Recensement manipulé au Maroc : le Congrès Mondial Amazigh dénonce le racisme anti-Amazigh

Le dernier recensement général de la population, présenté récemment par Chakib Benmoussa, haut commissaire au plan marocain, a déclenché une vive indignation au sein des organisations amazighes. Avec des chiffres manifestement biaisés, suggérant que les locuteurs amazighs ne représenteraient plus que 24,8 % de la population, ce recensement suscite des doutes légitimes quant à sa méthodologie et son impartialité. Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) dénonce fermement cette tentative de marginalisation statistique, qu’il qualifie de manœuvre politique et idéologique visant à minimiser l’identité amazighe au Maroc. Ce communiqué met en lumière les failles majeures de ce recensement et appelle à des actions concrètes pour contrer cette injustice flagrante.

Maroc : non au racisme anti-amazigh de Chakib Benmoussa

Chakib Benmoussa, haut commissaire au plan, a présenté récemment devant la presse à Rabat, les résultats du dernier recensement général de la population. Il a mis en évidence, avec une satisfaction dissimulée, le fait qu’il n’y aurait plus que 24,8% de locuteurs amazighs au Maroc. Ce chiffre est évidemment faux, très largement inférieur à la réalité. Voici quelques raisons de la non validité de ce recensement :

  • Le recensement a été effectué uniquement en langue arabe. Comment l’agent recenseur qui ne parle pas la langue amazighe a-t-il pu poser ses questions et
    recueillir des données fiables auprès d’une famille amazighe qui ne maitrise pas la langue arabe ? Dans ce cas, l’agent recenseur n’a pu s’en sortir qu’en inventant des
    réponses, ce qui fausse largement les résultats.
  • Le recensement a comporté deux questionnaires, l’un court, administré à 80% des ménages et l’autre long, administré à 20% des ménages. Or, les questions portant sur
    la langue (langue maternelle, langues parlées…) ne sont pas prévues dans le questionnaire court, celui qui a été le plus largement utilisé, mais uniquement dans le
    questionnaire long, celui qui a été administré à seulement 20% des ménages*. Les résultats concernant les langues, publiés par le haut commissariat au plan ne sont
    donc pas issus d’un recensement mais d’une extrapolation des données recueillies auprès de 20% de la population et de ce fait, ces résultats peuvent être très éloignés
    de la réalité.
  • Le recensement a été effectué de manière entièrement digitale, sans aucune possibilité pour la personne interrogée de voir le formulaire du recensement, ni de
    constater ce que l’agent recenseur enregistre dans sa tablette électronique. Comment le chef de famille interrogé peut-il vérifier que les données enregistrées sont conformes
    à ses déclarations ? Ce problème peut être une source importante de falsification de la réalité.
  • Les questions posées sur les langues étaient souvent orientées, de façon à obtenir le résultat recherché. Par exemple, la réponse « oui » à la question « parlez-vous
    arabe », peut suffire pour enregistrer que la personne ne parle que cette langue, ce qui fausse les faits car une personne peut parler plusieurs langues.
  • Pour de nombreux ménages Amazighs, notamment ceux vivant en milieu rural ou montagnard, l’agent recenseur portant un badge officiel représente le « Makhzen »,
    c’est-à-dire le pouvoir central connu pour être « pro-arabe » et hostile aux Amazighs.
    Celui-ci suscite traditionnellement une certaine peur qui invite à la prudence qui consiste à en dire le moins possible et surtout ne pas dire des choses qui peuvent
    contrarier le Makhzen. En conséquence, devant un agent de l’Etat, un Amazigh non militant évite généralement de dire qu’il est « Amazigh » ou que sa première langue
    c’est la langue amazighe. Dans ces territoires amazighs, il aurait fallu que les agents recenseurs soient des Amazighs.
    Ce recensement n’a donc aucune valeur scientifique, il ne répond à aucune norme internationale reconnue mais il a clairement un but politique et idéologique inavoué, celui de réduire au maximum la composante amazighe au Maroc.

Les résultats du recensement effectué sous la responsabilité de M. Benmoussa, mentionnent également que « presque la totalité de la population alphabétisée (99,2%) sait lire et écrire la langue Arabe alors que seulement 1,5% déclare savoir lire et écrire l’Amazigh »**. Ce recensement veut-il faire croire à l’opinion publique nationale et internationale que l’opération d’arabisation des Amazighs est quasiment achevée et que le Maroc est désormais un pays presque totalement arabe ?

Ce qui est certain, c’est que M. Benmoussa aura personnellement contribué à mettre en échec la langue amazighe, car il a occupé de hauts postes au sein de l’Etat, comme Président du Conseil économique, social et environnemental pendant plus de 2 ans, Président de la Commission spéciale sur le modèle de développement du Maroc pendant 5 ans, membre du gouvernement pendant plus de sept ans, dont ministre de l’Education nationale (2021-2024) et à ce titre, il était chargé notamment de l’enseignement de la langue amazighe. C’est donc M. Benmoussa qui est directement responsable du fait que « seulement 1,5% des marocains maitrisent la langue amazighe », alors que cette langue est « officielle » depuis 13 ans et qu’elle est censée être enseignée depuis plus de 20 ans. M. Benmoussa démontre ainsi qu’il est raciste anti-Amazigh et c’est pourquoi il doit être démis immédiatement de son poste et sanctionné.

Des marocains arabonationalistes et anti-Amazighs, il y en a eu et il y en a encore beaucoup dans le gouvernement marocain et à tous les niveaux de l’administration de l’Etat. Cela est inacceptable. En tant qu’Amazighs, nous le disons clairement et fermement : nous refusons que notre pays soit géré par des dirigeants racistes anti-Amazighs et qui défendent des intérêts étrangers et dangereux pour le Maroc.
Les Amazighs forment le peuple autochtone du Maroc et des autres pays de l’Afrique du nord. Le Congrès Mondial Amazigh réclame instamment que leurs droits soient pleinement
reconnus et respectés, selon les normes internationales. Le Maroc doit se soumettre à ses obligations internationales et cesser sa politique ethnocidaire à l’encontre des Amazighs.

Paris, 8/12/2024 – 20/12/2024
Le Bureau du CMA.

Rédaction Kabyle.com
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