Stop à l'humilitation, agissons !
Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Les serres du silence : un aller pour Ténérife, un retour vers l’abîme
Autorisée à gagner les îles Canaries pour un congrès dont la légitimité même prête au soupçon, Kamira Naït Sid a cru toucher du doigt cet intervalle de liberté que l’on nomme, par euphémisme, « une permission de voyager ». Mais l’horizon s’est refermé comme une trappe : dès son retour, l’étau sécuritaire s’est resserré sur elle, broyant le mirage d’une exception.
Car comment ne pas s’interroger ? Tandis que des milliers de citoyens demeurent cloués au sol, passeports confisqués, interdit de tout mouvement, elle, Kamira, a franchi les portes de l’Atlantique. Faveur tactique ? Leurre savamment distillé ? À moins qu’il ne s’agisse là d’un jeu cruel, d’une provocation ourdie par ceux qui détiennent le bâton du soupçon et la carotte de l’amnistie. À peine rentrée, les serres de l’appareil répressif se referment : convocation, surveillance, silence imposé. Était-elle vraiment libre ? Jouissait-elle, ne fût-ce qu’un instant, de ses droits civiques les plus élémentaires ? Ou n’était-elle qu’une figurante inconsciente dans une mise en scène destinée à éprouver, humilier et finalement punir ?
Ce congrès des Canaries — congrès improvisé, fantoche aux ordres d’une junte militaire qui ne supporte plus la lumière du véritable CMA — n’a-t-il pas, en réalité, servi les desseins du pouvoir ? Un exutoire, une soupape, un leurre pour mieux désavouer ensuite celle qui a osé s’en saisir ? Car la logique est impitoyable : celui que l’on autorise à sortir alors que tous sont prisonniers devient, par ce privilège même, un coupable désigné. Son départ est une provocation ; son retour, un aveu.
Reste enfin une hypothèse plus inquiétante encore, tant elle dévoile la corruption morale du système : un Kabyle « repenti » aurait-il bénéficié d’une amnistie gracieusement offerte par ce gouvernement mafieux qui, en Algérie, a érigé le chantage en art d’État ? Mais à quel prix ? Contre quelle allégeance ? Et pour quelle liberté — celle, dérisoire, de marcher un jour dans l’archipel, pour mieux retrouver, au pays, la prison dorée du silence ?
Kamira Naït Sid n’est plus une militante : elle est une question vivante posée à la conscience collective. Une question que l’on étouffe sous les dossiers administratifs, les assignations à résidence, les ricanements des séides. Mais une question, tant qu’elle n’a pas de réponse, finit toujours par déchirer le voile.
Boualem Afir.
