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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Élections du 2 juillet : deux circulaires officialisent l’effacement identitaire kabyle
Des documents qui dépassent le cadre administratif
À quelques jours des élections du 2 juillet en Algérie, deux circulaires circulent et soulèvent une vive indignation en Kabylie. Au-delà de leur apparence administrative et de leur langage feutré, ces textes révèlent une mécanique d’exclusion politique et culturelle méthodiquement organisée.
Ce ne sont pas de simples directives de gestion publique. Ce sont, selon de nombreux observateurs, les instruments concrets d’une politique d’effacement identitaire et d’une sélection arbitraire des candidats dans la région.
Circulaire N° 2506/21 : l’homogénéisation culturelle imposée
Adressée à l’ensemble des élus locaux et responsables administratifs, cette circulaire invoque la Charte de l’Unité Nationale et de l’Harmonisation Culturelle pour imposer une série d’obligations aux responsables locaux.
Derrière le vocabulaire officiel se dessine un programme précis :
- Généralisation de l’arabe dans tous les cycles éducatifs, au détriment des langues locales, dont le tamazight
- Uniformisation des espaces publics autour des seuls symboles nationaux reconnus par l’État central
- Contrôle des manifestations culturelles, cantonnées aux seules références validées par les institutions
- Rapports mensuels obligatoires imposés aux élus locaux, transformés de fait en agents de surveillance et d’application d’une politique qu’ils n’ont pas choisie
En Kabylie, région dont l’identité amazighe est plurimillénaire et profondément ancrée, une telle circulaire ne peut être lue que comme une injonction à l’assimilation forcée.
Circulaire N° 1804/21 : la recomposition démographique programmée
La seconde circulaire est peut-être la plus grave dans ses implications. Sous couvert de logements de stabilisation territoriale, elle organise explicitement une politique de peuplement dans les régions qualifiées de « sensibles sur le plan politique et culturel » — formulation qui désigne sans les nommer les territoires kabyles.
Les points saillants sont édifiants :
- Priorité aux candidats dont l’adhésion aux institutions est documentée : autrement dit, les habitants kabyles jugés insuffisamment loyaux à l’État central sont écartés
- Favoriser l’installation de ménages originaires d’autres provinces, actifs au sein d’organisations pro-gouvernementales
- Sélection des familles selon leur compatibilité avec les objectifs de cohésion nationale définis par un Conseil de Stabilisation
Ce type de politique de peuplement dirigé n’est pas sans précédent dans l’histoire. Il vise à modifier durablement la composition démographique d’une région pour en diluer l’identité collective et en fragiliser la cohésion politique.
Le lien direct avec les élections du 2 juillet
Ces deux circulaires prennent une dimension particulièrement grave dans le contexte électoral immédiat. Elles constituent, de fait, un double mécanisme de contrôle :
- Sur les élus en place, contraints de se soumettre à des injonctions contraires aux aspirations de leurs administrés, sous peine de sanctions implicites
- Sur les candidats, dont la sélection semble conditionnée à leur degré d’alignement avec la ligne du pouvoir central
Voter librement suppose que les candidats représentent réellement leurs circonscriptions. Or, si ces circulaires ont guidé la validation ou l’exclusion des candidatures, le scrutin du 2 juillet ne peut prétendre à aucune légitimité démocratique en Kabylie.
Une logique d’État qui n’est pas nouvelle
Ces circulaires s’inscrivent dans une longue continuité. La Kabylie a toujours été perçue par le pouvoir central comme une région à stabiliser, à intégrer, à harmoniser — autant d’euphémismes pour désigner la même réalité : une volonté de faire taire une identité qui résiste.
Le tamazight, langue millénaire, n’a été reconnu comme langue nationale et officielle qu’après des décennies de lutte et de sacrifices. Pourtant, ces circulaires semblent faire fi de cette reconnaissance constitutionnelle, en promouvant la seule arabisation de l’enseignement.
Ce que ces textes révèlent
Ces deux documents, pris ensemble, dessinent le portrait d’un État qui :
- Ne reconnaît la diversité culturelle qu’en façade, tout en œuvrant à son effacement dans les faits
- Instrumentalise l’administration locale pour imposer une vision uniforme de la nation
- Utilise le logement comme outil politique, transformant un droit fondamental en levier de recomposition identitaire
- Conditionne la participation politique à la soumission aux orientations du pouvoir central
La Kabylie face à ses responsabilités historiques
À quelques jours du scrutin, la question posée aux citoyens kabyles dépasse le simple choix entre des candidats. Elle touche à l’avenir de leur identité, de leur langue, de leur droit à être représentés par des élus véritablement libres.
Diffuser ces circulaires, les analyser, refuser de les laisser agir dans l’ombre : c’est déjà un acte de résistance civique.
Rédaction Kabyle.com
CIRCULAIRE N° 2506/21 du Ministère de l’Intérieur algérien
À l’attention de l’ensemble des élus locaux, responsables administratifs et représentants des institutions publiques
Objet : Mise en œuvre de la Charte de l’Unité Nationale et de l’Harmonisation Culturelle
Dans le cadre du Programme national d’intégration citoyenne, le Gouvernement rappelle à l’ensemble des responsables locaux leur obligation de veiller à l’application rigoureuse de la Charte de l’Unité Nationale sur l’ensemble du territoire de la République.
Cette charte repose sur le principe fondamental selon lequel la Nation est une, indivisible et unie autour de ses institutions, de ses symboles et de son héritage culturel commun.
À ce titre, les élus sont invités à :
• Renforcer la visibilité des symboles nationaux dans l’ensemble des espaces publics, établissements administratifs, établissements scolaires et lieux de rassemblement ;
• Encourager la généralisation de l’enseignement de la langue arabe dans tous les cycles éducatifs ;
• Faciliter l’ouverture de structures éducatives, culturelles et religieuses participant à la diffusion des valeurs nationales ;
• Soutenir le développement des établissements préscolaires, centres de formation civique et associations œuvrant à la promotion de l’unité nationale ;
• Accorder une attention particulière aux projets de logement et d’aménagement du territoire favorisant l’intégration des populations ;
• Veiller à ce que les manifestations culturelles mettent en avant les références reconnues par les institutions de la République.
Les responsables locaux devront transmettre chaque mois un rapport détaillant les mesures entreprises.
Pour la stabilité, l’unité et la continuité de l’État.
CIRCULAIRE N° 1804/ 21 du Ministère de l’Intérieur algérien
Objet : Orientations stratégiques relatives à la répartition des logements de stabilisation territoriale
À l’attention des responsables locaux concernés.
Dans le cadre du Programme national d’intégration et d’harmonisation territoriale de la République, les autorités centrales invitent les responsables locaux à accorder une attention prioritaire aux candidats dont l’adhésion aux institutions de l’État est reconnue et documentée.
Afin de renforcer l’unité nationale dans les régions considérées comme sensibles sur le plan politique et culturel, les commissions d’attribution sont encouragées à favoriser l’installation de ménages originaires d’autres provinces du pays, notamment lorsque ceux-ci participent activement aux organisations soutenant les orientations gouvernementales.
Une attention particulière devra être portée aux familles présentant un profil compatible avec les objectifs de cohésion nationale définis par le Conseil de Stabilisation.
Ces mesures visent à renforcer l’intégration territoriale et à assurer la stabilité durable des régions concernées.
