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La jeunesse kabyle dans l’immigration

Partager, c'est prendre soin de notre culture !

Je tiens, tout d’abord, à préciser que je n’ai nullement la prétention d’être représentative de l’ensemble de la jeunesse kabyle issue de l’immigration. Je souhaitais intervenir afin seulement de donner un exemple qui est mon témoignage. Comment définir la condition d’un jeune kabyle vivant en France? Pour ma part et en reprenant une expression de l’écrivain jean Amrouche, je pense que l’on peut nous qualifier d’hybrides culturels. Mais, cela ne doit pas être pris dans un sens péjoratif car elle traduit tout simplement une réalité qui fait que nous soyons imprégnés à la fois d’une culture kabyle et d’une culture française. Sans vouloir entrer dans des débats’ philosophiques ou encore sociologiques, je ne retiendrai qu’une seule définition de la culture vécue. Pour moi, être cultivé, c’est être construit par le langage, par la famille, par les traditions c’est à dire par tout ce que l’on peut désigner par le terme vague de a social ». Pour moi, le droit à la culture est un droit aussi fondamental que le droit à la parole.

Comment suis-je arrivée à travailler dans une association culturelle berbère en France? Je pense que le cheminement est propre à chacun. En ce qui me concerne, étant née en Algérie mais arrivée très jeune en France, mes rapports à la culture kabyle se résumaient à mon environnement immédiat : mes parents et surtout mes grand-parents. Tout en nous encourageant et en mettant tout en oeuvre pour assurer notre réussite scolaire, ils ont toujours insisté pour nous continuions à parler notre langue maternelle arrivés à la maison. Ils disaient que pour pouvoir avancer dans la vie, il ne fallait jamais oublier qui nous étions, ni d’où nous venions.

Cependant, en dehors de ce cocon familial, il n’existait rien pour pouvoir vivre sa culture à l’extérieur en dehors de la musique qui est un vecteur important de notre culture. Je me souviens d’un événement qui m’avait énormément marqué à l’époque c’est à dire au début des années 80. Des cours de berbère avaient été mis en place à côté de chez nous ce qui constituait un fait très rare. Heureux de cette initiative, mon père avait décidé de nous y inscrire. Mais, par la suite, des bruits sérieux se sont mis à circuler disant que ceux, qui les suivraient, seraient fichés au pays et seraient donc susceptibles d’être ennuyés une fois là-bas. Mon père a finalement cédé à la peur et a alors renoncé à nous inscrire. Ce fut ma première expérience de la censure. C’est un exemple, parmi d’autres, qui m’a fait peu à peu comprendre la place qui était accordée par l’Etat algérien à notre culture.

Ce n’est que plus tard, et par curiosité personnelle, que j’ai découvert les livres consacrés aux berbères. Ma première réaction fut: « ainsi, nous existons réellement puisque certains ont pris la peine d’écrire sur nousI ». Nous existions donc réellement avec nos spécificités, notre propre culture. La réflexion, que je me suis alors faite, peut vous paraître bien naïve : » Pourquoi donc l’Etat algérien s’est toujours efforcé de nous renier? ». Cela m’a fait prendre conscience de notre place au sein du peuple algérien.

C’est donc uniquement, grâce aux livres et à ma famille, que j’ai pu me réapproprier mon histoire, ma culture, en un mot, que j’ai pu me construire pour arriver à me revendiquer en tant que berbère, en tant que kabyle. C’est dans ce sens que doit aller le travail d’une association culturelle berbère. Elle doit permettre, aux jeunes issus de l’immigration, de renouer avec leur identité, de redécouvrir leur histoire, de se réapproprier cette berbérité. Il faut leur permettre de se réaliser en vivant leur berbérité par des activités très diverses telles que l’apprentissage de la langue, la découverte de la littérature, le théâtre, la danse ou encore la musique. Il faut donc leur redonner tous ces repères qui vont les amener progressivement à se construire, à se réapproprier cette culture et à en être fiers.

Saïd Mella étudiant

Je me prénomme Saïd, je suis étudiant en droit. Je suis né en Algérie mais je suis venu très jeune à environ un an et demi. Par conséquent, j’ai été scolarisé en France depuis la maternelle jusqu’à aujourd’hui. Mes parents, s’exprimant suffisamment bien en français, l’usage du kabyle a été relayé à un rang très secondaire, souvent à celui de l’expression de la colère.

Néanmoins, la présence, en France, de mes grand-parents, a contrebalancé ce manque dont je n’avais à l’époque pas vraiment conscience. En effet, ma grandmère ne s’exprimant en français qu’avec grand peine, nous ne pouvions communiquer qu’en kabyle. Je remercie donc aujourd’hui ce démon qui a empêché mon aïeule d’apprendre le « François » qu’elle comprend d’ailleurs très bien.

J’en serai certainement resté là si je n’avais pas eu la chance d’aller une fois l’an en Kabylie. Là-bas, au contact de mon innombrable famille, j’ai pu m’apercevoir de la vivacité de ma langue maternelle. Mais surtout j’ai pris conscience de ce qu’était ma langue, de sa situation peu enviable et j’ai réalisé à quel point l’histoire nous avait été défavorable et parfois même cynique. Paradoxalement, j’étais heureux et fier car nous étions inscrits dans l’histoire. De là mon désir de connaître notre héritage et de le faire connaître a été croissant. D’autant plus que je me suis senti isolé dans cette volonté tout d’abord dans ma famille parce qu’elle ne voyait pas l’utilité d’en savoir plus que je n’en savais déjà puisque pour elle il fallait acquérir un savoir utile c’est à dire un savoir qui servira à me nourrir et à me vêtir. Et j’en ai d’ailleurs personnellement toujours beaucoup voulu à ma famille de n’avoir jamais eu la démarche que j’ai eu et que j’ai aujourd’hui. Isolé, ensuite, à l’école, où malgré ma volonté sans relâche répétée de vouloir m’affirmer comme étant un tel et pas un autre.

L’institution et mes camarades ont activement, bien qu’inconsciemment certainement, nié mon identité. Néanmoins, la conception française de l’école ou son contenu plutôt a plus permis ma prise de conscience qu’elle ne l’a empêché.

C’est donc pour combattre cet isolement, que j’ai cherché à rallier un mouvement associatif. je dois avouer ma déception à l’issue d’un premier contact. Enthousiasmé, je me suis vu opposé, je cite: « on n’est pas là pour faire de la culture berbèrichone ».Il faut dire que cette association là, qui brasse beaucoup de deniers, est partisante du moindre remous. Il fallait encore prendre conscience du fait que les associations à vocation, autres qu’à vocation purement folklorique, étaient minées par des enjeux politiques. Mon dégoût n’en fut que plus grand. Et comme, en toute chose, malheur est bon, j’ai pu rencontrer d’autres personnes rebutées par les mêmes expériences. Ensemble, nous avons décidé de concrétiser ce que nous voulions voir dans un mouvement associatif et, après bien des péripéties, nous sommes là devant vous à organiser cette conférence.

Ce que je retiens de mon expérience personnelle, est que les hommes qui font cette culture berbère sont prompts à s’effacer sans pour autant disparaître derrière d’autres cultures. Est-ce qu’on ferait par hasard un complexe d’infériorité? A tel ‘point d’ailleurs que les enfants de l’immigration soient condamnés par leurs propres parents à voir leur culture, quand ils y consentent, que par le petit bout de la lorgnette. Le désir d’intégration ou plutôt le « désir de ne pas être différents » car cela voudrait dire inférieurs, entraîne-t-il nécessairement l’assimilation ? Et de là, une question, doit-on éduquer les enfants ou doit-on éduquer les parents ?

Tounsia Amrani, étudiante 1996

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