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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Saïd Bissaha : 10 ans de prison pour crime d’opinion
Le tribunal criminel d’appel de la cour de Tizi-Ouzou a confirmé, cette semaine, la condamnation à dix années de prison ferme de Saïd Bissaha, militant historique du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), originaire de Bouzeguène en Kabylie. L’information a été communiquée par ses deux avocats, Mes Alili Yamina et Hakim Saheb, à l’issue d’une audience décrite comme particulièrement éprouvante pour la famille et les proches du condamné.
Une vie de militantisme
Âgé de 74 ans, Saïd Bissaha s’est fait connaître pour son engagement de longue date au sein du RCD et pour sa défense des droits humains et des libertés individuelles. Ses avocats rappellent qu’il a été de ceux qui, durant la décennie 1990, ont choisi de s’opposer publiquement à l’islamisme armé à une époque où beaucoup optaient pour la prudence et le silence.
Face aux juges, l’homme aurait lui-même mesuré la portée de sa peine compte tenu de son âge, la qualifiant de perpétuité déguisée. Une formule reprise et largement commentée depuis par ceux qui suivent son dossier.
Une mobilisation limitée aux avocats et proches
À ce stade, les seules prises de position rendues publiques autour de cette affaire émanent de son cercle proche : ses avocats et des militants ou sympathisants qui ont relayé l’affaire sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, décrivant une injustice qui dépasserait, selon eux, le seul cas de Saïd Bissaha.
En revanche, aucune réaction n’a pour l’instant été identifiée du côté des figures historiques ou de la direction actuelle du RCD. Ni ses fondateurs, ni Mohcine Belabbas, qui en a assuré la présidence pendant plusieurs années, ni l’actuelle direction menée par Atmane Mazouz ne semblent s’être exprimés publiquement sur ce dossier à ce jour. Ce silence tranche avec la réactivité dont ces mêmes personnalités ont pu faire preuve par le passé sur d’autres affaires touchant des cadres du parti, comme la levée d’immunité parlementaire de Mohcine Belabbas en 2020 ou sa propre condamnation à six mois de prison ferme confirmée en appel en juillet 2025, deux épisodes qui avaient alors suscité des communiqués officiels du RCD.
Ce contraste interroge une partie des militants qui y voient un signe de plus des divisions internes traversant le parti ces dernières années, entre l’aile historique proche de ses fondateurs et de la direction actuelle. Il reste toutefois possible que des réactions plus officielles interviennent dans les prochains jours, l’affaire étant encore très récente.
Le silence n’est d’ailleurs pas circonscrit au seul RCD. Les médias et organes proches de la mouvance indépendantiste kabyle ne semblent pas non plus avoir traité le dossier à ce jour, alors que ces plateformes tiennent habituellement à jour une liste de prisonniers politiques kabyles et couvrent largement les affaires judiciaires touchant des militants de la région. Ce silence peut en partie s’expliquer par la distance, sinon la rivalité, qui sépare depuis longtemps la mouvance indépendantiste du RCD, parti qu’elle qualifie souvent d’« algérianiste » car attaché au cadre national algérien plutôt qu’à l’autodétermination de la Kabylie. Il n’en illustre pas moins une forme de fragmentation du paysage militant kabyle, où les affaires judiciaires touchant des figures d’un courant politique donné suscitent rarement une solidarité transversale.
Un cas qui s’inscrit dans un climat plus large
L’affaire Bissaha intervient dans un contexte que plusieurs organisations de défense des droits humains et une partie de la presse indépendante algérienne qualifient de durcissement à l’égard des voix critiques, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives. Plusieurs dossios récents — dont celui de Mohcine Belabbas ou celui du syndicaliste cheminot Lounis Saïdi — ont été cités ces derniers mois comme des illustrations de cette tendance par des acteurs de la société civile.
Pour les avocats de Saïd Bissaha, cette condamnation dépasse le cas individuel de leur client et pose la question, plus générale, du sort réservé aujourd’hui aux militants politiques en Kabylie et en Algérie, notamment aux figures les plus âgées dont les peines de prison ferme peuvent, de fait, s’apparenter à des peines à perpétuité.
Saïd Bissaha a été poursuivi dans le cadre d’accusations liée à des posts d’opinion sur Facebook, mais qualifiées pénalement par la justice algérienne. Les chefs d’inculpation précis ne sont pas toujours clairement détaillés dans les comptes rendus publics, mais ils s’inscrivent généralement dans des qualifications utilisées ces dernières années contre des militants, telles que :
- Atteinte à l’unité nationale
- Participation à une organisation ou activité jugée subversive ou illégale
- Diffusion ou possession de contenus considérés comme portant atteinte aux institutions
Ses avocats contestent la nature de ces accusations, estimant qu’elles relèvent de l’expression politique et du militantisme plutôt que d’infractions pénales au sens strict.
