Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Gouiri sourit, Enzo Zidane parade, et la Kabylie s’éteint doucement
Gouiri sourit.
Il brandit le drapeau vert et blanc, la main sur le cœur, les dents bien blanches sous les flashs.
Les ministres applaudissent, les réseaux s’enflamment, et tout le monde répète en chœur :
“Quel beau symbole d’unité nationale !”
Pendant ce temps, la Kabylie — la vraie, celle des villages et des sources — se vide.
Les anciens partent dans le silence, les jeunes s’exilent, les écoles ferment, et les voix libres se taisent.
Tamazight se murmure encore, mais à voix basse, comme une prière qu’on n’ose plus dire.
Mais Gouiri, lui, rayonne.
Il “retrouve ses racines”.
On ne lui en veut pas : il ne sait pas qu’il foule une terre où parler la langue de sa mère peut encore valoir un délit.
Il croit jouer pour un pays.
En vérité, il joue pour une façade.
Et voici qu’arrive Enzo Zidane, en visite “symbolique” à Tizi Ouzou.
Un Zidane à Tizi — quelle ironie !
Pendant que les caméras capturent son sourire, les stades kabyles s’écroulent.
Plus de pelouse, plus de moyens, plus de rêves.
L’ancien coach de la JSK est en prison.
Le journaliste sportif français Christophe Gleizes aussi, pour avoir voulu décrire la réalité d’un club devenu fantôme.
Mais tout cela n’intéresse personne : mieux vaut filmer les sourires, les poignées de main, les symboles creux.
La Kabylie n’existe plus que comme décor exotique à la gloire des autres.
Ils n’osent jamais dire “Kabyle” à la télévision, mais ils n’oublient jamais d’en voler l’image quand il faut séduire la diaspora.
Oui, la Kabylie s’éteint.
Mais elle meurt debout.
Et il nous reste un seul drapeau : le Z amazigh, rouge vif sur fond jaune et bleu.
Pas celui des t-shirts à la mode, mais celui qu’on porte à l’intérieur, là où la mémoire brûle.
Pendant qu’ils paradent sous leur drapeau kourougli,
nous gardons le nôtre — celui de la dignité, de la langue, de la promesse.
Celui qui ne cherche pas la gloire, mais la vérité.
Qu’ils jouent, qu’ils signent, qu’ils chantent des hymnes qu’ils ne comprennent même pas.
Nous, on rêve encore d’une autre équipe :
l’équipe nationale kabyle — celle du courage, de la fidélité et de la liberté.
Pas besoin de FIFA, pas besoin de millions.
Juste un ballon, un peuple, et un symbole.
Et peut-être, un jour, un chant.
Un vrai.
En kabyle.
Pour que le monde se souvienne qu’avant tous les drapeaux,
il y avait la dignité d’un peuple libre.
Yufitran
Illustration IA — usage artistique et satirique
