La nouvelle Algérie est une nation contraignant ses citoyens à se réfugier dans le silence et la servitude volontaire. Les récalcitrants ont le choix entre la prison, la maladie, l’incinération ou la noyade. 

La justice inique est devenue un moyen de répression au service d’une oligarchie, telle une matraque entre les mains d’un pseudo-agent de l’ordre public pervers et sans scrupule. On arrête d’honnêtes citoyens dont la majorité vivait dans la misère sur les terres d’un pays riche, leur tort : avoir dénoncé l’injustice, le mensonge, le pillage organisé au sein des hautes sphères de l’état durant des décennies et réclamer une indépendance confisquée depuis 1962. Quand je vois tous ces juges dans leurs robes rouges autour du Président mal élu à la télévision de l’état, je ne peux pas m’empêcher de songer à la chanson de Brassens, « Gare aux gorilles », et d’espérer qu’un jour cette fiction se réalise en Algérie.

En 2021, les Algériens meurent asphyxiés, car il n’y a pas d’oxygène dans les hôpitaux. Un cancéreux n’a aucune chance de survivre, à moins qu’il ait des moyens de s’acheter des médicaments onéreux même pour la diaspora, une boite d’IMATIB (un mois de traitement) coûte environ 750 € en France. Des citoyens ont été brûlés vifs dans leurs maisons quand d’autres ont été engloutis par une mer agitée en tentant de rejoindre la terre de ceux que l’école algérienne nous présentait souvent comme étant des kouffars et des colonisateurs. En paraphrasant La Boétie, je dirais qu’actuellement en Algérie, tous les gens d’honneur trouvent la vie déplaisante et la fuite est salutaire quitte à prendre le risque d’y laisser sa peau.

Dans ce contexte, croyez-vous qu’un citoyen algérien confronté à toutes ces misères se préoccupe de la réconciliation avec la France coloniale, lui qui est prêt à risquer sa vie pour atteindre ses terres. Certes, il y a un avant et un après 17 octobre 1961 ; mais, il y a également : un avant et un après 1962 concernant le massacre des anciens combattants du FLN historique et des militants du FFS par l’armée des frontières ; un avant et un après 1976 concernant les poseurs de bombe ayant voulu dénoncer le pouvoir tyrannique de Boumédienne interdisant le droit de cité de la culture berbère ; un avant et un après le printemps berbère du 20 avril 1980 ; un avant et un après 5 octobre 1988 ; un avant et un après décembre 1991 : un avant et un après le printemps noir de Kabylie de 2001 ; un avant et un après février 2019 ; un avant et après la crise sanitaire de 2020 ; un avant et un après les incendies d’août 2021 en Kabylie…..

Derrière chacune de ces dates se cache un drame avec son lot de victimes innocentes n’ayant jamais eu le droit à une enquête judiciaire ou bien un travail de mémoire qui permettrait à leurs familles respectives d’en faire le deuil. À la fin des années soixante, on racontait à travers un chant populaire, loin des médias officiels bridés par la censure : « Après l’indépendance, on a énuméré toutes les injustices qu’on a subies sous le joug du colonialisme français, mais, si celui-ci revenait un jour, on lui raconterait autant (concernant cette fois-ci les terribles épreuves endurées sous le néocolonialisme mis en place par l’armée des frontières)».

Un néo-colonisateur ne pourrait demander des comptes à un ancien colonisateur, nous sommes face à une absurdité. Je trouve également triste et paradoxal que des soi-disant intellectuels viennent à la rescousse d’un pouvoir perfide et machiavélique lorsque le président français a provoqué celui-ci et a annoncé que l’état algérien n’existait pas avant 1830. C’est le cas de Abdelkrim Badjadja, entre autres, historien et ancien DG des Archives nationales algériennes, qui, dans une interview et sur sa page Facebook, s’adressait à Emmanuel Macron pour lui rappeler que l’Algérie existait depuis 2 400 ans, de Massinissa à nos jours, et réclame à la France de restituer le trésor volé lors du débarquement français de 1830 qu’il estimait à 675 milliards d’euros après avoir fait une abstraction totale des occupations ottomane et arabe des terres de Tamazgha.

En faisant une petite recherche sur Wikipédia, je découvre que ce Monsieur avait occupé le poste de Directeur des archives départementales de Constantine de 1974 à 1992. Autrement dit, il était un haut fonctionnaire depuis l’époque de Boumédienne. À cette époque, la constitution du pays disait que l’Algérie est une nation arabe et musulmane, la culture berbère était bannie et n’avait pas droit de cité, pire encore, en réponse à toutes les voix qui s’élevaient pour dénoncer ce déni d’histoire et cet apartheid, leurs auteurs se retrouvaient dans les geôles du dictateur où ils subissaient les pires sévices. C’était à cette période précise, cher Monsieur, qu’il fallait rappeler à ce tyran que l’Algérie existait depuis Massinissa au lieu de se comporter comme une carpe. Votre comportement d’alors serait-il dicté par la carotte ou bien par le bâton ?

Aussi, vous réclamez à la France la restitution du trésor volé dans les caisses de la régence d’Alger comme si ces richesses étaient destinées à la population. Supposant que ce trésor existait, il proviendrait certainement de la piraterie, autrement dit du banditisme pratiqué en mer consistant à dépouiller des bateaux occidentaux et prendre des otages dans le but d’obtenir des rançons. Les Ottomans imposaient également des amendes et des perquisitions diverses en Algérie. Un système de perception des impôts est mis en place pour entretenir le Dey et sa suite, l’état-major, les janissaires ainsi que les fonctionnaires, sans oublier qu’une autre partie des revenus en question était envoyée à Istamboul, la fameuse Porte.

« Les revenus les plus importants de la Régence d’Alger provenaient des impôts fonciers, des droits de douane, du butin des corsaires, des paiements versés par certains états pour garantir la protection de leurs bateaux des corsaires algériens » (Miriam Hoexter : Taxation des corporations professionnelles d’Alger à l’époque turque ). Les céréales qu’ils avaient vendues à la France ont été produites par des tribus asservies à cette tâche sur des terres confisquées aux autochtones pour devenir les terres du Beylik. En dehors de piller les richesses du pays plongé dans la misère, les Turcs n’ont réalisé aucune infrastructure qui profiterait à la population. En 3 siècles, ils n’ont construit ni hôpital, ni bibliothèque, ni école et ni réseau routier, ce qu’il nous reste de leur passage ce sont les ruines de leurs somptueuses villas et des forts abritant leurs janissaires.

En faisant appel aux services de deux corsaires turcs, les frères Barberousse, pour libérer les ports occupés par les Espagnols, on avait introduit deux loups dans la bergerie. Ces deux truands ont fini par imposer leur diktat et devenir les maîtres du pays, c’était le début du parasitisme ottoman. Après avoir suscité de l’enthousiasme, la population a vite déchanté, ce qui a provoqué plusieurs soulèvements et réactions de celle-ci dont on ne nous a jamais parlé à l’école Algérienne post-indépendance. Les plus importants étaient ceux des Kabyles de 1520 et 1768. Au premier soulèvement, ils ont réussi à chasser les Turcs d’Alger et occuper cette ville durant 7 ans, de 1520 à 1527.

Finalement, la confiscation de l’indépendance de l’Algérie par l’armée des frontières, les méthodes de celle-ci et sa conduite tyrannique n’est-ce pas une résurrection du parasitisme ottoman ? À méditer !

M. AMAGHNAS   

Le 1er novembre 2021

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