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Ali Ideflawen (1957–2026) : le chanteur emblématique du groupe Ideflawen nous a quittés
La musique kabyle est en deuil. Ali Ideflawen, de son vrai nom Ait Ferhat Ali, nous a quittés ce dimanche 28 juin 2026, laissant derrière lui un héritage artistique et militant d’une profondeur rare. Il avait 69 ans.
Né le 16 janvier 1957 à Timizart, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Ali Ait Ferhat a consacré sa vie à la chanson kabyle engagée, au point que son nom d’artiste — Ideflawen — est devenu indissociable du groupe qu’il a contribué à faire naître et rayonner pendant près d’un demi-siècle.
La naissance d’un groupe, d’une époque
En 1977, dans un climat de répression féroce où le simple mot « Amazigh » pouvait mener en prison, trois amis décidèrent de créer le groupe Ideflawen : Ali Ait Ferhat, vocaliste et musicien, Lhacène Ziani, parolier, et Zahir Adjou, musicien. Ensemble, ils portèrent les aspirations culturelles et identitaires non seulement de la Kabylie, mais de toutes les régions amazighophones.
La première cassette du groupe sortit en 1983, sous le titre « M’hend ». Ce fut une réussite immédiate, portée par des textes ciselés et des mélodies qui parlaient directement aux cœurs de toute une génération.
Une voix au service de la poésie et de la liberté
Ali Ideflawen était avant tout un interprète hors pair, capable de donner chair et âme aux mots des autres. Sa collaboration artistique avec le poète et parolier Lhacène Ziani fut particulièrement féconde. De cette alliance entre la plume et la voix naquirent des œuvres inoubliables : Djetagh Abrid Anɛeddi (« Laissez-moi passer »), Berrouagia, et bien d’autres titres qui résonnent encore aujourd’hui dans les foyers kabyles du monde entier.
Ali Ideflawen prêta sa voix particulière et tout son talent pour empêcher que le sort n’engloutisse l’espoir — tous les espoirs et l’optimisme. L’engagement de ses textes, très rehaussés de mélodies complices, le plaça au premier rang de la chanson kabyle moderne.
Le groupe aborda des sujets brûlants : les droits des femmes à travers la chanson Tilemzit, dénonçant le mariage sans consentement et le code de la famille ; la montée de l’islamisme ; la démocratie naissante. Ideflawen fut ainsi parmi les premiers artistes à oser nommer publiquement ce que beaucoup taisaient.
Un engagement sans faille, une carrière sans rupture
Dans les années 1990, Ali Ait Ferhat reprit seul les destinées du groupe, maintenant vivante la flamme d’Ideflawen à travers les tournées en Algérie et en France, les concerts dans la diaspora kabyle, et de nouveaux enregistrements.
Ce monstre de la protest-song traversa plusieurs générations d’amoureux de la chanson engagée, et ses albums continuèrent de se vendre, eu égard à leur caractère exceptionnellement « actualiste ». Sa musique ne vieillissait pas — elle grandissait avec les luttes.
À écouter : Igujilen Guiles, l’un de ses albums les plus marquants, témoignage sonore d’une époque et d’une résistance culturelle.
Un héritage vivant
Avec la disparition d’Ali Ideflawen, c’est une époque qui se referme — celle des pionniers qui, guitares acoustiques en mains, bravèrent l’oppression pour chanter l’amazighité, la liberté et la dignité humaine. Apparu dans les années d’oppression linguistique et culturelle, il restera surtout fidèle à son engagement.
Son nom d’artiste était celui de son groupe. Son groupe était celui d’un peuple. Et cette voix qui s’est éteinte aujourd’hui continuera de résonner tant que la chanson kabyle engagée trouvera des oreilles pour l’accueillir et des cœurs pour la transmettre.
Tizlit-is ad d-tazzel yid-anegh ar melmi.
(Que sa chanson continue de couler avec nous, pour toujours.)
Ali Ideflawen — Ait Ferhat Ali
16 janvier 1957, Timizart (Tizi-Ouzou) — 28 juin 2026
Chanteur, auteur-compositeur-interprète, musicien — Membre fondateur du groupe Ideflawen
