Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Moraliser la dictature ? Le dernier mirage des faux démocrates kabyles
LA DICTATURE N’A PAS BESOIN DE CONSEILLERS, ELLE A DES MARIONNETTES. Réponse de Ferhat Mehenni au dernier plaidoyer en date pour une « moralisation » du pouvoir algérien.
Il existe, en Algérie, tout un registre de tribunes qui reviennent, à intervalles réguliers, exposer au pouvoir en place ce qu’il devrait faire pour se moraliser. Le vocabulaire varie selon les auteurs et les époques on parle tour à tour d’« audit » plutôt que de procès, de devoir de « lucidité », de nécessité de « libérer la parole », de dialogue national, de libération des détenus d’opinion comme préalable à toute « réanimation de la vie publique » mais la structure du propos, elle, ne change jamais.
Ce type de discours a ceci de particulier qu’il dénonce le système sans jamais le nommer comme adversaire irréconciliable. Il en appelle à des personnalités « indépendantes » agissant « dans la discrétion », à des cercles qui « prônent la mesure et la raison », à une génération sortante sommée de faire un dernier geste avant de quitter la scène. Il réclame des réformes, mais s’adresse, in fine, toujours au même interlocuteur : le pouvoir lui-même, à qui l’on demande, poliment, d’accepter de se réformer. C’est là toute l’ambiguïté : on habille en exigence démocratique ce qui reste, dans les faits, une offre de dialogue avec l’appareil qu’on prétend critiquer.
Cette ambiguïté n’est pas un hasard de style. Elle est le signe qu’il n’existe pas, en Algérie, de véritable opposition démocratique extérieure au système. Ceux qui se présentent comme tels, qu’ils soient d’anciens élus, des figures médiatiques ou des « cercles de réflexion », finissent toujours par retomber dans le même geste : solliciter le pouvoir, lui suggérer une méthode, espérer être associés à la manœuvre plutôt que de la combattre de l’extérieur. Ce ne sont pas des contre-pouvoirs : ce sont, sciemment ou non, des rouages du même système, chargés de lui donner, à intervalles réguliers, un visage présentable. Des marionnettes, quand bien même elles s’ignorent elles-mêmes comme telles.
C’est à ce discours récurrent, à sa dernière mouture en date, publiée ces derniers jours et reprise dans plusieurs colonnes, que répond, point par point, l’opinion de Ferhat Mehenni publiée ci-dessous. Le Président du gouvernement Kabyle en exil et par extension de la République Fédérale de Kabylie ne désigne personne. Il n’en a pas besoin : l’architecture du propos qu’il démonte se reconnaît d’elle-même.
OPINION
À propos des propositions de moralisation de la dictature algérienne par les pseudo-opposants kabyles : naïveté ou hypocrisie ?
Depuis les années 90, l’opposition constituée de « démocrates kabyles » ne cesse de prodiguer aux tenants de la dictature algérienne des conseils d’humanisation, de démocratisation et de respect des droits de l’homme, dans le but de préserver la « nation » et d’assurer un avenir radieux pour l’Algérie, tant sur le plan interne qu’externe.
Ces conseils, qui cachent souvent des offres de services individuelles, pèchent, à l’évidence, soit par naïveté, soit par hypocrisie. Le régime n’a de leçons à recevoir de personne : il a ses codes, ses objectifs et sa vision de son propre avenir. Il a à son service des analystes et des experts bien plus performants que tous ces démocrates de pacotille. En réalité, ces conseilleurs fantasment sur l’efficacité de leurs recettes. Ils cherchent davantage à être cooptés par le système en tant que « brillants seconds » qu’à œuvrer pour un quelconque bienfait pour l’avenir d’une nation à laquelle ils ne croient même pas.
Ainsi, lorsqu’ils conseillent la régionalisation, le fédéralisme ou les autonomies régionales, ils ne savent pas qu’ils n’expriment que des fantasmes kabyles d’une Algérie fraternelle, plurielle, démocratique, voire cerise sur le gâteau laïque, dont le régime se moque éperdument.
Alors, trêve de plaisanterie. Il n’y a aucune possibilité de réformer le pays de l’intérieur, et encore moins d’y faire admettre l’idée saugrenue d’une « refondation nationale ».
Il n’y a de solution pour la Kabylie et le peuple kabyle que dans son émancipation de la tutelle coloniale algérienne.
À bon entendeur.
Ferhat Mehenni
