Ahmed Amazigh : l’homme qui a osé écrire en tifinagh sur sa devanture et l’a payé devant un tribunal militaire

Le 16 avril 1978, un commerçant est arrêté et traduit devant le tribunal militaire de Blida. Son crime : avoir rédigé l’enseigne de sa propre boutique entièrement en tifinagh.

Cet homme, c’est Bouchellil Ahmed, dit Ahmed Amazigh.

Dans l’Algérie de l’arabisation forcée, ce geste n’était pas une simple fantaisie graphique. C’était un acte politique. Inscrire l’alphabet ancestral amazigh sur une façade commerciale, dans l’espace public, c’était rendre visible ce que l’État s’acharnait à effacer. Les autorités y ont vu une menace contre « l’intérêt national ». Il a été détenu pour cela. Jugé pour cela.

Il reçut le soutien de l’Académie berbère de Bessaoud Mouh Arav, qui saluait en lui un pionnier — le premier à avoir imposé le tifinagh dans l’espace public commercial, bien avant toute reconnaissance officielle, bien avant les discours, bien avant que l’amazighité ne devienne une posture institutionnelle.

Aujourd’hui, alors que le tifinagh est enseigné dans les écoles et que la langue amazighe figure dans la Constitution, le nom d’Ahmed Amazigh reste trop souvent absent des récits dominants. Les mémoires officielles ont leurs héros de prédilection. D’autres sont oubliés — délibérément ou par commodité.

Pourtant les faits sont là : en 1978, quand écrire en tifinagh menait devant un tribunal militaire, Bouchellil Ahmed n’a pas baissé la tête.

L’histoire ne commence pas avec les institutions. Elle commence avec ceux qui prennent des risques quand tout le monde se tait.

Nous apprenons qu’Ahmed Amazigh est aujourd’hui gravement malade. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement, et lui adressons tout notre respect.

Naɣ ḍiymaɣ !


Texte établi pour republication sur kabyle.com, d’après un témoignage publié sur les réseaux sociaux

Yufitran
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