Un rap kabyle circule et frappe fort

Un morceau intitulé « Kabyle Freedom » dont le refrain, « Dégage colon », donne le ton circule depuis peu sur les réseaux, remonté et sous-titré par Aatman Trisiti, qui en a assuré la diffusion et la traduction pour toucher un public plus large que celui de la seule sphère kabylophone. Le travail de sous-titrage n’est pas un détail : c’est souvent ce qui permet à ce genre de texte de sortir du cercle des militants pour atteindre la diaspora et un public francophone plus large.

Le texte ne fait pas dans la nuance, et ce n’est pas son objectif : c’est un rap de combat, dans une tradition musicale qui traverse tous les mouvements identitaires et indépendantistes, où la chanson sert d’abord à condenser une mémoire collective en quelques minutes. On y retrouve les repères qui structurent le récit kabyle de ces cinquante dernières années : le Printemps berbère de 1980, quand les autorités avaient réprimé les manifestations culturelles et linguistiques en Kabylie ; le Printemps noir de 2001, des émeutes qui avaient fait plus d’une centaine de morts dans la région après la mort d’un jeune en garde à parole; et l’assassinat, en 1998, du chanteur Lounès Matoub, figure tutélaire de la cause kabyle dont la mort continue, aujourd’hui encore, à hanter les textes qui s’en réclament.

Le morceau assume une revendication maximaliste : l’indépendance pure et simple, sous forme de « république kabyle, libre, laïque, souveraine » et une adresse frontale à l’État algérien, désigné tour à tour comme « colon » et comme régime hérité de la colonisation plutôt que d’une rupture avec elle. C’est une lecture de l’histoire propre aux mouvements indépendantistes comme le MAK et le CNK, que l’État algérien rejette et que la version officielle de l’histoire nationale contredit frontalement ; de même, la mort de Matoub Lounès, officiellement attribuée à un groupe armé islamiste, reste depuis presque trente ans un point de désaccord profond entre le récit officiel et une bonne partie de l’opinion kabyle, qui y voit des zones d’ombre jamais éclaircies.

Rien de tout cela n’est nouveau dans le paysage musical kabyle, où la chanson engagée a toujours occupé une place centrale : de Matoub Lounès justement à Ferhat Imazighen Imula. Ce qui change, c’est le format : un texte court, rythmé, taillé pour circuler en quelques secondes sur un fil d’actualité, porté ici par le partage et le sous-titrage d’Aatman Trisiti, qui lui donne une seconde vie au-delà de sa publication d’origine.

KABYLE FREEDOM « Dégage colon de ma Kabylie »

Je suis kabyle et je ne me tais plus

J’ai pas de patrie algérienne

J’ai une nation qui n’en peut plus

Tu m’as colonisé en 62, quand la France a plié bagage

T’as remplacé le drapeau, mais t’as gardé la même rage

Tu parles d’Algérie « une et indivisible »

Moi, je vois un cachot où mon peuple est la cible

T’as volé mon nom, t’as nié mon existence

Maintenant, je veux ma terre, mon état, mon indépendance !

Refrain :

Dégage colon, la Kabylie n’est pas à toi !

On va bâtir notre pays sans tes lois, sans tes rois !

Régime criminel, tes mains découlent de sang !

Chaque martyr kabyle a signé ton jugement !

Printemps berbère 80, tu nous as gazés, matraqués

Printemps noir 2001, tu nous as tirés, massacrés

Tu crois qu’on oublie ? La mémoire, ça ne s’achète pas

Tu remplis tes prisons de nos frères, de nos sœurs

Parce qu’on dit Anavad, parce qu’on veut sortir de la peur

Tu traites le MAK de terroriste pour cacher ta terreur

Mais le vrai terroriste, c’est ton uniforme, c’est ta rancœur !

(Refrain)

Assez de tes mensonges, assez de ton mépris

On ne veut plus de ton drapeau, on veut notre propre pays

Une république kabyle, libre, laïque, souveraine

Où mes enfants parleront taqbaylit sans qu’on les enchaîne !

Ton système est pourri, ta justice est un fusil

Tes juges condamnent l’innocent, tes généraux sont séniles

Tu as tué Matoub, tu as tué la vérité

Mais tu ne tueras jamais la volonté d’être libéré !

C’est un militant qui te parle, pas un soumis qui se couche

On arrachera notre liberté même s’il faut qu’on vous touche !

De l’Atlas jusqu’à la mer, une seule voix va monter :

Vive l’État kabyle libre, et que ton régime tombe pour l’éternité !

(Refrain)

La Kabylie sera libre, avec ou sans toi !

Rédaction Kabyle.com
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