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Mirela Cocheci : « L’art nous rend humains et immortels »
Peintre et poète roumaine, Mirela Cocheci revient dans cette interview pour nous parler de son lien à la peinture et à la poésie .
Bonjour, Madame Mirela Cocheci. Nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com ! Qui êtes-vous, Madame Mirela Cocheci ?
Bonjour! Tout d ‘abord, je tiens à vous remercier. C’est toujours un grand honneur d’être interviewé, et ce parmi une infinité d ‘écrivains. Je suis une poétesse de Roumanie, plus précisément de la région de Văii Jiului, autrice de huit recueils : Hymne au soleil, Concert de papillons, Ochiul Vremii, Lumini si Ove, Sofisme sourd-muet, Fleurs du lever du soleil, Pouvoir des pensées et, plus récemment, en collaboration, le livre-album Tinutul Momârlanilor.
Outre le fait que je suis écrivaine, j ‘ai une autre grande passion : la peinture. Si je vous dis cependant que je suis économiste de profession, intégrée aux activités d ‘une agence nationale du secteur, vous me demanderez sûrement ce que la poésie et la peinture ont en lien avec les chiffres et la fiscalité ? Eh bien, je vous répondrais que cela a un lien avec la certitude que ceux qui travaillent dans des domaines qui n ‘ont rien de commun avec l ‘art et la culture me donneront raison. Pourquoi? Parce qu ‘avant d ‘être économistes, ingénieurs, médecins, scientifiques, etc., nous sommes des âmes, des gens qui portent en eux, dès la naissance, l ‘esprit vivant de l ‘art. Certains aspirent à s ‘affirmer dans l ‘agora civique et d ‘autres restent passionnés par l ‘idéal ultime dont les âmes ont besoin : le « beau ». Elles ont besoin d ‘harmonies spirituelles, de paix, de lumière, d ‘amour et tout cela, nous ne pouvons l ‘obtenir que de l ‘art et de la culture.
Vous êtes à la fois peintre et poète. Pensez-vous que la peinture et la poésie aillent de pair?
Dans mon cas, oui, ils constituent un parfait tandem (et il en existe de nombreux autres exemples roumains, de Florin Pâcă à Marin Sorescu) et j’avoue que j ‘écris souvent sous l ‘inspiration d ‘une image que j ‘ai peinte et vice versa. Je « peins l ‘image » décrite dans les poèmes. J ‘ai même réalisé quelques peintures, inspirées de couvertures de livres déjà édités.
Comment définissez vous le «peintre» et le « poète »?
Mon opinion est que la poésie et la peinture sont deux des formes d’une même expression artistique, même si elles utilisent des techniques différentes. Mais toutes deux ont en réalité le même objectif, celui de transmettre à l ‘humanité la vision, c ‘est-à-dire l ‘imagination de l ‘artiste du monde et, implicitement, celle de créer de l ‘émotion, dans tous ses effets spirituels-artistiques et sous toutes ses formes. De mon point de vue, le peintre est le poète des couleurs et le poète est le peintre des mots. Il y a toujours eu et il y a un lien étroit entre ces deux formes
d ‘expression artistique. Il existe même une expression latine célèbre : « Ut pictura poesis » (Comme en peinture, ainsi en poésie), attribuée à l’ancien poète romain Horace.
Votre poésie est teintée et embellie d’éléments culturels roumains et chrétiens. D’ailleurs, vous fûtes la fondatrice du groupe littéraire «Ioan
Dan Bắlan». Pour vous , l’influence de la poésie est- elle prépondérante pour la préservation et la transmission de la culture roumaine?
Oui, c ‘est vrai je suis en effet la fondatrice du groupe littéraire et artistique « Ioan Dan Bălan », qui a été créé à la mémoire de l ‘écrivain Ioan Dan Bălan, de Valea Jiului, très aimé et apprécié non seulement dans notre région mais aussi dans tout le pays. C’était un professeur renommé, membre de l ‘Union des écrivains de Roumanie et décédé en 2022. Concernant l’influence de la poésie dans la préservation et la transmission de la culture, je peux dire que l’art en général et la poésie spécifiquement jouent un rôle particulier dans la préservation des valeurs culturelles car ils conservent les traditions et renforcent l’identité.
Grâce à la poésie, l’histoire des peuples, les légendes, les mythes, les croyances, la conscience ethnique et nationale, la mentalité culturelle, etc. ont été transmis de génération en génération. Par exemple, dans la littérature roumaine, les poèmes d ‘Eminescu reflètent des événements historiques avec les personnalités remarquables du peuple roumain, gardant vivante l ‘image des héros de la nation. Notre identité, tout comme dans d ‘autres cultures européennes ou dans le monde, les ballades et les épopées (comme l ‘Iliade et l’Odyssée d ‘Homère) évoquaient des légendes sur les mythes et les héros. De même, dans la culture et la civilisation roumaines, les poèmes populaires tels que « Miorița » ou « La Légende de Manole », les chansons populaires roumaines et les contes de fées sont des moyens de préserver et de promouvoir les traditions et les coutumes du peuple roumain. Je peux dire que la poésie est un pont entre les générations, gardant vivante l’essence de l’ethnicité.
Vous avec reçu le premier prix de poésie au Concours National de Création Littéraire „Traian Dorz ». Parlez-nous un peu de cette distinction.
En effet, en 2024, j ‘ai participé au Concours National de création littéraire « Traian Dorz » où j ‘ai envoyé un ensemble de trois poèmes et, à ma
grande joie, deux d ‘entre eux ont été récompensés, me décernant le Grand Prix. C ‘est une chose merveilleuse de voir son travail apprécié et
récompensé.
Vous dirigez également la revue littéraire «Amfiteatrul literar ». Un mot sur cette expérience éditoriale?
Je suis en effet la directrice de la revue de littérature, d ‘arts, d ‘histoire et de civilisation « Amfiteatrul Literar », une revue mensuelle qui a vu le jour l ‘année dernière et qui paraît grâce aux soins d ‘un groupe de presse et du centre culturel du Banatul Montan ainsi que d ‘un groupe de promotion de la culture roumaine en Europe centrale, à Vienne. Je voudrais souligner que j’ai à mes côtés un groupe de rédacteurs et de collègues sympathiques, que je tiens à remercier pour leur implication : Cristina Anișoara Zainea, Doina Gurită, Elisabeta Bogățan,
Ion Gheorghe Chiran, Emilian Marcu, Dumitru Buțoi et Dumitru Tâlvescu, sans qui la publication de la revue serait impossible.
Que pensez-vous de la place de la peinture et de la poésie en Roumanie?
Dans la culture roumaine, la poésie et la peinture jouent un rôle essentiel.
Leur influence est forte sur l’évolution et la consolidation de l’identité du peuple roumain. La Roumanie a contribué au patrimoine universel en donnant au monde des poètes dont les œuvres ont traversé l ‘espace et le temps : Mihai Eminescu – le poète national, le « Luceafărul » de la littérature roumaine, comme on l ‘appelait aussi, Tudor Arghezi, Lucian Blaga, George Bacovia, Nichita Stănescu, des poètes contemporains comme Ana Blandiana, Mircea Cărtărăscu.
La peinture roumaine a également donné au monde de grandes valeurs : Nicolae Grigorescu, Ștefan Luchian. Il est vrai que la poésie et la peinture ne sont plus aujourd ‘hui au centre de l ‘attention du grand public, mais elles continuent d ‘être des formes de résistance culturelle et, malgré l ‘inflation éditoriale (tout le monde publie, aussi bien ceux qui ont une vocation que ceux qui n ‘ont pas de talent, à condition d ‘avoir de l ‘argent pour imprimer). Les défis posés par la société de consommation dans laquelle nous nous trouvons, ou l’ »ère » numérique, sont immenses. Cependant la peinture et la poésie restent des piliers de l ‘identité culturelle roumaine.
Quels sont les peintres et les poètes qui influencent votre écriture poétique?
Étant une amoureuse et une autrice de poésie classique, j’ai bien sûr été inspirée par Mihai Eminescu, Alexandru Macedonski, George Bacovia, Ion Barbu, Lucian Blaga, Tudor Arghezi. Mais « inspirée » est un peu exagéré. Je les ai lus avec amour, avec dévotion, avec admiration, étant également impressionnée par les poètes dont j’ai eu l’honneur et la chance d’être contemporaine : Nichita Stănescu, Adrian Păunescu, Corneliu Vadim Tudor. Ce qui m ‘inspire vraiment lorsque j’écris, c ‘est en fait l’émotion, l’expérience que je vis à ce moment-là. Le lieu où je me trouve, les gens que je rencontre,l’environnement naturel, et tout le contexte dans lequel j’écris.
Quel est pour vous le moment idéal pour peindre et écrire?
Je n’ai pas forcément de « moment idéal ». La poésie et la peinture pour moi ne sont pas seulement de simples passions, mais des besoins pour exprimer ma volonté d’être créatif. Il sont une façon de vivre et de m ‘exprimer, mais aussi appel profond, ouverture à l ‘inconnu qui m’invite aux plaisirs spirituels et à la recherche du sens. Ce sont des formes d ‘évasion de l’intérieur de l ‘être vers le monde extérieur à soi, de connaissance de soi, qui me comblent pleinement et rétablissent ma connexion avec moi-même ainsi qu’avec le monde et l’environnement qui m’entoure, humain et naturel, sources illimitées d’inspiration.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Oh, j’ai beaucoup de projets pour l’avenir ! Dans un avenir proche, je prévois de publier deux volumes de poésie, l ‘un est déjà publié, et pour ce volume j’ai également préparé une sélection de tableaux. Cependant, je ne veux pas trop parler de ces aspects afin de garder un effet de surprise. Je prépare également un livre de prose, sur lequel je travaille en collaboration avec un de mes collègues écrivains. Puis, toujours en collaboration, une histoire de la franc-maçonnerie féminine, ainsi qu’une anthologie analytique de poésie de la vallée du Jiu, après
la Grande Union et jusqu’en 2020.
Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions ! Un mot pour conclure ?
Je voudrais aussi dire que je souhaite que la poésie et la peinture puissent unir les âmes, être des fenêtres sur des univers intérieurs et des témoignages de la beauté du monde. A travers elles, nous pourrions nous découvrir nous-mêmes, nous guérir et nous rapprocher les uns des autres. Parce que l’art, sous toutes ses formes, est ce qui nous rend humains et immortels à la fois.
C’était un grand plaisir pour moi de répondre à vos questions. Merci encore !
Entretien réalisé par Amar BENHAMOUCHE
