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Zahir Abid : L’Art au-delà du cadre – Une rencontre entre l’imaginaire et la philosophie contemporaine
Zahir est un artiste kabyle qui a connu la période charnière qui a pris la vie à Kamal Amzal. Zahir a vu Kamal tomber par terre. Sidération. Blessure humaine, blessure artistique. Eveil sur un pays que l’obscurantisme islamique allait envahir. Survint alors l’exil. Zahir finit aux États-Unis, où il d’établit durant le reste de sa vie jusqu’à nos jours.
Artiste peintre, il continue de fasciner le public mondial avec ses œuvres exposées dans des villes prestigieuses comme Paris (Grand Palais), Tokyo, Séoul et New York. Ses créations, imprégnées d’une imagination inattendue et d’une juxtaposition de contradictions, interpellent. « L’art consiste à inciter les gens à penser différemment grâce à l’imprévu », affirme notre artiste. Mais comment son univers artistique dialogue-t-il avec la philosophie contemporaine ?
Art et philosophie : L’imagination au-delà des frontières
L’art et la philosophie partagent un point commun : leur origine dans les interrogations fondamentales sur l’existence humaine et la réalité. Tandis que la philosophie explore les notions de « l’être, de la connaissance, des valeurs et de la raison », l’art exprime des émotions et des pensées échappant souvent à la limitation des mots. Les artistes intègrent des concepts philosophiques dans leurs œuvres, engageant le spectateur dans une réflexion existentielle. C’est dans cet espace liminaire que l’art de Zahir brille.
Le surréalisme, le postmodernisme et l’existentialisme
Les œuvres emblématiques de Zahir, telles que Giraffel Tower (fusion de la tour Eiffel et d’une girafe), un cerveau et un cœur émergeant d’une coquille d’œuf, ou encore des hybrides d’instruments et d’animaux, mêlent objets familiers et idées inattendues. Cela reflète l’héritage du surréalisme du XXe siècle, avec des esthétiques basées sur « le jeu de la pensée libérée de la raison », « le pouvoir des rêves et de l’inconscient » et « la résistance aux conventions esthétiques ».
Son travail s’inscrit aussi dans une perspective postmoderne, déconstruisant les vérités fixes et questionnant les structures de pouvoir établies. L’humour et la satire qu’il emploie pour aborder des problématiques sociales, culturelles et psychologiques rejoignent des thèmes philosophiques comme « la pluralité de l’être » et « la déconstruction du sujet ».
Enfin, l’existentialisme, notamment à travers l’idée sartrienne selon laquelle « l’existence précède l’essence », trouve un écho dans son œuvre. Zahir invite le spectateur à dépasser les cadres habituels pour imaginer de nouvelles possibilités d’existence.
L’art comme éveil à la réalité
Heidegger écrivait : « L’art arrive dans l’œuvre d’art. » Zahir, avec des œuvres comme sa tour girafe ou ses objets hybrides, incarne cette vérité en questionnant nos repères. Le familier devient étrange, interrogeant le spectateur : « Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi est-ce différent ? » Ces œuvres provoquent une prise de conscience sur les limites de notre perception.
Identité globale, humour et connexion
Zahir résume ainsi sa démarche : « J’espère que mon art fait rire. » Ce rire universel transcende les différences culturelles, linguistiques et religieuses, offrant un espace commun d’humanité. Par l’imagination et l’humour, il aborde des questions actuelles telles que la migration, l’exil, l’identité multiculturelle ou encore la marginalisation sociale. Cette approche résonne avec la philosophie contemporaine qui prône « la coexistence des perspectives » et « le dialogue interculturel ».
Vie, art et liberté existentielle
Même contraint d’interrompre sa carrière artistique pour subvenir aux besoins de sa famille, Zahir a continué à imaginer et à créer. Sa vie elle-même incarne une pratique de la liberté existentielle. Avec ses œuvres, il nous interroge : « Dans quel cadre vivez-vous en ce moment ? »
L’art de Zahir défie les cadres traditionnels, nous incitant à repenser nos perceptions et à embrasser l’inconnu avec audace. Ses créations, alliant imagination surréaliste, déconstruction postmoderne et liberté existentialiste, posent des questions philosophiques fondamentales tout en offrant un espace de réflexion et de rire partagé. C’est cette liberté, symbolisée par l’expérience humaine universelle du rire, qui nous relie tous.
Retrouvez l’exposition actuelle de Zahir à Séoul .
Par Noufel Bouzeboudja

