Un silence médiatique sur la Kabylie dénoncé par un think tank israélien

Alors que la Kabylie fait de nouveau face à des incendies en juillet 2026, le rapprochement entre le mouvement indépendantiste kabyle et une partie de l’establishment politique et intellectuel israélien s’accélère. Think tanks (JISS), parlementaires de la Knesset, presse israélienne, et jusqu’à un appel direct de Ferhat Mehenni à l’État d’Israël.

Cet article recense, point par point, qui soutient la cause kabyle en Israël, pourquoi, et ce que l’on peut vérifier de façon indépendante derrière ces prises de position.

Vous y trouverez également la lecture qu’en fait le think tank israélien Human Face, et le texte intégral de l’appel de Mehenni à la communauté internationale.

Un silence médiatique sur la Kabylie dénoncé par un think tank israélien né du 7 octobre

Human Face a été fondé par Mikhael Nabeth, sociologue de formation installé en Israël depuis une vingtaine d’années, qui a créé ce think tank dans la foulée des massacres du 7 octobre 2023, avec pour vocation initiale de documenter et de faire connaître la réalité vécue par les Israéliens depuis les attaques du Hamas. C’est dans ce prolongement que Nabeth élargit aujourd’hui son propos à la situation kabyle. Pour lui, l’absence de couverture médiatique internationale de la région n’est pas un hasard : « La Kabylie est ravagée par des incendies, sans la moindre intervention de l’Algérie, et sans aucun relais médiatique car le pillage des ressources, la colonisation et l’autodétermination constituent un capital émotionnel verrouillé au service de la victimisation palestiniste. » Cette lecture, qui met en cause à la fois l’inaction des autorités algériennes et la place disproportionnée occupée par d’autres causes régionales dans l’agenda médiatique international, résume l’argument central des soutiens de la cause kabyle : la région subirait une forme d’invisibilisation qui la prive de solidarité internationale au moment même où elle en aurait le plus besoin. Cette affirmation reste une prise de position engagée, et non un constat consensuel.

human face kabylie Kabyle.com

Un récit historique mobilisé par une partie du mouvement kabyle

Une partie des militants et sympathisants kabyles inscrivent les vagues d’incendies récurrentes dans une lecture historique de longue durée : ils y voient une répétition de ce qu’ils présentent comme la « conquête incendiaire » des tribus arabes des Banu Hilal, qui ont envahi l’Afrique du Nord berbère au XIᵉ siècle, période à laquelle certains récits, y compris anciens, associent l’usage du feu comme arme de conquête et de destruction des terres cultivées. Ce parallèle, largement diffusé dans le discours identitaire et indépendantiste kabyle, fait des incendies un symbole de continuité entre une domination arabe ancienne et l’État algérien actuel, perçu par ses opposants comme son héritier direct. Il s’agit toutefois d’une lecture politique et mémorielle, portée par une partie du mouvement kabyle, et non d’une explication factuelle établie des incendies contemporains, dont l’origine, climatique, accidentelle ou volontaire, n’a pas été déterminée par une enquête indépendante.

Une reconnaissance qui se construit pas à pas

Depuis la proclamation symbolique de l’indépendance de la Kabylie par le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), le 14 décembre 2025 à Paris, plusieurs relais israéliens ont pris publiquement position en faveur de la reconnaissance de la Kabylie. Le Jerusalem Institute for Strategy and Security (JISS), centre de réflexion influent, a publié une analyse invitant Israël à dépasser sa « réserve attentiste » pour apporter un soutien politique de principe au droit du peuple kabyle à l’autodétermination, susceptible d’évoluer vers une reconnaissance formelle. Le Dr Emmanuel Navon, spécialiste des relations internationales, a défendu une position similaire, plaidant pour qu’Israël se positionne comme un soutien aux mouvements de libération nationale non violents au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Sur le plan parlementaire, un député de la Knesset, Amit Halevi Illouz, a inscrit une proposition visant à étudier la reconnaissance de l’indépendance kabyle, présentant la Kabylie comme alliée du Maroc face à l’Algérie, qu’il a qualifiée de faisant partie de « l’axe du mal iranien ». Il a également affirmé que le peuple kabyle avait manifesté en soutien aux Israéliens après le 7 octobre 2023, plutôt qu’en soutien au Hamas : une affirmation qui reflète son propre positionnement politique plus qu’un constat sociologique vérifié sur l’ensemble de la population kabyle.

Un rapprochement cultivé de longue date par Ferhat Mehenni

Ferhat Mehenni, président du Gouvernement kabyle en exil et fondateur du MAK, a cultivé ce rapprochement depuis plus d’une décennie, se rendant en Israël dès 2012 et accordant plusieurs entretiens à la presse israélienne, notamment au Times of Israel. Il y présente le soutien à Israël comme une « position morale » du mouvement kabyle, découlant selon lui du rejet du terrorisme et de la discrimination, et cite le modèle de construction de l’État israélien comme source d’inspiration pour un futur État kabyle. Le MAK a également mis en avant des manifestations de soutien à Israël organisées en Kabylie après le 7 octobre 2023, ainsi qu’une manifestation contre l’antisémitisme à Paris en janvier 2025, à l’initiative de la Ligue Kabyle des Droits de l’Homme.

Certains commentateurs israéliens présentent ce rapprochement comme une opportunité stratégique : un article publié sur le site JForum décrit la Kabylie comme un allié potentiel d’Israël dans le monde arabe, soulignant qu’une partie de la population kabyle se reconnaît dans le récit israélien d’une minorité non arabe aspirant à l’autodétermination dans un environnement perçu comme hostile.

Face aux incendies, un soutien israélien mis en avant par les militants kabyles

Au-delà du soutien diplomatique et politique évoqué, les soutiens de la cause kabyle mettent aujourd’hui en avant Israël comme l’un des rares acteurs internationaux disposés à répondre concrètement à l’urgence des incendies. C’est explicitement la démarche de Ferhat Mehenni, qui a adressé un appel direct à l’État d’Israël, aux côtés du Maroc, de la France, des États-Unis et de l’Union européenne, pour obtenir une assistance aérienne et humanitaire face aux feux qui touchent le pays et la nation kabyle. Pour les partisans du MAK, ce geste illustre la cohérence du rapprochement kabylo-israélien : là où l’Algérie serait défaillante, Israël serait présenté comme un partenaire potentiel capable et disposé à agir.

Cette présentation reste toutefois celle des soutiens du mouvement kabyle. Les autorités algériennes rejettent catégoriquement l’idée d’une politique d’« occupation » ou de « colonisation » de la Kabylie.

Ce que l’on peut dire avec certitude

  • Le soutien de responsables et de think tanks israéliens (JISS, Dr Emmanuel Navon, le député Amit Halevi Illouz à la Knesset) à la reconnaissance de l’indépendance kabyle est réel et documenté publiquement.
  • Ferhat Mehenni et le MAK affichent depuis plus de dix ans un rapprochement assumé avec Israël, relayé par la presse israélienne elle-même, et ont explicitement sollicité une aide israélienne face aux incendies de 2026.
  • La lecture selon laquelle la cause kabyle serait délibérément écartée de l’agenda médiatique international au profit d’autres causes régionales est une thèse défendue par des soutiens du mouvement kabyle, non un constat établi de façon indépendante.
  • Le parallèle établi par une partie des militants kabyles entre les incendies actuels et la « conquête incendiaire » des Banu Hilal au Moyen Âge relève d’un récit identitaire et mémoriel.

Annexe : l’appel de Ferhat Mehenni à la communauté internationale, incluant Israël

Le 20 juillet 2026, Ferhat Mehenni a publié un appel dans lequel il sollicite notamment une intervention d’Israël aux côtés du Maroc, de la France, des États-Unis et de l’Union européenne, un nouveau signe de ce rapprochement. Il s’agit d’une déclaration politique qui reflète le point de vue de son auteur, notamment lorsqu’il impute aux services algériens un rôle dans le déclenchement d’incendies en Kabylie.

APPEL URGENT AUX DÉMOCRATIES DU MONDE

Moi, Ferhat Mehenni, Président du Gouvernement kabyle en exil,

Face à la gravité extrême des incendies qui ravagent actuellement la Kabylie ; Face à l’absence manifeste et profondément préoccupante d’une réponse adéquate des autorités algériennes ; Face au risque imminent d’un embrasement généralisé menaçant des villages entiers ainsi que la vie de milliers de citoyens kabyles ; Face au danger d’une catastrophe écologique majeure pouvant s’apparenter à un écocide, avec des conséquences humaines potentiellement dramatiques ; Face au risque d’un exode massif du peuple kabyle, déjà amorcé sous l’effet d’une politique d’occupation des terres kabyles menée par l’État algérien ; Face, enfin, aux éléments récurrents qui, selon moi, mettent en cause l’implication passée et présente de certains services algériens dans le déclenchement de ces incendies,

Je lance un appel urgent et solennel à la communauté internationale.

J’en appelle à tous les États disposant des moyens techniques, logistiques et aériens nécessaires pour intervenir efficacement contre ces incendies, afin de porter assistance aux populations kabyles en détresse.

J’adresse plus particulièrement cet appel au Royaume du Maroc, à l’État d’Israël, à la France, aux États-Unis d’Amérique, ainsi qu’à l’Union européenne, afin qu’ils mobilisent, dans les plus brefs délais, une assistance humanitaire, technique et aérienne susceptible de contribuer à contenir puis à éteindre les feux qui dévastent la Kabylie.

Il en va de la protection de vies humaines, de la préservation d’un territoire, ainsi que de la sauvegarde d’un patrimoine naturel, historique et culturel inestimable.

J’appelle également les organisations internationales compétentes et les gouvernements attachés aux valeurs universelles de solidarité, de protection des populations civiles et de défense de l’environnement à agir sans délai afin d’éviter qu’une tragédie humaine et écologique d’une ampleur irréversible ne se déroule dans un silence coupable.

— Ferhat Mehenni, président du Gouvernement kabyle en exil


Questions fréquentes

Pourquoi Israël soutient-il l’indépendance de la Kabylie ? Une partie de l’establishment politique et intellectuel israélien (le think tank JISS, le chercheur Emmanuel Navon, le député de la Knesset Amit Halevi Illouz) présente ce soutien comme cohérent avec une doctrine de soutien aux mouvements de libération nationale non violents, et comme un levier stratégique face à l’Algérie, alliée du Polisario et donc opposée au Maroc, partenaire d’Israël dans les accords d’Abraham.

Qui est Mikhael Nabeth ? Sociologue de formation installé en Israël depuis une vingtaine d’années, il a fondé le think tank Human Face au lendemain des massacres du 7 octobre 2023. Il élargit aujourd’hui son propos à la situation kabyle, qu’il juge invisibilisée par les médias internationaux.

Ferhat Mehenni a-t-il obtenu un soutien officiel d’Israël ? À ce jour, Israël n’a pas formellement reconnu l’indépendance de la Kabylie. Le soutien documenté provient de think tanks, de commentateurs et d’un député isolé à la Knesset, pas d’une décision gouvernementale officielle.

Que demande Ferhat Mehenni à Israël concernant les incendies de 2026 ? Dans son appel du 20 juillet 2026, il sollicite une assistance humanitaire, technique et aérienne pour aider à contenir les feux qui touchent la Kabylie, aux côtés du Maroc, de la France, des États-Unis et de l’Union européenne.

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