Mohand Ouramdane Khacer publie « Mémoires d’un homme libre »

D’At Yanni à Roubaix, cinquante ans de combat pour tamazight.

Il est né en 1948 à At Lahcen, le village d’Idir, face au Djurdjura. Technicien à la Chaîne II dans les années de plomb, contraint à l’exil en 1970, fondateur de la Direction du Nord de l’Académie berbère puis de l’association Afus Deg Wfus, Mohand Ouramdane Khacer publie ses mémoires. Un témoignage de l’intérieur sur l’histoire du mouvement amazigh contemporain.

À At Yanni, on le connaît sous le nom d’Avdhela Atsamrouch. Ailleurs, on le connaît comme l’un de ces militants de la première heure qui ont porté la revendication amazighe quand elle valait menaces, coups et exil. Avec Mémoires d’un homme libre, Le Flambeau de l’Amazighité, Mohand Ouramdane Khacer livre enfin le récit de ce parcours, de ses montagnes natales jusqu’au Nord de la France.

Une enfance marquée par la guerre

Le livre s’ouvre sur la Kabylie de la guerre de Libération. Issu d’une famille de résistants, l’enfant accompagne très jeune sa mère, Ghenima Kedache, et sa grand-mère, Fatima Kamel, pour ravitailler les maquisards. La guerre laisse des blessures profondes : une grand-mère fusillée par l’armée coloniale, une mère ébranlée par la violence, un oncle tombé au champ d’honneur.

Pourtant, 1962 n’est pas le printemps espéré. À l’école, le jeune garçon se heurte à une arabisation imposée par des instituteurs venus du Moyen-Orient, au détriment de sa langue maternelle. C’est de ce refus que naît sa soif de connaître la véritable histoire de l’Afrique du Nord et de découvrir le tifinagh.

Le combat à la radio : la Chaîne II sous Boumediene

Le cœur du livre, et sans doute ses pages les plus fortes, se déroule à Alger, à la RTA. Membre de l’Académie berbère dès 1968, le jeune technicien radioélectricien mène, avec ses collègues, une résistance quotidienne contre la marginalisation de la chaîne kabyle, sous l’œil omniprésent de la Sécurité militaire.

L’auteur raconte de l’intérieur l’exclusion de Taos Amrouche du Festival panafricain d’Alger en 1969, dont il a vécu les coulisses comme technicien détaché aux retransmissions. Il évoque Slimane Azem à l’antenne, la suppression des reportages en amazigh, les mutations-sanctions et même une agression physique subie pour avoir refusé d’exécuter une consigne. Il relate aussi ses rencontres avec Mouloud Mammeri au CRAPE, où il croise Antonio Cubillo, le leader indépendantiste canarien, rencontre qui comptera beaucoup pour la suite.

L’exil, Roubaix, puis le retour

En novembre 1970, averti qu’il est menacé d’arrestation, voire pire, il quitte clandestinement l’Algérie en décembre. À Paris, il rejoint l’Académie berbère, dont il découvre le siège modeste de la rue d’Uzès, animé non par des académiciens mais par des ouvriers, des étudiants et des autodidactes.

Installé dans le Nord, il fonde la Direction du Nord de l’Académie berbère à Roubaix, au 17 rue du Pays, et donne en 1972, sous le pseudonyme de Massinissa Khacer, la première conférence-débat de l’Académie dans la ville. Il y affronte aussi les pressions de l’Amicale des Algériens en Europe et des autorités. En 1985, il crée l’association Afus Deg Wfus, qu’il préside depuis.

Après vingt ans d’exil, il rentre en Algérie le 22 décembre 1990 et donne, le 27 décembre, sa première conférence-débat devant les habitants d’At Yanni.

Un témoignage pour l’histoire

Préfacé par le journaliste militant Abdenour Igoudjil, qui le qualifie d’« épopée d’une conscience insoumise », le livre se lit à la fois comme une autobiographie et comme une source sur les années fondatrices du mouvement amazigh. Il est riche en noms, en dates et en documents d’archives présentés en annexe.

« Toute ma vie, j’ai choisi la liberté plutôt que le renoncement », écrit l’auteur en ouverture. Ces mémoires en sont la démonstration.

Une interview de l’auteur sera publiée prochainement.

Mémoires d’un homme libre – Le Flambeau de l’Amazighité, Mohand Ouramdane Khacer, 2026, 20 €. Contact : afusdegwfus@gmail.com

Résumé, sommaire et extrait du livre

Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran)
Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran)

Acteur engagé du web kabyle et fondateur de Kabyle.com. Architecte de l'information et concepteur numérique, il milite de longue date pour la transmission, la mémoire et la souveraineté numérique.

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