Lettre ouverte à Saïd Sadi, par Mourad Bekdache

Mourad Bekdache, militant de la cause kabyle installé au Canada, interpelle directement Saïd Sadi.
Dans une lettre ouverte au ton grave et sans détour, il accuse l’ancien chef du RCD de répéter les erreurs du passé : s’acharner contre les forces kabyles d’opposition plutôt que contre le régime militaire qui opprime la Kabylie.
Fidèle à une génération d’exilés et de militants de la diaspora québécoise, Bekdache reproche à Sadi de tourner ses critiques contre le MAK et son président Ferhat Mehenni, au moment même où la Kabylie traverse une crise morale et sociale sans précédent.Pour lui, « la résistance kabyle d’aujourd’hui ne t’a pas attendu et ne t’attendra pas ».
Une lettre cinglante, qui sonne comme un appel à l’unité et à la fin des divisions au sein du mouvement kabyle.

Notre génération t’a assez écouté et assez lu. En découvrant ton texte contre le MAK, nous avons surtout l’impression de revenir 35 ans en arrière, à l’époque où ta cible principale n’était ni le régime ni les généraux mais le FFS et Hocine Aït Ahmed.

Pendant des années, tu as concentré l’essentiel de ton énergie sur le démantèlement politique et moral du seul grand parti d’opposition de cette période. Tu t’en prenais sans relâche au FFS et à son leader Aït Ahmed en particulier, alors que le système en place continuait à écraser les libertés. Beaucoup de militants ont gardé de cette époque l’image d’un homme qui s’acharnait davantage sur l’opposition que sur le pouvoir lui même.

Au moins, à cette époque, la situation de la Kabylie n’avait pas encore atteint le niveau de dégradation dramatique que nous connaissons aujourd’hui. La société kabyle conservait encore une forme de cohésion morale, un sens fort de la dignité et de la pudeur collective. On n’imaginait pas voir un jour la Kabylie plongée dans une telle détresse sociale, avec l’explosion de la prostitution visible, des suicides, de la délinquance et d’un profond désespoir qui ronge les foyers.

Aujourd’hui, les choses ont basculé. Des gendarmes entrent dans nos villages avec une aisance qui choque toute conscience kabyle digne. Ils interpellent nos jeunes, nos filles, nos femmes, et la population reste paralysée, réduite à une impuissance humiliante. Aux yeux de nombreux Kabyles, notre peuple subit une véritable mise à nu symbolique et matérielle. La Kabylie, connue pour sa fierté et son sens aigu de l’honneur, vit un moment de déshonneur historique.

Dans ce contexte, la moindre conscience attachée à la Kabylie comprend que la priorité devrait être de soutenir ceux qui assument concrètement la résistance sur le terrain. Que l’on partage ou non toutes leurs analyses, beaucoup reconnaissent qu’aujourd’hui la seule force organisée qui tient tête au régime, qui paie en arrestations, en exil, en harcèlement policier, c’est ce courant indépendantiste kabyle que le pouvoir a même jugé nécessaire de classer organisation terroriste. Ce choix du régime en dit long sur la gêne que lui cause cette résistance.

L’histoire se répète. Maintenant ce n’est plus le FFS ou Aït Ahmed qui te dérange toi et les généraux, c’est le MAK. Au lieu de reconnaître ce fait politique essentiel, tu choisis de concentrer ton feu sur le MAK ceux qui incarnent, à leurs risques et périls, une défense visible de la Kabylie. Tu les désignes comme le danger principal alors qu’ils sont sous le choc d’une répression implacable. Beaucoup de jeunes voient là une gravité particulière. À leurs yeux, s’attaquer à la seule force de résistance structurée dans une Kabylie aussi fragilisée revient à frapper un peuple déjà à genoux.

La nouvelle génération n’est ni aveugle ni amnésique. Elle a vu circuler des photos de souvenirs où tu apparais souriant aux côtés de généraux et de militaires qui ne sont associés ni dans nos mémoires ni dans nos chairs à la liberté ni à la justice. Elle constate que ton discours actuel reprend la même logique que par le passé. Lorsque surgit une force qui échappe à ton contrôle, tu la traites immédiatement comme un adversaire principal et non comme un partenaire possible dans la lutte contre le système qui écrase notre peuple.

Pour énormément de jeunes Kabyles, ton attitude actuelle est ressentie comme une profonde trahison morale. Ils ont le sentiment que tu cherches encore à occuper à toi seul le rôle de porte parole légitime de la Kabylie. Dès que d’autres voix s’élèvent et prennent des risques concrets, tu t’empresses de les disqualifier avec une violence verbale qui réjouit surtout ceux qui rêvent de voir la Kabylie divisée et affaiblie.

Nous vivons une période où la Kabylie n’a jamais été aussi exposée, aussi vulnérable, aussi humiliée. Dans un tel moment historique, s’acharner publiquement sur ceux qui se dressent face à la machine répressive plutôt que sur cette machine elle même est perçu comme une faute politique et morale d’une extrême gravité. Beaucoup de jeunes Kabyles te voient désormais comme l’une des figures emblématiques de cette génération de dirigeants qui ont préféré régler des comptes internes plutôt que de construire un front solide contre le système qui détruit notre peuple.

Tu restes libre de continuer à distribuer des leçons de kabylité et à accuser ceux qui refusent de se soumettre à ta lecture unique de l’histoire. Nous, de notre côté, nous constatons simplement ceci. La résistance kabyle d’aujourd’hui ne t’a pas attendu et ne t’attendra pas. Elle se construit dans la douleur, dans la répression, dans l’exil, dans le sacrifice concret, loin des tribunes confortables.

L’avenir de la Kabylie se jouera avec celles et ceux qui acceptent de faire bloc contre le régime qui la piétine, non avec ceux qui consacrent l’essentiel de leur énergie à abattre la seule force de résistance organisée encore debout. La nouvelle génération a fait son choix. Elle se tient aux côtés de ceux qui paient le prix réel de leur engagement pour la Kabylie et elle tourne la page des vieilles pratiques politiques qui ont trop souvent servi les intérêts du système contre les intérêts de notre peuple.

Par Mourad Bekdache,

comme un grand nombre de Kabyles à travers le monde, exilés, anciens militants fidèles du MAK, très bien intégrés, pour la majorité entrepreneurs qui ont réussi, ne correspondent en rien à l’image de sauvages que tu laisses entendre dans tes propos.

Malheureusement l’histoire ne retiendra de toi que des attaques contre l’opposition du regime militaire

Le 14 décembre dérange tant que ça ???

Vive la Kabylie souveraine et notre president Mas Ferhat Mehenni

Stéphane Mérabet Arrami
Stéphane Mérabet Arrami
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