« Il faut qu’on raconte, et qu’on ne mente pas » : parole d’une catholique syrienne après l’attentat oublié de Saint-Elias à Damas

Le 18 juin 2025, un attentat a frappé l’église Saint-Elias dans le quartier de Dweila à Damas, faisant plusieurs victimes. Pourtant, ce drame est resté largement absent des grands médias. Sur les réseaux sociaux, une voix s’est élevée : celle de Levantine, Française d’origine syrienne, catholique d’Alep avec des racines arméniennes. Son message, relayé par des internautes kabyles sensibles à l’oubli médiatique, a touché des milliers de personnes.
Nous l’avons interrogée pour comprendre son engagement, sa douleur, et ce que son silence révèle d’un abandon plus large : celui des chrétiens d’Orient.

Vous vous présentez comme Française, catholique d’Alep avec des origines arméniennes. Quelle est votre histoire avec la Syrie, et plus particulièrement avec la communauté chrétienne d’Alep et de Damas ?
Levantine ن : Je suis née en Syrie. J’y ai vécu, et je retournais tous les ans.

Quel rôle jouent aujourd’hui les réseaux sociaux dans votre engagement pour la mémoire des chrétiens d’Orient ?
Ils montrent la vérité que les médias veulent nier.

Que s’est-il passé ce jour-là à Damas ? Avez-vous des informations sur les victimes ?
Je connais une cousine d’un des martyrs. J’ai aussi écouté plusieurs témoignages. Le plus poignant est celui d’une femme racontant comment son mari et son beau-frère se sont jetés sur le kamikaze pour sauver les autres. Je préfère ne pas entrer dans les détails… c’est terrible.

Pourquoi un tel silence dans les médias selon vous ?
On s’en fiche des chrétiens, encore plus des chrétiens d’Orient. On ne parle de nous que quand c’est utile pour une campagne marketing.

Y a-t-il eu des réactions officielles ?
Oui, le patriarche grec orthodoxe Youhana X a fait un très beau discours. Je vous invite à l’écouter.

Ce silence vous rappelle-t-il d’autres formes d’invisibilisation ?
Ce n’est pas une question de gêne. Les médias sont subventionnés. Il faut se demander pourquoi ceux qui les financent ne veulent pas qu’on parle de nous.

Avez-vous reçu des marques de soutien ?
Oui, à l’église de la Trinité à Paris. Prêtres et fidèles étaient présents, même si je ne connaissais pas tout le monde.

Des Kabyles ont partagé votre message. Comment percevez-vous cette solidarité ?
Je les remercie. Nos persécuteurs sont souvent les mêmes. On nous a forcés à changer de langue, de culture…

Souhaitez-vous adresser un message à la communauté kabyle via Kabyle.com ?
Merci de votre intérêt pour les chrétiens d’Orient, en particulier syriens.

Que souhaiteriez-vous de la part des journalistes ou citoyens qui découvrent cette tragédie ?
Qu’on raconte. Qu’on ne mente pas.

Propos recueillis par Stéphane ARRAMI

Pour suivre Levantine sur X (Twitter) : @jake1791

Stéphane Mérabet Arrami
Stéphane Mérabet Arrami
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