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Un voyage dans le temps en Kabylie… (3)

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Un voyage dans le temps en Kabylie… (3)

Partager, c'est prendre soin de notre culture !

Chaque fois que je retourne en Kabylie où j’ai vu le jour pour la première fois, tout mon corps vibre, en osmose avec la terre et tous ses éléments. Mes yeux brillent, mes oreilles deviennent des capteurs. Cette Kabylie envoûtante, si belle, fait partie de ma chair, de mes sens et malgré mon âge, je redeviens un enfant au milieu des miens.

Aujourd’hui n’est pas un jour comme un autre. Avec mon ami Samir Hamma, nous avons décidé de nous recueillir sur la tombe de mon ami Ameziane M’henni.

La première fois que je l’ai rencontré, c’était à l’occasion du concert que son père allait donner au palais des Sports de Paris ; il m’avait envoyé une invitation.

Cette première rencontre fut comme un coup de foudre. Certes, je connaissais son père, mais il me fit une impression comme j’en ai rarement ressenti avec quelqu’un d’autre malgré les dizaines d’années qui nous séparaient.

J’ai été épaté par sa vivacité de corps et d’esprit, surpris par sa maîtrise d’organisateur. Sa gentillesse, sa simplicité, annonçaient un grand homme. Je fus surpris aussi par sa connaissance historique, politique, assortie d’une volonté de culture générale ce qui est très rare chez les jeunes hommes de sa génération.

Ameziane était né le 19 juin 1974 en Kabylie. Dans la nuit du 18 au 19 juin 2004, boulevard de Clichy à Paris, à deux heures du matin, il était assassiné. Il venait d’avoir trente ans.

On ne connait pas à ce jour les noms des assassins, mais chacun sait que c’est le pouvoir algérien qui est derrière eux…

En cours de route, je me remémore nos différentes rencontres dans Paris. Avec Samir, j’ai un compagnon de route de tout premier choix. Il conduit en silence, sans excès de vitesse et connait la région comme sa poche.

À l’approche de Maraghna, le village d’Ameziane, les battements de mon cœur s’accélèrent.

Au loin, on aperçoit les effigies du père et du fils. Nous sommes aussitôt rejoints par Omar, l’oncle de ces deux hommes qui ont marqué de leur empreinte toute la Kabylie.

Vient le moment le plus fort, lorsque nous nous dirigeons tous les trois vers la tombe d’Ameziane, juste à côté de celle de sa sœur Ania.

Comme par magie, le cimetière devient à mes yeux, le plus beau jardin fleuri jamais vu !

Vision ? Hallucination ? Je deviens soudain habité… et pourtant je suis un agnostique confirmé !

Je suis incapable de dire combien de temps je suis resté près de la tombe d’Ameziane jusqu’au moment où Samir me tire de ma torpeur.

Nous suivons Omar qui ressemble beaucoup à Ferhat. Avec le sourire, il m’interpelle et me
dit :

– Je vais te montrer comment Ferhat rentrait chez lui…

Il joint aussitôt l’acte à la parole et tel un félin passe par-dessus la balustrade pour se retrouver devant la porte d’entrée de la maison. Toujours avec le sourire, il m’explique qu’habituellement il faut faire tout le tour du mur avant d’arriver devant l’entrée, mais que son neveu Ferhat, lorsqu’il était étudiant, passait toujours par-dessus la balustrade !

Je lui réponds :
– Avec ses grandes jambes, cela ne m’étonne pas !
– À présent, dit-il, je vais vous faire visiter Tajmaat où nous nous réunissons dans le but de
débattre et prendre des décisions concernant les affaires du village.

Arrivés à Tajmaat, nous trouvons quatre vieux villageois assis les uns près des autres.

Comme dans toute la Kabylie, les personnes âgées se retrouvent en ce lieu. Les uns se taisent, regardent au loin. D’autres évoquent ensemble leurs enfances avec nostalgie.

Samir me rappelle à l’ordre, car nous devons continuer notre périple.
Nous partons donc en direction d’Ifri pour rendre visite à Mohamed Haroun.
À suivre…

Shamy Chemini
Ministre de la Culture et de la langue kabyle du GPK avec l’aide précieuse de Samir Hamma
10 décembre 2018

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