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Quand les pierres parlent, les mythes se taisent
Les faits archéologiques, loin des récits idéologiques ou des reconstructions identitaires, racontent une histoire plus ancienne, plus précise, et surtout vérifiable.
Les plus anciennes inscriptions en Tifinagh, appelées plus rigoureusement libyques par les chercheurs, remontent à environ 250 ans avant notre ère. C’est ce que démontrent les stèles de Dougga (Thugga, en Tunisie), notamment celle du mausolée du prince Atban, vestige concret d’une civilisation amazighe dotée de son propre système d’écriture bien avant l’expansion de l’arabe ou même la naissance de l’islam.
À titre de comparaison, la plus ancienne inscription arabe connue date de 512 après J.-C. Elle a été gravée sur le linteau d’une église chrétienne — Saint-Serge, à Zabad, dans le nord de la Syrie — dans un contexte byzantin. Elle est donc antérieure à l’islam, et en lien avec un christianisme oriental alors dominant dans la région.
Ces faits ne sont ni des interprétations ni des opinions. Ce sont des données établies par l’archéologie et l’épigraphie, confirmées par des études universitaires internationales. Et même le dieu des récits falsifiés de la mouvance badissiya-novembriya n’y pourra rien.
L’histoire authentique ne s’écrit pas à coups de slogans, ni sous la pression des idéologies officielles. Elle s’appuie sur ce que les pierres, les manuscrits, les langues mortes et les objets matériels ont à nous dire.
À propos de la stèle bilingue de Dougga
Selon les analyses académiques, le texte libyque gravé sur la stèle du mausolée de Dougga (Thugga), dédicacée à la mémoire du prince numide Atban, nous livre un aperçu remarquable de l’organisation sociale et artisanale amazighe à l’époque.
Voici ce qu’indique la traduction du contenu de l’inscription libyque (écriture libyco-berbère, située à droite de la stèle) :
Le tombeau est dédié à Atban, fils de Iepmatah, lui-même fils de Palu.
Sont ensuite mentionnés les artisans et proches ayant participé à la construction :
- Tailleurs de pierre : Aborsh, fils d’Abdashtart Mengy, lui-même fils d’Oursken ; Zamar, fils d’Atban, fils de Iepmatah, fils de Palu.
- Membres de sa maison (famille ou entourage) : Zezy, Temen, Oursken.
- Menuisiers : Mesdel, fils de Nenpsen ; Anken, fils de Ashy.
- Forgerons : Shepet, fils de Bilel ; Pepy, fils de Beby.
La stèle est dite bilingue car le texte est aussi inscrit en punique, langue utilisée dans le royaume numide à l’époque. Les deux inscriptions — punique à gauche, libyque à droite — disent exactement la même chose, ce qui permet aux linguistes de mieux déchiffrer le libyque en le comparant au punique connu.
Le libyque est l’ancêtre direct de l’alphabet tifinagh, encore utilisé aujourd’hui dans plusieurs régions d’Afrique du Nord.
Ce que cela signifie
Ces témoignages matériels nous rappellent que la langue amazighe a une profondeur historique et scripturaire que peu de civilisations peuvent revendiquer dans la même région. L’écriture, l’organisation sociale, et la mémoire politique du peuple amazigh remontent à des siècles avant les bouleversements religieux et culturels qui suivront.
Loin des simplifications officielles, cette stèle est une preuve gravée dans la pierre : les Amazighs n’ont pas attendu qu’on leur enseigne l’histoire. Ils l’ont écrite eux-mêmes — dans leur propre langue, avec leur propre alphabet, et pour leurs propres rois.
Karim ACHAB
