Solidarité avec Sonia Dahmani

Samedi 11 mai 2024, l’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani a été violemment arrêtée par des agents de la police en civil. Ce kidnapping, au siège de l’Ordre des Avocats de Tunis où elle avait trouvé refuge, filmé en direct par la chaîne française France 24, a choqué la communauté nationale et internationale et suscité une vague d’indignation.

Sonia Dahmani est régulièrement invitée sur les plateaux de télévision pour commenter l’actualité politique. Sa voix critique envers le régime du président tunisien islamiste Kais Saied adoubé par l’Algérie et la France lui valent d’être aujourd’hui poursuivie pour diffusion de « fausses informations ». Cette arrestation fait suite à une remarque ironique envers la politique migratoire de l’actuel président. Sonia Dahmani refusait de se présenter devant un juge qui voulait l’interroger au sujet d’une déclaration faite à la télévision selon laquelle les migrants subsahariens auraient l’intention de « coloniser la Tunisie ».

Les images de l’arrestation sont glaçantes : Sonia Dahmani, visiblement choquée et apeurée, tente de résister à l’arrestation tandis que les policiers la brutalisent et lui arrachent son téléphone portable.

Cet enlèvement et cette arrestation arbitraires constituent une violation flagrante des droits fondamentaux de Sonia Dahmani, et plus largement, une atteinte grave à la liberté d’expression et à l’état de droit en Tunisie.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Kais Saied en 2019, les voix dissidentes sont de plus en plus réprimées, et les journalistes et les défenseurs des droits humains sont régulièrement victimes d’intimidations, d’arrestations arbitraires et de harcèlement judiciaire. Plus de 60 personnes ont été arrêtées en un an et demi pour leur opposition au président tunisien, selon le Syndicat National des Journalistes Tunisiens.

L’arrestation de Sonia Dahmani a été unanimement condamnée par les organisations nationales et internationales de défense des droits humains. L’ONU, l’Union européenne et les Etats-Unis ont appelé à sa libération immédiate et sans condition.

Cet incident dramatique met en lumière la dégradation inquiétante de la situation des droits humains en Tunisie. Il est impératif que les autorités tunisiennes respectent leurs engagements internationaux en matière de droits humains et mettent fin à la répression des voix dissidentes.

Comment ne pas faire le rapprochement entre ce que vit Sonia Dahmani enfermée dans une prison pour femmes et le rapt de Kamira Nat Sid actuellement détenue par le régime algérien.

La violence infligée aux militantes féminines révèle les failles des régimes autoritaires en Afrique du Nord, qui n’ont recours qu’à la méthode brutale de la « massbat », de la batte de masse. Depuis la disparation de Dihya en martyre, jetée dans un précipice, aucune femme n’a réussi à diriger un pays nord-africain, ce constat interpelle profondément.

En tant qu’Amazighs attachés aux valeurs de liberté, il est de notre devoir de soutenir Kamira, Sonia et tous les prisonniers d’opinion, et d’exiger que justice soit rendue. Nous appelons à la libération de Kamira, de Sonia, ainsi que de tous les prisonniers politiques, et à la fin des dictatures.

Stéphane ARRAMI.

Stéphane Mérabet Arrami
Stéphane Mérabet Arrami
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