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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Algérie : Le cri d’alarme de Gérard Lamari, figure historique du Printemps Berbère
Par un message vidéo empreint d’une gravité solennelle, Gérard Lamari, l’un des « 24 détenus » de 1980, brise le silence sur la répression en Kabylie. Entre mémoire de la lutte pour l’identité amazighe et dénonciation d’un système judiciaire qu’il juge « expéditif », le militant appelle à un sursaut de solidarité internationale.
Cette déclaration, portée par Gérard Lamari, émane directement du Collectif des familles de détenus d’opinion. En choisissant cette figure de proue du combat identitaire pour porter son message, le Collectif entend dénoncer une rupture du contrat social et judiciaire. Ce n’est plus seulement la voix d’un homme qui s’élève, mais celle d’une structure organisée qui tente de pallier le silence forcé des avocats et des organisations de défense des droits de l’homme sur le terrain.
Le spectre de 1980
Pour comprendre l’impact des mots de Gérard Lamari, il faut remonter à avril 1980. À l’époque, il figurait parmi les 24 militants arrêtés lors du « Printemps Berbère », le premier grand mouvement de contestation populaire contre le régime de l’époque, exigeant la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Quarante-six ans plus tard, l’homme qui a vu naître les premières libertés démocratiques en Algérie dresse un constat amer : la Kabylie, jadis foyer de la contestation, serait aujourd’hui « bâillonnée ».
Source : Collectif de Soutien aux Détenus d’Opinion Kabyles
Une justice sous le feu des critiques
Le cœur de l’intervention de Lamari porte sur l’escalade répressive observée depuis l’été 2021. Le militant ne mâche pas ses mots concernant les récents procès liés, entre autres, aux événements tragiques de l’été 2021 (incendies et l’affaire Djamel Bensmaïl).
« Un simulacre de procès ayant abouti à condamner à la peine capitale 38 personnes en moins d’une semaine. »
En osant une comparaison audacieuse avec le procès de Nuremberg — qui n’avait condamné à mort que 12 dignitaires nazis — Lamari cherche à frapper les esprits sur ce qu’il qualifie d’« étendue répressive » du pouvoir actuel. Il dépeint une société civile et un corps d’avocats « tétanisés », incapables de porter la défense des détenus d’opinion face à une machine judiciaire qu’il décrit comme implacable.
L’appel à la « solidarité active »
Au-delà de la dénonciation, le message est un appel pragmatique à l’action. Fort de son expérience de prisonnier politique, Lamari rappelle que c’est la « mobilisation populaire » qui avait forcé les portes des prisons en 1980.
Aujourd’hui, il préconise deux leviers d’action :
- La solidarité politique pour sortir les détenus de l’ombre médiatique.
- L’aide concrète aux familles, souvent laissées dans une précarité matérielle et morale après l’arrestation de leurs proches.
Une parole qui pèse
Cette prise de parole n’est pas celle d’un simple observateur, mais d’un symbole. En s’exprimant en français et en finissant par le remerciement kabyle « Tanemmirt-nwen », Gérard Lamari fait le pont entre les générations de militants. Il rappelle au monde que si les visages changent, les revendications pour les libertés fondamentales en Algérie restent, elles, une blessure ouverte.
Retranscription de l’intervention
Gérard Lamari : « Je suis Gérard Lamari, l’un des 24 détenus de 80. La Kabylie, si prompte à la mobilisation et fer de lance des libertés démocratiques, est aujourd’hui bâillonnée. Une terreur ouverte y touche les militants et intellectuels ; ils sont comme paralysés et inertes depuis les centaines d’arrestations opérées, notamment après l’été 2021.
Les avocats eux-mêmes, tétanisés, n’osent plus défendre les légitimes causes politiques. Ils ont même admis — et ça c’est terrible — ils ont même admis un simulacre de procès ayant abouti à condamner à la peine capitale 38 personnes en moins d’une semaine. Oui, en moins d’une semaine.
Quand on sait que le procès de Nuremberg n’a condamné à mort que 12 criminels nazis, cela démontre l’étendue répressive du régime algérien. Il est important de nous solidariser avec les détenus politiques ou d’opinion. En 80, c’est la mobilisation populaire qui nous a libérés. Il ne peut en être autrement aujourd’hui. Par conséquent, seule la solidarité active peut extirper les détenus de leur geôle. Et aussi, porter de l’aide concrète aux familles des détenus est primordial.
Tanemmirt-nwen (Merci à vous), je vous remercie. »
Chronologie des faits cités par Gérard Lamari
| Période | Événement Clé | Impact cité |
| Avril 1980 | Printemps Berbère | Arrestation des 24 militants, dont Lamari. |
| Été 2021 | Incendies et tensions | Vague d’arrestations massives en Kabylie. |
| 2022-2023 | Procès collectifs | 38 condamnations à mort (sentences non exécutées). |
