Kabylie : le MAK répond aux accusations de TV5Monde et de Slimane Zeghidour

Le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) a publié, le 2 juillet 2025, une mise au point ferme après la diffusion d’un article sur le site de TV5Monde, dans lequel le journaliste Slimane Zeghidour qualifie le mouvement kabyle d’« extrémiste » et « minoritaire ». Ces termes, estime le MAK, reprennent « sans distance critique » la narration du régime algérien.

Dans sa déclaration signée par son président, Reza At-Sɛid, le MAK dénonce « un traitement médiatique injuste, partiel et dangereux », qui selon lui met en péril la sécurité des militants kabyles, régulièrement ciblés par la répression étatique en Algérie.

Un mouvement pacifique, pas terroriste

Le MAK rappelle qu’il a été classé organisation terroriste par le Haut Conseil de Sécurité algérien en mai 2021, mais souligne que cette désignation est purement politique et n’a été reconnue ni par l’ONU ni par aucune juridiction internationale. « Le MAK est un mouvement pacifique, respectueux du droit international, qui milite pour l’autodétermination de la Kabylie par des moyens démocratiques et non violents », insiste le communiqué.

Reza At-Sɛid accuse Slimane Zeghidour de ne pas avoir pris la peine de consulter le mouvement ou ses représentants avant de publier ses propos. Il regrette qu’un journaliste chevronné relaie sans nuance la version officielle d’un régime qu’il qualifie de « répressif, corrompu et hostile à la diversité ».

Un contexte de répression étouffante

Le MAK souligne que qualifier le mouvement de « minoritaire » dans un contexte de forte répression est trompeur : « La Kabylie est un peuple sous surveillance, pas un peuple silencieux », affirme Reza At-Sɛid, évoquant les centaines d’arrestations de militants, d’artistes ou de simples citoyens pour avoir exprimé une identité kabyle.

Un combat pour la diversité et l’émancipation

Le MAK réfute également les accusations d’idéologie « anti-arabe » ou « sectaire », affirmant défendre une Kabylie laïque, pluraliste et solidaire. « Nous rejetons l’uniformisation imposée par l’État algérien, pas les peuples ni les cultures », précise le mouvement.

Enfin, la déclaration rappelle que le droit à l’autodétermination est un principe fondamental du droit international, que la Kabylie revendique légitimement. Le MAK affirme avoir engagé une démarche diplomatique sérieuse, rappelant le dépôt d’un mémorandum à l’ONU en 2017 et ses échanges réguliers avec des acteurs internationaux.

Un appel au respect du pluralisme médiatique

Le MAK demande à TV5Monde et à Slimane Zeghidour de corriger ces « propos infondés » et de respecter les principes d’impartialité et de pluralisme. « Le MAK n’est pas une menace, mais un espoir », conclut le communiqué.

Historique des plaintes déposées par les Amazighs contre les chaînes publiques françaises, dont TV5Monde

Depuis plusieurs années, les organisations amazighes (kabyles, touarègues, rifaines, chaouies…) multiplient les démarches pour dénoncer les traitements médiatiques biaisés et discriminatoires dont elles font l’objet sur les chaînes publiques françaises telles que France 24, TV5Monde, ou encore Radio France Internationale (RFI).

Ces médias, financés par l’État français et censés promouvoir la pluralité des voix francophones, reproduisent régulièrement des représentations fausses et stigmatisantes de l’Afrique du Nord, réduite à un prétendu « Maghreb arabe », niant ainsi l’identité et l’histoire des peuples autochtones amazighs.

Comme ses prédécesseur Macron s’acharne à arabiser les Amazighs de France

La langue maternelle des immigrés n’est pas l’arabe

17 septembre 2024 – France 2 impose une vision arabo-musulmane des Nord-Africains de France

Contexte :
Le documentaire « Mauvaise langue », diffusé sur France 2, présente la langue arabe comme langue identitaire des populations nord-africaines de France, occultant l’identité amazighe et réduisant ces populations à une appartenance arabe et musulmane. Cette vision simplificatrice a suscité de vives réactions au sein des diasporas amazighes.

Action de l’AMA :
L’Assemblée Mondiale Amazighe (AMA) a adressé une protestation officielle à France 2, dénonçant ces erreurs et exigeant la reconnaissance de la pluralité culturelle et linguistique des Nord-Africains, notamment l’identité amazighe, absente du documentaire.

Lettre ouverte à France Télévisions : la deuxième langue la plus parlée en France n’est pas l’arabe mais le tamazight

3 mai 2023 – « Discrimination raciale de France24, droits des Amazighs, complicité avec les généraux d’Algérie et droits des Touarègues d’Azawad de Mali. »

Contexte : L’Assemblée Mondiale Amazighe demande à France 24 de cesser d’utiliser le terme « Maghreb arabe », jugé inexact et discriminatoire, et de le remplacer par des appellations plus neutres et factuelles comme « Afrique du Nord », « Tamurt » ou « Tamazgha ». Elle demande également un traitement médiatique plus équilibré des mouvements amazighs, qui sont souvent ignorés au profit d’autres causes régionales.

Courrier adressé à Catherine COLONNA Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française.

Non France 24, l’Afrique du Nord n’est pas arabe

17 février 2012 – TV5Monde et RFI effacent les Touaregs et servent la version officielle malienne

Contexte : L’émission « Afrique Presse », co‑produite par TV5Monde et RFI, consacre son édition du 17 février 2012 au conflit au Mali, sous le titre « Mali : la guerre contre la rébellion touareg s’intensifie ».

Réaction du MNLA : Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) accuse la chaîne d’un traitement déséquilibré, affirmant que seule une vision d’État malien a été présentée, qualifiant les Touaregs de « très minoritaires » et insinuant des liens avec AQMI .

Intervention de Tamazgha : L’association amazighe Tamazgha dénonce “une émission à sens unique diffusée sur un service public”. Elle publie une lettre-pétition invitant le public à exiger un traitement plus impartial et pluraliste de la question touarègue.

Mises en garde juridiques et risques financiers

Les associations amazighes, appuyées par des preuves factuelles et des textes internationaux sur la lutte contre les discriminations culturelles et raciales, à défaut de rectification volontaire, envisagent déjà des actions judiciaires devant les juridictions françaises, européennes et internationales compétentes.

Les médias français et la fabrication d’une identité arabo-musulmane imposée aux descendants amazighs nord-africains de France

Depuis plusieurs décennies, une partie des médias français, y compris certains médias publics, participe consciemment ou inconsciemment à l’effacement des identités culturelles amazighes, kabyles et nord-africaines non-arabes, au profit d’une vision réductrice et stéréotypée des populations originaires de l’Afrique du Nord appelée « Maghreb ».
Sous couvert de simplification culturelle, ces médias enferment les populations nord-africaines de France dans une catégorie homogène et artificielle : celle des « Arabes » ou des « Maghrébins », niant ainsi leur diversité historique, linguistique et spirituelle.

Ce traitement contribue à une déculturation massive, en invisibilisant les langues, les mémoires et les spiritualités qui composent les peuples d’Afrique du Nord. La Kabylie, les Touaregs, les Chaouis, les Mozabites, les Rifains, les Chleuhs et tant d’autres peuples sont ainsi niés dans leur existence même, réduits à une simple « extension » du monde arabe.

Pire encore, cette essentialisation alimente une forme d’islamisation culturelle forcée, où l’appartenance à l’islam est présentée comme l’unique référent identitaire légitime. Les chaînes publiques, les débats télévisés, les reportages et même certains documentaires consacrés aux « quartiers populaires » ou à l’« immigration » propagent l’idée selon laquelle l’identité nord-africaine serait exclusivement arabo-musulmane.

Cette narration participe au même projet que celui des États autoritaires de Tamurt, qui, depuis l’indépendance, ont cherché à éradiquer les racines amazighes des sociétés d’Afrique du Nord pour les fondre dans un cadre identitaire unique : arabe, musulman et étatique.

Il est urgent que les médias français, notamment ceux financés par les deniers publics, prennent conscience de cette responsabilité historique et cessent de réduire des millions de personnes à une caricature religieuse et ethnique qui ne leur correspond pas.

Le cas de Slimane Zeghidour

Il est regrettable que Slimane Zeghidour, journaliste pourtant expérimenté, se soit progressivement érigé en pseudo-spécialiste de « l’islam kabyle », un concept qu’il instrumentalise à des fins idéologiques.
Sous prétexte d’analyser la société kabyle, il réduit systématiquement cette région et son peuple à une lecture confessionnelle, niant la complexité historique, culturelle et politique de la Kabylie.

Or, la Kabylie ne se définit pas par son rapport à l’islam, mais par son ancrage dans une culture amazighe millénaire, par ses luttes pour la laïcité, les droits linguistiques, l’émancipation sociale et politique.
Réduire la Kabylie à une « exception musulmane » ou à une périphérie religieuse du monde arabe, c’est reprendre les schémas coloniaux et postcoloniaux qui ont toujours tenté d’étouffer l’identité amazighe sous le voile d’une uniformité islamique.

En se faisant le porte-parole d’une vision déformée et partiale de la Kabylie, Zeghidour dessert à la fois la rigueur journalistique et la vérité historique.

Droit de réponse du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) à TV5Monde

« Responsables et militants du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, nous sommes tenus de réagir à l’article. À titre liminaire, il nous importe pour la mémoire de Massinissa Ghermah et de son martyr, de rappeler que ce dernier n’a pas été « interpellé après une banale altercation entre jeunes et gendarmes », mais kidnappé sous le porche de son domicile, par des gendarmes qui videront ensuite une charge de kalachnikov sur lui dans l’enceinte même de la brigade de gendarmerie locale.

Nous regrettons et nous inscrivons en faux contre le propos de Monsieur Zeghidour, dont la probité n’est pas en cause, selon lequel notre mouvement se consoliderait sur des fondements « ouvertement anti-arabes, anti-islamistes et pro-israéliens, y compris lors de la guerre de Gaza« . S’il assume pleinement son combat perpétuel contre l’islamisme et toute forme de fanatisme, le MAK n’a jamais nourri le moindre sentiment « anti-arabe ».

Pas plus qu’il n’a jamais pris part au conflit israélo-palestinien, si ce n’est pour souhaiter la fin des hostilités et l’émergence une solution pacifique. Aussi le propos incriminé ne peut être admis, s’inscrivant dans le registre de la diabolisation sionisante, par un régime algérien faisant commerce du drame palestinien.

Fondé sur les valeurs de l’humanisme et inlassablement attaché à la démocratie parlementaire, socle de la culture kabyle, le MAK invite tous ceux qui souhaitent se forger une opinion juste, à se référer à ses textes fondateurs, disponibles en ligne ».

Rédaction Kabyle.com
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Un commentaire

  1. Bien sûr que Slimane Zeghidour n’est pas impartial dans son article. Sachant que le MAK n’a jamais posé la moindre bombinette, jamais blessé ou tué quiconque, il le traite pourtant d’extrémiste. Il faudrait que Slimane Zeghidour nous dise combien a coûté sa compromission avec la junte algérienne. Quoi qu’il en soit, « Si Slimane » devrait changer de job. Le journalisme n’est pas pour lui.

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