Lettre ouverte à Ségolène Royal : La complaisance envers Alger a un prix inacceptable

Dans une lettre ouverte cinglante, le Congrès Mondial Amazigh interpelle Ségolène Royal sur sa complaisance envers le régime algérien. Après sa rencontre avec le président Tebboune fin janvier, l’ancienne ministre est accusée de fermer les yeux sur l’arrestation arbitraire d’écrivains, l’emprisonnement de centaines de Kabyles dont 39 condamnés à mort, et les interdictions de territoire frappant des milliers de Franco-Kabyles. Pour le CMA, reconstruire l’amitié entre Paris et Alger ne saurait justifier le sacrifice des droits humains fondamentaux.

Mme Ségolène Royal
Présidente de l’association France-Algérie
52, rue de Bourgogne, 75007 Paris, France
Mme Ségolène Royal
En votre qualité de Présidente de l’association France-Algérie, vous vous êtes rendue en Algérie à la fin du mois de janvier 2026 et vous avez rencontré le chef de l’État algérien, M. Tebboune.

Nous sommes naturellement tout à fait d’accord sur la nécessité de chercher sans relâche à reconstruire «l’amitié entre la France et l’Algérie», mais de notre point de vue, pas à n’importe quel prix. Aussi, nous nous permettons de vous interpeller vivement sur votre attitude extrêmement complaisante envers le régime autoritaire et répressif algérien.

Vous le savez, ce régime a arrêté et condamné arbitrairement l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal et il a récidivé avec le journaliste français Christophe Gleizes,
condamné et détenu pour «apologie du terrorisme», juste parce qu’il a rencontré un membre du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie.

Mais savez-vous aussi, Mme Royal, que l’Algérie détient arbitrairement des centaines de Kabyles, des femmes et des hommes, dont 39 ont été condamnés à mort.

Savez-vous que le pouvoir algérien pratique l’ISTN (interdiction de sortie du territoire national) à l’encontre de milliers de Kabyles, dont des franco-kabyles piégés en Algérie après une visite à leurs familles;

savez-vous que des milliers d’autres franco-kabyles en France, ne peuvent pas se rendre en Kabylie à cause de la crainte de l’ISTN ou d’aller directement en prison?

C’est une forme de bannissement totalement illégal et inacceptable.

Savez-vous, Mme Royal, que le chef de l’État algérien que vous qualifiez de «Président de la République», n’a jamais été élu démocratiquement? Lors des deux scrutins présidentiels (2019 et 2024) à l’issue desquels M. Tebboune a été proclamé «président», le taux de participation en Kabylie (10 millions d’habitants) était de 0%.

Est-ce la raison pour laquelle la Kabylie a été gravement brûlée en 2021? Est-ce la raison de l’acharnement du pouvoir algérien contre la Kabylie?

Dans des entretiens avec la presse française, vous avez déclaré qu’en France, «sept millions de personnes, y compris des bi-nationaux, sont concernées par l’Algérie et ces personnes souffrent aujourd’hui «d’islamophobie, d’algérophobie». A ce sujet il nous paraît primordial de préciser que les Amazighs de France, dont les Kabyles, y compris les bi-nationaux, qui constituent au moins la moitié du chiffre que vous mentionnez, ne souffrent ni d’islamophobie, ni d’algérophobie. Ils vivent tranquillement dans ce pays et s’ils souffrent d’une chose, ce serait plutôt de l’islamisme et des tentatives d’ingérence des autorités algériennes dans la société française.

Vous affirmez aussi que «tous les pays s’entendent avec l’Algérie» et vous citez en exemples, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne. En réalité, aucun de ces pays n’est un ami sincère du régime algérien.

Ces pays font juste des «affaires» avec l’Algérie. Il est d’ailleurs navrant que dès que les relations entre la France et l’Algérie ont commencé à se dégrader, Giogia Melonie, la cheffe du gouvernement italien a couru à Alger pour signer des contrats. Un bel exemple de déloyauté envers la France et d’absence de cohésion au sein de l’Union Européenne.

Il est déplorable que l’UE et la plupart de ses États membres n’aient aucun respect pour les droits de l’homme, ni aucune morale. Leur unique boussole, c’est le business.

Avec les «jeunes générations des deux rives» que vous avez évoqué Mme Royal, nous les Amazighs dont les Kabyles des deux rives, nous attendons beaucoup plus et beaucoup mieux de la France et de l’Europe.

Nous attendons d’elles qu’elles restent fidèles aux valeurs et aux droits humains en toutes circonstances. Dans tous les scrutins à venir, nous saurons conditionner nos voix aux engagements des candidat-es au respect de ces valeurs et de ces droits.

Veuillez agréer, Mme Ségolène Royal, l’expression de nos meilleurs sentiments.
Paris, 25.12.2975 – 6.02.2026
Le Bureau du Congrès Mondial Amazigh

Rédaction Kabyle.com
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