Magali Breton : « La poésie est une question de survie »

Poète et comédienne, Magali Breton nous parle de la poésie en général et de sa propre démarche créatrice. Entretien réalisé par Amar Benhamouche.


Bonjour Magali Breton, nous sommes ravis de vous accueillir sur Kabyle.com !

Bonjour Amar. Le plaisir est partagé. Vous pouvez m’appeler Magali.


Dans votre recueil Quelques instants sur la terre, vous nous racontez vos voyages en vers. Voyager enrichit-il votre inspiration ?

Je n’ai pas tant voyagé que cela. Le verbe « voyager » peut, grâce à la poésie, être métaphorique, dans le sens où l’on peut s’extraire par l’esprit de son environnement. J’aime être transportée par les émotions. C’est pourquoi mes poèmes sont presque toujours incarnés par une personne qui nous livre une confidence à un moment précis de son existence. Par exemple, pour mon poème Nous irons au Népal, je me suis documentée sur ce pays car je ne me suis jamais rendue en Asie.


Dans votre poésie, l’amour rime avec la candeur de l’enfance. Est-ce votre vision de l’amour, ou l’amour lui-même qui est innocent ?

L’enfance est en effet omniprésente dans mes écrits, au travers de l’enfant que je fus, choyée et encouragée dans ses aspirations. Avec une forte empreinte féminine, car élevée par ma mère et ma grand-mère aux côtés d’une sœur. Issue d’une famille très modeste, avec peu de choses, je n’ai manqué de rien. J’avais l’essentiel : l’amour.

Mon père était un grand rêveur. Il s’est affranchi des conventions, loin des carcans de la société. Cette volonté de liberté à tout prix m’inspire beaucoup aujourd’hui.

Néanmoins, l’amour au sens large est loin d’être innocent ; il n’est parfois qu’une illusion et peut décevoir, voire détruire. Cela aussi, je l’exprime dans d’autres poèmes, tels que Ma disgrâce ou Les amours souterraines.


Dans votre recueil Les Covidiennes, vous évoquez le désespoir des migrants et clamer le dépassement des frontières. Vous convoquez la guerre en Ukraine. Quel regard le poète porte-t-il sur le fait politique, et quelle est sa place dans les dynamiques du changement dans le monde ?

Nous sommes là sur la thématique qui constitue la toile de fond de mes écrits : la fraternité. Je ne peux accepter la folie guerrière des hommes. D’ailleurs, le mot « humain » lui-même renvoie à la notion d’empathie. De tous temps, les Homo sapiens ont été corrompus par le pouvoir, et cela se poursuit au XXIe siècle.

Lorsqu’une personne se bat et commet des actes répréhensibles pour manger ou survivre, on ne peut que s’apitoyer sur son sort. Mais lorsqu’il s’agit de conquêtes, ou d’acharnement à imposer aux autres sa conception du monde de façon unilatérale, c’est une ignominie. Je prône le respect des cultures et le fait que la diversité est une richesse. De même en religion : j’ai des amis de toutes confessions, pratiquants ou non. Là est la seule voie possible. Pour cela, il faut se parler et se respecter. Il n’est pas tant question de politique que de philosophie et de valeurs.

magali breton w Kabyle.com
Magali Breton

Que pensez-vous de la place de la poésie en France ?

Dans les différents médias, le terme « poésie » revient sans cesse — sans doute pour compenser le contexte anxiogène de notre époque. Cet intérêt se traduit concrètement par une évolution du nombre d’auteurs et de lecteurs de poésie. Certes, il ne s’agit pas d’un engouement, mais plutôt d’un frémissement. Les plus jeunes, au travers de différents modes d’expression — d’abord le rap, puis le slam — viennent à la poésie sans forcément la nommer. Car la poésie transparaît dans de nombreux arts et se marie très bien avec la musique.

J’apprécie d’intervenir en milieu scolaire pour créer des poèmes avec les plus petits, et ils s’y montrent très habiles. La poésie a longtemps été cantonnée à un apprentissage par cœur qui en a éloigné des générations, mais elle renaît de ses cendres, notamment via les réseaux sociaux. Il nous appartient, poètes de tous horizons, de la diffuser de façon ludique et attractive.


Quels sont les poètes qui influencent votre écriture ?

Si les poètes dits « classiques », dont Victor Hugo, sont dans mon cœur, j’apprécie beaucoup d’écouter mes contemporains dans les nombreux cercles de poésie auxquels je participe. Ce qui m’inspire particulièrement, c’est surtout le monde qui nous entoure. Mon écriture est aussi bercée par ma formation et ma culture musicale, c’est pourquoi mes vers riment et sont « réguliers » — avec un même nombre de syllabes par vers. Ils peuvent ainsi être aisément mis en chanson.


Quel est pour vous le moment idéal pour écrire ?

Tout moment calme. Généralement le soir, jusqu’à une heure tardive… J’ai toujours un carnet dans ma poche, au cas où.


Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Continuer à écrire et à transmettre. Aller à la rencontre de l’autre pour m’enrichir de ce qu’il est et disperser des vers à tous vents.

Je souhaite poursuivre ma collaboration avec Muriel Pic, photographe — qui n’est autre que ma sœur, primée au niveau européen — dont le travail m’inspire particulièrement, mais également avec le pianiste-compositeur Patrick Carmier, qui crée des musiques sur mes poèmes et m’accompagne en récital.


Pour conclure, pourriez-vous commenter cet extrait de votre poème Un jour sans poésie, tiré de Quelques instants sur la terre : « Je n’ose imaginer un jour sans poésie / La musique se meurt dans un soupir discret » ?

Merci, Amar, d’avoir choisi cet extrait qui fait écho à ma réponse précédente. La poésie est une question de survie. Si toutefois un jour elle ne m’apparaissait plus, jusqu’à s’évanouir dans le silence de la musique — ce soupir —, alors je ne verrais plus de raison d’exister en tant qu’artiste. Continuons ensemble à œuvrer pour son essor partout !


Entretien réalisé par Amar Benhamouche

Amar Benhamouche
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