Entretien avec Amar Gacem : « La poésie et le théâtre vont ensemble »

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Amar Gacem

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Entretien avec Amar Gacem « pour lui : La poésie et le théâtre vont ensemble.»

Il est écrivain et il nous parle dans cet entretien, de ses différents ouvrages et des difficultés auxquelles il fait face.

Voudriez-vous bien, vous présentez à nos lectrices et lecteurs ?

J’aurais exactement 56 ans dans quelques mois, je suis né le 08 décembre 1964 à Tizi-Mellal, un grand petit village de la fédération n’Ath Sedqa ; dans la commune Ait Toudert actuellement.

Enseignant au primaire pendant plus de quinze ans. Parallèlement à mon travail d’instituteur, j’étais un membre actif dans l’association culturelle Slimane Azem d’Agouni Gueghrane et ensuite à partir de 1994, président de l’Association culturelle « Ahmed Lemseyyeh » de Tizi Mellal.

Marié et père de trois enfants, j’habite actuellement dans la région parisienne et je travaille dans le domaine de l’insertion professionnelle.


Qu’est-ce qui vous a poussé à vous mettre à l’écriture ?

Pas facile à dire, je ne me souviens pas exactement de ce qui m’a poussé à écrire. Il y a eu certainement un déclencheur…je dirais que c’est l’écriture qui s’est imposée d’elle-même. Le besoin d’écrire fut précédée par l’envie de versifier. La poésie était pour moi une sorte d’accouchement incontrôlable. Une fois enfanté, le poème a besoin d’être transcrit pour ne pas tomber dans les mains de l’oubli.

L’écriture était d’abord et avant tout un outil au service de la poésie. Plus tard, grâce à la chaine 2, le théâtre radiophonique que j’écoutais sans cesse, avait nourrit en moi l’idée et le besoin d’écrire des pièces de théâtre.

Pour moi, la poésie est indissociable du théâtre et de la littérature en général.


Parlez-nous de vos livres ?

Au jour d’aujourd’hui, deux livres ont été publiés en France. Le premier est intitulé « Izlan n tayri d tlelli ». C’est-un recueil de 28 poèmes écrits entre 1990 et l’an 2000. Le livre est sorti en France le mois de janvier 2019 aux éditions Sefraber. Il est préfacé par Salem Zenia, que je remercie infiniment.

Le deuxième livre est publié le 19 janvier 2020 à compte d’auteur. Il s’agit d’une pièce de théâtre qui a pour titre « Axxam iderwicen ».

Les deux ouvrages sont actuellement en vente sur Amazon.


Dans quel genre d’écriture vous sentez-vous le plus à l’aise, poésie ou théâtre ?

C’est indiscutablement la poésie.

La poésie est un art qui m’habite depuis mon jeune âge. Je devais avoir douze ans quand j’ai écrit mon premier poème.

De quoi parle votre première pièce de théâtre qui est intitulé : Axxam iderwicen ?

« Axxam iderwicen » est réellement ma deuxième pièce de théâtre. La première pièce s’intitule « Takurt tasemadt », elle a été jouée par la troupe de l’association Slimane Azem d’Agouni-Gueghrane en 1990.

« Axxam iderwicen » comme son nom l’indique parle du désarroi d’une famille ou d’une société en générale sous l’emprise d’une psychose. Les parents sont amnésiques, le fils ainé est atteint du syndromed’hubris (la maladie du pouvoir), le benjamin est suicidaire amoureux d’une supposée fille du roi.

Tous les quatre, recherchent inlassablement une porte de sortie et chacun d’entre eux croit avoir la solution. C’est dans ce climat de suspicion et de d’incertitude que le Cheikh du village se métamorphose en un monstre indomptable. En réaction à cette conjoncture désastreuse, le gouverneur annonce la mort de la déesse Tanit.

Voici un petit extrait :

MUḤ LILLU

Baba, Ddin U Qabac, yedderwec as mi s xeṛbent tirga; ma d yemma, Messaɛd n Wakal, temxel ass mi tt-yuɣ Baba… Bṛiṛuc tekcem-it tisselbi ass mi yekcem lakul….

AKASYA (Tbat)

Ass mi yekcem s aɣeṛbaz?!

MUḤ LILLU

Ih! Ma d-aɣyul ḥaca win t-yifen, ad yesleb. Ass amezwaru mi yekcem,bdan ttmeslin-as s tutlayt wer ǧin yela yess, nnan-as: Γeṛṛṛ! Ma teɣṛiḍ i nekkni, ma yeqquṛ uqeṛṛu-ik ur teɣṛiḍ ara i yiman-ik. Aqcic meskin ur yefhim tillewt. Yerra-tt i uxemmem alarmi iṛuḥ deg-sent!

AKASYA

I keč, melmi tselbeḍ?

MUḤ LILLU, (Immuqel-itt seg yiḍaṛṛen armi d aqeṛṛu)

Ass mi kem id-mlaleɣ!


Avez-vous rencontré des difficultés pour leur publication ?

Il y a quelques années, l’Edition de livres amazighs en Algérie était très rare, pour ne pas dire inexistante. Aujourd’hui, plusieurs éditeurs existent mais faute de moyens, ils préfèrent éditer à compte d’auteur. Dans ce cas, ils assurent seulement la partie technique de l’édition et de la diffusion, en dehors du choix éditorial proprement dit. C’est donc l’auteur qui paie les frais d’impression et de publicité de son livre.

C’est lui aussi qui est chargé de la distribution, l’étape la plus difficile dans la chaine du livre. A vrai dire, la politique du livre en Algérie est vraiment archaïque et déplorable.

En tout état de cause, mes livres sont édités en France mais pas en Algérie. Le seul éditeur qui a accepté de publier mon livre à son compte n’est autre que Monsieur Julien Pescheur des éditions SEFRABER.

SEFRABER est, à ma connaissance, l’une des premières maisons d’éditions spécialisées dans le livre et la culture amazighes.


Quels sont les écrivains qui vous ont influencé ?

Dans ma jeunesse « Les fleurs du mal » de Baudelaire, était en quelque sorte ma bible. De la même manière, je vouais une admiration sans réserve au poète et dramaturge allemand JOHANN WOLFGANG VON GOETHE, je me souviens avoir lu plusieurs fois son premier roman « les souffrances du jeunes Werther ». L’écrivain algérien qui m’a viscéralement touché n’est autre que Kateb Yacine. Je suis toujours fasciné par l’histoire est la structure de Nedjma.

Avant d’avoir accès à quelques rares livres d’expression amazigh tels que Poèmes kabyles anciens et Poèmes de Si Mohand, de Mouloud Mammeri, Askuti de Said Sadi, Tagrest uṛɣu de Amar Mezdad … j’ai eu l’occasion de lire des dizaines d’articles dans différentes revues du MCB (Tafsut, Itij,).

Quoiqu’il en soit, deux poètes et monuments de la chanson Kabyle m’ont profondément marqué. Leurs chansons ont accompagné mon enfance, ma jeunesse et continuent toujours à m’accompagner sur le chemin du destin.

Il s’agit des deux maquisards de la chanson kabyle : Lounis Ait Menguellet et Ferhat.

Quels sont vos projets d’écriture ?

J’écris toujours des poèmes et je compte me lancer dans l’écriture romanesque. Mais, à présent, ma priorité est de publier tout ce qui a été déjà écrit. Plusieurs manuscrits moisis en attente dans des tiroirs : Une pièce de théâtre, deux recueils de poésie, un livre sur la vie et la poésie du poète Ahmed Lemseyyeh, …


Un mot pour conclure.

Je termine avec la célèbre citation de Lounes Matoub :

Ma ulac tamazight, ulac, ulac, ulac.

Entretien réalisé par : Mokrane NEDDAF

4 Commentaires

  1. La situation des kabyles n’a jamais été aussi grave et aussi désespérée, et leur avenir aussi incertain, tant et si bien qu’ils aient encore un avenir, car des dirigeants autoproclamés très peu recommandables et infrequentables leur ont déjà retiré. Et quand je vois qu’il y a des kabyles qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’écrire des poèmes, no comment.

  2. azul fellak
    tanmit tamuqrante i wayen tqadcid tminighak teghzi tudart, et surtout teghzi laqdicik d-kunwi ara yezun tameslayt nagh swen t ttarum
    Ar tufat

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