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Que reste-t-il de mon algérianité ? 

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Tamzight

J’ai vécu une bonne partie de ma vie en Algérie, en Kabylie exactement. J’ai obtenu mon diplôme de docteur en médecine à l’université de Tizi-Ouzou où j’avais vécu des moments de luttes politiques intenses entre 1984 et 1992 dans le cadre du MCB (Mouvement Culturel Berbère). Comme beaucoup de mes concitoyens, j’avais cru en 1988 à la naissance d’une démocratie dans le pays avec l’avènement du multipartisme et la libération de la presse. J’avais osé espérer que je resterais auprès de mes parents et vivre dans « tamurtiw » jusqu’au dernier soupir.

Au fond de moi, une voix disait : « Tout cela n’est que le calme avant la tempête, prépare-toi au pire ». En effet, le FIS était le cheveu jeté dans la soupe par le sacré père FLN. Le message était clair : « Vous ne voulez pas d’une dictature militaire ? Eh ben ! nous deviendrons bientôt vos sauveurs et vous allez nous adorer ! ». Quatre années après l’apparition d’un espoir démocratique, nous avons été appelés à choisir entre la peste et le choléra, un choix ayant engendré la décennie noire.

À la fin des années 90, on a tué Matoub Lounès. Les militaires sont toujours les maîtres absolus du pouvoir et, paradoxalement, les islamistes sont devenus nos idéologues chargés de construire la nouvelle école algérienne n’accueillant pas les enfants des premiers qui préfèrent plutôt le savoir véhiculé par la langue de Molière et non pas d’Abu Djahl. Moi, qui venait d’être père pour la première fois, la naissance de ma fille me paraissait comme étant un bonheur immense, mais en même temps un casse-tête et une angoisse envahissante.
Comment pourrais-je rester dans un pays où mes enfants risquent d’être endoctrinés par un système éducatif pervers à la solde d’une secte de barbus incultes. Pour mes enfants, j’ai tout quitté pour aller m’installer dans un pays respectant la démocratie et les libertés, le
CANADA. Cela fait vingt-deux ans déjà et je ne regrette rien. Au contraire, toutes ces années ne faisaient que me réconforter dans mon choix.

Je ne me vois pas vivre dans un pays ayant renié ses racines, après l’envahisseur français on ressuscite l’envahisseur arabe en nous faisant croire qu’il s’agissait d’une libération.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on débourse des sommes faramineuses pour l’achat d’armes alors que des citoyens meurent asphyxiés pendant la Covid à cause du manque de simples appareils produisant l’oxygène dans des hôpitaux ressemblant à des mouroirs.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on construit une mégamosquée ayant coûté plusieurs milliards au lieu d’acheter des canadairs afin de protéger nos villages et nos forêts de ces brasiers consumant tout sur leurs passages.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le pouvoir en place est plongé dans la paranoïa des tyrans. Il voit des ennemis partout, à l’intérieur, à l’extérieur ; croyant que tout le monde est jaloux de sa réussite or il est la réincarnation de l’échec et de la décadence.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où de jeunes gens préfèrent le fuir et dont une partie finit par être noyée en méditerranée avant de rejoindre les terres européennes. Même si, à l’école et la mosquée ainsi que dans les cérémonies officielles, on leur décrivait ces terres tant désirées comme étant la propriété des kouffars ou des colonisateurs.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le juge est devenu un CRS et la presse mise au pas faisait l’éloge d’un dictateur ayant envahi récemment un pays souverain après avoir massacré des milliers de civils, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Je ne me vois pas vivre dans un pays voulant faire de sa diaspora des apatrides, après avoir poussé tous ces millions de gens à l’exil. On a même osé leur fermer les frontières durant deux années consécutives, certains ont été empêchés de voir leurs proches en fin de vie et faire leur deuil.

Je ne me vois pas vivre dans un pays venant de fêter le soixantième anniversaire de sa supposée indépendance alors que dans ses geôles croupissent des centaines de citoyens innocents dont le seul tort est d’avoir exprimé une opinion politique.
Mon algérianité est tel un glacier qu’on avait posé sur une dune au milieu du Sahara, après tant d’années et de déceptions, il n’en reste plus rien. Dans mon salon, j’ai accroché deux drapeaux : l’emblème amazigh et le drapeau canadien. Le premier est là pour me rappeler tous les jours mes racines, le second représente le pays qui m’a ouvert ses bras et m’a sauvé de l’enfer que j’avais fui, il y a plusieurs années.

M. Amaghnas

Québec, le 13 juillet 2022

1 COMMENTAIRE

  1. Pour moi, au Canada, dans ma maison, j’ai accroché deux drapeaux : Anay Aqvayli (drapeau de la Kabylie) et l’emblème amazigh. Je suis kabyle de la grande famille amazigh !

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