Nour Cadour : « La poésie est un espace de liberté présent dans toutes les formes artistiques »

Poète, autrice, peintre et médecin, Nour Cadour revient dans cette interview pour nous parler de sa poésie et de ses projets d’avenir.

Bonjour Madame Nour Cadour. Nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com !
Merci à vous pour votre invitation et votre accueil.
C’est moi qui suis ravie !

Dans votre recueil intitulé Le silence pour son, vous introduisez chaque poème par « femme de », suivi d’une ville et d’un pays. Voulez-vous dire, à travers cette compilation de lieux et de géographies, que la femme, partout dans le monde, souffre de dominations dont la forme est différente mais pas la nature ?
Ce recueil est né surtout de rencontres et de constats lors de mes voyages. En discutant avec des femmes originaires de différents pays ou de différentes cultures, j’ai remarqué que nos problématiques silencieuses, en tant que femmes, étaient les mêmes.
J’ai eu l’envie de les interroger sur ces problématiques et d’en créer ensuite des poèmes. Le but était surtout de donner une voix à ces combats et à ces peines silencieuses sur les conditions féminines à travers le monde. D’où le titre Le silence pour son, édité par L’Échappée Belle éditions.

« Cerveau. Ils peuvent me voler tout mon corps,
mais ma tête,
Ils ne l’auront jamais. »

Dans ce joli poème extrait de votre recueil Le bleu de ma mer s’est enfui, vous décrivez la société contemporaine, qui réifie la femme. Mais Nour Cadour résiste et refuse cet ordre des choses, ce qui est manifeste dans votre poésie engagée. Que représente votre engagement féministe dans votre œuvre poétique ?
Mon engagement repose surtout sur ces problématiques que j’aime aborder : comment l’art est un acte de résistance en soi. Ce n’est pas pour rien que les premières personnes emprisonnées sous des régimes dictatoriaux sont les artistes.
J’aime aussi mettre la voix des femmes en avant, car je trouve que ce sont des personnes fortes et inspirantes. Leurs combats sont silencieux, d’où mon intérêt à les mettre en lumière dans ma littérature.
Dans Le bleu de la mer s’est enfui, il est question d’un couple (une poétesse et un cordonnier) qui organise la révolution en gravant des poèmes sous les semelles des chaussures des gens. C’est ainsi que la poésie – interdite dans ce pays – se transmet de pied en pied.

L’exil est aussi omniprésent dans votre poésie. Ceci est-il dû à votre vécu et à votre histoire familiale ?
Je suis née en France, mais je passais tous mes étés en Syrie. Mes deux parents syriens étaient venus en France dans les années 80 pour faire leurs études. Je suis donc imprégnée de cette double culture. Mes étés en Syrie font partie de mes plus beaux souvenirs d’enfance.
C’est par ce biais-là que la Syrie intervient dans mon écriture, car je pense que l’écriture tente de retrouver cet état vécu quand nous étions enfants. J’ai aussi vécu l’exil de mes parents. C’est en le vivant de l’extérieur que j’ai pu comprendre ce qu’ils ressentaient.

« Pieds. Notre résistance à nous
c’était
la poésie
et l’artisanat,
les mots
et la beauté. »

Dans cet extrait de votre recueil Le bleu de ma mer s’est enfui, vous liez la poésie à la résistance. La poésie pourra-t-elle nous servir d’espace propice pour lutter et éveiller les consciences ?
La poésie est un espace de liberté qui existe dans toutes les formes artistiques. La poésie se déploie grâce aux mots.
L’art, par sa force de persuasion – ou du moins d’expression d’une idée – et par la beauté qu’il apporte, est en soi un acte de résistance.

Nour Cadour portrait
Crédit photo: hopilalouve

Quels sont les poètes qui influencent votre écriture poétique ?
Il y en a beaucoup. Le premier poète qui a été décisif dans mon entrée en poésie est Mahmoud Darwich. Je l’ai découvert grâce à son recueil La terre nous est étroite. J’étais lycéenne, et je me souviendrai toujours de l’émotion que j’ai ressentie en le lisant.
Par la suite, de nombreux poètes ont continué de m’influencer. Pour en citer certaines et certains : Andrée Chedid, Etel Adnan, Alejandra Pizarnik, Adonis, René Philoctète, René Depestre, Thomas Vinau et Perrine Le Querrec.

Quel est pour vous le moment idéal pour écrire ?
Mon moment idéal est d’écrire le matin au réveil, ou après une heure de marche dans la nature, qui réveille les sens et la créativité.
Mais il peut aussi m’arriver d’écrire à tout moment de la journée, cela dépend de mon état intérieur.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Un recueil poétique bilingue français/arabe est à paraître en décembre prochain aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune, intitulé Bayt ou Habiter le poème. Le texte a été traduit par Moez Awled Ahmed.
J’ai fini d’écrire mon second roman et je suis en train de chercher un éditeur.
En parallèle, je poursuis l’écriture de deux recueils poétiques.

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions ! Un mot pour conclure ?
Le bruit de la poésie pousse en chacun de nous, laissez-vous bercer !

Entretien réalisé par Amar BENHAMOUCHE

Amar Benhamouche
Amar Benhamouche
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