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« Kidnapping d’État » : le journaliste Mourad Aït Mimou derrière les barreaux pour avoir filmé la colère kabyle
Le journaliste et blogueur kabyle Mourad Aït Mimou a été placé sous mandat de dépôt cette semaine par le juge d’instruction du tribunal d’Azazga, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Il est poursuivi pour « apologie du terrorisme », « atteinte aux symboles de l’État » et « diffusion de discours de haine » — un cortège de chefs d’accusation lourds pour un homme dont le seul « crime » semble être d’avoir informé et donné la parole à des citoyens.
Une arrestation aux allures d’enlèvement
Les faits remontent au mardi 7 juillet. Mourad Ait Mimoun se trouvait à la cafétéria Kessi, en face de la cité universitaire Hasnaoua, à Tizi Ouzou, lorsque des agents en civil l’ont interpellé. Selon des témoignages recueillis par plusieurs organisations, dont le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et l’ONG Riposte Internationale, il a été embarqué dans un véhicule sans plaque d’immatriculation et conduit au commissariat d’Azazga, à une trentaine de kilomètres à l’est de Tizi Ouzou.
Ni convocation, ni mandat, ni communiqué officiel : dans les heures qui ont suivi, ses proches et ses confrères n’ont pu obtenir aucune information sur le lieu de sa détention ni sur les motifs de son interpellation. Riposte Internationale a dénoncé ce qu’elle qualifie d’« enlèvement », estimant que ce mode opératoire « n’est plus une arrestation » mais relève du « kidnapping d’État ». Ses téléphones ont par ailleurs été saisis et transmis au service central de lutte contre la cybercriminalité.
Deux affaires qui se recoupent
Les informations disponibles convergent vers deux éléments déclencheurs, qui ne s’excluent pas l’un l’autre.
D’une part, plusieurs sources évoquent des publications de Mourad Ait Mimoun sur son compte Facebook, suivi par plus de 75 000 abonnés,, critiques envers les élections législatives du 2 juillet dernier, marquées par un taux d’abstention historiquement élevé.
D’autre part, le journaliste avait diffusé des images tournées le 25 juin lors d’un rassemblement sur la tombe de Lounès Matoub, où des participants scandaient des slogans hostiles au pouvoir « Pouvoir Assassin ». C’est cette diffusion qui, pour ses proches, expliquerait plus directement les poursuites pour « apologie du terrorisme » , une qualification rendue possible par l’élargissement de l’article 87 bis du code pénal, modifié en 2021 en pleine pandémie et sans réel débat public.
Dans les deux cas, le constat est le même : rendre compte de faits publics et donner à voir l’expression populaire y est traité comme un délit.
Un parcours marqué par l’indépendance
Originaire de la région des Ath Jennad, Mourad Ait Mimoun a débuté à la radio locale de Tizi Ouzou en 2011, avant de rejoindre Dzaïr TV, chaîne appartenant à Ali Haddad, où il animait l’émission en kabyle « Tizi n Wassa ». Il s’y était fait remarquer par son audace, invitant sur son plateau des militants du MAK ainsi que des chanteurs engagés rarement présents sur les chaînes algériennes, à l’image d’Ali Ideflawen.
Après la fermeture de Dzaïr TV consécutive à la chute d’Ali Haddad, il avait déjà été arrêté une première fois en 2019, avant de poursuivre son travail en indépendant, principalement sur les réseaux sociaux. Il avait notamment organisé une émission donnant la parole à plusieurs candidats aux législatives du 12 juin, tout en assumant des positions personnelles nuancées sur le vote, plaidant pour la participation plutôt que le boycott afin de « gagner davantage d’espaces d’expression ».
Une mobilisation qui s’organise
Un collectif d’avocats s’est constitué à Tizi Ouzou pour assurer sa défense. Le CPJ a exigé sa libération immédiate, sa directrice régionale rappelant que les autorités algériennes doivent « permettre à la presse de travailler librement, sans crainte d’arrestation ni de représailles ». Selon les données de l’organisation, au moins sept journalistes sont actuellement emprisonnés en Algérie en lien avec leur travail.
Au-delà des clivages idéologiques que ce dossier peut susciter, c’est un principe simple qui est en jeu : le droit d’informer, de filmer, de relater ce qui se passe dans l’espace public, sans craindre la prison. La détention de Mourad Ait Mimoun s’inscrit dans une série d’affaires similaires visant des voix critiques en Kabylie et ailleurs en Algérie, et rappelle, une fois de plus, l’urgence d’obtenir la libération de tous les détenus d’opinion.
