Kabylie : pourquoi les faux démocrates rejoignent la meute

À l’approche du 14 décembre, une hostilité croissante s’abat non seulement sur le MAK mais sur l’ensemble des forces indépendantistes kabyles — qu’il s’agisse du MAK, de l’URK, du CNK ou d’autres organisations représentatives. Alors que ces mouvements portent des visions parfois différentes mais convergent sur un droit fondamental — celui de l’autodétermination du peuple kabyle — une coalition inattendue s’acharne à les délégitimer : idéologues arabo-islamistes, médias alignés et « démocrates » autoproclamés qui, paradoxalement, reprennent les discours du pouvoir algérien.

En niant la diversité réelle du champ politique kabyle et en réduisant la question amazighe à un simple « particularisme culturel », ces acteurs révèlent une incapacité persistante à accepter une vérité dérangeante : le courant indépendantiste kabyle est pluriel, structuré, ancien, et dépasse largement une seule organisation.

Kabyle.com fait écho au communiqué du Congrès Mondial Amazigh et à son appel à la vigilance.

Les démocrottes algérien

Au fur et à mesure que l’on se rapproche du 14 décembre 2025, date décidée par le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) pour déclarer « l’indépendance de la Kabylie », de plus en plus de voix font entendre leur hostilité et leur agressivité à l’égard du MAK et de son président. Ces expressions critiques pourraient être normales si elles n’étaient pas aussi mensongères et très souvent provocatrices, haineuses et menaçantes. Tout le contraire de l’attitude du président du MAK, dont les propos sont toujours respectueux des autres et même fraternels.

Parmi ces voix qui forment la vague malveillante, il y en a qui sont ouvertement racistes, anti-kabyles et anti-amazighes. Elles appartiennent à de personnages et à des organisations de la mouvance arabo-islamique en Algérie et hors d’Algérie. Cela est malheureusement habituel. Les groupes qui composent cette mouvance s’appuient sur l’Etat arabo-islamique algérien pour l’épauler dans la réalisation de son objectif d’effacer toute trace de l’amazighité dans ce pays.

Mais le plus grave, c’est que les auteurs des attaques contre le MAK proviennent aussi de milieux dits démocrates, comme M. Boukrouh (ancien ministre) ou Ihsan El-Kadi (journaliste) et même des défenseurs des droits de l’homme, comme Said Salhi (ancien vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme).

Dans son délire, M. Boukrouh, un arabiste déguisé en « démocrate », va même jusqu’à comparer le Congrès Mondial Amazigh (CMA) au Congrès Mondial Juif, une façon
pour lui de tenter de discréditer notre organisation dédiée à la défense des droits des Amazighs et d’accuser les Kabyles et les Amazighs en général d’être des pro-sionistes, manipulés par le Mossad et la CIA. Une vieille rengaine chez les anti-Amazighs. Ce faisant, M. Boukrouh justifie et légitime la répression féroce engagée par le pouvoir algérien contre les Kabyles, les At-Mzab et tous les Amazighs. C’est cela un démocrate arabe algérien. Quelle que soit son ouverture d’esprit, quelle que soit sa capacité à être tolérant, il ne peut accepter que les Kabyles et les Amazighs puissent échapper à sa domination. Pour Boukrouh et les pseudo-démocrates arabes comme lui, les Amazighs ne peuvent vivre libres sur la terre de leurs ancêtres. Et c’est celui-là le fond du problème.

Pour Ihsan El-Kadi emprisonné pour délit d’opinion et libéré en 2024 après 2 ans de prison et Said Salhi exilé en Europe pour échapper aux persécutions en Algérie, il est pour le moins curieux de les voir s’aligner sur la position du pouvoir algérien, sans un mot en faveur de la liberté d’opinion et d’expression pour les membres du MAK, sans un mot pour les détenus politiques kabyles, dont plusieurs dizaines sont condamnés à mort arbitrairement, sans un mot en faveur du droit à l’autodétermination, un droit international fondamental, et sans un mot pour dénoncer le classement du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie comme « organisation terroriste » par le pouvoir militaire algérien.

Pourtant ils savent pertinemment que ce mouvement est absolument pacifique et qu’il respecte tous les principes démocratiques.

Youcef Aouchiche, premier secrétaire du parti Front des Forces Socialistes (FFS), va plus loin en qualifiant le président du MAK de « traitre » et en encourageant les arrestations de citoyens Kabyles favorables à l’indépendance de la Kabylie. C’est honteux pour le parti auteur du slogan « le droit d’avoir des droits ».

La chaine de télévision « Berbère TV », créée pour permettre l’expression amazighe est devenue le porte-voix du régime algérien, ne donnant la parole qu’aux opinions favorables à ce régime. On peut être pour ou contre l’indépendance de la Kabylie, là n’est pas le problème. Mais s’exprimer uniquement pour dénoncer les Kabyles libres et se taire devant les violences et les crimes de l’Etat algérien contreles Kabyles et les Amazighs, cela n’est pas de la démocratie. C’est du totalitarisme. Et c’est notamment à cela que l’on peut distinguer les démocrates des démocrottes.

On peut aussi comprendre que dans le contexte algérien actuel fait d’interdits, de menaces, d’arrestations et de condamnations arbitraires, il soit difficile, voire impossible de s’exprimer librement. Mais dans ce cas, on doit choisir de garder le silence au lieu de crier avec les loups lâchés par le pouvoir algérien. C’est une question d’honnêteté autant que de dignité.


Concernant Ferhat Mehenni, le Président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, c’est uniquement par honnêteté qu’il est utile de rappeler les faits qui montrent qu’il a longtemps défendu une Algérie démocratique et plurielle mais en tant qu’Amazigh, Kabyle, il n’a reçu que des coups (plusieurs fois emprisonné). Il a fini par faire le constat que tout le monde a fait, celui d’une Algérie tenue d’une main de fer par un régime arabo-islamique autoritaire, qui a une volonté tenace d’effacer le fait amazigh dans ce pays. Aujourd’hui, le Président du MAK est promoteur et porteur d’une idée et d’un projet d’émancipation pour son peuple. Il est quêteur d’un droit universel en usant uniquement de moyens et méthodes pacifiques.

Face à lui, se croyant fort de ses pétrodollars et de ses chars, le pouvoir algérien ne propose que la corruption et la peur. Jusqu’à présent, il n’a été capable d’aucune alternative porteuse d’espoir, d’aucune initiative de paix, pas même celle de libérer les détenus politiques. Alors, il ne reste au pouvoir algérien et à ses obligés, que la diabolisation, mais cette méthode est tellement utilisée et usée, qu’elle ne dupe plus personne.

Par ailleurs, pour éluder la question kabyle et amazighe en Algérie, les pseudo-démocrates algériens, réduisent de façon méprisante cette question à un « particularisme culturel » qui trouvera sa solution (sa dissolution devrait-on dire) dans la démocratie. Et évidemment, pour bâtir cette démocratie, les Kabyles doivent être au premier rang, pour servir de chair à canon, comme ils l’ont toujours été. Mais l’expérience prouve que les Algériens Arabes et/ou inféodés à l’idéologie panarabiste, ne conçoivent pas ce pays hors de la domination arabo-islamique, où l’amazighité ne serait que folklore. Récemment, pendant la période du « hirak » algérien (2019-2021), ce mouvement de contestation qui voulait « changer radicalement de système », les questions de la femme, de la laicité et de l’amazighité ont été exclues du débat et du projet de ce mouvement, arguant que « ce n’est pas le moment ».

Pour ces questions-là, pourtant fondamentales, ce n’est jamais le moment. Quelle démocratie, quel projet de société prétendument radicalement différent
voulait bâtir le « hirak », sans les droits des femmes, sans la laicité et sans les Amazighs ? Ce mouvement était donc tout sauf inclusif et démocratique.
En réalité, les « démocrates » algériens, sont dominés par l’idéologie gauchiste qui se veut panarabiste et pour laquelle toute cause qui n’est pas la cause arabe est une « division », une atteinte à « l’unité nationale », rejoignant ainsi la position du pouvoir algérien. Ils nient et refusent l’évidence, celle du peuple autochtone amazigh dont l’histoire, la civilisation, la langue sont plusieurs fois millénaires.

Pourtant, malgré les persécutions dont il a été et dont il est toujours victime, ce peuple dans sa diversité, est toujours présent et veut vivre avec sa culture, ses traditions et son mode de vie distincts. Ce peuple est connu et reconnu par les instances internationales et protégé par le droit international qui réclament sans cesse à l’Etat algérien et aux autres Etats nord-africains, de reconnaitre et de respecter les Amazighs comme peuple(s) autochtone(s) de tous les pays du nord de l’Afrique (Tamazgha).

Etre et vouloir rester Kabyle-Amazigh, ce n’est donc pas une question d’opinion, ce n’est pas une question de démocratie, c’est un droit fondamental, un droit sacré comme l’est le droit à la vie.

Le droit des Kabyles, des Chawis, des At-Mzab, des Kel-Tamasheq de se définir comme peuple(s), est leur droit le plus absolu et de ce fait, ils ont toute légitimité de réclamer la reconnaissance et le respect de leurs droits individuels et collectifs, y compris le droit à l’autodétermination, conformément à ce que prévoit le droit international. Il est d’ailleurs utile de préciser que ce droit international n’est plus un droit étranger dès lors qu’il a été signé et ratifié par les Etats. Et ces derniers sont sommés d’intégrer dans leurs législations nationales, le droit international qu’ils ont adopté.

Aujourd’hui, l’Algérie criminalise jusqu’au mot « kabyle ». Pour éviter d’être traité de « terroriste », tout Kabyle qui souhaite s’exprimer publiquement, doit débuter son propos par : « Je suis Algérien… » et/ou porter le drapeau algérien sur ses épaules.

L’Algérie ne peut pas continuer de pratiquer le négationnisme et l’oppression à l’encontre des Kabyles et des autres Amazighs qui veulent seulement vivre en paix dans ce qui leur reste de territoires. Le négationnisme envers les Amazighs est illégal, condamnable et condamné. Agir pour la disparition d’un peuple est un crime contre l’humanité. La poursuite d’un tel projet contre les Amazighs et contre le peuple kabyle aujourd’hui serait suicidaire pour le pays et le pouvoir algérien en sera le seul responsable.

L’Algérie est instamment appelée, dans l’intérêt de tous, à s’ouvrir au dialogue, encadré par le droit international. Il n’y a pas d’autre issue si on veut éviter d’aller vers la catastrophe.
Paris, 26.11.2976 – 8.12.2025

Le Bureau du CMA

Source : Congrès Mondial Amazigh, ONG internationale de protection et de promotion des droits des Amazighs
Amazigh World Congress, international NGO for the protection and promotion of Amazigh rights

Rédaction Kabyle.com
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Un commentaire

  1. Je ne saurais dire des cas individuels, mais de maniere generale, je crois De La Boetie a tout, ecrit, tout dit, tout explique’.

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