Législatives du 2 juillet en Algérie : le Congrès Mondial Amazigh appelle au boycott

À quelques jours des élections législatives algériennes prévues le 2 juillet 2026, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) a publié un communiqué appelant l’ensemble des Amazighs à boycotter le scrutin.

Dans ce texte daté du 22 juin et publié depuis Paris, le Bureau du CMA dénonce ce qu’il qualifie de « mascarade électorale », estimant que les conditions minimales d’un vote démocratique ne sont pas réunies.

Le CMA met en cause en premier lieu l’Autorité Nationale Indépendante des Élections (ANIE), dont il conteste l’indépendance : ses membres sont nommés par le chef de l’État et une partie de ses prérogatives a été transférée au ministère de l’Intérieur en 2025. L’organisation relève par ailleurs que l’ANIE a rejeté plusieurs centaines de candidatures, dont plusieurs dizaines de candidats amazighs, pour des motifs jugés « flous et absurdes » tels qu’« activités suspectes » ou condamnations passées à caractère politique.

Le communiqué évoque également un contexte de répression sévère, où toute opinion dissidente — y compris sur les réseaux sociaux — peut conduire à l’emprisonnement. Le CMA rappelle que plusieurs centaines d’Amazighs se trouvent actuellement en prison, dont certains condamnés à mort.

Le CMA appelle donc tous les Amazighs, en Kabylie, au Mzab, dans les Aurès et en diaspora, à ne pas participer au scrutin, et invite les candidats amazighs encore en lice à se retirer par solidarité envers ceux dont les candidatures ont été invalidées.

Le communiqué complet du CMA est à retrouver ci-dessous.

Algérie: Appel au rejet des élections législatives

Les autorités algériennes prévoient des élections législatives pour le 2 juillet 2026. Les électeurs, y compris les Amazighs
de ce pays, sont appelés à voter. Cependant, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) constate que les conditions minimales
pour faire de ce scrutin un acte de participation à la vie politique et à l’exercice de la démocratie ne sont nullement réunies.

  • L’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE), créée en 2019 pour superviser la régularité des élections, est
    totalement soumise au pouvoir exécutif dans la mesure où tous ses membres et son président sont désignés par le chef de
    l’Etat. De plus, en 2025, une partie importante de ses prérogatives lui a été retirée et transférée au ministère de l’intérieur.
    Cette «autorité» n’a donc rien d’indépendant et devrait s’appeler tout simplement «autorité nationale des élections» (ANE),
    organe administratif de l’Etat. Pour ces élections législatives, l’ANE s’est déjà illustrée par le rejet de plusieurs centaines de

candidatures, dont plusieurs dizaines de candidatures amazighes, pour des motifs aussi flous et absurdes que «candidat-
es ayant des activités suspectes» ou «ayant fait l’objet de peines de privation de liberté». Ainsi, l’ANE se substitue à la

justice et sanctionne des candidat-es sur la base de simples «soupçons», ce qui autorise tous les abus. Par ailleurs,
lorsqu’un-e candidat-e a été condamné-e par la justice et a purgé sa peine, pourquoi lui infliger une seconde sanction?

Surtout lorsque les condamnations ont été prononcées pour des motifs politiques, comme c’est le cas de plusieurs candidat-
es Amazighs, notamment Kabyles. De l’avis de juristes spécialisés, l’ANE s’avère n’être qu’un instrument obéissant aux

ordres des hautes autorités algériennes, chargé de choisir les futurs élu-es qui siégeront au parlement algérien. Le «scrutin»
du 2 juillet prochain n’est donc pas une élection mais juste une tragi-comédie électorale destinée à tromper l’opinion
internationale.

  • En Algérie comme à l’étranger, des citoyens algériens sont privés de leur droit d’être candidat-es et de voter du fait que
    l’administration algérienne refuse ou tarde à leur délivrer des documents d’identité nécessaires à l’exercice de leur droit
    civique.
  • En Algérie, l’expression de toute opinion non favorable au régime algérien, y compris un simple «like» sur les réseaux
    sociaux, est susceptible de conduire son auteur en prison. Dans ce contexte oppressant, aucun-e candidat-e ne peut faire
    sa campagne électorale librement et aucun-e citoyen-ne ne peut exprimer ses préoccupations, ni participer sereinement à
    aucun débat.
  • Au cours de cette dernière décennie, la répression est passée à un stade jamais connu auparavant. Plusieurs centaines
    d’Amazighs, majoritairement des At-Mzab et des Kabyles, ont été tués au cours des 25 dernières années, plusieurs
    centaines d’autres sont actuellement en prison, dont plusieurs dizaines sont condamnés à la peine capitale. Leur seul tort
    est de ne pas être Arabes et de revendiquer leurs droits politiques, économiques, sociaux, culturels et linguistiques,
    conformément au droit international.
  • Aucun des sujets majeurs qui préoccupent spécialement les Amazighs tels que leurs droits civils et politiques, leur besoin
    de s’auto-gouverner, de restaurer et/ou revitaliser leurs organisations politiques, sociales et culturelles, ne peut être évoqué,
    ni par les candidat-es, ni par les électeurs.
    L’Algérie est un pays où la répression et la corruption sont les principaux instruments de gestion de l’Etat et où le juge n’est
    qu’un exécutant des décisions du pouvoir politico-militaire (on appelle cela «la justice du téléphone»). Dans un tel contexte,
    participer à cette élection, en tant que candidat ou en tant qu’électeur, revient à cautionner l’état de non droit et à encourager
    le système de domination imposé par le régime algérien aux Amazighs, avec ses injustices, son racisme, ses discriminations
    et ses crimes commis en toute impunité.
    En conséquence, le Congrès Mondial Amazigh appelle instamment tous les Amazighs dans tous leurs territoires (Kabylie,
    Mzab, Aurès, et autres) et hors de leurs territoires, à ne pas participer à cette mascarade électorale algérienne et à boycotter
    cette fausse élection. Le CMA invite également tous les candidat-es amazighs, au moins par solidarité avec leurs collègues
    injustement invalidés par l’ANE, à se retirer de ce faux scrutin.
    Pour tous les Amazighs de ce pays pour lesquels le principal enjeu est leur existence en tant que peuple(s) distinct(s), il est
    impératif d’adresser un message clair de résistance au régime autoritaire algérien et de prendre à témoin les instances
    internationales et l’opinion publique mondiale.
    Liberté, dignité, justice pour les Amazighs.
    Tilelli, addur, tazrift Imazighen– ⵜⵉⵍⴻⵍⵍⵉ, ⴰⴷⴷⵓⵔ, ⵜⴰⵣⵔⵉⴼⵜ ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⴻⵏ
    Paris, 10/06/2976 – 22/06/2026
    Le Bureau du CMA
Rédaction Kabyle.com
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