entendre, lors de sa visite à Annaba, une parole claire en faveur des prisonniers kabyles et des chrétiens persécutés en Algérie.
Saint Augustin n’appartient pas au régime d’Alger. Il appartient à l’humanité et d’abord au peuple amazigh qui l’a enfanté.
Rédaction Kabyle.com Sources : Lettre ouverte du CMA adressée au Pape Léon XIV, 10 mars 2026 — Congrès Mondial Amazigh, ONG internationale de protection et de promotion des droits des Amazighs.
Lettre du Congrès Mondial Amazigh au Pape Léon XIV
His Holiness Pope Leo XIV
Pope of the Catholic Church
00120 Vatican City State
Paris, 26.02.2976 – 10.03.2026
Most Holy Father,
We have learned that you will be visiting Algeria next April for an official visit.
We are pleased that you have accepted this visit and plan to travel to Annaba, where you will most certainly visit the Basilica of Saint Augustine. We, the Amazigh people, the indigenous people of North Africa, share with you and with the Christian world, Saint Augustine, a major figure in Christian theology, Bishop of ancient Hippone, born into an Amazigh family in Thagaste, now Souk-Ahras. He is an integral part of our history and our identity, and in our eyes, he embodies a bridge between the two shores of the Mediterranean, between religions, cultures, and peoples. Your visit to Algeria aligns with this same objective: to contribute to ensuring that this North African land is and remains a territory of peace,
respecting the diversity of its peoples, languages, cultures, and beliefs.
In this regard, we wish to draw your attention to the fact that, unfortunately, the Algerian government does not share this vision of life. In fact, they practice a completely different policy, a particularly repressive one, which:
- persecutes citizens who convert to Christianity, by closing or destroying their churches, arresting them, and throwing them in prison under the pretext of « violating the precepts of Islam, » hunting them down until forced exile is their only escape;
- throws hundreds of us into prison, condemning us to harsh sentences, including the death penalty, because we are not Arabs and we refuse to be forcibly Islamized;
- forces us into exile, banishes us from our own country, and tears our families apart; monitors each and every one of us, our every move and word, and everything is a pretext to threaten, beat, arrest, and imprison us.
Aided by the Arab states of the Middle East, the Algerian government seeks to erase all traces of diversity in the country, preserving and promoting only Arab identity and Islam. This is a brief overview of the state of the country you are about to visit, Holy Father. We wanted you to be aware of this before embarking on your journey. The Algerian government will undoubtedly roll out the red carpet for you, but its aim is not to listen to or embrace your message of peace and brotherhood. This government, which has no friends but only trading partners, is constantly striving to break out of its international isolation and improve its image abroad.
Through this letter, we urge you to call upon the Algerian government to make a gesture towards you personally and the values you uphold by releasing all Amazigh prisoners, the vast majority of whom are Kabyle, and to cease its persecution of Christians in the country. Algeria cannot hope to gain respectability without respecting the freedoms and rights of its citizens and the Amazigh people, as guaranteed by international law.
To shed further light on the dramatic situation faced by Christians and Amazighs in this country, we respectfully request, Holy Father, that you grant us a private audience at your convenience.
We thank you very much for your consideration and ask you to accept, Holy Father, the expression of our deepest respect.
For the Board of CMA
The President, Nasser Abouzakhar
Note: The Congrès Mondial Amazigh is an NGO dedicated to the protection and promotion of Amazigh rights.
Sa Sainteté Pape Léon XIV
Pape de l’Eglise Catholique
00120 Etat de la Cité du Vatican
Paris, 26.02.2976 – 10.03.2026
Très Saint Père,
Nous avons appris que vous allez vous rendre au mois d’avril prochain en Algérie pour une visite officielle dans ce pays.
Nous sommes heureux du fait que vous ayez accepté cette visite et prévu de vous rendre à Annaba où vous visiterez très certainement la Basilique Saint-Augustin. Nous, les Amazighs, peuple autochtone d’Afrique du nord, nous avons en commun avec vous et avec le monde chrétien, Saint-Augustin, figure majeure de la théologie chrétienne, évêque de l’ancienne Hippone, né dans une famille amazighe de Thagaste, aujourd’hui Souk-Ahras. Il constitue un pan de notre histoire, de notre identité et il incarne à nos yeux, un pont jeté entre les deux rives de la Méditerranée, entre les religions, entre les cultures et les hommes. Votre visite en Algérie va dans le même sens, celui de contribuer à ce que cette terre nord-Africaine soit et reste un territoire de paix dans le respect de la diversité des hommes, des langues, des cultures et des croyances.
A ce sujet, nous souhaitons vivement attirer votre attention sur le fait que les gouvernants algériens n’ont malheureusement pas cette conception de la vie. De fait, ils pratiquent une toute autre politique, une politique particulièrement répressive, qui :
- persécute les citoyens qui se convertissent au christianisme, en fermant ou en détruisant leurs Eglises, en les arrêtant et en les jetant en prison sous le prétexte « d’atteinte aux préceptes de l’islam », en les pourchassant jusqu’à ne leur laisser que l’exil forcé comme échappatoire,
- nous jette en prison par centaines, nous condamne à de lourdes peines, y compris la peine de mort, parce que nous ne sommes pas des Arabes et nous refusons d’être islamisés de force, nous pousse à l’exil forcé, nous bannit de notre propre pays, brise nos familles,
- surveille chacun de nous et chacun de nos mouvements et de nos paroles et tout est prétexte pour nous menacer, nous frapper, nous arrêter et nous emprisonner.
Aidé par les Etats arabes du Moyen-Orient, le pouvoir algérien cherche à effacer toute trace de diversité dans ce pays, pour ne conserver et ne promouvoir que l’arabité et l’islamité. Voilà un bref aperçu de l’état de ce pays dans lequel vous allez vous rendre, Très Saint Père. Nous souhaitions que vous le sachiez avant d’entreprendre votre voyage. Le gouvernement algérien va assurément vous dérouler des tapis rouges mais son but n’est pas d’écouter, ni de s’imprégner de votre message de paix et de fraternité. Ce
gouvernement qui n’a pas d’amis mais juste des partenaires commerciaux, cherche en permanence à sortir de son isolement international et à embellir son image à l’extérieur.
Par cette lettre, nous souhaitons vous prier de bien vouloir demander instamment au gouvernement algérien de faire un geste envers votre personne et envers les valeurs que vous portez, en libérant tous les prisonniers Amazighs, en grande majorité Kabyles et de cesser ses persécutions à l’encontre des chrétiens de ce pays. L’Algérie ne peut pas vouloir gagner en respectabilité sans respecter les libertés et les droits des citoyens et du peuple Amazigh, garantis par les lois internationales.
Afin de vous éclairer davantage sur la situation dramatique que vivent les chrétiens et les Amazighs de ce pays, nous vous demandons, Très Saint Père, de bien vouloir nous accorder une audience privée à la date qui vous est favorable.
Nous vous remercions pour votre bienveillance et vous prions d’agréer, Très Saint Père, l’expression de notre profond respect.
Pour le Bureau du CMA
Le Président, Nasser Abouzakhar
NB : Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) est une ONG de protection et de promotion des droits des Amazighs
