Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Le premier Musée kabyle Aomar Necer au Texas : un héritage en exil
George Necer cherche ses interlocuteurs pour honorer l’héritage de son père. Et trouve la preuve que nos institutions sont mortes ou pire : contrôlées.
Un projet qui aurait dû changer notre histoire collective
George Necer, 91 ans, né en 1933 à Djemail Sahardj, en Kabylie, est un homme remarquable. Un sculpteur, un artiste, un visionnaire. Mais surtout : un homme qui refusait de laisser mourir notre patrimoine.
Pendant presque une décennie, il a accumulé, préservé, catalogué ce que la Kabylie elle-même laissait s’effondrer. Des meubles amazighs ancestraux. Des poteries du cœur. Des vanneries millénaires. Des bijoux gravés des symboles de notre identité kabyle. Des manuscrits anciens. Une bibliothèque entière de notre civilisation amazighe et de notre culture ancestrale kabyle.
C’est une accumulation imposante de Tamurt, de la Berbérie. Le type de patrimoine que les grands musées du monde se battraient pour obtenir.
Et George Necer, cet enfant de la montagne qui a vécu quatre continents d’exil,, a décidé de faire le plus noble des gestes : créer un musée dédié à son père Aomar Necer, sculpteur sur bois extraordinaire qui avait transformé chaque meuble en histoire.
Le musée s’appellera : AOMAR NECER. À Austin, au Texas. Non pour fuir notre culture, mais pour la sauver. Pour la numériser. Pour la rendre accessible. Pour la transmettre aux générations futures.
C’est un projet historique. C’est un projet vital. C’est un hommage filial à un maître qui avait choisi de transformer le bois en mémoire.
Aomar Necer, le père : un sculpteur légendaire
Aomar Necer, décédé en 1983 à l’âge de 100 ans, était bien plus qu’un artisan. C’était un créateur qui parlait la langue du bois comme d’autres parlent les mots.
Chaque meuble qu’il sculptait était une histoire. Chaque motif était une signature. Chaque pièce était une conversation entre l’artiste et la Kabylie éternelle. Il avait construit lui-même tous les meubles de sa maison, des coffres, des portes, des étagères, tous susceptibles d’être saisis par les colons français. Il n’y avait aucun doute que papa était le plus grand artiste sculpteur sur bois.
C’est cet héritage que George Necer porte, à 91 ans, à travers le monde. C’est pour honorer ce père et cette lignée que le musée doit exister.
La lettre de septembre 2024 : un appel aux nôtres
En septembre 2024, George Necer écrit. Il ne demande pas l’aumône. Il offre une opportunité.
La lettre est adressée à Kabyle.com, présenté comme la voix de la Kabylie à l’ère numérique. Elle est précise, respectueuse, pleine de dignité. George Necer expose son projet : un musée berbère dédié à Aomar Necer, une vaste collection de patrimoine à préserver, un besoin de soutien de la communauté diasporique.
« C’est la raison pour laquelle je nourris de longue date le projet d’un musée berbère aux États-Unis »
Il demande simplement : pouvez-vous nous aider ? Pouvez-vous mobiliser les communautés amazighs ? Pouvez-vous porter cette voix pour que le nom d’Aomar Necer vive éternellement ?
Le silence : la réponse de nos institutions
La réponse arrive dix-neuf mois plus tard. Ce n’est pas une réponse. C’est une absence.
Kabyle.com, censée être notre plateforme unitaire, ne peut pas répondre. Elle est « empêtrée dans des enjeux juridiques », dit-on. Sans « forces vives » pour se mouvoir. Paralysée.
Mais George Necer ne contacte pas que Kabyle.com. Il écrit à d’autres institutions. À d’autres médias. À d’autres voix censées représenter la Kabylie. Et partout, c’est la même réponse : le silence. L’absence. L’incapacité.
Le cri final
George Necer peut être contacté à : Jortega17@austin.rr.com
Avant qu’il ne soit trop tard. Avant qu’il ne renonce. Avant que le musée Aomar Necer soit terminé sans nous.
La Kabylie que nous pensions perdue n’est pas morte. Elle se reconstruira. Mais elle se reconstruira sans nous, en exil, parce que nous n’avons pas eu le courage de la chercher. Et un jour, peut-être, quand nous verrons le musée Aomar Necer briller à Austin, nous comprendrons enfin ce que nous avons perdu en restant silencieux.
Stéphane ARRAMI Fondateur et responsable de publication du média Kabyle.com

