Lettre aux consciences – Pour qu’ils ne soient pas oubliés

Mesdames, Messieurs,

Je ne viens pas parler de politique,

je viens parler d’humanité.

Je parle aujourd’hui au nom de ceux qu’on ne voit plus,

de ceux dont on tait le nom,

de ceux qu’on enferme pour avoir voulu être libres.

En Kabylie, des centaines d’hommes et de femmes sont derrière les barreaux.

Leur crime ?

Avoir parlé, avoir espéré, avoir porté un drapeau, un mot, une idée.

Ils ne sont ni violents, ni coupables.

Ils sont simplement coupables d’exister autrement

Combien faudra-t-il de prisonniers pour que le monde comprenne ?

Combien de mères en pleurs avant qu’un seul journaliste s’indigne ?

Combien de familles détruites avant qu’une seule voix politique ose dire : assez ?

Je sais ce que c’est.

Moi aussi, j’ai connu ces murs,

ce silence qui te ronge,

cette solitude qui t’éteint lentement.

J’ai connu les nuits où l’on doute,

où l’on se sent coupable sans savoir de quoi,

où l’on finit par s’excuser d’exister.

Et pourtant, au milieu de la peur,

j’ai vu la dignité.

Dans chaque cellule, il y a un homme debout,

même quand tout l’invite à se courber.

Dans chaque larme, il y a une montagne qui résiste.

Ces prisonniers sont les témoins d’un peuple qu’on veut effacer,

mais qu’on ne pourra jamais faire taire.

Leur silence forcé est une parole qui traverse les murs.

Et si je parle aujourd’hui,

c’est pour qu’ils ne disparaissent pas une seconde fois —

d’abord enfermés par le régime,

puis oubliés par le monde.

Chaque jour, des mères écrivent des lettres qu’elles ne savent pas si on lira.

Des enfants attendent une visite,

des épouses guettent un appel,

des familles se battent contre la honte qu’on leur impose.

Ce drame n’est pas seulement politique :

il est humain, universel, insupportable.

Alors, je vous demande simplement d’écouter.

D’entendre cette détresse qui n’a pas de porte-parole.

De comprendre que la prison, là-bas,

n’enferme pas que des individus,

mais toute une société qui refuse de se soumettre.

Mon combat n’a plus qu’un seul sens : celui de leur liberté.

Je l’ai dit et je le répète :

le jour où le dernier détenu politique kabyle sortira de prison,

je quitterai la politique, les réseaux, la colère.

Ce jour-là, je retrouverai le silence —

le vrai, celui de la paix retrouvée.

Mais pour l’instant,

ma voix leur appartient.

Et tant qu’il y aura un homme injustement enfermé,

je parlerai.

Parce qu’on ne se libère pas seul.

Parce qu’un peuple sans mémoire devient un peuple sans avenir.

Et parce qu’au fond de chaque cellule,

il y a encore une flamme —

celle d’un peuple qui n’a pas dit son dernier mot.

Maréchal.

Rédaction Kabyle.com
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