Oyez, oyez peuple Kabyle notre indépendance est un impératif historique. Le monde entier est témoin du déni, de la répression, de l’isolement mais surtout des exactions et des assassinats que nous subissons depuis des lustres. Nous avons été dignes et fiers et nous en sommes sortis vainqueurs et nous avons même tenté à plusieurs reprises d’irriguer ce peuple algérien de l’idéal béni et immaculé de liberté, sauf que nos voix criardes demeurèrent sans écho ! Elles s’apparentèrent à une déflagration dans le désert de Gobi.

Nous avons défendu des idéaux collectifs-qui avec le recul semblent être des chimères-alors que nous étions seuls au front. Accepteriez-vous que le fruit de votre dur labeur soit dans le panier des couards ? Nous avons été traités de tous les adjectifs péjoratifs possibles, car nos aspirations diffèrent des leurs. Dès qu’une idée naisse ou commence à poindre dans le ciel rayonnant de la Kabylie, elle charrie une vague de vindicte haineuse sous d’autres cieux. Comment m’identifierais-je à ce genre d’individus ou mieux comment les considérer comme des frères. C’est absurde.

Mes frères Kabyles, l’indépendance s’impose avec l’aval même de l’Histoire qui recèle moult événements suffocants, ponctuant notre existence. Vous savez pertinemment que nous nous sommes toujours distingués par nos particularismes: langue, traditions, vêtements, notre mythologie, idéologie, géographie et j’en passe. Ce qui fait d’ailleurs de nous un peuple complet et à part. Dans ce sillage, je peux rebondir sur cet ensemble algérien pour dire que c’est un patchwork de peuples décidé par la France coloniale, notre annexion ne fut possible que grâce au décret du général Schneider 1839.

Je ne voudrais pas faire de cours d’Histoire, mais quelques événements émergent à la surface tels des phares éclairants notre nuit ténébreuse, qui méritent qu’on s’y attarde au moins le temps d’une rédaction.

Pourquoi l’éducation nationale algérienne n’a JAMAIS enseigné « la crise berbériste » de 1949 ? Une crise d’ailleurs faussement nommée, elle doit être rebaptisée « crise kabylo-kabyle ». Les grands de la révolution planifiaient déjà l’Algérie post indépendance, les kabyles et à leur tête Bennai Ouali et Bessaoud Mohand Arab –celui-ci grand théoricien du berbérisme-refusaient ardemment une Algérie sans les berbères et sans nos références identitaires. Malheureusement et comme toujours ce sont nos frères même qui leur cherchaient noise en reléguant notre appartenance au second rang, ce qui a retardé- à mon avis- le déclenchement de 1954.

Histoire, note que l’autochtone « dérangeait » déjà par sa spécificité.

Est-ce un hasard que le congrès de la Soummam (1956) ait été justement organisé dans cette vallée ? Bien sûr que non ! Curieusement les « khawa khawa » occultent les principes de la Soummam, à leur tête Rachad et compagnie. Je reviendrai vers vous les islamistes plus tard.

L’union forcée par un ennemi commun a accouché d’une amère indépendance à l’horizon carentiel. De là la rébellion des Kabyles en 1963 contre le régime central et militaire d’Alger. Y-a-t-il eu du soutien de la part de ces « frères » du dernier quart d’heure ? Que non ! Deux ans que la Kabylie se faisait assassiner et martyriser par Ben Bella qui était quasiment parachuté par les Egyptiens. Les montagnes de Kabylie, à feu et à sang, ont enregistré plus de 400 morts ! Nous les pleurons encore. Nos montagnes demeurent imbibés du sang de nos martyres, elles n’ont pas encore fait leur deuil et nos mémoires sont à jamais investies par tant de chaleur guerrière.

Histoire, note que nous étions seuls !

En 1980 l’intelligentsia Kabyle incarnée par feu Mouloud Mammeri a été matée par le pouvoir. En effet, l’université de Tizi Ouzou avait invité cet intellectuel à faire une conférence sur l’ancienne poésie kabyle, or celle-ci fut annulée, ce qui a provoqué l’ire des identitaires, d’où les répressions et les emprisonnements en masse.

Histoire, note l’apologie du déni identitaire devant l’accalmie suspicieuse des autres.

Entre temps, la Kabylie s’est construite sur ses propres cendres et s’est jalousement tenue à ses valeurs en investissant grandement dans l’intelligence que l’Etat algérien a fait en sorte qu’elle soit décimée durant , ce qu’il a appelé la décennie noire.

Un fait majeur est notable : La Kabylie a boycotté l’école en 1994, les hibernants l’avaient-ils suivie dans cette noble et citoyenne action ? Non, un leitmotiv historique.

Parmi les intellectuels, on dénombre : Tahar Djaout, Said Mkebel, Yefsah…etc.

Histoire, note que la Kabylie s’est rangée du côté de l’intelligence que du côté obscur des islamistes.

Le pire est venu plus tard. Après toutes ces révoltes, les Kabyles d’un commun accord se sont rués sur la capitale, car comme dit le proverbe: mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Or, cette fougue et cette hardiesse juvéniles ont été récompensées par 128 morts et des milliers de blessés. 14 juin 2001 fut la date de massacre des Kabyles, avec la complicité même des gens de la capitale, qu’on vienne me contredire là-dessus. Les plaies continuent d’être pansées, elles demeurent néanmoins suppurantes et l’iniquité est béante tel le soleil en plein ciel un jour d’été.

Histoire, note que pendant que les Kabyles se faisaient massacrer, les autres applaudissaient les criminels.

Remarquez que je n’ai fait que survoler quelques faits saillants qui ont marqué l’Histoire de notre Kabylie, alors que j’aurais pu me languir sur la mort de Matoub, m’étaler longuement sur Mammeri voire discourir sur la décennie 70 qui a connu les poseurs de bombes comme Mohand u harun paix à son âme. Je me suis juste tenu aux grandes dates connues de tous.

Enfin, vint le réveil tardif des hibernants, un certain février 2019, accompagné d’un slogan soi-disant fédérateur mais rempli d’hypocrisie « frères, frères ». L’espoir d’unir cet ensemble algérien est permis, des slogans unanimes : « khawa, khawa » à tue-tête, « pacifiste, pacifiste » , « Etat civil et non militaire » . Un « Hirak » appelé révolution du sourire, il n’y a jamais eu dans l’Histoire de l’humanité de révolution sans effusion de sang et c’est d’une immaturité incurable de croire le contraire.

Cette supposée union, nous a démontré pour la énième fois que les idéaux qui animent les kabyles ne dépassent pas leurs frontières géographiques. Nous ne pouvons donner meilleure preuve que celle des 3 élections qui ont été boycottées par la Kabylie :
zéro votant. Ce qui nous amène à l’éternelle question : pourquoi les autres n’imitent pas les Kabyles dans cette citoyenneté exemplaire ? Parce que le combat harassant et continu ne leur est pas familier, c’est une vérité de toujours bien connue des gens sensés. En plus leur idée axiale est l’arabo-islamisme, rappelez-vous quand tout le monde et j’insiste que ce soit le régime, les militaires, les figures du « Hirak » et surtout les arabo-baâthistes incarnés par les islamistes appelaient à délaisser voire interdire le drapeau berbère dans les marches. N’est-ce pas là l’entité même de Kabyle qui dérange ?! N’eussent-été la détermination et le défi des Kabyles, ce drapeau aurait fini dans les oubliettes.

Bgayet CanStock Photo

Par ailleurs, comment continuez-vous à vous battre aux côtés de ceux qui n’ont proposé aucun projet politique digne de ce nom-même pas un brouillon- ni même avoir fait une action militante et conséquente, mais surtout handicapante pour ce régime militaire. Mes constatations, en toute objectivité, il n’y a que la Kabylie qui active effectivement dans le sens de la libération de ce pays. Il suffit de voir la grève tenue
uniquement en Kabylie alors que les autres ont lâchement pris peur du régime.

Par conséquent, le lourd tribut est payé par nous : interpellations arbitraires, emprisonnement en masse pour des motifs souvent absurdes et insensés et éborgnements des manifestants uniquement dans les 3 grandes villes :Vgayeth, Tizi wezzou et Tuviret, curieux non !!!!!!!

Comment ne pas voir la main directe des islamistes dans ce mouvement qui débute étrangement après la prière du vendredi avec le sempiternel cri « Allah Akbar » ? Comme si la foi religieuse est le moteur de ce mouvement. Quelques parts je peux pardonner votre aveuglement puisque RACHAD a anesthésié beaucoup de monde depuis 2007 en instillant dans la tête des algériens leur « doux venin ». D’un autre côté, comment se fait-il que les « figures » majeures de ce Hirak soient toutes-sans exception- d’accord sur une nouvelle Algérie basée sur le triptyque faussaire : Berbérité, Arabité et Islamité ? Ainsi que sur les principes fondamentaux de l’Islam ??

Je suis dans le doute et dans l’expectative. Une telle unanimité ne peut qu’être suspecte. Je tiens à signaler une chose, c’est qu’on ne crie pas dans ce Hirak comme le suggèrent les vraies révolutions mais on chante à tue-tête. Cela me permet légitimement
de décrire ces marches hebdomadaires de folkloriques et de moutonnières. Comment osez-vous comparer un youtubeur simplet au grand rebelle de la Kabylie en la personne de Lounes Matoub ? Vous n’avez pas encore compris que leur but est d’annihiler tout élan émancipateur et indépendantiste en Kabylie ? Croyez-vous que des gens missionnés et pétris de religion et dont le projet final est l’instauration d’un califat islamique vous laisseront dans votre quiétude régionale, politique et idéologique ? Nenni !

République vs Califat: grammaticalement c’est un oxymore, rationnellement c’est un non-sens et en terme plus contemporain c’est un anachronisme qui n’a pas lieu d’être.

En outre, si ce « Hirak » se démarque par la « fraternité » et « l’union » des algériens comme c’est prétendument acté, pourquoi alors cette solidarité et ce soutien sélectifs à l’égard des prisonniers de quelque tendance que ce soit ? « Ceux-là ce sont des indépendantistes » me répondriez-vous. Justement, pourquoi pas les soutenir tout en les considérant comme des « brebis égarées » comme ça vous gagneriez un tant soit peu de crédibilité, mais la justice vous fait défaut. Durant tout ce « Hirak » la Kabylie est la plus touchée par les foudres du pouvoir ainsi que par une frange de la société qui lui est acquise. Par contre ce qui est urgent de signaler et ce qui est vital de mettre en exergue c’est que dans l’arène du combat, seule la Kabylie continue de lutter pour l’idéal absolu et collectif des autres. Pire encore, la Kabylie se laisse arabiser chaque vendredi au nom d’un « Khawa Khawa » aliénant et destructeur. C’est l’objectif des islamistes qui pullulent dans ce « Hirak » : normaliser et neutraliser la Kabylie en la déracinant pour mieux la dissoudre dans un mélange sans référent et sans assises sûres, d’autant plus que ce mélange sera d’une bâtardise hétéroclite. Devinez quoi, l’entité Kabyle est insoluble, nous ne pouvons être dilués dans aucune concentration possible car nous sommes réfractaires de naissance et de nature.

C’est fini le temps où la Kabylie est la chair à canon de ce peuple algérien qui a toujours brillé par son silence approbateur. Aujourd’hui tout le monde est prêt à fraterniser avec nous en nous encensant ou en nous prodiguant des flagorneries afin de nous appâter dans leurs rets ; ce genre de pratique est digne des islamistes de RACHAD. Sachez que le scénario de l’Iran (1979) nous guette au premier virage, leurs sabres sont déjà affûtés. Vous qui soulevez des slogans « dénonciateurs », cherchez bien d’où viennent, et qui confectionnent ces mots bien choisis car au milieu de la chaleur du mouvement on tend à être en transe. Toutefois, comme dirait M. REVELATEUR X, que je salue au passage : « L’homme de pouvoir ne peut exercer, celui qui exerce n’a que peu de pouvoir » Méditez bien là-dessus. De tout ce qui ressort de ce que je viens de dire est qu’être Kabyle est condamnable, notre existence nuit jalousement à certains projets qui tardent à venir. C’est la seule constante et la seule congruence qu’on tente de terrer.

Mes frères, comment acquiescez-vous à une Algérie qui se définit arabo-islamique dont nous sommes à priori les parias ? L’Algérie est exclusive et non inclusive. Jusqu’à quand défaisiez-vous de ce joug oppresseur qui dure depuis bientôt 15 siècles ? Sommes-nous un peuple de soumis pourtant nous sommes le fief même des luttes en Afrique du nord ?

Pour finir, je voudrais clarifier les choses: je suis Kabyle, ce qui définit à la fois ma race et ma communauté. Je ne veux pas être ligoté à un quelconque ailleurs en annulant mon particularisme pour ramper devant l’allogène qui sous l’ivresse du fanatisme (identitaire et religieux) veut me contraindre à être l’un des siens. Je suis Kabyle et je compte le rester éternellement, car fier d’appartenir à ce peuple de guerriers et dont la bravoure est son principe premier. Je veux être dans la lignée de mes ancêtres, rien que par révérence à « ALLAH » par qui tout se fait et se défait sous cette voûte céleste. Je suis Kabyle, je ne veux pas du sceau de l’opprobre et si je délaisse sciemment mon identité l’Histoire me crachera dessus sans répit et cela sera une ignominie aux esprits même de mes aïeux. L’indépendance drapera l’esprit des Kabyles quand l’entièreté de ces derniers abandonnera cette « prétention » traditionnelle qui lui est échue à vouloir défendre d’autres peuples en omettant son propre camp. L’indépendance est la seule voie salutaire pour la combative et frondeuse Kabylie.

@le_recalcitrant

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici