Chérif Mellal : 4 ans de prison, un verdict politique

La Cour d’Alger a confirmé ce mardi 25 février le verdict rendu en première instance contre Chérif Mellal, ancien président de la JS Kabylie, malgré un dossier truffé d’irrégularités et des accusations vivement contestées par la défense. Ce verdict suscite de nombreuses interrogations, d’autant plus que Mellal a été relaxé dans une autre affaire où il était poursuivi pour atteinte à l’intégrité du territoire national.

Un dossier opaque et des accusations controversées

Arrêté le 19 janvier 2023, Chérif Mellal est poursuivi pour « violation de la loi relative au contrôle de change et aux mouvements de capitaux » ainsi que pour « blanchiment d’argent ». Pourtant, à plusieurs reprises, il a nié ces accusations, affirmant être victime d’un règlement de comptes politique en raison de ses prises de position engagées et de son attachement à la Kabylie.

Le collectif de défense a dénoncé de graves irrégularités dans la procédure, ce qui soulève des doutes sur l’impartialité du procès. L’un des éléments troublants est l’insistance du ministère public à requérir une aggravation de la peine lors du procès en appel, malgré l’absence de nouvelles charges et les vices de procédure relevés par les avocats.

Un acharnement judiciaire

Cette affaire intervient dans un contexte particulier. En tant qu’ancien dirigeant de la JS Kabylie (JSK), Mellal a souvent été en conflit avec les autorités sportives et politiques. Son franc-parler et son refus de se plier aux directives ont fait de lui une figure controversée, notamment lorsqu’il a dénoncé la mainmise du pouvoir sur le football algérien.

De plus, Mellal avait déjà fait face à des poursuites pour atteinte à l’intégrité du territoire national, un dossier dans lequel il a finalement été acquitté en appel le 8 janvier 2024. Cette première affaire, jugée politique par ses soutiens, renforçait l’hypothèse d’un harcèlement judiciaire orchestré.

Plusieurs éléments cruciaux de l’affaire Chérif Mellal ont été peu relayés par la presse. Tout d’abord, la défense a souligné des irrégularités procédurales majeures, notamment l’absence de preuves matérielles convaincantes et des vices de forme dans l’instruction, ce qui aurait dû entraîner la nullité de la procédure.

Chérif Mellal a été accusé de transferts illégaux de fonds via le compte de la JSK, accusations qu’il a fermement démenties en affirmant qu’aucun montant n’avait été viré ou reçu par le club.

Par ailleurs, des observateurs estiment que son engagement pour l’amazighité et son franc-parler ont fait de lui une cible politique, suggérant que les poursuites pourraient être motivées par des considérations autres que juridiques.

Vers un recours en cassation

Malgré cette condamnation confirmée, l’affaire est loin d’être terminée. Le collectif de défense a annoncé son intention de déposer un pourvoi en cassation devant la Cour suprême, dernière étape pour tenter d’obtenir une révision du jugement.

La famille et les proches de Chérif Mellal continuent de clamer son innocence et dénoncent un procès politique visant à le réduire au silence. Pour eux, Mellal ne paie pas pour des crimes financiers, mais pour son amour inébranlable pour la Kabylie et ses engagements publics.

L’issue de ce recours en cassation sera déterminante pour la suite de cette affaire aux multiples rebondissements.

Le cas de Chérif Mellal illustre une réalité plus vaste : une répression ciblée qui frappe les figures engagées de la Kabylie. Son incarcération s’inscrit dans un climat d’oppression où l’expression libre et l’attachement à l’identité amazighe sont systématiquement criminalisés.

Au-delà de son cas personnel, cette affaire marque aussi une première mondiale : jamais auparavant le président d’un club aussi prestigieux que la JS Kabylie n’avait été emprisonné pour des accusations aussi controversées. Ce verdict résonne comme un signal d’alarme sur la dérive autoritaire qui menace non seulement Mellal, mais tous ceux qui osent défier l’ordre établi en Algérie.

Rédaction Kabyle.com
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