Une autre figure occultée de l’histoire kabyle : Mohamed Djeffal (1885-1956)

Le vrai fondateur de l’Étoile nord-africaine que l’historiographie a oublié.

Mohamed Djeffal, natif de Larbaâ Nath Irathen, mérite de sortir de l’ombre. Cet homme d’affaires kabyle fut le premier président de l’Étoile nord-africaine (ÉNA) de 1924 à 1926, la première organisation politique à réclamer ouvertement l’indépendance de l’Afrique du Nord, bien que Messali Hadj ait captivé l’attention de l’histoire officielle en le remplaçant en décembre 1926.

Mohamed Djeffal

Le premier président de l’Étoile nord-africaine (ÉNA), première organisation politique à avoir ouvertement revendiqué l’indépendance des pays d’Afrique du Nord (autrement dit de Tamazgha) fut Mohamed Djeffal, originaire de Larbaâ Nath Irathen, et non pas Messali Hadj, originaire de Tlemcen.

Né en 1885 au village Aït Haggue, dans la commune d’Irdjen (bien qu’il ait été inscrit à l’état civil d’Irdjen en 1891), il joua un rôle fondateur dans le mouvement nationaliste algérien d’avant guerre.

L’Étoile nord-africaine avait son siège dans son café-restaurant, situé rue de Chartres à Paris. Mohamed Djeffal finançait lui-même les activités de l’organisation grâce à son commerce, ainsi qu’aux cotisations de militants kabyles fréquentant son établissement. Il en assura la présidence de 1924 à 1926. Messali Hadj fut porté à la tête de cette organisation en décembre 1926.

Ferhat Abbas lui-même confirme que Mohamed Djeffal fut bel et bien le premier président de l’Étoile nord-africaine entre 1924 et 1926, dans un article publié dans l’ouvrage « Révolution en Algérie, nuit coloniale » (tome 1), édité chez Julliard à Paris en 1962.

L’historien Benjamin Stora reprend cette information dans son dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens.

C’est aussi l’avis de l’historien Mahmoud Kaddache qui cite un manuscrit d’un certain Belghoul, confirmant que Mohamed Djeffal aurait démissionné de ses fonctions en 1926 pour des raisons de santé, avant d’être remplacé par Messali Hadj en décembre de la même année.

Cependant, dans d’autres écrits, Benjamin Stora tend à occulter le rôle de Mohamed Djeffal en situant la naissance de l’ÉNA à l’arrivée de Messali Hadj en 1926.

Cette position de benjamin Stora suscite des interrogations quant à son objectivité, certains estiment même que cet historien (Stora) minimise de manière générale le rôle des Kabyles dans le mouvement national algérien, contrairement aux travaux de Mahmoud Kaddache.

Il y a néanmois une autre explication à cela. Si l’historiographie officielle algérienne fait débuter l’Étoile nord-africaine avec l’arrivée de Messali Hadj en 1926, c’est pace que la police française n’a commencé à surveiller et documenter cette organisation qu’à partir de décembre 1926, après que Messali Hadj fût porté à sa tête par des Kabyles (9 membre sur 12 étaient kabyles), au détriment d’un autre militant kabyle, Amar Imache, plus méritant aux yeux de tous, sous prétexte que mettre un arabophone permettrait de rallier l’ensemble des Algériens.

Affaibli par la maladie, Mohamed Djeffal se retire progressivement de la vie politique. En 1937, il rentre à Alger où il ouvre un restaurant dans l’ancienne rue de la Marine. Il décède le 24 février 1956, à l’âge de 71 ans, des suites d’un cancer de la gorge. Il est inhumé dans son village natal d’Aït Haggue, commune d’Irdjen, à Larbaâ Nath Irathen.

À titre de comparaison, l’Association des oulémas musulmans algériens ne fut fondée qu’en 1931 à Alger, avec Abdelhamid Ben Badis comme premier président, tandis que le Parti communiste algérien ne vit le jour officiellement qu’en 1936.

Ccah yehwa-yaɣ…

Karim ACHAB

Rédaction Kabyle.com
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