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Sarah Attat : « L’art porte en lui l’engagement et la poésie ne fait pas exception »
Poète franco-marocaine, Sarah Attat revient dans cette interview pour nous parler de poésie de son nouveau recueil de poésie ‘L’amie de son cœur’ publié aux éditions Mindset.
Bonjour Madame Sarah Attat, nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com ! Qui êtes-vous Madame Sarah Attat ?
Bonjour Amar, merci infiniment de m’avoir proposé cette interview.
Mais qui suis-je au fond ? C’est une vaste question…
Je me nomme Sarah Attat, née en région parisienne, presque à la fin des années 80. C’est d’ailleurs la même année où Michael Jackson sortira l’album BAD, qui a bercé mon enfance.
Mais si je devais me résumer, je dirais : je suis une Terrienne, amoureuse des mots et c’est pour cela que j’ai sorti mon recueil de poèmes et de pensées « L’amie de son cœur ».
Comment êtes-vous arrivée à la poésie ?
Je me souviens quand j’étais enfant, j’essayais d’imiter les romancières à succès de l’époque. Avec la fameuse recette : « une maison luxueuse, des invités triés sur le volet, une disparition puis un crime ».
Petite, j’adorais l’intrigue.
Plus tard, dans la vingtaine, j’avais besoin de coucher un mal-être à l’écrit. Doucement, en rassemblant mes textes, j’ai eu envie à travers les mots, de provoquer chez l’autre de puissantes émotions et de laisser exprimer les miennes.
Comment vous définissez le « poète » ?
Le poète est pour moi, un être doté d’une sensibilité et d’une plume aiguisée.
Capable ainsi de dénoncer tout ce qu’il juge d’injuste.
Un être capable de livrer au monde : ses envies, ses peurs, ses doutes. Tout ce qu’il
renferme à l’intérieur de lui, de plus beau, et de plus sombre.
C’est un cœur vibrant à l’unisson « un poète ».
Est-ce l’influence de votre double culture, franco-marocaine, qui a contribué à la construction de votre propre univers poétique ?
Bien sûr, la double culture Franco-marocaine est une source intarissable d’inspiration, pour mon univers poétique.
La beauté de ma langue maternelle s’accorde parfaitement à l’univers de la poésie de l’Afrique du Nord (Maghreb), et même du Moyen-Orient. On y retrouve la musicalité, la poésie chantée et transmise par l’oralité. Un imaginaire fertile qui dépasse les frontières.
Je me retrouve aussi beaucoup dans la poésie Arabo-andalouse. Avant même d’en lire, j’en ressentais les émanations quand j’écrivais mes textes. Cela ne s’explique pas.
Que pensez-vous de la place de la poésie en France et au Maroc ?
Pour moi, en France, la poésie n’a pas la place qu’elle devrait avoir. On nous fait apprendre par cœur des textes, sans en comprendre la saveur. Puis on l’oublie durant de nombreuses années, et elle revient à l’âge adulte comme un boomerang.
Je l’ai vécu ainsi.
Pour le Maroc, j’ai lu des poèmes engagés mêlant la fierté d’un territoire à la rage, et à la nostalgie. Une grande force dans les mots. Une émotion qui vous saisit au corps. J’ai découvert Addellatif Laâbi, Mririda n’Ait Attik etc…
Ils décrivent bien la souffrance infligée par l’ennemi (aussi bien en dehors de son clan et à l’intérieur).
Un combat de chaque instant, une liberté volée à l’arraché. Je suis admirative de ces êtres engagés.
De nos jours, est-ce que la poésie peut influencer dans le monde ?
L’art porte en lui l’engagement et la poésie ne fait pas exception.
Car un texte bien écrit peut convaincre n’importe quelle assemblée.
Les mots peuvent s’infuser comme dans un verre de thé. Et entraîner alors, des répercussions sur plusieurs années.
La poésie peut être savoureuse puis amère au moment où l’on s’y attend le moins. C’est l’ADN du poète.
L’écriture est une arme ; elle prend sa source dans l’éloquence.
Quels sont les poètes qui influencent votre écriture poétique ?
Mon influence poétique ne s’inspire pas que « des poètes et des poétesses ».
Mon fleuve intérieur navigue aussi bien dans les eaux de : Marguerite Duras, Françoise Sagan, Ibn Zaydoun la poésie Arabo-andalouse me chavire, la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès. Liste non-exhaustive.
Quel est pour vous le moment idéal pour écrire ?
Mon moment idéal pour écrire, c’est généralement le soir ou en fin d’après-midi.
Mais à vrai dire, l’écriture peut survenir n’importe quand, l’essentiel, est d’en extraire le meilleur.
Vos poèmes sont accompagnés par quelques illustrations. Pensez-vous que la peinture et la poésie vont de pair ?
Pour mes illustrations, j’ai fait appel à une personne talentueuse : Melania Guarnieri – “Miss Pink Coconut” qui a orné par ses dessins, mon recueil de poèmes.
Oui, je pense que les deux font la paire. Même si l’interprétation des textes par le lecteur est propre à chacun, j’ai tenu à montrer aux lecteurs ma vision des personnages issus de mes textes. Les dessins permettent de faire une pause, et de rentrer encore plus dans mon univers.
Dans votre expression de l’amour, il y a des poèmes et vers résonnent différemment : un amour source de liberté, de souffrance, de vengeance et de culpabilité. D’où vient cette vision ambivalente de l’amour ?
Il n’y a pas de vengeance dans mes textes. J’évoque plutôt l’Amour à sens unique,
l’amour de soi, et la mise à distance de l’autre lorsque c’est nécessaire.
Cela me permet d’ajouter dans mes écrits une dimension théâtrale.
Ma vision de l’amour est multiple, l’humain est complexe et je ne déroge pas à la règle.
Dans votre recueil on constate un mouvement de va-et-vient entre deux cultures comme dans ce poème intitulé » identité » : Peut-on me résumer uniquement à mon sexe ? Ma couleur de peau ? Ma religion ? Mes racines ? Les projections que l’on fait sur moi ?
Initialement, ce texte était un essai sur une question posée sur l’identité.
J’ai finalement développé mon propos, et en profité pour dénoncer une forme de racisme.
« Le va-et-vient devient une évidence lorsque l’on est né de deux êtres issus de continents, de cultures et d’identités différentes, unis par l’amour. »
Votre colère n’est pas une quête d’une identité nouvelle ?
La colère n’est pas une quête, c’est une émotion, un moteur fondamental pour agir.
Mon recueil ne se limite pas à la colère, il est un cri du cœur dans toute sa complexité.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Mes projets se conjuguent avec l’écriture, l’écriture sous toutes ses formes.
J’ai à cœur de rassembler autour de moi des gens avec ma sensibilité poétique. La superficialité m’ennuie. Ne serait-ce que de passer une heure sans discussion profonde.
Pour moi, c’est une heure de perdue. Voyez ce que cela peut représenter à l’échelle d’une vie. Et une vie passe très vite…
« Écrire, c’est semer des graines d’espoir dans le cœur des lecteurs. » C’est ainsi que commence votre joli poème intitulé » Écrire ». Un mot pour nos lecteurs pour conclure cette interview.
Tout d’abord merci à toi, de donner toute sa place à la poésie et de faire honneur aux poètes et aux poétesses.
Une passerelle a été créée entre mon univers et ton association, qui regorge de personnes avec un immense talent.
Merci aux lecteurs qui me liront et qui voudront en savoir plus à travers la lecture de mon recueil. Je ne peux que vous encourager, à trouver le courage d’oser faire ce que vous aimez le plus au monde. J’aime l’écriture et je connais la portée d’un texte qui allume le cœur… il n’y a rien de plus précieux.
Entretien réalisé par Amar BENHAMOUCHE
