Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Kabylie : nouvelle vague d’arrestations et étouffement de l’espace civique
Ces derniers jours, plusieurs comptes militants kabyles ont fait état d’une nouvelle série d’arrestations touchant des figures du tissu associatif et syndical de la région de Bgayet (Béjaïa).
Mohand Arezki Bouredji, directeur d’école à Chemini et président du syndicat des directeurs d’écoles de la wilaya, aurait été interpellé à son domicile. Il rejoignait ainsi deux autres hommes signalés comme arrêtés dans les jours précédents : Malek Sebahi, militant des droits de l’homme installé à Bgayet-ville, et Mabrouk Tabti, originaire du village d’Ighrem. Les trois partageraient une proximité avec le Forum socialiste, la tendance dissidente du Front des forces socialistes (FFS).
Ils ont depuis été entendus par le juge d’instruction du tribunal d’Akbou. Malek Sebahi aurait bénéficié d’un non-lieu, tandis que Bouredji et Tabti resteraient sous contrôle judiciaire. Un soulagement, disent leurs proches, même si beaucoup rappellent que d’autres restent aujourd’hui poursuivis ou emprisonnés pour des faits liés à leur engagement militant ou syndical, et que ce soulagement reste partiel tant que ces dossiers ne sont pas eux aussi refermés.
La dissolution du CNAPESTE, un coup dur pour le syndicalisme enseignant
Dans la foulée, la dissolution du Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (CNAPESTE) a été annoncée, une décision qui touche notamment des figures comme Brahim Bennadji. Ce syndicat vient allonger une liste déjà longue d’organisations dissoutes ou mises en difficulté ces dernières années en Algérie : partis politiques, Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, associations diverses, auxquelles s’ajoutent des poursuites répétées contre des journalistes et des syndicalistes. Pour les défenseurs des libertés publiques, c’est un espace de contestation qui se referme un peu plus, difficilement conciliable avec l’idée même de pluralisme politique et d’indépendance de la justice.
Le chanteur Oulahlou est cité dans ce même climat : plusieurs voix militantes affirment qu’il ne peut plus se produire sur scène ni voyager, une situation qu’elles présentent comme emblématique des restrictions pesant sur la liberté d’expression et de création en Kabylie.
Le retour de Saïd Sadi divise encore plus les Kabyles
L’annonce du retour de Saïd Sadi sur le devant de la scène suscite des réactions vives dans une partie du mouvement kabyle. Certains militants lui reprochent d’avoir engagé, ces dernières années, des procédures judiciaires en France contre des opposants et des militants kabyles, ainsi que contre le média Kabyle.com. C’est une démarche qu’ils jugent avoir davantage nourri les divisions internes qu’elle n’a servi une cause commune. D’autres s’interrogent sur la nature de son séjour à l’étranger, estimant qu’une personne ayant pu circuler librement entre l’Algérie et la France ne vit pas le même exil que ceux qui, pendant des années, n’ont pas pu rentrer chez eux.
Ces critiques ne font toutefois pas l’unanimité : Saïd Sadi garde des soutiens, pour qui son rôle dans la structuration politique et médiatique de la Kabylie depuis les années 1980 reste indissociable du débat sur son retour. Ses détracteurs, eux, pointent surtout l’opacité qui entoure une partie de son parcours, alliances passées, déplacements, réseaux d’influence restent mal documentés, un flou qu’ils interprètent comme un motif de méfiance supplémentaire plutôt que comme un hasard.
L’ASEK interpelle l’Allemagne sur les droits humains en Algérie
Quelques jours avant que l’Allemagne ne reçoive le président algérien Abdelmadjid Tebboune, l’Association Solidarité Europe-Kabylie (ASEK), basée en Suisse, a adressé une lettre au président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier. Elle y demande une attention particulière à la dégradation des droits humains en Algérie, dénonçant les poursuites visant les militants pacifiques, les défenseurs des droits humains et les journalistes, et appelant à la libération des personnes détenues pour leurs opinions politiques.
Dans ce courrier daté du 11 juillet 2026, l’ASEK met en regard les appels du chef de l’État allemand en faveur de la démocratie et la situation algérienne, où, selon elle, « un tel appel conduit à l’emprisonnement ». L’association décrit le peuple kabyle comme « l’un des plus anciens peuples de l’espace méditerranéen », confronté selon elle à un effacement progressif de sa langue et de sa culture. Elle cite en particulier le cas des prisonniers kabyles et des défenseurs des droits humains, enseignants, retraités, journalistes, militants pacifiques, ainsi que celui du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie.
« Les droits de l’homme sont universels et indivisibles », rappelle l’ASEK dans sa lettre, en invitant le président allemand à soutenir la liberté d’expression, l’engagement politique pacifique et le droit à un procès équitable. Le courrier est signé par Masin At Aamar, au nom de l’association.
L’autodétermination, toujours en toile de fond
Pour les milieux militants qui relaient ces différents épisodes, les arrestations, la dissolution du CNAPESTE, l’empêchement d’Oulahlou, les divisions autour du retour de Sadi, l’appel de l’ASEK, tout converge vers une même conclusion : celle de l’autodétermination de la Kabylie, présentée comme la seule issue face à ce qu’ils appellent une « administration coloniale algérienne ».
C’est une position portée par les mouvements kabyles indépendantistes, au premier rang desquels le MAK ; elle reste contestée par l’État algérien et ne fait pas l’objet d’une reconnaissance sur le plan international, mais elle continue de structurer le discours d’une partie de la diaspora et des militants sur place, pour qui la question dépasse désormais les frontières de Kabylie, effacée, annihilée administrativement et regarde aussi la communauté internationale.
